L’Avenue des Géants
La 101, en effet, est exactement comme je m’y attendais. Une route conçue pour aller vite. Et j’avoue que pendant 15 minutes, ça fait du bien. Le paysage est beau, j’en profite… mais en même temps, il me semble qu’il manque un petit quelque chose. Ça me plaît, en fait, d’avancer tout pas vite et de prendre mon temps. L’Atlas annonce que j’approche de l’Avenue des Géants. Je ne sais pas exactement ce que c’est, mais j’ai de fortes présomptions. Si le centre de la Californie est le royaume des séquoïas géants, le nord, lui, laisse la place à des cousins : les Redwoods (dont il faudra que je cherche la traduction exacte). Si vous vous souvenez bien, les séquoïas, c’est les plus gros du monde en terme de volume. Les redwoods, eux, sont les arbres les plus grands. Cent mètres n’est pas nécessairement exceptionnel, et le plus haut dépasse les 130. Beaucoup plus « maigres » que son cousin séquoïas, par contre, ils ont une allure beaucoup plus élancés, ce qui leur confère une beauté qui leur est propre. Je découvre rapidement que l’Avenue des Géants c’est une route parallèle à la 101, qui traverse de nombreuses « grove ». Encore un mot qui vient me perturber, car si j’en comprends parfaitement la signification anglaise, je ne lui connais pas d’équivalent français. Concept mélangeant « vallon », « havre », « berceau », ça désigne en général un endroit où l’on trouve beaucoup d’arbres de la même espèce ; ici, donc, des Redwoods. Sauf erreur de ma part, il y a également le terme de « cove » qui désigne plus ou moins la même chose, mais avec une légère subtile différence. Là aussi, il va falloir que je me décide par élucider ce mystère.
Toujours est il que devant la promesse de quarante kilomètres au milieu des géants, je n’hésite pas longtemps. Je quitte l’autoroute, et m’engage dans un chemin plus lent, et beaucoup plus tortueux. Et surtout, grandiose. Les forêts de redwood s’enchaînent les unes après les autres, arbres géants après arbres géants. La beauté de la chose, c’est que ce n’est pas la route qui décide où elle passe, mais bien les arbres qui dictent à la route son chemin. Les petits arbres n’ont pas vraiment eut leurs mots à dire. Mais les gros, par contre, on ne les coupe pas. On les contourne. Parfois, le goudron va jusqu’au pied des géants. D’ailleurs, à certaines reprises, les géants débordent même un peu sur la route. Des réflecteurs sont là pour prévenir les automobiles. Certains arbres portent quelques marques. Automobilistes passant un peu trop prêt.
Je m’arrête dans une des nombreuses mini forêt, histoire de m’offrir quelques pas dans la nature. Je suis sans voix. En fait, je trouve ça encore plus magnifique que les séquoïas géants de Yosemite. Les arbres sont moins imposants, certes, mais beaucoup plus serrés, créant un véritable petit cocon de bien être et de bonheur. On ne peut pas ne pas se sentir bien au milieu de tout ça, avec des arbres à perte de vue, et la canopée, loin, là haut. Si haut…
Comme leurs cousins, les redwoods ne craignent pas la pourriture, et sont relativement insensible aux feux de forêts. On retrouve donc beaucoup d’arbres avec des cicatrices qui ressemblent plus à des grottes qu’autre chose. Les premiers colons les appelaient « goose pen » (enclos aux oies) exactement pour ce que ça veut dire. Il les utilisait pour garder leurs oies. Ils servaient parfois aussi d’abris. J’en remarque très clairement plusieurs dans lesquels il est tout à fait possible de dormir. À trois ou quatre, sans être serrés le moins du monde.











