Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 23rd, 2015
  • Nous avons pris la route. Vers l’est. Direction Cap Code. Deux vans, quatre voyageurs, et un enthousiasme inqualifiable.

    Le premier van, « Gros Luxe » est immatriculé au Québec. Propriété de Princesse Boulette, c’est le croisement entre un tank et un char d’assaut. Mais s’il consomme un camion citerne au cent kilomètres, il a le luxe que mérite une princesse. Et surtout, il est entièrement aménagé main par Boulette. Boulette, elle est au Québec depuis quelques mois. Elle s’est achetée un van, et elle veut faire le tour de l’Amérique avec. Pour l’instant, elle a fait la Gaspésie. Boulette n’avance pas vite, et elle a bien raison. Boulette, elle a son blog, et c’est par là : http://atroispieds.net

    Le deuxième van, « Shambala » est immatriculé en Colombie Britannique. Propriété de Princesse Gavroche. Oui, j’ai décidé que je ne voyageais plus qu’avec des princesses désormais. C’est un petit cousin du Pourquoi Pas ?. Et oui ! Modèle Dodge Caravan. Le fidèle lecteur habitué et à bonne mémoire se rappellera que le Pourquoi Pas ? était un Dodge Cargovan. Donc un peu pareil, mais plus gros. Moteur un peu plus puissant, suspension un peu plus solide. Et dans le cas du Pourquoi Pas ?, avec un aménagement de Westfalia à l’intérieur. Dans le cadre du Shambala, par contre, ça ne rentre pas. Aménagement fait main aussi. Beaucoup plus rudimentaire. Une couchette, et des coffres de rangement au dessous. Pas beaucoup de place, mais c’est suffisant pour deux personnes qui n’ont pas envie de s’entre-tuer. Ce qui n’est pas encore le cas pour Gavroche et moi. Tant mieux. Parce que c’est avec elle que je suis sensé continuer le voyage par la suite. Elle a un blog, elle aussi. Elle va bientôt avoir un an de retard. Mais quand même. C’est par là : http://gavrocheandbackpack.over-blog.com

    Note importante pour le lecteur : je voyage avec des princesses schizophrènes. Boulette et Céline ne comptent que pour une seule personne au niveau de la carte grise. Il en va de même pour Laurie, Gavroche et Roxy. Et si on considère que j’ai emmené Octobre avec moi, ça commence à faire un beau paquet de monde. À qui se rajoute Dany, un ami bostonien de Laurie, qui n’avait rien de prévu, qui a vu de la lumière, et qui a embarqué avec toute la troupe. Why not ! Lui, par contre, n’a pas de blog et, sauf erreur de ma part, aucune personnalité multiple.

    World’s end

    Après un décollage assez sportif, nous avons réussi à quitter Boston. Pour nous arrêter, une bonne heure de route après, à la fin du monde. Enfin « world end ». Un parc assez tranquille, plutôt joli, réputé pour la magnifique vue qu’il offre sur la skyline de Boston. Nous sommes partis marcher une paire d’heures, histoire de nous habituer à ce nouvel environnement non urbain. Et ça fait du bien !

    Provincetown

    Puis, de retour dans les vans, nous avons pris la route jusqu’à Provincetown, au bout du Cap Code. Le Cap Code, c’est un endroit extrêmement touristique aux États-Unis. Il faut dire que c’est assez joli. Des plages magnifiques qui n’en finissent plus, des jolis forêts et des grandes dunes de sable. J’y reviendrai.

    Laurie est venue se balader dans le coin il y a deux ans. En mode backpackeuse, avec simplement son sac à dos sur les épaules. Elle avait envie de partager les lieux et les souvenirs avec nous. Amusant comment soudain les rôles s’inversent : après avoir partagé mes souvenirs avec Isabelle sur la côte ouest, voilà que je partage les souvenirs de Laurie sur la côte est.

    Nous sommes arrivés à Provincetown. P-town pour les intimes. Tout au bout -au nord- de la péninsule de Cap Code. Nous sommes lundi soir, et pourtant la ville est assez active. Il y a des gens dans la rue. La rue, c’est le cas de le dire. Si la ville est assez grande, Commercial Street est la seule rue vraiment digne d’intérêt. Succession de magasins, de restaurants, de magasins et de restaurants. Paradis pour touristes. Si la population permanente n’est pas très nombreuses, la population de passage, en revanche, l’est. Avec un certain nombre de conséquences, dont celle de rendre payant tous les parkings. Partout. Pas très grave, nous squatterons pour la nuit le parking d’un restaurant. Tout devrait bien se passer. Et pour la soirée, après balade en ville et bouffe improvisée « Au cul du camion »™ (oui, le Gros Luxe est très confortable et offre aussi une cuisine première classe) nous avons fini la soirée dans une ambiance karaoké un peu déjanté. Pour ma défense, je dirais que je n’ai pas choisi le lieu pour la soirée, et que je n’ai pas chanté. Mais l’animatrice dragqueen faisait bien son boulot, et ça nous a permis de bien rigoler entre deux fausses notes ! Oui, à P-Town se sont des dragqueen qui animent les karaokés. Faut dire que la ville est très open et très gay-friendly. Drapeau arc-en-ciel un peu partout, t-shirt supportant le mariage gay ou la cause homo sous toutes ses formes (« I love my two grand pas’ » « I’m not gay, my boyfriend is » etc…). Bref, une ville à l’ambiance assez particulière.

    Stone bridge

    Mais si la ville est sympa, ce sont surtout les environs qui valent vraiment la peine. D’abord complètement à l’ouest : il y a là une magnifique digue / pont de pierre, qui s’en va vers l’infini, et sur laquelle il est possible de se balader. On finit par arriver sur une grande plage qui n’en fini plus. Chouette balade, avec de très beaux points de vue. Notamment à l’heure où le soleil se couche !

    Sand dunes 

    Laurie se rappelait de grandes dunes de sables qui l’avaient émerveillées. Où elle s’était baladée pendant un moment. En se renseignant au près de deux rangers, nous avons réussi à retrouver l’emplacement. Et nous sommes partis pour une promenade épique.

    Épique au niveau du paysage. Des dunes relativement hautes, en effet, où il est si facile de se sentir seul au monde. Sous un ciel bleu magnifique, qui donne à la fois envie de courir, de s’allonger, de marcher et de jouer dans le sable.

    Épique au niveau du pique nique. Parce que c’est quand même la première fois que je prépare une mayonnaise maison au milieu des dunes, le tout pour faire des sandwichs « thon – mayo » qui étaient plutôt bien réussi.

    (ne vous inquiétez pas, on a tout bien rangé après)

    Épique au niveau des activités. Parce que nous avons couru. Et couru encore. Dévaler des dunes à toute vitesse, se péter la gueule dans des cascades hallucinantes, rouler-bouler, ne pas se faire mal, parce que le sol est mou. Se relever en explosant de rire, cracher du sable, en avoir partout. Rire encore plus. Monter. Descendre. Courir. Sauter. Seul. Puis à deux. Puis tous les quatre, en apprentis ninjas téméraires.

    Faire une dernière descente. Arriver en bas épuisé, après une chute contrôlée et une magnifique roulade. Regarder Laurie. L’entendre dire « on l’a pas encore fait en débaroulant ». Faire un grand sourire stupide, et répondre que non en effet. L’entendre dire « on va vraiment avoir du sable partout ». Faire un sourire encore plus grand, et confirmer que c’est une raison absolument parfaite pour le faire. Remonter en haut de la dune en étant mort de rire. Se regarder une dernière fois. « On va vraiment faire ça ? » « Bien sûr ! » « Ça va être absolument impossible de s’arrêter » « En effet ». « On y va ? » « Ça me parait évident ! ». Commencer à rouler. Avoir une première pensée « surtout, garder la bouche fermée » puis juste après, se retrouver en haut, en bas, en haut, en bas, être tout déboussolé. Explosé de rire. Fou rire aussi impossible à arrêter que la descente. Rire encore plus. Bouffer du sable. Cracher. Rire encore. Finalement s’arrêter. Être incapable de stopper le fou rire partagé avec Laurie. Se regarder. Rire encore. Repartir à rouler. Continuer de rire. Arriver en bas. Se dire « voyager ensemble, ça va être vraiment complètement fou ». Avoir hâte pour la suite. Rire encore. Regarder les photos. Être heureux.

    C’était notre deuxième jour. Les journées passent vites. Elles commencent un peu tard. Les princesses se lèvent tard. Pendant ce temps, Dany court. Moi j’écris. Et j’écris. Et j’écris encore. Celui que j’appelle « le tome quatre » pour le moment (mais dont le titre provisoire « la demoiselle de l’Alaska » me paraît quand même plus vendeur) avance à grande vitesse. Voyager m’inspirer. L’inspiration me fait écrire. L’écriture m’inspire et me fait écrire plus. Vu tout ce que j’ai à dire, à raconter, à écrire, je pense que ce livre là va être long. Très long. De là à ce qu’il finisse en trilogie… mais bon, je ne vais pas trop m’avancer pour le moment. On verra bien !

    Bref, c’était la fin de notre deuxième journée à P-town. Nous avions repéré un parc, sur le bord d’une grande plage, et surtout avec des douches. De douche, nous avions besoin, histoire de nous déballer. Des douches, nous avons prises. À l’eau froide, puisque nous sommes des warriors et des sauvages. À la sortie de la douche, alors que nous préparions tranquillement nos affaires en vue de reprendre la route, un touriste a transmis une information à très haute valeur ajoutée : « Wales ». Soit encore « baleines » pour les non chexspirien. Il n’a pas fallu longtemps pour que nous soyons tous les quatre sur le bord de l’eau à admirer le lointain. Sur votre gauche tout au fond, un coucher de soleil de toute beauté. Devant vous tout au fond, une ombre noire qui passe de temps en temps. Des baleines, en effet, devant lesquelles on s’extasie. Sur votre droite, au premier plan, des phoques, qui de temps en temps, passent la tête hors de l’eau pour dire bonjour. Conclusion magnifique à une journée absolument superbe.

    Nous sommes retournés à notre deuxième emplacement de camping, le manager du restaurant nous ayant demandé (le plus gentiment du monde) de ne pas passer de deuxième nuit dans leur parking. À la place, nous nous sommes installés au début du pont de pierre, ou rien ne nous interdisait de passer la nuit.

    D’avoir tant couru et rigolé, la soirée ne s’est pas éternisée longtemps. Nous nous sommes couchés assez rapidement, même si je n’ai pas manquer de faire quelques photos d’étoiles avant de me mettre au lit.

    Nous avons repris la route le lendemain. Notre dernière journée tous ensemble. Une dernière escale, dans la ville de Chatham, pour un dernier tour sur la plage. Une autre plage immense. Une autre plage magnifique. Se promener, profiter du vent, du ciel bleu, de la vue, du sable, des phoques. Être heureux, tout simplement, tous ensemble.

    C’était le point le plus à l’est de notre voyage. Le point le plus proche de la France. C’est là où notre nouvelle aventure a commencé. Nous avons dit au revoir à Céline et Dany, qui sont repartis en direction de Boston. Et avec Laurie, nous avons pris la direction du sud !

    4 commentaires

    1. Commentaire de Boulette

      Le Gros Luske et sa chauffeuse/cuistotte/génératrice automatique à blagues pourrites sont enchantés de cette review 4 étoiles et demi. Yelp peut aller se cacher. On a bien rigolé ! Merci pour la bonne humeur et les good vibes !

    2. Commentaire de Kaly

      Bon, tu m’envoies “la demoiselle de l’Alaska” pour relecture dès que tu veux !

      Sympa, votre voyage. Le nôtre, aussi, très différent. Mer belle. Mer belle et mer belle. Oliviers et oliviers. Avec des mouches et des mouches qui mangent les mouches, mais ne font pas le bonheur de nos amis Francesco et Sara.

      Faut que je lise la suite, moi !!!

    3. Commentaire de La Feuille

      Alaska – Je viens de lire un très bon roman (policier ?) qui se passe en Alaska. L’auteur est US donc tu devrais pas avoir trop de mal à trouver aux USA. Ça s’intitule “Un dimanche soir en Alaska” et l’auteur se nomme Don Rearden. C’est bien écrit et c’est une démarche d’écriture assez originale.
      La trilogie ne doit pas devenir une manie comme c’est le cas chez les auteurs anglo saxons. Trop de bouquins trop longs, trop délayés. Bref, efficace et qui prend aux tripes c’est sympa aussi.
      Heureusement que pour notre voyage à nous on se laisse pas débarouler dans les pentes parce que le résultat serait nettement plus sanglant ! Pas de dunes mais des éboulis !
      le vieux voyageur

    4. Commentaire de Kaly

      Titre original : “Moving Salmon Bay”

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