Les Oubliés

Le temps d'une dernière petite virée dans l'Ouest.

Aujourd’hui, on roule !

J’avais un mauvais feeling au moment de me coucher hier au soir. Je sais pas pourquoi, je me sentais pas en sécurité. Sans doute la faute au jeune homme devenu trop citadin, qui se sent rassuré d’avoir la lampe de la caserne de pompier juste à côté de sa tente. Et puis finalement, je me suis plongé dans mon livre. Les histoires d’assassinat, de gens que l’on laisse mourir, et autre joyeuseté du genre mon aidé à me sentir mieux. Je me suis finalement endormi sans problème.

Pour me réveiller en sursaut au « toc toc toc » sur la vitre. La nuit était terminée ; il faisait déjà un peu jour. J’ai vu dehors un latino à l’air sympathique. Je ne me suis pas posé de questions, j’ai ouvert la porte. « Excusez-moi, est-ce que vous pouvez déplacer votre voiture, j’aurais besoin de manoeuvrer mon camion ».

Oui, certes, ça surprend. On me l’avait pas encore faite, celle là, dans la liste des toc toc toc sur la vitre. Je regarde. Il y a en effet un énorme semi remorque garé un peu plus loin. Je me demande bien comment il a pu arriver jusqu’ici, alors que le petit chemin de terre était relativement étroit, par endroit, pour la voiture. Il y a aussi deux vans, et une horde de latinos, sans doute des mexicains, qui attendent. Va pour mon ouïe digne de celle d’un nain cherchant à protéger des hobbits dans des forêts elfiques ! Il y avait, certes, juste à côté de l’endroit où l’on s’est installé, une grande quantité de sac en plastique, remplis de pommes de pins. Nous en déduisons qu’ils viennent pour les emporter. J’accède comme je peux au siège du conducteur, et vais garer la voiture un peu plus loin. On arrive même à se rendormir sans problème.

Au deuxième réveil le bon celui-ci, le camion est encore là, mais il ne bouge pas. Vue la horde de moustique (on entendant un bourdonnement constant quand on est dehors) on décide de trouver un endroit plus tranquille pour le petit déjeuner. Voiture en position jour, puis on part. En fait, si le camion est encore là, c’est parce qu’il semble embourber. On ne sait pas trop quoi faire. On pense pas vraiment pouvoir faire quelque chose en fait. On continue donc.

Quand on s’arrête, une dizaine de minutes plus tard, Danielle découvre qu’un de ses sacs n’est plus dans la voiture. On a beau cherché partout, dans tout les coins, il n’est définitivement pas caché dans la voiture. Un demi tour, on redit bonjour aux latinos, qui ne semblent pas vraiment dans une meilleure situation. Le sac manquant est là, attendant sagement sur une souche. Il a du tomber à un moment où les portes ont été ouvertes. On le récupère, et on repart encore. Pour de bon cette fois. Un dernier au revoir aux magnifiques montagnes enneigées.

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Et puis on roule.

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On arrive à Silver Lake sur l’heure du midi. L’idée première est d’achetée une ou deux petites choses rapidement à l’épicerie, mais voilà que j’ai une envie soudaine de hamburger. La madame de l’épicerie nous confirme qu’il y a un restaurant un peu plus loin.

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Silver Lake est loin d’être une capitale nationale. En fait, à part des micros villages, il y a pas grand chose par ici. Je n’en reste pas moins impressionné qu’il y ait quand même quelque chose ! Parce qu’à part rien, au niveau ressource dans les environs, y’a rien…

On est servi par une fille qui doit avoir douze ou treize ans, vu son physique d’adolescent. Pourtant, son visage semble beaucoup plus vieux. « Usé par le désert » comme on dit souvent, même si ce n’est pas tout à fait le désert. C’est plus le vide que le désert… et puis elle parle comme une adulte. C’est vraiment étrange. Grande et mince, avec des os qui semblent prêt à casser. Elle semble être ici parce que c’est sa place. Et c’est sa place parce que c’est la seule place. Pour la fille des propriétaires du restaurant, il n’y a pas d’alternatives autres que devenir la serveuse du restaurant. Puis la propriétaire, dans une vingtaine d’années. Sa vie semble déjà écrite sur son visage. Elle l’a complètement accepté. Je l’imagine avoir un petit frère. Un petit frère de six ans, qu’elle aime plus que tout, et qu’elle protégera contre tout ce dont il a besoin d’être protégé. Le soir, elle lui raconte des histoires pour l’aider à s’endormir. Elle change souvent d’histoire, même si elle en a une préférée. C’est l’histoire d’une grande soeur et de son petit frère qui vivent dans un petit village. Un jour, les parents meurent dans un accident de voiture. Ils deviennent orphelin. Plutôt que d’être confié à un oncle qu’ils ne connaissent pas, ils s’enfuient. Ils partent vers la côte, ils vont voir l’océan. Leur voyage est plein de péripéties, mais finalement, ils arrivent sur la côte magnifique du Pacifique.

Oui, la petite serveuse lit cette histoire très souvent à son petit frère. Évidemment, elle ne souhaite pas la mort de ses parents. Elle sait qu’ils y sont pour rien dans la vie qu’elle mène actuellement. Tout comme ils ne peuvent rien y changer. Jamais elle ne quittera ce petit village. À la place, elle rêve que son frère devienne un grand joueur de football. Alors lui, au moins, il pourra partir.

Je passe le repas avec toutes ces images dans la tête. Plus ou moins floues. J’observe régulièrement la petite serveuse, qui correspond tellement…

Si les frites sont moyennes et les croquettes de patates sans plus, les hamburgers, eux, sont excellents. Il faut dire qu’ils les tuent juste avant de les servir, ce qui garantie une fraicheur inégalable !

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Et puis on roule.

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Les kilomètres s’enchaînent les uns après les autres. La voiture bloquée entre 90 et 100 km/h, selon mon humeur. Ce paysage, ce vide, me fascine. Une fois encore, je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi j’adore un paysage comme ça, alors que les Prairies me laissent de marbre.

Le soleil tape. Il fait chaud, le ciel est bleu, on est bien. On fait une petite pause sur le bord d’un lac. Le temps d’admirer le paysage un peu changeant, et de dire bonjour à une libellule.

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Et puis on roule.

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Summer Lake fait une remarquable apparition sur notre gauche, mais à mon grand regret, il sera impossible de l’approcher. Il restera toujours un peu en retrait de la route.

Et puis on rejoint finalement la 395. Cette 395 qui me fascine tant, dont j’ai roulé de si nombreux segments. Cette partie là, je l’ai déjà faite, mais ça ne durera pas. On part vers le nord, avec des promesses de paysages encore inconnus !

Et pour faire changement, on roule.

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Au tour de Albert Lake de faire son apparition, puis de rester en arrière. Le paysage est beaucoup plus vert que dans mes souvenirs. Le lac me paraît plus rempli. Sans doute parce que nous sommes au début de l’été, alors que c’était déjà le milieu de l’automne lors de mon précédent passage. On retrouve l’air de repos où l’on avait passé la nuit, et où une chauve souris avait assisté incrédule -et déboussolée- à notre concert de flûte + didgéridoo.

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Et puis on roule, encore et toujours.

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Ça fait un bon moment que j’ai laissé taire mes scrupules, et qu’on est sur la clim. Je m’autorise à penser que vue la température externe, c’est quand même justifié !

Et puis finalement, on arrive à Burns, la « grande ville » locale, où je trouve pour la première fois une connexion internet depuis le départ de Portland. On fait une petite pause rapide, vérification d’email, mis à jour, tout ça tout ça, mais on ne s’attarde pas. Dans une trentaine de kilomètres commence « Malheur National Forest ». Certes, le nom n’est pas très inspirant, mais ça sera quand même là qu’on dormira !

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La route continue en suivant un très beau canion, mais le soleil déclinant complique un peu la tâche du photographe.

Un petit chemin inspirant sur la gauche, un petit kilomètre, un endroit très sympa, la voiture est arrêtée. Heureusement, parce que je suis un peu tanné de rouler rendu là !

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Les moustiques ne sont pas encore tous sortis. Danielle en profite pour aller faire une petite marche, moi pour continuer mes mises à jour, assis dans la poussière. Petite soirée tranquille en perspective !

One Response to “Aujourd’hui, on roule !”

  1. July 6th, 2011 at 4:10 am

    Caly says:

    Belle et triste, l’histoire de la petite fille, et de son encore plus petit frère…

    J’espère que tu n’es pas le seul à rêver, qu’elle aussi elle rêve, quand même.

    “Si nous ne rêvons pas que le monde va changer, le monde ne changera pas.” Serge Utge Royo, cité de mémoire.

    Pis pourquoi ya (presque) toujours que moi qui écris des commentaires ?

    ;-)

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