Archive for the ‘Pensées’ Category
Le changement de planète
Et là, soudain, je me dis que finalement, être revenu en arrière et ne pas avoir dormi sur un chemin de terre au milieu de la forêt, mon dieu que c’était une bonne idée !
Il fait froid, ce matin, au réveil. Et tout ce blanc autour, alors que dans ma tête je suis dans le désert (Nevada = désert, non ?) c’est extrêmement perturbant. On est dans les 2200 mètres, c’est pas si haut, et on est encore bien dans le sud… même à Montréal et à Québec, je suis pas sûr qu’ils en ont autant ! Bon, d’accord, j’aime la neige, et c’est beau. Et puis la route reste tout à fait praticable, donc ça ne sera pas un problème. Danielle est heureuse aussi. Ça fait un bon moment qu’elle n’a pas vu la neige : s’il neige beaucoup au Kansas, à Portland si près de la côte, c’est une autre histoire. Alors on a froid, mais on apprécie quand même. Le gars en vélo, par contre, qui lui s’en allait en Californie, il se peut qu’il soit moins heureux !
La météo et le non changement au niveau du paysage confirme, par contre, qu’on a pris la bonne décision en roulant beaucoup hier. Autant l’avoir fait de nuit. Parce qu’aujourd’hui, plus ça change, plus c’est pareil. Et les lignes droites de 15 kilomètres, bon, comment dire… à 90 kilomètres heure, ça veut quand même dire 10 minutes sans tourner le volant. C’est long !
Et soudain, paf ! Ce qui semble être un aperçu de ce qui nous attend un peu plus tard. Qu’est-ce qu’il fait ici, ce canyon, alors que c’est le style « South Utah », je sais pas trop. N’empêche que… bin oui, il est magnifique ! Dommage que ce soit sous la pluie par contre, mais bon. Des fois, j’arrive aussi à ne pas me plaindre, et à tout simplement admirer. Cathedral Gorge, le nom est plutôt bien choisi !
Ce bref mais magnifique petit aperçu nous encouragera à continuer joyeusement. Dans le lointain, le ciel semble peut être éventuellement se dégager. Les prévisions météo sur Zion sont à la tempête pour aujourd’hui, mais au soleil avec passages nuageux pour demain. C’est plutôt encourageant. On arrive finalement dans l’Utah. L’Utah qui se trouve dans la « Mountain Time Zone ». Ça veut dire qu’on regagne aujourd’hui l’heure perdue hier. Non, le contraire. On repère aujourd’hui l’heure gagnée hier. Ou je sais plus, je me mélange tout le temps. Bref, tout ça pour dire qu’il est pour nous à nouveau la même heure qu’il était. Je me demande bien pourquoi j’ai changé l’heure de mon appareil photo…
Il nous reste une dernière vallée à traverser, avec au loin, la promesse du soleil. On s’y attelle sagement, sans se poser vraiment de questions sur la neige qui tombe.
Un dernier virage, et repaf, en pleine face. Une petite demi heure plus tôt, j’expliquais à Danielle que le van pouvait se transformer en vaisseau spatiale, sauf qu’en ce moment, pas de vitres arrières, je peux pas vraiment aller me promener dans le vide. Sauf que là, je me demande si en fait, on vient pas d’être catapulté quand même sur une autre planète. Genre mars, complètement au hasard.
Une montagne avec des bourrelets, moi, personnellement, ça me surprend !
Alors ici, ça s’appelle « Snow Canyon », et on l’a pas vu venir du tout. Ça surprend quand même pas mal. Mais on y reste, on s’y ballade, on admire, on rigole sans raison tellement c’est magnifique. Rester sans voix, complètement fasciné par un paysage, ça ne m’était pas arrivé depuis… bon, okay, pas depuis si longtemps que ça. Yosemite et Crater Lake ne sont pas très loin. Pas plus que le mont Robson. Mais quand même… là, j’ai bien l’impression que ça dépasse tout ce que je connais… fascinanbuleux ? En fait, je me serais éventuellement attendu à marcher sur du sable orange en Australie. Des dunes pétrifiées oranges, c’était pas prévu. Et des mélanges de couleurs orange/vert de la sorte, c’est juste… wo !
Évidemment, un paysage de même, ça demande aussi de faire quelques panoramiques…
Bon, d’accord. Un petit dernier, mais c’est juste parce que vous le demandez !
Au moment de quitter le parc, il y a une madame dans la guérite. J’ai bien vu qu’il fallait payer à l’entrée, mais j’ai ma passe magique des parcs nationaux ; j’ai aucune idée si elle marche pour ce genre de parc. La madame me dit que non. Je veux lui poser une question, mais je sais pas pourquoi, les mots se mélangent. Trop de choses dans ma petite cervelle, là maintenant peut être. La madame me regarde avec un petit air dédaigneux, et nous dit qu’on peut y aller. Bon, bin passer pour un idiot vient de me faire économiser 6 $. Ok…
Juste après le parc se trouve une petite ville. Le style des maisons me plaît beaucoup. J’ai l’impression d’être de retour en Arizona, ou dans le sud de la Californie, avec ces maisons en terre, de forme carrée, mais aux coins arrondis. J’aime beaucoup ce style. Par contre, ce que j’aime beaucoup moins, ce sont les murs tout autour.
Il y a un certains nombre de belles maisons, mais toutes sont cachées derrière des murs, derrière des barrières, dans des rues privées. Le genre de petite communauté parfaite où l’on ne veut surtout pas voir apparaître un étranger, parce que les étrangers sont tous des terroristes vilains pédophiles voleurs venus manger le pain des américains. Autant le paysage est magnifique, autant mes préjugés -que ce soit en Arizona, en Utah, au Texas ou dans le Nevada- sont relativement forts. Pas pour rien que je ne voulais pas dormir n’importe où au Nevada. En même temps, je suis parfaitement conscient que ce sont des préjugés, et que c’est dommage. Et j’ai bien l’intention de les briser un jour en prenant plus de temps dans la région, pour rencontrer les gens, leur parler, et me rendre compte qu’ici aussi, s’il y a beaucoup d’abrutis, il y a aussi des gens bien. Ça sera pour une prochaine fois par contre.
Petite pause internet rapide, où je vérifie l’arrivée d’un mini contrat urgent. On aime ça les mini contrats urgents. Ça met un peu de gaz dans le van, et si je veux le ramener jusqu’à Montréal, ça va me prendre encore pas mal de gaz. J’aurais donc un peu de travail à faire ce soir. Mais pour le moment, c’est très clair, on veut profiter du magnifique soleil qui vient de s’installer pour de bon semble-t’il. Le plan est simple : trouver un endroit où dormir, trouver une connexion internet pas trop loin pour le lendemain matin, et trouver tout ça le plus proche possible de Zion. Ça paraît jouable.
Plus on s’approche du parc, plus nos commentaires perdent en originalité. Alors on passe notre temps à trouver ça magnifique, fascinant, et à le répéter 5 ou 6 fois du kilomètre.
Au détour d’une courbe, je vois deux tentes sur le bord de l’eau. Ça m’interpelle. On fait demi tour. Il y a là un grand terrain, semi terrain vague, semi camping pas aménagé du tout. Aucune information, aucune demande de paiement. Juste une bonne quinzaine de voitures, un peu partout, et quelques tentes. Parfait. C’est toujours agréable de savoir où l’on va dormir.
On en profite ensuite pour aller faire un petit repérage rapide du parc, et récupérer une brochure d’informations. Le soleil est en train de disparaître, donc on ne restera pas dans le parc, mais au moins, on pourra prendre des notes. Au parking de l’accueil touristique, une dame vient me voir, et demande si elle peut signer le van. Moi c’est le genre de demande auquel je réponds toujours oui ; j’ai aucune raison de dire non. On discute un moment. Elle est très sympathique. Elle vient d’Irlande. Alors forcément, des ronds verts, elle n’avait pas le choix. Danielle, grande fan de Finegans Wake (de James Joyce) et du Book of Kells (oui, elle a été très jalouse d’apprendre que je l’ai vu en vrai) passe un moment à discuter avec elle.
Pendant ce temps, on a le droit à un coucher de soleil rouge sur des rochers rouges. Effet réussi !
On retourne au van, qui nous ramène sagement jusqu’au camping, où l’on s’installe tranquillement. Moi je me mets au travail. Danielle, elle, se met à la lecture. Et puis j’ai surtout énormément de photos à trier soudainement ! Et beaucoup de panoramiques à faire ! Que de travail, à nouveau, que de bloguer tout ça ! Mais en même temps, comme je l’explique à Danielle, j’aime ce petit exercice quotidien, le soir. Ça me permet de repasser toute la journée dans ma tête, de la revivre une deuxième fois, de la réapprécier une deuxième fois. Et de me rappeler que des fois, comparer le paysage du matin au paysage du soir, c’est quand même une expérience intéressante !
Allez… je vous le refais, encore plus facile pour vous aider :
Après la Batmobile et la Papamobile…
Je l’sais bien qu’il m’aime. Je lui ai payé suffisamment de bières et il est suffisamment resté à dormir chez moi pour ça. Mais de là à envoyer un bus au milieu du Nevada pour me le rappeler, je trouve ça vraiment sympa !
Mais si le bus est intéressant, je dirais que la Jesusvespa est imbattable, toutes catégories confondues, et sans la moindre exception possible !
De retour dans le désert
La nuit est on ne peut plus calme et tranquille. On entend bien un lointain camion de temps en temps, mais ils sont bien rares. De là à dire que c’est trop silencieux… non, n’exagérons quand même pas ! Hier, un peu tannés de la polenta, on avait sauté le petit déjeuner. Comme on a fait l’épicerie, par contre, on peut recommencer à varier un peu les petits déjeuners, et c’est vrai que ça fait du bien de commencer la journée avec des granola (muesli). Ça fait changement !
Le ciel est grisailleux quand on quitte notre petite forêt sympathique, qui nous a si bien tenu compagnie pendant la nuit. On ne roule pas très longtemps avant que la forêt disparaisse, nous précipitant dans le désert typique de la région. Un truc pas complètement totalement désertique donc. Il reste quelques mini plantes bien sèches qui poussent au milieu.
On quitte une fois de plus la route principale (qu’on avait rejoint en quittant une route principale que l’on avait rejointe en quittant une route principale), pour prendre la direction de Fort Rock. Petit village qui doit son nom à un caillou voisin. Un caillou parfaitement bien nommé soit dit en passant. De loin, on voit d’abord apparaître une palissade. Pour découvrir ensuite que la palissade n’est qu’un côté d’un magnifique fer à cheval. Un endroit parfait pour installer une armée, et défendre l’endroit contre des envahisseurs. Bon, il faudrait juste une armée et des envahisseurs, et c’est pas avec les quatorze habitants et demi de la région que l’on fera quelque chose… mais c’est toujours ça, en théorie.
On se promène un peu à l’intérieur de cette magnifique formation ; on escalade un tit peu pour varier les points de vue, on regarde, on admire. On se plaint un peu du ciel gris et de la température un peu fraîche. On est quand même dans un désert, non ?
Et puis en version panoramique, quand on regarde vers l’extérieur :
Et quand on regarde vers l’intérieur :
On reprendra ensuite la route, vérifiant rapidement si la ville de Fort Rock n’aurait pas un téléphone publique, mais ça n’est pas le cas. Peut être que notre étape suivante, Christmas Valley, sera plus civilisée.
Christmas Valley est en effet un peu plus grande que Fort Rock. D’ailleurs, à peine entrée dans la ville (ça devient vraiment difficile d’appeler ce genre d’endroit une ville, vu qu’en fait, c’est surtout un plus grand nombre de maisons, plus proches les unes des autres, mais qui ne ressemble vraiment pas à ce que j’appellerais une ville. Ou un village) on trouve un bureau de poste. J’avais quelques timbres à acheter et des cartes à envoyer. C’est donc parfait. Le vendeur n’est même pas plus surpris que ça que je demande des timbres pour le Canada et la France. Il doit avoir l’habitude, sans doute. Sur le parking, par contre, on me demande si je viens de Colombie Britannique. La question me surprend un peu, vu que le van est très clairement immatriculé Québec. Je réponds donc que je viens de Montréal, ce qui semble impressionner mon interlocuteur, qui me dit « so you’re french. Bonjour ». Oui, même au fin fond de l’Oregon, les gens essaient de mettre un ou deux mots de français quand ils me parlent !
Je m’arrêterais à nouveau, juste après, alors que je vois une cabine de téléphone à côté d’une épicerie. J’en profite donc pour faire un petit appel outre-atlantique. Avec les fuseaux horaires, et les changements d’heures récents, je ne suis pas tout à fait sûr de ne pas appeler au milieu de la nuit, mais à priori mon calcul était correct, et je ne réveille personne. Pendant que je parle au téléphone, une voiture s’arrête. Un couple en descend, regarde le van en souriant. M’entend parler français au téléphone, ils font le rapprochement assez facilement, et me salut d’un mouvement de tête, l’air un peu déçus de ne pas pouvoir me parler. Ils croiseront Danielle à l’intérieur de l’épicerie, et en profiteront pour demander confirmation si je viens bien du Québec. Un imposteur est si vite arrivé !
Amusant, quand même, de constater que l’année passée à la même date, j’arrivais à Tucson, en Arizona, à la fin d’un road trip de 6000 kilomètres en quelques jours à peine. Cette année, je suis encore plus perdu au milieu de nul part, au milieu d’un road trip encore plus fou, et beaucoup plus long… que sera l’année prochaine ?
Danielle profite de son passage à l’épicerie pour récupérer un pamphlet sur des dunes qui seraient, semble-t’il, pas trop loin d’ici. La photo en couverture est des plus inspirantes, l’explication pour y aller est facile (tout droit pendant 12 kilomètres, à gauche, tout droit pendant 12 kilomètres, à droite, tout droit pendant 6 kilomètres). On décide donc d’y aller. Les indications sont parfaites exactes. Quand ils disent tout droit, c’est tout droit. Bon, en même temps, vu la géographie des lieux, je comprends assez parfaitement la volonté de ne pas mettre de virage, mais peut être que des fois, quand même, juste pour le plaisir, non ? Non. Bon, d’accord.
Je pensais que la route nous amènerait jusque sur le bord des dunes, mais on se contente de les voir un peu à l’écart, à deux ou trois kilomètres. Après une petite hésitation, je transforme une fois de plus le Pourquoi pas ? en véhicule tout terrain, et m’engage sur un petit chemin de terre. Petit, il l’est vraiment. Il est plus conçu pour les quads que pour les vans. Mais ça roule quand même, et le Pourquoi Pas ? poursuit son chemin bien sagement, pour nous emmener jusqu’au pied des dunes.
Elles sont juste devant nous. Une petite pente, pas trop raide, permettrait même au van d’aller faire un tour dessus. Je vérifie à pied, ça a l’air passable. Je n’ai pas encore fait trop d’expérience de ce genre avec Pourquoi Pas ?. Entre autre parce que je n’ai pas nécessairement envie de l’abîmer. Mais je décide de faire le test. Après quelques essais, pourtant, je dois bien me rendre à l’évidence qu’il ne montra pas. En fait, il monte sans problème la partie la plus raide, mais le sable devient plus léger et moins dense après, et c’est là qu’il patine. Autant ne pas trop insister, donc, et ne pas rester coincé au milieu de nul part.
À la place, on va se promener bien sagement, à pied sur les dunes. Non sans avoir mangé un magnifique sandwich rôti de boeuf + fromage à la crème + avocat avant de partir à l’aventure. C’est quand même agréable de varier la nourriture des fois !
On repère une belle grosse dune un peu plus loin. On va donc lui rendre visite. On fait la course jusqu’au sommet, d’où la vue est assez grandiose, et un peu déprimante en même temps. Mais en même temps, quand on aime les immensités vides à perte de vue, c’est pas mal !
Immense et vide, mais qui se prête parfaitement à un petit 360. Une Danielle à droite, une Danielle à gauche.
J’en profiterais également pour faire quelques courses de descente dans le sable, histoire de ne pas perdre la main, maintenant que je sais si bien faire !
L’heure tourne tranquillement. On refait donc les 6 kilomètres, on tourne à gauche, 12 kilomètres, et on tourne, cette fois, à gauche, histoire de reprendre la route en direction de la 395. Ce n’était pas l’itinéraire que j’avais envisagé de prendre, mais celui-ci marche tout aussi bien, et nous fait arriver un peu plus au nord. Ce qui veut dire plus de 395. C’est parfait.
La route est longue. Une centaine de kilomètres, environ. Au milieu de rien. D’autant plus longue que je continue à rouler à 90 km/h, un rythme qui convient parfaitement au Pourquoi Pas ? et à son réservoir. Bon, d’accord, je craque deux fois en essayant de voir les limites que je peux atteindre. 130 sur du plat, je n’ose pas aller beaucoup plus loin. 150 en descente, j’ai l’impression qu’on va s’envoler. Je n’insiste pas plus.
Et puis finalement, une dernière immense descente, une grande vallée très large. Aucun doute, c’est la signature de la 395. Je la devine qui est là bas, qui nous attend.
On roule encore un peu. Le paysage est beaucoup moins ennuyeux, entre autre à cause de « Albert Rim », une falaise d’une cinquantaine de mètres de haut, qui s’étend sur une soixantaine de kilomètres en longueur. Il y a simplement un peu plus de choses à voir ici.
Et puis on arrive à une aire de repos ; celle-ci était indiquée sur la carte, et je la voyais bien comme halte potentielle. Il n’y a aucun panneau interdisant quoi que ce soit, c’est donc plutôt bon signe. Certes, on est juste à côté de la route, mais côté trafic, ça devrait être plutôt tranquille j’imagine.
Il est encore un peu tôt. Je ressors donc les massues, histoire de pratiquer un peu mes habiletés de jongleur. Avec trois quilles, ça laisse encore pas mal à désirer. De son côté, Danielle pratique son « contact jungling » avec sa boule de verre. C’est toujours aussi fascinant. Histoire de varier les plaisirs, on s’essaie aussi avec trois balles. Ça, personnellement, j’ai plus vraiment de problèmes. L’étape d’après va être d’apprendre des « figures », et c’est pas gagné. Le ciel commence à se dégager un peu. On pourrait avoir une très belle journée demain. En tout cas, on a droit à un magnifique couché de soleil !
Et puisque l’on est toujours sur une thématique de variation des plaisirs, je m’essaie au Didgeridoo pour la première fois, et je m’en sors pas trop mal après quelques essais infructueux. En fait, j’aime énormément l’expérience et la sensation. Je joue donc pendant un bon moment. Ne me reste plus qu’à apprendre la respiration circulaire. Ça, c’est pas gagné !
Le soleil disparaît complètement, et on migre bien au chaud à l’intérieur du van. La température a légèrement remonté juste à la fin de la journée, et on est relativement bien dehors, mais faut pas exagérer non plus.
Je prépare une petite salade variée pour le repas (concombre, maïs, haricot rouge, fromage, betterave) et on mange une petite part de gâteau au fromage en guise de dessert, en hommage aux gens dont c’est l’anniversaire le 5 novembre !
Pour couronner le tout, j’ai même le droit à ma petite séance de musique rien que pour moi dans le van. Moi je dis qu’il y en a qui sont chanceux quand même !
Et si on revenait à la maison ?
Le ciel qui nous attend à notre réveil correspond beaucoup plus à la vision que j’ai du désert. Le paysage et la lumière aussi. C’est quand même beaucoup plus crédible qu’un ciel gris. Il vente énormément, et il ventera toute la journée. Mais en dehors de ce petit détail, il fait beau, il fait chaud, on est bien. La 395 est magnifique, et on la suivra un très long moment. Pas grand chose à signaler tout au long de ces kilomètres, si ce n’est que je passe mon temps à m’arrêter pour admirer et faire des photos.
On croise quand même Alcali Lake et Abert Lake, deux lacs semi asséchés, semi vivant, et très salés.
Et puis on quitte l’Oregon. C’est pas la première fois. J’ai quitté l’Oregon un certains nombre de fois (quatre ou cinq je dirais) au cours de ce voyage. Mais cette fois ci, c’est sûr que je ne reviens pas avant un moment. Si j’aimais la Californie, l’Oregon a vraiment mis l’état du gouvernator au second plan. Oui, il faudra que je prenne le temps de faire un résumé de tout ça à un moment… la Californie, on n’y reste pas longtemps. Juste le temps de faire un détour ravitaillement à Alturas, puis de revenir au nord prendre la 299.
Juste avant de quitter l’Oregon, on aurait du voir un geyser, mais celui-ci est à sec. La madame qui me donne l’info me dit que l’année a été particulièrement sèche ici. Ils semblent manquer d’eau. En parlant de manquer d’eau, le van est à sec. De partout. On a roulé un peu plus de 200 kilomètres sans croiser la moindre station d’essence. Heureusement qu’il a une belle autonomie quand même ! Le réservoir d’essence est vide depuis la veille au soir. Et le propane est sans doute pas loin non plus d’être vide. Alors aujourd’hui, on reremplit tout. On rachète aussi du chocolat (on sait jamais !) et une bouteille de brandy. Les stocks sont faits. Ça a un petit côté « déjà vu » ce « il faut que tout soit rempli au maximum ». On se dirige vers la 299, que l’on quitte ensuite en direction de Gerlach. Oui, finalement Danielle a décidé. Je n’étais pas tout à fait sûr, mais voir Black Rock Desert, ça lui fait bien envie. C’est donc là bas qu’on fêtera son anniversaire demain. Un chouette endroit, je trouve, pour fêter un anniversaire.
Je ne me souvenais pas que la dernière étape, au Nevada, était si longue. Ça prend une bonne heure et demi après avoir quitté la Californie. Sauf que cette fois, il n’y a absolument personne sur la route ! Mais je reconnais le paysage avec grand plaisir !
Et puis on contourne une dernière colline, et on voit la petite ville de Gerlach apparaître toute seule, toute petite, au milieu de son grand désert. À Gerlach, il suffit de tourner à gauche. Sauf que juste au moment de tourner à gauche, juste après, je vois ce petit panneau. Complètement effacé. « Hot Spring ». J’avais bien lu qu’il y avait des sources chaudes à Gerlach, sans avoir la moindre idée de où… en même temps, en plus du panneau complètement effacé et passé date, il y a ce panneau « entrée interdite ». Alors évidemment, ça fait hésiter. Mais c’est quand même tentant. À ce moment là, on voit une voiture prendre le chemin. On se décide à la suivre. Je me dis qu’on pourra toujours demander la permission ou l’information… sauf qu’on perd la voiture de vue. On hésite une fois de plus. Une autre voiture arrive. On demande si on a le droit d’accéder aux Hot Srpings. Le gars semble surpris. « Bien sûr, vous pouvez y aller, si l’eau n’est pas trop chaude. Moi je suis là juste pour une minute ». On commence donc à se changer, discrètement caché dans le van, tout en observant le monsieur en train de tester l’étanchéité de son matelas gonflable dans le bassin. Remarque, pourquoi pas après tout ?
Et puis on trempe un pied. Pinaise que c’est chaud ! Mais pinaise que c’est bon ! C’est qu’on a quand même bien roulé aujourd’hui, c’est mérité. À vrai dire, je n’arriverais pas à m’immerger complètement. C’est trop pour moi. Mais je resterais quand même un petit moment. Danielle fera même quelques brasses. Le bassin est magnifique, au milieu de nul part, en pleine nature, sous ce ciel bleu grandiose. Que du bonheur !
On sortira quand même tout rouge. Direction… la playa ! Le soleil commence à se coucher. J’avoue que j’aimerais bien dormir au milieu de Black Rock Desert, mais je ne suis pas sûr que ce soit autorisé, et je préférerais éviter si ce n’est pas légal. On roule un peu. On retrouve le chemin d’accès, un panneau d’information à l’entrée. « Camping autorisé à plus de 30 mètres d’une source ». Bon, ça, à priori, ça ne devrait pas poser de problème.
Le sol est parfaitement régulier. Il y a bien quelques traces de voitures, mais les traces des deux exodes semblent en grande partie disparues. Je me souviens quand même la direction générale, et on l’emprunte donc. C’est un sentiment extrêmement particulier de se retrouver ici, à nouveau, avec absolument rien, ni personne. Je suis heureux. De retour à la maison. Sauf qu’il y a personne à la maison, et que pour ça, c’est un peu bizarre.
Rouler sur une playa parfaite, c’est un vrai bonheur. C’est lisse, c’est propre, c’est régulier. On peut aller où on veut, n’importe comment.
Un groupe de voiture apparaît à l’horizon, plus ou moins à l’emplacement que j’imaginerais être celui de Black Rock City. On se dirige donc vers eux. On est samedi soir. Je me demande si on va rencontrer un groupe de burners nostalgiques. Ça pourrait être sympa après tout ! En s’approchant, je me dis que finalement, c’est pas vraiment le look. L’un d’eux nous salue de la main, et on va dire bonjour quand même. Danielle parle avec l’un, je parle avec l’autre. Il me demande si on a eut de la pluie. C’est vrai que c’est extrêmement couvert, et qu’il y a un beau nuage à l’horizon. La playa sous la pluie, j’ai essayé. J’ai prévu Danielle : s’il pleut, on ne bouge plus tant que ça n’a pas séché. La terre ici à une capacité agglomérante impressionnante ! Je pense pas que le van ferait plus de 100 mètres. Bref, le gars nous dit de faire attention. Je lui dis que je suis au courant. On reprend la route. Danielle me dit que l’autre personne lui a dit qu’ils sont là pour faire des cartes de Noël. Ils ont des tentes, avec une génératrice, et des guirlandes. Pourquoi pas !
On roule encore un peu. Je suis à peu prêt persuadé d’être à la bonne place ; dans le même temps, le sol de la playa est beaucoup plus chaotique. Comme si plein de gens seraient passés par ici dans tout les sens. Ça se tient. Je continue à rouler un peu, au hasard. C’est amusant cette immense étendue infinie, où l’on peut aller où l’on veut.
On regarde les nuages qui se rapprochent, en se demandant si on va se prendre une énorme averse. Il semblerait que non. C’est simplement extrêmement venteux. D’ailleurs, je reconnais l’odeur de la poussière, qui était omni présente pendant Burnint Man. Cette odeur me rappelle beaucoup de souvenirs. Et puis le paysage, dehors… ah, le paysage…
On installe le van bien confortablement. Le vent souffle de plus en plus fort dehors, mais ce n’est pas grave, on est bien à l’abris. Il ne fera sans doute pas très chaud cette nuit, mais c’est pas grave, on est sur la playa.
C’est vraiment bizarre. Hier au soir, sur le petit parking, j’avais un étrange mauvais feeling pas agréable. Il a fini par passer après un bon moment à rationaliser. Ce soir, au contraire, j’ai un sentiment tellement positif qui m’habite. Je suis tellement bien sur ce petit tas de sable au milieu de nul part. Il n’y a absolument rien, personne. Juste le vent, la poussière, et nous. Et j’aime ça !
Tiens, pour fêter ça, en pré-anniversaire de Danielle, on ouvre la bouteille de vin que j’avais acheté il y a quelques jours. Du vin… ça fait un millénaire ! J’aime toujours ça à priori, c’est bon signe ! Un shiraz produit à Washington, bien parfumé, qui accompagne parfaitement les pâtes au bleu !
La soirée continue tranquillement avec une petite discussion philosophique. Décidément, il va falloir que je l’écrive et que je la détaille ma théorie sur la génération tranquille !
Demain, la journée devrait être bien remplie. J’ai pas mal de photo à faire au milieu de la playa. Et on doit enregistrer l’une des chansons de Danielle. Tout ça a condition que le vent se calme, et qu’il ne pleuve pas. Bon, après, on a largement une semaine d’autonomie, probablement même un peu plus. Et ça me surprendrait qu’il pleuve une semaine d’affiliée au milieu du désert.
Allez… avouez, elle est belle ma playa :
Le collectionneur de montagnes
Je manque parfois d’un peu d’esprit de réflexion. Par exemple, avoir trouvé un endroit où dormir juste avant d’avoir rejoint la route principale aurait sûrement diminué de beaucoup le bruit des camions pendant la nuit. Mais bon, c’est loin d’être aussi pire que le train de la veille, et j’arriverais quand même à bien dormir. Et puis on se réveille sous un magnifique ciel bleu, qui nous rend extrêmement enthousiastes !
On verra le ciel bleu pendant une dizaine de minutes environ, avant de se retrouver plonger dans le brouillard. Un panneau annonce qu’il y a un incendie contrôlé dans les environs. C’est donc un mélange de brouillard et de fumée, et qui nous accompagnera pendant un bon moment. La route est belle, mais on en perd beaucoup !
Le brouillard décide de se lever un peu après, juste avant que l’on arrive à Warm Spring. Les nuages, eux, restent pour le moment. C’est pas grave, au moins, on a récupéré la visibilité qui permet d’admirer la vallée/gorge dans laquelle on descend soudainement.
On quitte à nouveau la route principale, pour en prendre une plus petite, plus tortueuse, et beaucoup plus belle, qui nous fait longer le lac de Simtustus. C’est un lac de barrage, mais ça n’enlève en rien à la beauté des lieux et de la route.
Lieu idéal pour faire un panoramique :
La route nous propose un peu après un petit détour pour aller à un parc qui offre une vue des environs. On arrivera finalement à un parc fermé, mais faire le tour de la barrière permet quand même de profiter des lieux.
Et de faire un autre panoramique :
On roule encore un peu, direction « les palissades ». Évidemment, quand on voit le genre de décor dans lequel on se promène, on sait un peu à quoi s’attendre. Même sans effet de surprise, c’est grandiose !
La bonne nouvelle, c’est que le gars qui fait des panoramiques ne se lasse pas :
L’autre bonne nouvelle, c’est que le ciel se dégage tranquillement pas vite, et que l’ami Hood en profite pour passer dire un autre coucou.
C’est assez impressionnant de voir cette immense barrière puis, un peu plus loin, cette montagne magnifique ! Du coin de l’oeil, à un moment, il m’a semblé en voir apparaître un autre de sommet enneigé. J’en aurais confirmation un peu plus loin, alors que l’on s’arrête au pont de la rivière Crook. Ce qui est amusant, c’est que juste avant le pont, un panneau indique le point d’observation, mais on n’était pas plus inspiré que ça. Sauf qu’au moment de passer le pont, et de découvrir que la rivière, en fait, elle est cent mètres plus bas, on a soudainement changé d’avis !
En fait, il y a trois ponts. L’ancien pont routier, qui est devenu un pont juste pour les piétons, à la construction du nouveau pont en 2000, et le pont de chemin de fer. Tout ça sur fond de montagnes.
Ça prend un mini ajustement dans photoshop, au niveau des montagnes, pour compenser ce que l’oeil voyait, mais que l’appareil photo a perdu. Une fois l’ajustement fait, on apprécie mieux (c’est aussi un panoramique, donc vous pouvez cliquer dessus pour voir encore mieux).
Et si vous décidez de faire quelque chose qui n’est peut être pas tout à fait autoriser (mais en même temps pas interdit) comme par exemple monter sur les rails du chemin de fer pour avoir une meilleure vous, vous aurez, en effet, une meilleure vue :
Et pour compléter, en vrac, les différents éléments du paysage environnant :
Finalement, on ne regrette pas vraiment la pause. La route nous amène juste après dans la ville de Redmond, où l’on fait une grosse pause épicerie dans un Fred Meyers. Oui, je continue à faire de la pub pour leurs tarifs horriblement pas chers, mais très agréable quand on est en voyage ! Ajoutez qu’il n’y a pas de taxes de vente en Oregon (TPS-TVQ au Québec, TVA en France), et on s’en sort avec une énorme épicerie pour un prix relativement raisonnable !
On arrive à Bend juste après. L’idée de base était de simplement traverser, sans s’arrêter, mais je vois cette petite butte, qui m’intrigue beaucoup. Et puis je vois le petit mouvement sur la butte, qui me confirme qu’il y a une route qui monte. C’est fait un peu au hasard, et c’est pas la route direct, mais on arrive au sommet de la butte, d’où l’on peut observer dans l’ordre : Le Mont Bacherlor (première photo), Brocken Top, South Sister et North Sister (deuxième photo), Mont Hood (troisième photo) et Mont Adams (quatrième photo).
Au sommet de la butte, une très gentille madame vient nous parler. Comme bien souvent, c’est la plaque « Québec » qui attire les gens, impressionnés de nous voir si loin de la maison. Elle nous souhaite la bienvenue en Oregon, ainsi qu’un voyage sécuritaire. On la remercie pour tout ses sourires et tout ses souhaits.
Le ciel s’est dégagé complètement, mais le soleil se couche tranquillement. On quitte Bend, et on reprend la route du sud. On tourne à gauche sur la 31, une quarantaine de kilomètres avant de rejoindre la route que j’avais prise, il y a un peu plus de deux mois !!! pour aller à Burning Man. Quarante kilomètres, ce n’est pas beaucoup. Je reconnais le style de paysage avec pas mal d’émotion.
Je vérifie sur la carte : repasser par Black Rock Desert ne serait pas un très gros détour. Le choix est déchirant : découvrir une partie de la 395 que je ne connais pas, ou repasser par Black Rock Desert… ça ne va pas être facile de se décider… par contre, on a reçu des nouvelles de Jane, qui finalement ne pourra pas aller aux Hot Springs. Après une petite hésitation, on a décidé d’y aller quand même. Le détour n’est pas si gros, et nous emmène dans des paysages magnifiques alors…
Une fois de plus, on est dans une National Forest. C’est d’ailleurs plus ou moins les National Forest qui vont rythmer nos journées je pense… c’est quand même bien pratique et bien simple côté hébergement ! La 31 est définitivement très calme comme route, mais juste pour être sûr, on prend un chemin qui s’éloigne encore pas mal dans les bois. Ce soir, on sera vraiment bien tranquille. Et on se boit une petite bière, la « Winter HumBug’r » de la brasserie Mc Tarnahan’s à Portland. Une « holliday porter » bien sympathique, quoi qu’un peu trop légère à mon goût. Les américains ont, semble-t’il, tendance à être trop timide avec leurs bières !
On complète notre petite soirée bien tranquille avec quelques beignes (dans le sens beignets, ne mélangeons pas !), du baileys et un peu de nutella, parce que c’est bon ! On expérimente aussi pour la première fois le duo didgeridoo + flûte. Un mix bien intéressant !
La route jusqu’à Bend… ou presque
En fait, si on y pense, c’était logique : il y a quatre ports principaux sur la côte ouest. Seattle et San Francisco étant les deux plus grands, suivis de Los Angeles et Portland. Qui dit grand port dit transport de marchandises, et dit, par conséquent, trains. Et les trains après ça, ils vont dans l’est, évidemment. En remontant le fleuve Columbia, vu que c’est le principal couloir au départ de Portland. Alors évidemment, loin de l’autoroute, on n’entend quasiment pas les voitures. Par contre, je peux confirmer qu’il passe un train aux 15-20 minutes environ. Sauf, peut être, entre une heure et trois heures du matin, où je pense qu’ils ont fait une pause. Mauvais pour le sommeil ; bon pour l’environnement. C’est toujours ça ! Mais si après ça on rajoute un cauchemar lors de l’un des rares moments où j’ai réussi à m’endormir, ça fait qu’au lieu de rattraper mon sommeil en retard, je cumule un peu la fatigue. Enfin, j’imagine que je survivrais quand même !
Le programme de début de journée est donc déjà connu, puisqu’on a fait du repérage de cascades la veille. En fait, la grande surprise de la matinée, sera le nombre impressionnant de magnifiques chutes dans les environs.
On commencera par une très sympathique, dont j’ai malheureusement oublié le nom. La petite promenade jusqu’au magnifique petit pont est parfaite pour se réveiller !
Juste après, ce sont les chutes Multnomah qui nous attendent. Elles, elles sont un peu à part. Parce qu’elles font quand même 200 mètres de haut, en deux plongeons (185 pour le premier, 15 pour le deuxième). Sauf erreur, ça en fait les deuxièmes plus hautes chutes aux États Unis (mais ça reste à vérifier, j’ai un doute). Ça en fait, ça c’est sûr, les plus hautes en Oregon. Et il est très clair que le magnifique petit pont qui enjambe les chutes basses contribuent à faire de Multnomah l’une des plus belles chutes que j’ai eut la chance de voir jusqu’à présent.
On poussera même l’audace à prendre la balade qui nous amènera au sommet des chutes. Je laisse à un expert en mathématique le soin de calculer le dénivelé impliqué par une telle promenade.
En théorie, c’était les deux seules cascades prévues aujourd’hui, mais une pause cartes postales au magasin de souvenirs nous indique qu’il en reste encore au moins une autre : « Horsetail Falls ». Le sentier pour la voir implique une petite marche à pied des plus raisonnables, que l’on fera avec grand plaisir. Pourtant, je suis perplexe quand on arrive aux chutes. Elles ne ressemblent pas à ce que je pensais, et je pensais à quelque chose de plus grand. Étrange…
Une dame qui passe à ce moment là nous confirme que ce ne sont pas les chutes principales. Il ne s’agit là que d’un petit torrent. Il nous faut continuer encore un peu. On ne regrette d’autant moins que juste après le chemin nous offre un panoramique magnifique sur les gorges et le fleuve
Je comprends, en voyant le visage de Danielle après avoir fait mes photos, qu’elle a le vertige elle aussi. Note pour plus tard : s’approcher un peu moins du bord.
Et puis finalement, un dernier petit virage, et la cascade est là. Chutes de la queue de cheval ? On peut dire que le nom convient plutôt bien ! La chose est suffisamment rare pour être noter : on peut même passer en arrière des chutes !
Et depuis en arrière, en version panoramique, ça ressemble à ça :
On revient à la voiture, bien content d’avoir bien marché et d’avoir vu deux autres jolies chutes. On fera un dernier petit détour avant de reprendre le volant, pour jeter un oeil à l’ancien tunnel, et à des mini gorges (creusées par le torrent qui alimente la première chute).
Un lecteur un peu curieux se fera sans doute la même réflexion que nous : nous avons vu Horsetail Falls juste après un magnifique point de vue sur les gorges. Et nous étions alors au pied des chutes. Mais il faut bien que le torrent continue à descendre jusqu’au fleuve, non ? En effet… c’est pour ça que nous croisons, juste après, Horsetail Falls 2, le retour :
Il est 15h. Nous avons roulé une dizaine de kilomètres environ. Oui, cet enchaînement de cascades et sur une aussi petite distance. En fait, il y en a quelques autres, encore, que nous n’avons pas vues, car elles nécessitaient randonnées un peu plus longues. En fait, il y a un certains nombre de sentier de randonnées extrêmement inspirants dans les environs. Oui, bien sûr, je rajoute dans la liste des « il faut que je revienne un jour ».
On se dit qu’on est déjà pas mal en retard sur les prévisions initiales, et que ça serait bien de rouler un peu. C’était sans compter le barrage juste après ; il semblerait qu’on puisse le visiter, ou au moins y jeter un coup d’oeil. Par curiosité, on va voir. En fait, il y a un petit centre d’informations, moyennement intéressant, d’où l’on peut voir les saumons remonter l’échelle à saumons du barrage. Sauf qu’en cette saison, la plupart des saumons sont déjà rentrés à la maison. Alors au final, on ne verra pas grand chose.
La route le long du fleuve continue à être magnifique, mais on ne s’arrêtera qu’une dernière fois, avant de tourner à droite, en direction du sud, et de la vallée de la Hood River.
Hood River, comme le Mont Hood, qui réapparaît soudainement dans le paysage dans toute sa majesté.
La vallée de la Hood semble bénéficier d’un micro climat plutôt avantageux. Les vergers succèdent aux vergers. Il y a des kiosques de fruits un peu partout. D’ailleurs, on en profite même pour s’arrêter à l’un deux. Une vingtaine de variété de pommes différentes, du miel, de la confiture, et autres spécialités du pays, ainsi que du cidre de pommes, et du cidre de poires. Très bel étalage ! Ce n’est qu’au moment de payer que j’ai confirmation de l’impression que j’avais depuis le début. Il n’y a personne. Juste une petite boîte avec un petit mot « payer ici ». Bon, bin on paie ici alors ! 4 livres de pommes à 99 sous la livre, on laisse un billet de 5 dollars, et on prend deux autres pommes pour la route. Elles sont délicieuses !
Dans le rétroviseur (première photo) c’est le Mont Rainier, qui est apparu en même temps que le Mont Hood pour nous saluer. Lui étant en arrière, les photos sont un peu plus délicate. Mais du haut de ces 14 et quelques milles pieds, il est pas mal très impressionnant aussi !
On rencontre la neige juste après. Juste sur le bord de la route. C’est de la belle neige toute neuve, d’il y a seulement quelques jours sans doute. La température a refroidi. Heureusement, la route est parfaitement dégagée. Parce que je n’ai pas de pneus neiges moi. Je suis parti de Montréal en juillet, j’avais pas vraiment prévu cette option à ce moment là. Les pneus neiges sont bien au chaud à l’appartement… on décide donc de continuer encore un tout petit peu la route, histoire de redescendre un peu, et de regagner quelques degrés. On s’arrêtera quand on rejoindra la route principale Portland-Bend. On est seulement à 100 kilomètres de Portland… on a juste 200 kilomètres de retard sur ce que l’on avait prévu, mais c’est pas vraiment grave pour le moment. Ça peut se rattraper sans trop de soucis.
Comme on est dans une National Forest, pour de vrai de vrai cette fois, on trouve un petit chemin et on s’installe dans un endroit tranquille pour manger nos pattes au fromage. Non sans avoir profité, juste avant, de la combinaison parfaite « montagne enneigée + couché de soleil ».
Fin de la quatrième partie
Si les différentes étapes de mon voyage se sont enchaînés de façon assez visible, quasiment du jour au lendemain, la transition vers cette dernière étape se sera faite sur plusieurs jours. Pour preuve, j’ai ressenti le besoin de faire apparaître la catégorie [le chemin du retour] il y a déjà quelques jours. Mes dix jours à Portland auront très clairement permis un passage tout en douceur, en me laissant planifier la suite et la fin de mon voyage. Comme je l’expliquais déjà, je suis prêt à rentrer, et attaquer le chemin du retour dans ces conditions me fait vraiment plaisir. J’ai hâte de rouler les kilomètres qui m’attendent. Hâte de voir ce que tout cela sera après ! Plein de promesses, en tout cas. Encore deux semaines à jouer les touristes, puis une dernière semaine à « roadtriper » comme un fou. Et ensuite… ensuite ? Aucune idée ! Rentrons d’abord, ensuite, on verra bien ! La poussière devra retomber.
Une dernière grande respiration…
Ça y’est… la voilà qui est là. La dernière journée avant le grand départ. Je suis vraiment heureux de cette pause complètement et totalement imprévue à Portland. Je suis en pleine forme, et j’ai à nouveau hâte d’être sur la route. J’ai aimé m’arrêter, mais il est temps pour moi de repartir. Je ressens l’excitation de rouler à nouveau, et je suis fébrile comme si je n’avais pas voyager depuis bien longtemps. Peut être parce que les trois ou quatre semaines qui s’en viennent s’annoncent passionnantes, intenses, et magnifiques !
Pourquoi Pas ? est retourné au garage ce matin. D’après le garagiste, ils ont reçu une pièce qui n’était pas la bonne, mais ne s’en sont pas rendus compte, du coup, ça ne marchait qu’à moitié. Enfin, après deux heures et demi à attendre, tout remarche à nouveau. Et cette fois, j’ai vérifié !
On va être deux dans le van pendant un bon moment. Plus le temps passe, plus l’intérieur est optimisé. Danielle ne devrait donc avoir aucun mal à trouver sa place. Mais juste pour être sûr, je fais encore un peu de rangement, encore un peu d’optimisation. C’est encore et toujours plus efficace que l’optimisation précédente !
L’après midi passera tranquillement en dehors de ça. J’avance deux trois petits projets, je regarde un peu la route qui s’en vient… j’attends encore des nouvelles de Jane pour formuler un itinéraire final.
J’arrive même à m’ennuyer un peu en fin d’après midi. Ça ne m’était pas arrivé depuis… ouf ! Des fois, ça fait du bien de s’ennuyer. Et ça vient aussi confirmer qu’il est temps de repartir ! Finalement, en fin de journée, on ira faire un tit tour en ville. Au programme : poutine et bières. Yep. On trouve aussi de la poutine à Portland. On en trouve partout. Le Québec va conquérir le monde grâce à la poutine ! Danielle n’en a jamais mangé, mais sait où on peut en trouver. Pas de chance, quand on arrive sur place, par contre, c’est fermé le lundi. La suite du programme consistait à aller à la « Hopwork Urban Brewery » où j’ai donné rendez-vous aux gens de couchsurfing ; si quelqu’un s’ennuie en ce lundi soir et qu’il veut partager une bière, elle sera meilleure avec nous !
On arrive, on s’installe, on commande. Ici aussi ils ont des carrousels de dégustation. Parfait !
Voilà donc à quoi ça ressemble. Celui-ci est particulièrement sympathique en l’occurrence :
Et si vous voulez la légende (la numéro 1, c’est celle à gauche de « hub », et en haut. Donc à 9h15 environ.
La 5 et la 7 sont un vrai délice. Le mélange de 7 céréales dans la stout (5) lui donne une personnalité bien à elle, et le vieillissement dans des vieux fûts de bourbon donne à la 7 une odeur unique, et un petit goût sirupeux des plus agréable. La lager est excellente, d’autant plus meilleure que, comme je l’expliquais déjà par le passé, habituellement les lager ne sont pas vraiment mon style. Évidemment, l’IPA est un vrai petit bonheur, et l’abominable se laisse boire sans problème. À vrai dire, toutes ces bières sont excellentes et on passe un bien bon moment à toutes les découvrir, en grignotant quelques frites, à défaut d’avoir eut notre poutine. Et puis il y a cette petite carte des desserts qui nous fait de l’oeil. Entre la tarte au chocolat et basilique et le brownie servit chaud avec crème glacée à la vanille, le choix est vite fait. On prendra les deux, et le régale sera complet et total. Chocolat basilique, j’avais déjà pratiqué une fois. La deuxième fois me convainc tout autant que la première. Il est temps que je mette ça en application !
La « Hub » est une brasserie particulièrement sympa. Le fait que toutes leurs bières soient bio rajoutent aussi au plaisir. Le propriétaire, en plus d’être un grand amateur de bière, est un fan de vélo, et ça paraît. Oui, remontez voir : le plateau de dégustation est une petite roue de vélo transformée. Côté déco, l’alignement de cadres de vélo en dessus du bar donne un effet des plus sympa aussi.
Excellente bière, excellents desserts, décor agréable, bonne ambiance, on passe une belle petite soirée, mais on se décide à partir après un moment, le ventre bien rempli. Malgré quelques « nous viendrons peut être », il semblerait qu’aucun couchsurfeur ne soit venu.
On découvrira au moment de sortir que en fait non, il y en a bien quelques uns. Ils nous avaient simplement pas trouvé, et attendaient dans un coin, persuadés que l’on était en retard. Du coup, on se rassois, on partage une dernière bière, et on rajoute une petite paire d’heures à discuter, de tout et de rien. Je fais plaisir à tout le monde quand je dis (et je le pense vraiment !) que je préfère l’Oregon à la Californie, malgré la beauté des paysages de cette dernière. J’essaie de m’expliquer un peu, parce que c’est plus une question de feeling que de logique, mais ils partagent aussi ce sentiment. Pour résumer très fortement, on choisit la Californie pour sa carrière, on choisit l’Oregon pour le mode de vie. Ici les gens sont encore plus ouverts, relaxes, tranquilles. Si la Californie est peuplée de Bobo, l’Oregon semble plus la destination des artistes qui veulent s’épanouir tranquillement, loin de toute pression sociale. Ils veulent juste être heureux dans leur petit monde à eux ; un petit monde où tout le monde est le bienvenue. Et franchement, j’aime ça. Ils étaient évidemment tous là samedi soir, à la soirée Halloween. Je n’en reconnais aucun, mais en demandant leurs déguisements, je replace la plupart. Anecdote amusante : à un moment, l’un d’eux raconte qu’il a vu quelqu’un cracher du feu, et qu’il a pu prendre une vidéo. Il ne m’avait pas reconnu. Le monde de couchsurfing est très petit. Moi, je suis content, je vais avoir une vidéo de moi, peut être.
Quitter Portland ne va pas être évident. Heureusement, je commence à avoir l’habitude de quitter des places qui me plaisent. En une année, je suis revenu trois fois à San Francisco, alors que je n’y croyais pas vraiment. Je n’ai aucune inquiétude quand au fait que je reviendrais à Portland également. Quand il ne pleuvra plus. Dans six mois donc ! Ou plus tard.
Rencontrer ces quelques couchsurfers avant de partir me fait bien plaisir et termine agréablement mon séjour ici. On rentre chez Danielle un peu plus tard. Un message de Jane m’attend. Ils seront aux sources chaudes en fin de semaine. Ça finit de compléter ma journée. L’itinéraire du retour est désormais connu, et c’est parfait pour moi. Un peu plus de 6000 kilomètres m’attendent ; je vais voir un peu de désert dans le Nevada, et il semblerait bien que Bryce et Zion réapparaissent soudainement sur l’itinéraire ! Tout cela est parfait. Celui-ci a de fortes chances d’être assez final, vu que mes dates sont de moins en moins compressibles. J’ai hâte de voir tout ça ! La quinzaine de jours tranquilles puis les kilomètres qui défilent semblent se confirmer !
Un autre dimanche biiiiiin relaxe !
Au final, la journée pourrait se résumer à l’aide des muffins anglais avec fromage fondu que Danielle nous a préparé pour le petit déjeuner :
Et le chocolat chaud (chocolat noir non sucré fondu, crème et lait, miel pour sucrer, baileys pour parfumer, cannelle en poudre et en bâton pour rehausser, crème fouettée pour terminer) que l’on boira tranquillement devant la télé en fin de journée.
En fait, j’ai le sentiment que je reprends des forces à Portland. Non pas que je sois fatigué, mais simplement que j’ai besoin de préparer mon retour, et cette longue pause pas du tout prévue s’avère, au finale, parfaite ! L’itinéraire est à peu prêt connu, mais encore sujet à variation. L’inconnu, c’est le détour par le nord du Nevada pour revoir Jane et Rameen. Ils ne sont pas encore sûrs de leur côté. Le connu, c’est qu’à un moment, on arrive à Salt Lake City, et qu’après ça, l’itinéraire est assez facile à faire.
Il me reste environ 6000 kilomètres à rouler, sans compter les probables détour. Ça fait une moyenne de 300 kilomètres par jour pour les 3 prochaines semaine, ce qui va quand même être assez intense. En même temps, la traversée du Kansas, Lawrence-St Louis, St-Louis-Chicago et Chicago-Montréal devraient ressembler à des étapes « on mange du kilomètre ». Donc à priori, les douze prochains jours devraient être assez « tranquilles », avant de terminer sur un dernier petit exercice d’endurance.
Tout cela m’inspire et me plaît bien !
Un dernier au revoir à l’océan
Le petit coin de parking tranquille au milieu de nul part est loin d’être tranquille en fait. En ce vendredi soir, il y a un certains nombre de voitures qui arrivent, qui passent, qui repartent s’en s’arrêter. Ou après s’être arrêté quelques instants. C’est un peu stressant tout ça, mais bon… on fait avec. Jusqu’au moment où la voiture reste juste en arrière du van, en gardant les pleins phares. L’avantage, c’est qu’on devine tout de suite le message, et on sait qu’il va falloir négocier.
Le ranger est très sympa, souriant, agréable et poli. Heureusement, parce qu’avec son look de tueur à gage professionnel, je me suis pas senti rassuré tout de suite. Comme je suis quelqu’un de très malhonnête ces derniers temps, je lui sors un petit mensonge pour expliquer la situation. Il compatit, sourit, nous autorise à rester, et nous souhaite une bonne nuit avant de repartir. Je retourne au chaud dans le van. Le sentiment de culpabilité est à nouveau là, comme la dernière fois. Je l’explique à Danielle. Je n’aime définitivement pas mentir. C’est sûr que ce n’est pas grave, qu’on n’est pas en train de faire quelque chose de mal, qu’on n’est pas méchant… mais mentir est si facile… bref, j’essaie d’éviter les situations qui « m’oblige à », mais ça marche pas tout le temps. Avec tout ça, du coup, je ne dors pas très bien. Et le « toc toc toc, parc ranger » sur la fenêtre du van tôt le lendemain matin n’aide vraiment pas. Ce n’est, évidemment, pas le même que la veille. Et si celui d’hier était vraiment sympa et agréable, lui, par contre, est on ne peut plus antipathique. Je n’aime pas sa façon de tout de suite arriver avec les menaces d’amande (247 $, ça répond à la question que je me posais). Celui d’hier avait commencé par m’expliquer, et s’était limite excusé de nous déranger. Bref, ce matin, étrangement, je n’ai plus aucun remords à mentir. À force d’explications et de discussion, le garde me demande simplement d’aller payer l’équivalent d’une nuit de camping à l’accueil. C’est cher, pour un camping, mais bon ; on fera avec. Il est encore tôt, et j’arrive à somnoler encore un peu, mais j’ai très clairement pas assez dormi. On se lèvera un peu plus tard. Une petite pause pour payer le camping, et on reprend la route, direction Washington à nouveau.
On a pas mal de choses à faire aujourd’hui, et on voudrait ne pas rentrer trop tard à Portland pour se préparer pour la soirée d’Halloween, donc finalement, on ne s’arrêtera pas à Astoria, se contentant de repasser rapidement le pont gigantesque et toujours aussi magnifique par dessus le Columbia. Une fois de plus, je trouve amusant de reprendre la même route, si peu de temps après l’avoir déjà faite. Au moins, je sais déjà où aller. Ça simplifie ! L’objectif, donc : un phare, Danielle n’en ayant jamais vu. La bonne nouvelle, en plus, c’est qu’aujourd’hui, le phare est ouvert, et qu’on peut donc y rentrer, pour un montant des plus modiques. La madame a l’accueil est charmante. Le monsieur en haut de la tour, par contre, est là pour réciter son texte. On sera heureusement sauvé, après une quinzaine de minutes de récitations absolument impossible à interrompre, par l’arrivée d’un couple de visiteurs, qui lui poseront une question, et renverront la machine au début. Heureusement pour nous, on peut en profiter pour s’esquiver. Parce que franchement, sinon, je pense qu’on y serait encore. Sachant qu’avec le déshumidificateur j’entendais un mot sur huit, c’était un peu limite !
On redescend, et j’en profite pour poser une question à la charmante dame de l’accueil. Parce que pour revenir à Portland, on a le choix entre deux routes, une qui passe au nord du fleuve (Washington) et l’autre qui passe au sud (Oregon). Je lui demande donc conseil sur la meilleure route à prendre. Après une discussion d’une dizaine de minutes, la réponse est claire. Il faut faire les deux. Bon… on jouera ça à pile ou face, si ça continue. Et puis on parle encore un peu, de Lewis et Clark, et de leur expédition qui m’inspire toujours autant. Juste à côté d’ici, il y a le deuxième phare, celui du Cap Désapointement, que j’étais allé voir aussi. Mais il y a également un centre d’interprétation sur le voyage des deux explorateurs. J’avais hésité la première fois, cette fois, je me laisse tenté, fortement encouragé par la madame du phare.
Le centre d’interprétation est construit sur l’emplacement d’un ancien fort, destiné à garder l’embouchure du fleuve. Il y a quelques explications militaires, plus ou moins inspirante. À part, sans doute, une anecdote qui vient confirmer la subtilité des militaires. Afin d’assurer la meilleure protection possible, les trois forts des environs n’ont eut de cesse d’être amélioré. Ce qui impliquait, entre autre, l’utilisation de canon toujours plus gros. Le plus gros de tous, Big Betsy, était la fierté locale quand ils l’ont installé. Bien en place, bien réglé, ils ont fait feu pour voir si tout fonctionnait. L’explosion a été magnifique, l’obus a sûrement traversé 6 fois le Pacifique. Tout était parfait, ou presque. Ils ont décidé de déplacer le canon. Le gardien du phare d’à côté n’a pas aimé voir toutes les fenêtres voler en éclat à la première détonation.
La visite du musée est des plus intéressantes. Elle est en deux parties. La première est très factuelle. Du texte, des cartes, les grandes lignes de l’expédition. La Louisiane a été acheté 15 millions de dollars. Ça revient à du 3 sous de l’âcre. Un âcre, c’est 4000 mètres carrés. Le prix du terrain a légèrement augmenté depuis.
L’observation des cartes de l’époque me fait réaliser quelque chose d’assez surprenant : il semblerait que l’exploration du Canada ait été plus rapide que celle des États Unis. Le Canada est quasiment entièrement cartographié, à l’exception de la Colombie Britannique, là où les cartes des États Unis s’arrêtent au Midwest. Bref, Lewis et Clark ont du travail !
Lewis était le secrétaire personnel de Jefferson (un membre de l’American Philosophy Society, dont le but était de rendre la connaissance accessible à tous) à la maison blanche. Le président a passé deux ans à préparer et former Lewis pour la mission qu’il allait lui confier, avec l’aide de quelques autres membres. L’un va lui apprendre la botanique et les rudiments des contacts avec les amerindiens, l’autre lui transmettra des connaissances médicales. Un troisième le formera à l’astrologie et aux mathématiques. Ajoutez à ça un linguiste, qui a expliqué à Lewis comment développer des listes de mots pour communiquer avec les indiens, et enfin un géographe, pour le tracé des cartes. Je retrouve, à nouveau, le petit côté « jeu de rôles », en assistant à la création d’un personnage, parfaitement équilibré. « Mon ami, je voudrais donc t’encourager à partager avec moi la fatigue, les danger et les honneurs ; crois moi, il n’y a personne d’autre sur terre avec qui je partagerais un plaisir égale à partager cette aventure qu’avec toi ». Et hop, c’est fait, Clark embarque. Clark n’a que le titre de second lieutenant. Il ne sera promu capitaine qu’à son retour. Aucun membre de l’expédition n’est informé. Tout le monde pense qu’il partage le commandement au même titre que Lewis. Et les voilà donc parti.
Les petits extraits des différents journaux et des aventures me donnent, une fois de plus, envie de me plonger dans le journal que j’ai acheté. Je m’y mettrais probablement à mon retour à Montréal. Dans ce contexte, le passage à St Louis semble de plus en plus obligatoire sur le chemin du retour.
La deuxième partie du musée est plus « expérimentale », présentant la vie de tout les jours de l’expédition, et invitant les visiteurs à toutes sortes de petites expériences. De « comparer le poids de ces deux pierres de même taille » à « essayer de remplir le canot sans qu’il renverse » en passant par « regardez ce que ça fait d’essayer de viser un oiseau à 100 mètres de distance avec un fusil ». Bin oui, il fallait bien qu’ils chassent pour manger !
Bref, un musée qui, selon moi, est un must pour quiconque s’intéresse un tout petit mini peu au sujet. J’y serais probablement resté plus longtemps, si on n’était pas un peu talonné par la montre. C’est ça d’avoir à faire la fête !
Alors finalement, rassasié d’informations historiques, on remontera dans le Pourquoi Pas ?, qui nous ramènera en un peu moins de deux heures jusqu’à Portland, par la route du sud, qui semble un peu plus rapide.
La formule, c’est «potluck » (tout le monde apporte un petit quelque chose à manger). Donc à peine arrivé, on se met aux fourneaux. Je reste dans le simple et rapide (galette de quinoa, version expérimentale des plus intéressantes, avec purée de tomates et fromage en crème). Danielle, elle, en profite pour utiliser les mûres qu’elle gardait congelé dans son frigo depuis un bon moment. Crumble mûres et chocolat, je peux vous assurer que c’était un véritable délice, et que vous avez raté quelque chose !
Note en passant, les mûres, en Oregon, on en trouve partout, et c’est un vrai bonheur !
Encore un petit cinq minutes pour se préparer, et ce sont deux gothiques qui embarquent dans le van pour aller fêter avec une horde de couchsurfer fous. Ce sera mon seul contact avec la communauté CS de Portland, mais celle-ci semble tout aussi sympathique qu’un peu partout. Joyeuse, enthousiaste, je fais quelques rencontres des plus agréables. Et puis ce n’est pas tout les jours que l’on rencontre un transilvanien nommé Vlad, déguisé en vampire (authentique !) en train de discuter avec un zombie japonais. À la base, une soirée déguisée, c’est vraiment sympa. Mais quand on rajoute en plus un facteur international… Danielle me présente à quelques uns de ses amis, on se promène un peu chacun de notre côté ; je discute à droite à gauche, passe au français une ou deux fois à la demande d’interlocuteur qui veulent pratiquer un peu. Il y a beaucoup plus de gens qui parlent/apprennent/ont appris le français aux États Unis que ce que j’aurais cru. Je passe aussi un moment à parler avec une fille qui revient tout juste de Montréal. Toute heureuse d’ajouter un nouveau contact montréalais dans sa liste, alors qu’elle prévoit déménager là bas. Discussions, grignotages, musique. La soirée avance tranquillement, dans une belle ambiance. La maison se remplit de plus en plus, et finit par déborder, sans pour autant qu’il n’y ait de dérapage. Le seul gars vraiment saoul sera envoyé au lit assez tôt, et arrêtera de déranger. Je cracherais quelques flammes à un moment, pour mon plus grand bonheur, et le plus grand bonheur de plusieurs autres personnes semblent ils. Et puis à un moment, on découvre le sous sol, où sont cachés une batterie, un djembé et un saxophone. Et hop, on repasse en mode « jam ». Sauf qu’impoviser au saxophone, alors que je n’en ai pas touché un depuis ma deuxième colonie de vacance à Astafort (donc y a bin bin bin bin bin longtemps), c’est pas évident. N’empêche qu’on s’amuse bien quand même !
À Portland, les bars ferment à trois heures. Je ne sais pas si c’est une coïncidence, mais c’est l’heure aussi à laquelle le party se termine. En fait, les gens ont commencé à partir tranquillement, les uns après les autres, et finir de vider la maison semble une mission assez simple. Chauffeur désigné par défaut, je suis resté très raisonnable en ne buvant que deux bières. En même temps, j’aurais pu boire plus, et on aurait pu dormir dans le van, amis ça ne me tentait pas plus que ça ! Traverser Portland, juste après la fermeture des bars, avec des gens en costume, à moitié saoul dans la rue, est une expérience assez intéressante, mais j’arrive à éviter tous les zombies qui se jettent sous mes roues.
Je n’ai pas sorti mon appareil photo de la soirée, mais je devrais être capable de récupérer quelques clichés, à un moment ou à un autre.







































































































































































































































































































































































