Les Oubliés

Le temps d'une dernière petite virée dans l'Ouest.

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Le gars qui s’essaie au Stop

Les 20 kilomètres qui me séparent du camping de « Green Point » me prendront une heure et demi. Une première personne s’arrête après une vingtaine de minutes d’attente. Il m’avance de quelques kilomètres, mais c’est toujours ça. Je ne comprends toujours pas le comportement des gens. J’aimerais bien dire à ceux qui me font signe qu’ils ne vont pas loin, que « pas loin » c’est une destination parfaite pour moi. Si 5 personnes me font faire 4 kilomètres chaque, c’est parfait, je suis rendu. Je comprends encore moins ceux qui vont juste me dire « bonjour » de la main. Est-ce une façon de me narguer ? De me dire « oui oui, je t’ai vu, mais en fait je ne m’arrête pas ». Il y a aussi ceux qui me regarde avec dédain, ou avec pitié. Les automobilistes sont des créatures étranges.

Et puis finalement, alors que je commence à me dire que quitter Tofino va être encore plus dur que s’y rendre, une autre voiture s’arrête. Emry peut m’amener jusqu’au camping ; c’est parfait. Quand je lui parle de mes longues attentes, il semble assez surpris. En même temps, il me rappelle – à juste titre- que voyager sur le pouce implique d’être zen et pas pressé. C’est la première fois que je voyage comme ça, et à priori, c’est juste pour quelques temps, sur l’île de Vancouver uniquement. Mais il est vrai que je suis un peu serré par le temps, et que j’aurais peut être du me donner un peu plus de marge de manoeuvre. Je serais peut être moins stressé. Il n’empêche que j’ai du mal à me considérer en voyage quand je reste debout sur le bord de la route à avoir mal au bras à force de le lever pour chaque voiture !

J’essaierais d’affronter le voyage jusqu’à Victoria avec plus de zenitudes…

Jim, Katelyn, Tom et Dylan

Voyager, pour moi, ça a toujours été centré sur les rencontres. Et faire du pouce, à vrai dire, m’a toujours paru une bonne façon de faire des rencontres. Ça présente aussi l’avantage d’être pas mal plus économique que la location de voiture. Mes précédentes expériences en stop n’ont jamais été vraiment concluantes, mais je voulais quand même y croire. Après tout, j’ai ramassé tellement de pouceux l’été dernier avec le Pourquoi Pas ? que ça pouvait bien être le moment où Dieu me le rendait au centuple !

Alors que les quais de Nanaimo approchaient, je me suis dirigé vers le pont des voitures. J’ai slalomé entre les véhicules, arborant fièrement mon petit bout de carton avec écrit « Tofino ». Il y a eut ceux qui ont évité mon regard, ceux qui se sont excusés de ne pas aller dans la bonne direction, ceux qui m’ont superbement ignoré, et celui qui est venu me voir en me disant « je ne fais pas jusqu’à Tofino, mais je te fais une ride sur un bout du chemin si tu veux ».

En fait, il me faisait faire les 40 premiers kilomètres, et m’approchait de l’unique route allant jusqu’à Tofino.

Mes inquiétudes ont commencé à s’envoler. J’avais quitté Montréal avec la ferme intention de célébrer l’été en jouant de la flûte sur le bord de l’océan Pacifique. Le défi était de taille, mais me semblait quand même réalisable.

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Une fois quitté le port à tendance très industriel, le paysage devient très vite intéressant. Les échanges avec Jim, par contre, le sont un peu moins. Il ramène le pickup de son fils ; la marche pour monter (c’est le cas de le dire) devait pas être loin de un mètre. Je vous laisse imaginer la taille de la chose. Il en était fier, à priori, de son gros camion, vu qu’à chaque fois que quelqu’un passait un peu trop prêt, ne lui dégageait pas la route longtemps à l’avance, il répétait « tu joues avec ta vie là, j’ai ta vie entre les mains ». Oh, pas comme un gros beauf agressif. Mais quand même un peu dérangeant sur les bords…

Il m’a déposé sur l’ancienne route de Tofino. Huit kilomètres plus loin, je devais être capable de retrouver la route principale. Sauf que ce petit axe secondaire était pas mal moins fréquenté ; et les voitures qui passaient ne s’arrêtaient pas. J’ai vite senti ressortir mes vieilles hantises de rester pogner à une place sans être capable d’en repartir.

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170 kilomètres, c’est bien pour Tofino…

Et puis finalement, c’est Katelyn qui m’a sauvé après 40 minutes de marche (avec le sac, évidemment). Elle a commencé par me dépasser avec un petit sourire d’excuse, avant de s’arrêter, 200 mètres plus loin. Sans doute se sentait elle trop coupable. Elle n’allait pas à Tofino, mais au moins, elle m’a avancé jusqu’au prochain carrefour.

J’ai commencé à y croire, d’autant plus que je n’ai eu à attendre que 5 minutes avant que Tom ne s’arrête. Finalement, peut être bien que j’allais avoir droit à un coucher de soleil sur le Pacifique pour le solstice d’été !

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Tom m’a donné quelques minis infos touristiques, notamment à propos de Cathedral Cove, que l’on a traversé. Encore des arbres géants ! J’essaierais de m’y arrêter au retour.

Il m’a finalement déposé à la sortie de Prince Alberni. Quand une nouvelle voiture s’est arrêtée après à nouveau seulement 5 minutes d’attente, j’ai commencé à croire à nouveau au Stop comme moyen de locomotion également à disposition des hommes voyageant seuls. Et puis faut dire que la voiture de Dylan avait quand même une certaine classe !

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On dit que voyager est source de nouvelle expérience. J’ai toujours été en accord avec cette affirmation, même si je ne pensais pas que le pouce me permettrait de faire ma première balade en Porche Carrera ! Hormis le fait qu’il faut avancer le siège du passager au maximum pour pouvoir réussir à glisser un gigantesque sac à dos à l’arrière, je n’ai pas grand chose à dire. Le bruit du moteur est, en effet, sympathique. Mais en tant que passager, j’aurais pu être dans une Echo ou une Clio, je suis pas sûr que ça aurait fait une grosse différence…

Dylan non plus ne pouvait pas m’amener très loin. Il m’a déposé à la station service qui sert de dernier point de ravitaillement avant les 100 prochains kilomètres de nature sauvage et hostile. Presque tout les gens qui s’arrêtent à la station vont à Tofino. Endroit idéal, donc.

En théorie.

Après une demi heure d’attente, j’ai compris que c’était rapé pour le couché de soleil.

Après une heure d’attente, et un grand nombre de voiture, j’ai commencé à me demander après combien de temps je perdais espoir.

Après une heure trente d’attente, j’ai eut la chance de voir un aigle à tête blanche. Puis un deuxième. Puis les deux ensemble, en train de se battre. Même s’ils étaient magnifiques, j’aurais préféré avoir un lift.

Après deux heures à admirer la station service et à avoir mal au bras à force de le lever, après avoir eut le droit à un certains nombre de messages de soutien venant de personne n’allant malheureusement pas dans la bonne direction, j’ai craqué. Avec le décalage, il est passé une heure du matin pour moi. Pas vraiment une heure pour continuer à faire du stop. Et puis si quelqu’un s’arrête maintenant, ça veut dire que j’arrive à destination vers 23h30. Dans le noir complet, à un endroit que je ne connais pas du tout. Pas top.

J’hésite encore un peu. J’avais repéré, en arrière de la banque à côté de la station service, un endroit qui semblait pas pire pour planter la tente. Un peu isolé, un peu tranquille. Je me décide finalement à aller voir, mais ce n’est pas concluant. Je vois une voiture arriver. Je décide de donner une dernière chance à mon pouce. Je coupe à travers le fossé. Je n’ai pas pensé une seule seconde qu’il pouvait être plein de bout. Une chaussure dégueulasse, l’autre pas terrible, une jambe de pantalon salie, et une voiture qui ne s’arrête pas.

Je crois qu’il y a un camping un peu plus loin. Je marche. Et puis je passe devant la caserne des pompiers. Il y a de la lumière, et surtout un petit coin de terrain très joli, avec un petit sapin au dessus. Je demande s’il y a quelqu’un. Après plusieurs tentatives, j’ai finalement une réponse.

J’explique mon malheur ; je demande si je peux monter la tente sous le sapin. On me sourit, on me dit « oui oui bien sûr », et je me retrouve, assis en tailleur, le portable sur les genoux, à me plaindre de ne pas avoir pu voir un coucher de soleil sur le pacifique ce soir ! Et surtout, à me demander si j’aurais plus de chance demain…

Le sac à dos est prêt.

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Il y a à peine plus d’un an, j’écrivais « L’idée de déménager moins d’une semaine avant de partir en vacances à ceci d’intéressant qu’elle évite de penser au déménagement à gérer quand on va revenir… la contrepartie, c’est qu’il devient beaucoup plus difficile de planifier, d’organiser et de préparer un blog de voyage… ». C’était juste avant de partir en Californie. Cette année, je dois bien reconnaître avoir réussi à faire encore pire, puisque ce n’est pas un simple déménagement que j’avais à gérer mais un départ de Montréal pour une durée inconnue. Mais cela est une autre histoire, qui n’a pas encore commencé.

Comme d’habitude, le blog est prêt. Je suis de plus en plus au point à force de multiplier les carnets de routes. Nouveau départ, donc. Je réalise un nouveau rêve. Je pars avec un simple sac à dos, et une tente. Chaque voyage me voit un peu plus léger que le précédent. J’ai revendu le van encombrant. Je suis rendu pour de bon, cette fois, au strict minimum. Pas pour très longtemps. À peine plus de deux semaines. Au moins, je verrais si j’en suis capable, ou si ce type de voyage n’est pas pour moi.

Le plan de match est simple. Départ de Montréal mardi 21 juin à 10h15. Arrivé prévu à Vancouver à 12h42. De là, une petite balade en skytrain suivie d’une autre balade en autobus. J’embarque sur le ferry direction Nanaimo, et si tout se passe bien, je trouve à bord des gens qui m’amèneront jusqu’à Tofino. Ou qui me feront faire un petit bout de route. J’espère quand même réussir à me rendre là bas. Après tout, ne serait-ce pas un bel endroit pour admirer le premier couché de soleil de l’été ? On verra bien.

Ensuite, je redescends sur Victoria, ferry pour Seattle où je passe quelques jours. Train ou pouce pour Portland, et après, on improvise !

Beau programme, qui présente l’avantage d’être on ne peut plus simple !

Un dernier saut

J’ai eut la chance au cours des deux dernières années d’aller assez régulièrement dans la côte Ouest. Une première fois pour explorer les rocheuses, une autre pour découvrir la Californie, et enfin une troisième fois, pendant beaucoup plus longtemps, alors que je sillonnais la région à bord du Pourquoi Pas ?.

Ces différents voyages m’ont donné tout le temps nécessaire pour tomber en amour avec la côte Ouest et plus particulièrement avec l’Oregon. Pourtant, au cours de ces visites, le hasard m’a fait passer à côté de plusieurs expériences que j’aurais bien aimé vivre. Je pense notamment à l’île de Vancouver, qui reste toujours un mystère, à Seattle, que je n’ai vu que de loin, depuis l’autoroute, ou encore au Mont Hood, dans la majesté me laisse rêveur.

Pour moi, l’été s’annonce particulièrement rempli. Dans une semaine, je n’aurai plus d’appartement et ma vie devra alors tenir dans un sac à dos. Après avoir vécu 10 ans à Montréal, j’ai en effet de reprendre la route, et de partir découvrir de nouveaux cieux. Trois mois en Europe, puis l’Australie et enfin la Nouvelle Zélande. Mais cela, c’est une autre histoire, que je raconterais en temps et en heure.

J’ai longuement hésité, avant de me décider. Ma fidélité à une certaine compagnie aérienne offrant des primes cadeaux m’a permis de m’offrir un aller-retour à un tarif défiant toute concurrence. J’ai donc choisi de me laisser tenter. Cette fois-ci, l’objectif avoué est très simple : voyager de la façon la plus économique possible. Ma vie dans le van m’a appris à me contenter de peu. On verra si j’arrive à baisser encore mes exigences.

Le programme est simple : Montréal – Vancouver le 21 juin, Portland – Montréal le 8 juillet. Entre les deux ? L’Île de Vancouver, sans doute, ainsi que Seattle et l’Oregon. Peut être un détour par le National Rainbow Gathering. Et plein d’autres surprises, bien évidemment…

Le départ est dans 8 jours et le voyage, comme d’accoutumé, sera documenté par un blog de voyages. Textes, photos, pensées, ressentis, etc…

Bonne lecture et bon suivi !

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