Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 14th, 2026
  • Normalement, si vous faîtes les choses bien comme il faut, vous arriver aux Picos de Europa par le sud. Par Cistierna donc. Vous quittez soudain la plaine pour arriver dans les montagnes. Et évidemment, vous ne pouvez faire autrement que de remarquer la Peñacorada. Alors que vous arrivez de la plaine, c’est la montagne la plus haute du secteur. Et donc, c’est comme ça que tout doit commencer : par une ascension de la Peñacorada. J’ai découvert tout cela hier, alors que je regardais l’écran de mon ordinateur plutôt que mes chaussettes qui tournaient en rond dans la laveuse. Alors forcément, je me suis dit « et pourquoi pas ? ». Après tout, je suis désormais reposé. Et c’est un chouette projet pour commencer la journée avant de revenir tranquillement sur Riaño. Oui, pour le moment, je reste dans les environs de Riaño. J’ai encore quelques magnifiques montagnes à subir (de l’espagnol « subir » qui veut dire « monter »).

    La route jusqu’à Fuentes de Peñacorada est courte mais magnifique. Et surtout, en partant de Fuentes, je me sauve un 200 mètres de dénivelé par rapport à si je partais de Cistierna. Et de toutes façons, c’est le départ le plus proche pour moi . Le village est tout petit, tout tortueux, et clairement pas prévu pour accueillir plus de 5 voitures de touriste en même temps. C’est parfait.


    Je finis par me garer, je prépare mes affaires, et je suis prêt à attaquer l’ascension. Je pars pour un 5h, 12 km, 800m de dénivelés. Beau programme. J’ai mes trois litres d’eau, et surtout, j’ai ma tortilla de patata con cebolla, achetée au magasin la veille, en cas d’urgence. Comme d’habitude, je pars sans petit déjeuner et dans l’idée de manger à mon retour, mais sur les balades longues, je préfère prévoir, on sait jamais. Une tortilla de patata pour les urgences, donc. Je suis sûr que d’autres randonneureuses font de même !

    Peñacorada

    Le village est très pentu, ce qui fait un départ très raide. D’autant plus que je ne pars pas dans la bonne direction. Je me fais une petite grimpette jusqu’au cimetière. C’est bien, ça échauffe les jambes. Je finis par comprendre par où je dois partir. Il y a des fontaines un peu partout dans le village (il ne s’appelle pas Fuentes – sources – pour rien). Et c’est parti pour un début de balade très tranquille, en grande partie sous les arbres.

    Mais y a aussi des grandes parties en plein soleil. Comme d’habitude, la matinée est déjà bien entamée. Mais j’ai pris mes notes, et j’ai donc un t-shirt noué sur le cerveau. Manquerait plus que je tombe sur un autre troupeau de vache indépendantisto-anarchisto-terroristo-révolutionnario-meuuh.

    Je découvre que les vaches, ici, elles ressemblent beaucoup à des chevaux. Mais elles ont beau ressembler à des chevaux, elles ont quand même des cloches. Ce sont donc bien des vaches.

    je constate également qu’il y a quelques milliards de petits moucherons et de mouches au mètre carré. Les français de l’autre jour adorerait cette balade ! Heureusement, on finit par sortir de la forêt et de l’ombre. Et les insectes ne suivent pas. Malheureusement, on finit par sortir de la forêt et de l’ombre. Et Peñacorada est là, qui regarde, qui attend, comme savent si bien le faire les montagnes.

    Bon, bin ça va désormais grimper on dirait bien ! Le soleil tapote un peu, mais tout va bien. j’ai mon protège cerveau. Et puis je repère que je pourrais sans doute faire deux ou trois pauses à l’ombre pendant la grimpette. Elle est pas belle la vie ? Allez, au travail !

    C’était pas facile, mais c’est fait. J’ai souffert, mais ça en valait la peine. J’ai rejoint la ligne de crête.

    De l’autre côté, en effet, vers le sud, c’est pas mal très plat. Dans mon dos, vers le nord, y a plein des jolies montagnes magnifiques. Je sais que je n’aurai pas le temps de toutes les connaître. Mais je suis heureux de les rencontrer. Et sur ma gauche, le chemin fini de monter pour atteindre le sommet.

    Sans surprise, c’est merveilleusement beau. Heureusement : s’il fallait être surpris pour s’émerveiller, ça serait dommage pour beaucoup de sommets. Après tout, je grimpe parce que je sais que ça va être beau en haut !

    Je grimpe aussi parce que ça fait du bien. Et que ça change les perspectives sur le monde. Que ça me permet de savoir d’où je viens et où je vais. Aujourd’hui, ça ne sera que sur du court terme. Je me suis trop éloigné du Pico Gilbo, même si je pense le reconnaître dans le lointain. C’est lourd un 500mm en rando… mais ça en vaut tellement la peine ! (quoi, comment ça des jumelles ultra légères, et pis quoi encore ? )

    Je devine quand même d’où je viens, où j’ai dormi, par où j’ai monté, par où je vais redescendre. On voit évidemment Fuentes. Loin là-bas… pis faut y retourner en plus ?

    Et bien on y retourne alors… j’attaque la descente, comme toujours, avec un cœur léger et tout plein d’enthousiasme. Je suis pas fan des descentes, mais celle-ci est assez confortable. Je repense au commentaire qui accompagnait le descriptif de la balade. « Facile ». Pour moi, une randonnée facile, j’en fais deux avant mon petit déjeuner (qui, pour rappel, est servi entre 14h et 18h selon les jours). Une comme ça, j’en fais qu’une seule avant le petit déj. Je la classerai plutôt dans les moyennes. Après, oui, techniquement elle est très facile et confortable. Et ça parait aussi dans la descente.

    Je rejoins la croisée des chemins, et au lieu de repartir d’où je viens, je vais plutôt là où la boucle se referme. Ça descend tranquille. Le village se rapproche. Pas vite. Mais il se rapproche. J’ai quand même les jambes bien fatiguées quand j’arrive !

    Et surtout, là où c’est cruel (mais je le savais) c’est que la boucle nous ramène un peu au dessous du village. Et qu’il faut donc remonter sur la fin. Et ça, c’est pas sympa. Au moins, la route est confortable. Et surtout, bordé de… mûres !

    J’en profite ! Ça sera l’apéro de mon petit déjeuner. Il y en a un peu tout le long du chemin, ce qui me permet d’avancer, tout en grignotant. Je m’assoie quand même à un moment pendant 30 secondes pour un bouquet un peu plus garni. Mais je suis mieux de continuer à marcher si je veux arriver. Et parce que c’est vraiment mauvais pour les jambes…

    Je suis de retour à ma boîte de conserve. Et hop, au lieu des 800 prévues, j’ai fait un D+ de 900m. Heureusement que j’avais des mûres pour la dernière ligne droite ! Et la pêche qui m’attend dans la boîte est tout aussi confortable !

    Mon camelback est vide. J’ai à nouveau passé 3 litres d’eau. Je fais du 500ml à l’heure environ. C’est… beaucoup !

    Je remonte en voiture, et reprends la route de Riaño. Mon programme est connu : cette fois, j’ai repéré à l’avance la petite balade mythologique que j’ai raté la veille. Il est possible de dormir sur le parking de départ. Donc une petite balade sous les bois pour me détendre les jambes, et après ça je peux m’installer confortablement pour la nuit. Ce programme me plait.

    La route est tout aussi belle au retour, et la chance me sourit sous la forme d’une petite fontaine dans un petit village sur le bord de la route. Je peux faire le plein d’eau. Heureusement !

    Je me gare dans le stationnement juste avant l’entrée du village d’où part la balade. Je sors mon sac de nourriture. M’installe sur le sol, pour manger. C’est une bonne heure pour avoir faim et pour manger !!!

    Senda de la Mitología Leonesa

    Puis je prends la direction du chemin. J’arrive au panneau du départ. « 5,9 km, 200m de dénivelé, 2h ». Ok, c’est pas du tout ce que j’avais prévu comme petite balade tranquille. 6 kilomètres, oui mais 200m de grimpette ? Enfin bon, quitte à être là, ça serait dommage de ne pas en profiter, n’est-il point ?

    Le début de la balade tranquille en forêt se fait en plein soleil. Pas très grave, j’ai reserré mon t-shirt sur mon cerveau. Les vues sur le lac sont belles mais la balade moins agréable que ce que je pensais.

    Et puis finalement, on arrive dans la partie forêt. Et je comprends pourquoi quelqu’un a eu envie d’en faire une balade mythologique. Il est superbe, ce petit vallon qui remonte sous les arbres. Il est superbe, mais il remonte… ça tire sur les jambes. Mais bon, j’ai signé en connaissance de cause. Je monte pas vite. D’autant pas vite que j’ai les jambes lourdes. Et le ventre aussi. Faut dire que j’ai fait un bon grignotage ! (certains appellent ça un repas).

    Les sculptures sont très sympas. Les trois bonhommes à tête de mort me font sursauter. Je pense que c’est voulu, parce qu’on les découvre vraiment soudainement. C’est pas sympa, ce qui fait que c’est bien sympa ! Quand j’arrive enfin en haut et que je recommence à descendre, je suis soulagé. Comme je partais pour une petite balade, je n’ai pris qu’une petite bouteille d’eau cette fois…

    Sauf qu’on descend… pour mieux remonter. Je pensais que j’avais atteint le point culminant, mais non. Là, j’avoue, je commence à en avoir un petit peu marre. Je fais un mini détour pour aller voir une autre sculpture qui n’est pas sur le chemin, mais je dois me forcer . Et puis bon, finalement, je suis pour de vrai en haut. Et le mirador il vaut vraiment la peine. C’est beau. Encore et toujours. Tout autour (sauf là où y a une antenne téléphone).

    Après quelques photos, et un petit moment de repos sur un banc, j’attaque la descente. J’en peux plus pour de vrai ! Quand je suis passé à côté du village dans la montée, il y avait de la musique. Et une banderole annonçant la fête du village. Je me mets à rêver de buvette et de coca-cola. Mais quand j’arrive, la fiesta es terminada. Les gens sont en train de repartir. Oh rage, oh déception, oh sécheresse ennemie !

    Je suis de retour à ma boîte de conserve. J’hésite un peu. L’endroit n’est pas si mal, mais je ne vois aucune raison de rester ici alors que je suis à 7 kilomètres de Riaño. Et que j’aime bien squatter les parkings de Riaño. La présence de toilettes publiques n’est pas la seule raison, mais ça en est assurément une. Ça simplifie quand même beaucoup la vie ! Et puis à la piscine de Riaño, il y a une machine distributrice de boissons fraiches. Parce que oui, maintenant que j’ai cette envie de coca, va falloir que je l’assouvisse ! Ça fait partie de mes deals avec mon corps : on mange pas forcément à des heures régulières, mais quand il a une rage de quelques choses, je l’écoute !

    Je connais désormais bien le village. Je me gare là où je sais que je serai bien. En réfléchissant même un peu : à côté d’un gros mur en pierre, sur un parking en gravier. Y a des chances que ça garde un peu mieux la chaleur pendant la nuit que le pré où j’avais dormi les deux autres nuits.

    La boîte de conserve garée, je me dirige jusqu’à la piscine. Sauf que… les machines distributrices sont à l’intérieur. Et à cette heure là, la piscine est fermée. Je pense au village. Mais je n’ai pas le courage, ni la force d’y monter. Tant pis… sauf que… il y a aussi le bar, juste là, sur le bord de l’eau. Je pourrais commander un coke. Y a plein de gens, de la musique, je suis vraiment pas dans ce mood là. Et ça tombe bien, y a une machine distributrice juste à côté.

    Je cale mon demi litre de coca à une vitesse assez rapide. Avant de rentrer enfin me poser. Et boire encore un peu d’eau. Bilan de la journée : un peu plus de 5 litres d’eau et un demi litre de coca. Après ça, je peux dormir l’esprit en paix, n’est-ce pas ?

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