Premier vrai sommet à vie…
Il nous reste une dernière ascension. C’est tout droit, dans l’éboulis. Je marche toujours devant ; je crois qu’en plus, ça m’arrange un peu. J’ai moins de stress en ayant personne devant moi. Monter ne me dérange pas, mais je regarde de temps en temps en arrière. Je sais parfaitement qu’il va me falloir redescendre tout ça, et ça glisse quand même un peu. Plus on monte, plus je me fais du soucis pour la descente, persuadé que je vais vraiment détester ça. Il y a même un moment où j’hésite, où je me dis que je monterais sans problème, mais que je pourrais bloquer au retour. Pourtant… on est quasiment rendu, alors je prends une chance. Je ne vais pas m’arrêter à chaque fois juste avant le sommet ! On n’est pas très loin des trois milles mètres. Ça paraît. Je continue à contrôler très bien ma respiration, mais je monte de moins en moins vite, et j’ai quand même le souffle un peu court.
Et puis je passe finalement la dernière roche. Devant moi, c’est le vide, puis un paysage à l’infini. Une barrière de montagnes, puis une autre en arrière, et encore une autre. Le genre de paysage que l’on ne voit normalement que depuis un avion. Je reste sans voix. En fait, il n’y a tout simplement rien à dire. Je tourne sur moi même. D’où je suis, j’ai le choix entre deux falaises, une descente très raide qui se termine sur une falaise, ou le chemin que l’on vient d’emprunter. Pour la première fois de ma vie, je ressens enfin ce moment de plaisir d’atteindre un sommet. J’ai aucune idée de combien on a monté. Tout ce que je sais, c’est qu’on est probablement au dessus des 3000 mètres, et que ça fait un peu plus de six heures que l’on grimpe. Je suis animé par un sentiment de pleinitude complète et totale. On discute, on admire, on prend des photos. Il y a un pot étanche avec un carnet pour écrire, pour laisser notre marque. Ici aussi. On laisse chacun un petit mot, et puis on mange enfin. Des six barres de céréales, il ne m’en reste qu’une. Elles m’ont poussé exactement comme il fallait tout au long de la montée, mais je dévore la salade de riz en quelques instants.











