Tête en bas

Down under wandering. Archipelagoes to islands; beaches to deserts; mountains to cities.

Confest... ils ont essayé de changer ma vie.


  • English: Confest... they tried to change my life
  • Français: Confest... they tried to change my life

« Tu verras ; Confest va changer ta vie ». J'ai entendu ça a plusieurs reprises déjà. En fait, j'ai entendu beaucoup de choses à propos de Confest, et j'étais vraiment intéressé de participer à l'un des principal festival hippies en Australie. Pas que je sois un hippie moi même, mais il y a généralement beaucoup de choses intéressantes à découvrir et apprendre dans ce genre de festival. Rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles philosophies, de nouvelles façons de vivre. Tout cela fait parti de mes nombreuses raisons qui font que j'aime voyager. Ma précédente, et seule expérience, de ce genre de festival était Burning Man. Et celle ci a changé ma vie, en effet, d'une façon que je n'essaierais même pas de décrire.

Confest se déroule deux fois par an. Pour le long week end de Pâques et pour le jour de l'an. Au milieu de nul part (ce qui peut être un peu n'importe où quand vous voyagez en Australie !). J'y suis allé avec beaucoup d'attentes. J'en suis revenu avec de la tristesse et de la déception.

De la tristesse ? Pourquoi exactement ? Difficile à expliquer… j'ai trouvé à Burning Man un temple de la créativité, de l'originalité et de l'imagination. Un endroit où les nouvelles idées foisonnaient. À Confest, la grande majorité des ateliers tournent autour des mêmes thèmes. Ouvrir son coeur, être en harmonie avec soi même, apprendre le yoga, manger mieux… je n'ai absolument aucun problème avec tout cela. J'aime les hippies, j'aime leur mode de vie, mais je leur reproche de toujours vouloir s'enfermer dans les mêmes boîtes. Comme s'il n'y avait qu'un seul mode de vie alternatif, comme s'il n'y avait qu'une seule façon d'être en paix et en harmonie avec soi même. Faire une demi heure de yoga en se réveillant, manger de la nourriture équilibrée, méditer, se connecter à son moi intérieur. Je trouve tout cela affreusement compliqué. Ne peut on pas être en paix sans faire tout cela ? Suis-je à ce point déséquilibré ? Pourtant, j'avais le sentiment totalement opposé…

J'aime sourire aux étrangers. J'aime être heureux avec moi même, et j'avoue que je trouve cela triste de voir que certaines personnes ont besoin de quelqu'un pour leur dire « souris aux gens, soit heureux, aime ton prochain ». Peut être parce que cela me paraît si naturel… je n'ai pas besoin que quelqu'un me répète pendant une heure à quel point je suis quelqu'un de bien. Je le sais déjà. Présomptueux ? Sans doute un peu…

Je me suis rappelé une expérience que j'avais vécue, il n'y a pas longtemps. Quelqu'un qui me disait « complimente les gens, ça t'aidera à les arrêter pour leur parler, et ensuite leur vendre ton produit ». Je me suis senti exactement avec la même contrainte. « Tu es à Confest, tu dois aimer ton prochain, et le lui dire ». Non. Désolé. Je veux dire ce que je ressens à mon prochain quand je le pense, quand je le ressens, quand j'en ai envie. Pas parce que je suis à Confest. De la même façon, complimenter quelqu'un perd soudainement tout son naturel. « Il est bon, il m'aime, il est tellement dans l'esprit de Confest ». Non, je ne suis pas dans l'esprit de Confest. Je suis juste moi. Mais ça, tu ne veux pas le voir. Tu veux simplement me voir dans une boîte…

Tout ces clichés m'ont profondément gênés, parce qu'au final, il y en avait trop. J'ai finalement compris ce qui me dérangeait le dimanche soir. Il y avait deux jeunes filles qui s'amusaient comme des folles avec des poïs lumineuses. Elles n'étaient pas particulièrement bonnes, mais elles avaient énormément de plaisir. C'était simple, plaisant, drôle. Et je me suis alors rendu compte que c'était la première fois que je voyais des gens s'amuser. Jusqu'à présent, je n'avais croisé que des gens qui ne cherchaient qu'à être des hippies. Il fallait absolument se connecter à son moi intérieur, il fallait absolument sourire à son prochain, il fallait absolument faire des câlins aux inconnus. Tant de contraintes monstrueusement compliquées, alors que je venais juste chercher des échanges tout simple. Je voulais juste m'amuser, fêter joyeusement. Tout cela était beaucoup trop sérieux à mon goût. Comme si chacun ici avait sa liste de choses à faire, la même, pour profiter à fond de Confest. Tous dans le même moule…

Ne me faîtes pas dire ce que je ne dirais pas : j'ai aimé Confest, et j'en ai profité pour faire quelques expériences. J'ai participé à un rassemblement spontané (mais programmé à une heure précise, le concept surprend un peu) qui m'a montré une fois de plus à quel point une foule était un instrument de musique magnifique. J'ai aussi participé à un « couloir d'amour ». J'ai oublié l'appellation exact. Les gens s'alignent sur deux rangés, formant un tunnel que l'on traverse les yeux fermés. Pendant que l'on avance, les yeux fermés, des dizaines d'inconnus nous répètent des mots d'amour. L'expérience est des plus intéressantes, et relativement bouleversante, tellement certaines personnes semblent parfaitement sincère. L'intonation est parfaite, la voix est belle… on a juste envie de rouvrir les yeux, de s'arrêter, de rencontrer cet inconnu. Jusqu'à ce que l'on réalise que tout cela n'est qu'artificiel. Pour moi, c'est une façon de banaliser l'amour, de le désacraliser complètement, en faisant de « je t'aime » juste quelques mots que l'on peut dire à n'importe qui. Je ne veux pas qu'un(e) inconnu(e) me dise qu'il m'aime. Je veux savoir que cette personne veut apprendre à me connaître, veut savoir qui je suis. Je veux rencontrer des personnes qui s'intéressent à moi… quand aux parents qui font participer leurs enfants à ce genre d'expérience, je garderais mes commentaires pour moi. Mais je n'ai vu que des enfants qui n'étaient pas bien, qui se sentaient agressés et oppressés, et qui n'avaient aucune envie d'être ici.

L'une de mes plus grandes déceptions vient de l'absence complète de didgéridoos à l'événement. Le seul que j'ai entendu jouer pendant les 4 jours de Confest… était le mien. Non, en Australie comme ailleurs, les hippies sont adeptes du djembé. Je n'ai absolument rien contre cet instrument. Après tout, j'adore en jouer moi aussi. Mais il me semblait qu'en Australie, au milieu de gens intéressés à être en connexion avec la terre, avec leurs racines, il n'y avait rien de plus naturel que le didgéridoos. Comble de l'ironie, alors que je faisais mon possible pour faire entendre mon didge au milieu d'un cercle de djembé autour d'un feu, quelqu'un est venu me taper sur l'épaule pour me dire « excuse moi, on voudrait installer deux percussionnistes ici ». J'ai failli lui répondre que je jouais de la musique moi aussi, et que l'instrument que j'avais méritait plus de place au coin du feu qu'une percussion africaine. Ne voyant pas l'intérêt, j'ai préféré partir, désabusé et désillusionné. Eux aussi se prenaient beaucoup trop au sérieux.

La conclusion m'est arrivée le dernier jour, alors que j'assistais à un dernier atelier avant de partir. « Les contes de fées, et comment les utiliser pour guérir nos blessures ». L'atelier, très intéressant soit dit en passant, s'est terminée par un exercice de visualisation, destiné à nous faire voir notre monstre intérieur, pour qu'il vienne nous délivrer un message. L'exercice a particulièrement bien marché, et j'en ai été le premier surpris. Tout aussi surpris de voir la forme que revêtait mon monstre intérieur. Une image que j'avais oublié depuis bien longtemps, et qui datait de mon enfance. Les plaisirs du subconscient. Le message qu'il venait m'apporter était simple. « Je suis parti il y a bien longtemps, tu es en paix avec toi même ».

Peut être que tout le problème réside dans cette phrase. Je suis en paix et en harmonie avec moi même. J'ai trouvé un équilibre qui ne passe ni par le yoga, ni par la méditation, ni par les sourires forcés. Mes sourires sont sincères et naturels, parce que je suis naturellement en paix. Je suis libre. Voyage en suivant le vent, et avance à mon rythme. Je suis un hippie qui n'a aucune attache matériel, qui aime son prochain sans que l'on ai besoin de lui rappeler, et dont le sourire intérieur est auto alimenté. Je suis moi, je suis heureux, et j'aime partager mon bonheur.

One Response to “Confest... ils ont essayé de changer ma vie.

  1. July 29th, 2013 at 9:00 pm

    Rue du Pourquoi Pas » Blog Archive » Rêvons un peu says:

    […] L’Australie, justement, m’avait appris à me méfier. Il y avait le risque d’une déception comme au Comfest, ou d’une expérience magnifique, comme au Wide Open Space et au Barunga Aboriginal Festival. […]

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