Et donc, j’avais besoin de recharger mes batteries. Toutes mes batteries.
Ça a commencé par une petite pause à la bibliothèque municipale, pour brancher tout ce que je pouvais brancher, prendre mon temps, relaxer, écrire un peu, et retravailler mes photos de l’éclipse. Si on m’avait dit, il y a à peine plus de deux ans que j’arriverais à prendre en photo les excroissances solaires… prendre en photo des langues de feu de plusieurs milliers de kilomètres, depuis l’autre bout de l’univers… et pourtant je l’ai fait. Deux fois…
Dans l’idée, la suite du programme, c’était une promenade pas trop loin, pas trop longue. La vallée de Hormas, en arrière de Riaño. Mais quand je suis sorti et que je me suis pris violemment le soleil, je me suis dit que la balade attendrait. Je pouvais donc attaquer la deuxième partie de mon plan : aller vers le sud, à Cistierna. À trente kilomètres d’ici. Pour une raison fort bête, mais fort utile : la lavenderia automatica de Riaño est en cours d’aménagement. Elle n’a pas encore été ouverte. Et la plus proche, pour le moment, c’est donc à Cistierna. Il y aura sûrement des belles choses à voir sur le chemin. J’ai notamment repéré une balade mythologique léonaise. Dedans les bois. Pour découvrir des figures mythologiques locales. Ça me semble bien une balade dans les bois quand le soleil est à 6000 degrés au moins.
Alors je roule tranquillement. Admirant le paysage. M’émerveillant encore et toujours. Sans pour autant trouver le point de départ de la balade.
À la place, donc, j’admire le paysage. Et, même si je le fais le plus rarement possible, je profite un peu de la clim. J’arrive au barrage. Je ne savais pas où il était, je ne m’attendais donc pas forcément à le trouver sur mon chemin. Tant mieux. J’aime bien ça les barrages moi. Ça me motive à sortir marcher. Le temps de traverser, et de revenir.
C’est beau quand même, y a pas à dire !
Et je roule encore un peu.
Je finis par arriver à Cistierna. Me gare pas loin de la laverie, et lave mes vêtements. Ça va faire du bien !
Je n’ai pas particulièrement envie de rester en ville. De toutes façons, les lieux ne m’inspirent pas plus que ça. Petit détour rapide par l’épicerie, puis je décide de m’en aller à une aire de repos pas loin, sur le bord de la rivière. J’ai bien envie de me tremper les pieds dans l’eau. En passant, je remarque une magnifique usine minière. Je l’ai déjà repérée à l’aller. J’ai vu que les lieux étaient tout à fait accessibles. J’hésite. Mais ne m’arrête pas.
Sans surprise, beaucoup de monde sur le bord de l’eau. Mais je trouve à me garer sans problème. Je me dirige vers l’eau. Trempe les pieds. Ça n’ira pas plus loin que les deux chevilles. Elle est au moins à -20. C’est fou ce qu’elle est glacée leur eau qui vient pourtant directement d’un lac de barrage alimenté par des torrents de montagne. Ouais… bon… mais je me serai quand même attendu à plus chaud. Pas de plouf pour moi (même si je constate que des personnes font plouf malgré la température de l’eau.
Je reste un moment, pensif, contemplatif, le cerveau en pause et dans le vide. Malgré tout ce que j’ai déjà fait, il n’est pas si tard que ça. Je n’ai pas envie de rester à rien faire. Je décide donc d’aller visiter l’usine.
J’adore l’Urbex (exploration urbaine). Mais clairement, je ne suis que niveau 1. Je ne vais visiter que des sites faciles d’accès, facile à repérer, et sans explorer en profondeur. Mais j’aime ça à chaque fois. Il y a quelque chose de fascinant dans ces vieux bâtiments abandonnés… je réalise assez vite que ça n’est pas complètement abandonné. Il y a des squatteuses. Qui se promènent à 4 pattes, en broutant tranquillement même s’il y a surtout de la poussière à brouter. À plusieurs endroits, des piles de bottes de paille. Qui semblent aussi abandonnées que les vaches. Beaucoup trop de degrés d’abandon…
À force d’explorer, de regarder, de réfléchir, je finis par comprendre. Nous sommes dans un royaume de vaches autonomes. Le pont est ouvert. Elles pourraient partir si elles souhaitaient. Mais elles sont ici chez elles. Il y a des années de cela, elles ont pris l’usine d’assaut. Gardant les ouvriers en otage. N’acceptant de les libérer qu’en échange d’un stock monumental de paille. Et le titre de propriété des lieux.
Les négociations ont sans doute été sévères, mais elles ont eu gain de cause. Désormais, elles occupent les lieux. Paissent tranquillement. Quand elles ont envie de plus, elles attaquent une botte de paille. Il y en a pour plusieurs dizaines d’années…
Je les remercie de me tolérer dans leur royaume. J’ai fini mon tour. Je retourne à la boîte de conserve, content de ne pas avoir pris trop de soleil. Manquerait plus que je fasse une insolation et que je me mette à délirer !
Juste au dessus de l’usine se trouve un mirador qui semble promettre une vue magnifique. Je me dis que ça serait une belle façon de finir la journée. Mais je tourne un moment en voiture sans réussir à trouver le point de départ. Quand je comprends enfin d’où il faut partir, j’ai perdu la motivation. C’est une marche trop longue pour ce soir de toutes façons.
Je décide de retourner à mon aire de repos (qui est à trois ou quatre kilomètres maximum). La plupart des voitures sont parties. Il reste quelques camping-cars. Je m’installe sur le bord de l’eau. J’en profite pour faire un rangement complet de mes affaires. Même si on ne peut pas vraiment ranger dans ce contexte…
Voilà. Mon magnifique « chez moi » depuis un petit moment maintenant ! Que du luxe moi je vous dis !
Ces deux dernières nuits à Riaño, j’ai eu un peu froid. Pourtant la météo n’annonçait pas des températures nocturnes si basses… mais la présence d’un immense lac glacé (où l’eau est au moins à -40) doit clairement faire chuter la température. Je me dis qu’ici, un peu plus bas en altitude, et avec seulement une rivière, la température sera plus clémente. Pourtant, au moment de me coucher, je décide de déplacer le van sur 100 mètres. Plutôt que dormir collé contre la rivière, je vais à l’autre bout du parking. Je me suis promené un peu à pied, et j’ai déjà senti un peu la différence. Peut être que j’apprécierai cette nuit et que le 1 degré de différence, fera justement ça : toute la différence !






