Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 17th, 2026
  • On est un lundi. C’est jour de fête. Comme hier et avant hier. Mais aujourd’hui, tout est fermé. Y compris la bibliothèque. Et la station d’autobus (qui se trouvait être mon plan B pour recharger mon ordi). Tout cela me lasse un petit peu de toutes façons, je crois que je suis prêt à prendre la route et à quitter Riaño. Ça aura été un petit séjour magnifique et intense. Et j’aurai grand plaisir à revenir. Mais demain, j’ai un rendez-vous à Burgos. C’est pas loin. C’est à peine à deux heures de route. Mais je suis capable d’inventer des tours et des détours magnifiques. Et transformer deux heures de route en plusieurs jours si nécessaire ! Alors l’idée, aujourd’hui, c’est de rouler. Pis on verra si je m’arrête à un moment. Ou si je me rends à Burgos. L’autre idée, pour aujourd’hui, ça serait de dormir dans un hôtel. Un vrai lit, une prise électrique, des toilettes… et surtout, une douche ! Pour ne pas traumatiser les personnes avec qui j’ai rendez-vous !

    C’est bizarre, un peu, de quitter Riaño. Je m’habitue très vite à un endroit. Je prends très vite mes repères et mes petites habitudes. Et ça fait toujours un petit quelque chose de quitter mon chez moi. Mais c’est pas grave, je me trouverai un autre chez moi ! Et donc, je roule.

    Le paysage en s’éloignant de Riaño est moins dramatique. Mais on passe quand même par des paysages qui me plaisent beaucoup. Je m’arrête régulièrement pour admirer le paysage. Pour regarder un panneau. Comme d’habitude, je m’émerveille et je fais plein de photos. Je finis par quitter la grande vallée qui voisine celle de Riaño en franchissant le puerto de las Portillas. L’un des points d’entrée dans la région des Picos de Europa. Cistinera en étant une autre.

    Ici aussi il y a un barrage. El embalse de Besandino. Plus petit. Plus raisonnable. Le lac aussi est plus petit. Ça ne m’empêchera pas de faire un panoramique !

    Passé le barrage, on redescend sur la ville de Boca de Huergano. Ancienne ville minière (charbon, à nouveau) qui n’a plus de mine, mais qui gare bonne mine (ok, elle était facile celle-là). Je m’arrête pour une petite balade en ville. Il est encore tôt. J’ai tout mon temps aujourd’hui. C’est très bien comme ça.


    À partir de là, j’ai quitté les montagnes. Je pourrais continuer par la route du sud ; retraverser les champs de blé tout plat comme à l’aller. Ou, comme je ne suis pas pressé, continuer par une route plus au nord. Qui suit le prochain lac de barrage de la région, el embalse de Compuerto. L’Espagne n’en finit vraiment pas de me surprendre. Alors que j’avais l’image d’un pays relativement plat et sec, je passe mon temps à me promener dans des montagnes avec plein de sources partout, et des lacs. Et plus je découvre ce pays, plus il me plait, plus je l’aime.

    Ce n’est pas seulement ses paysages. C’est plus que cela. C’est à une plus grande échelle. Au niveau de l’urbanisme déjà. Il n‘y a pas de phénomènes de « mitage des campagnes ». Un concept que j’ai découvert au lycée, et facilement observable en France : il y a la ville, ou le village, et la banlieue, et les centres commerciaux, et les maisons. Et les hameaux isolés. Et, et, et… on ne sait jamais trop quand on rentre dans un village (encore moins dans une ville) ni quand on en sort. La transition est floue. Qui appartient au village qui n’appartient pas au village ? En Espagne, c’est très différent. Et parfois vraiment surprenant. Je me souviens d’endroits où l’on passe directement de la campagne aux immeubles de 6 ou 7 étages. Sans aller jusque là, les villages sont regroupés. Ils forment des noyaux serrés. Mieux encore, ils sont généralement à l’écart des routes : quand vous vous déplacez sur de grandes distances, vous traversez rarement des villages. Il faut vraiment quitter la route principale pour explorer. Et ça, je ne peux pas m’empêcher de penser que ça joue aussi beaucoup sur la cohérence des lieux de vie. Sur l’unité que ça procure. Et sur la qualité de vie des habitants. Chaque village, même le plus petit, a son bar. Son café du coin. Son tiers lieu ou les gens se rencontrent après une journée de travail. Où les gens peuvent se connaître, se rencontrer, tisser du lien. Enfin, il y a le vocabulaire. Directement. Pueblo, qui veut dire aussi bien « peuple » que « village ». Alors oui, on peut y voir un côté extrêmement fermé, mon peuple est composé que des personnes qui vivent proche de moi. Mais on peut aussi y voir quelque chose d’extrêmement fédérateur et soudeur : mon voisin, c’est mon peuple. Et quand le pueblo il est uni… Enfin, tout cela me plait, tout cela me parle.

    Petit à petit, à force de rouler, le Espigüete se dévoile. On le repère de loin lui aussi. Il connaît sa place dans le paysage : c’est l’une de ses montagnes qui captent l’attention. Une montagne qu’il me faudra subir un jour. Oui, je vais continuer à utiliser ce verbe. Il me convient parfaitement : il y a des montagnes, quand je les vois, je n’ai pas le choix. J’ai envie de les grimper. Je suis obligé. C’est moi la victime, vous comprenez ? Alors oui, je subis beaucoup de montagnes. C’est fou comme le vocabulaire espagnol est enrichissant ! Pour autant, je ne subirai pas Espigüete aujourd’hui. Ni sur ce voyage. C’est un D+ de 1200. Je me sens capable de le faire. Mais c’est le genre de montagne qui demande à ce que l’on rentre chez soit après. Que l’on ai un minimum de confort pour se reposer. Pas juste une boîte de conserve. Et idéalement, qu’on ne l’attaque pas une après-midi du mois d’août. Je n’ai aucun doute sur le fait que je reviendrai dans les Picos de Europa. Et même si Espigüete n’en fait pas officiellement partie, ça n’est qu’une partie remise.

    Son voisin le plus proche ne dépasse pas les 1996m alors que lui-même atteint les 2451. Belle promesse de points de vues magnifiques !

    La route est agréable, même s’il fait grand soleil et super chaud. Une fois de plus, je craque pour la clim. La chaleur est trop fatigante autrement.

    Il est 16h quand j’arrive à Aguilar de Campoo, où je suis accueilli par un magnifique monastère. Une superbe excuse pour faire une pause. Dans les monastères, même un mois d’août à 16h, je suis convaincu que j’aurai frais. Ça me changera un peu les idées, me reconnectera les neurones, et me rafraichira le cerveau.

    Il y a aussi une jolie citadelle là-haut, mais j’avoue avoir un peu la flemme. Je commence à me poser des questions pour mon hébergement ce soir. Vu où je suis rendu, ça se confirme : je dormirais à Burgos. Dans une grande ville. Wouhou ! Je cherche un peu des hôtels, incertains. Dans cette incertitude, je reprends la route. Roule un moment. Avant de m’arrêter au pied d’un joli rocher. C’est un bon endroit pour choisir un hôtel.

    J’en repère un pour 40 euros la nuit, à quelques kilomètres du centre-ville. Je décide de ne pas réserver en ligne et de plutôt leur faire la surprise de ma venue. La dame à l’accueil semble un peu surprise en effet. Surprise aussi de voir qu’il lui reste des chambres. Bon, chambre est un bien grand mot. Je reste sur la thématique du monastère, avec l’impression de dormir dans une cellule, mais il y a tout ce dont j’ai besoin. Un lit, deux prises électriques, des toilettes. Et une douche. C’est beau la modernité !

     

     

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