Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 11th, 2015
  • C’est étrange, parfois, comment l’esprit crée des images. Comment on construit des attentes, comment on imagine des lieux, sans raison particulière. « Everglade National Park ». Je ne sais pas pourquoi ce nom me faisait rêver, mais c’était l’un des derniers grands parcs nationaux américains que je n’avais pas encore fait, mais que je rêvais de faire. C’était peut être bien ma principale motivation à aller en Floride. Visiter les Everglade. Je n’en avais sans doute jamais vu de photo. Je n’en avais pas entendu parler plus que ça. J’associais « Everglade » à « Bayou » et « Mangrove ». J’imaginais les Everglade comme une mangrove gigantesque. Pourquoi ? Je ne sais pas. Ce que je sais ? Je me suis complètement planté !

    Le parc est une gigantesque prairie marécageuse. Toute cette zone sud de la Floride est hyper humide. Tellement humide que pour protéger le parc, une zone de protection a été définie au nord du parc. Non pas un parc national, mais une « national preserve ». Dépendant du même ministère et du même réseau, mais avec des règlementations différentes. Un peu comme les réserves fauniques au Québec. Il y a une règlementation très strict, qui n’empêche pas une partie des ressources du parc (minière, pétrolière, etc…) d’être exploitées.

    Premier arrêt traditionnel au Visitor Center, histoire de récupérer quelques informations sur le parc. Une carte, les balades à faire, où c’est que l’on peut dormir, où est-ce que l’on peut voir des alligators, où… wait… what ? Ah oui, j’oubliais. La grande spécialité des Everglades, c’est les alligators (dîtes « gator » si vous voulez être vraiment in. Même si vous ne voulez pas, d’ailleurs. Ça vient très rapidement tout seul).

    Anhinga Trail

    Nous commencerons par une petite présentation par un ranger, qui nous parle des différences entre les crocodiles et les alligators. Vous ne les connaissez pas ? C’est normal. C’est caïman la même chose. Bon… bref… on apprend quelques informations importantes sur comment les différencier, sur comment ne pas se faire manger, etc… le ranger nous parle aussi des moustiques. Dans le « clac » secteur, c’est encore « clac » raisonnable. Mais plus on va dans « clac » le sud, plus « clac » ça devient « clac » pénible. Il est où le camping ? Tout au bout… bon…

    Munis de toutes ces informations, on va faire Anhinga Trail, la balade la plus populaire du parc. Là où tout a commencé, d’ailleurs, vu que c’est cette zone qui a été protégée en tout début. Cette zone, c’est un grand étang, avec une promenade surélevée pour en faire le tour. On croise toute sorte de créatures sur le chemin. Beaucoup de touristes, des criquets transgéniques, des lézards, des zozios blancs et… et oui ! Des gators !

    Gumbo Limbo Trail

    On enchaîne juste après avec Gumbo Limbo, une autre petite balade, sous les arbres cette fois, pour découvrir la flore locale. Certes, nous avons un petit aperçu de la flore… mais c’est surtout la faune qui nous découvre ! Comme on le lira plus tard sur un panneau explicatif « si ça vous démange, félicitations, vous faîtes désormais partis de la chaîne alimentaire des Everglade ». Oui, les moustiques dans le coin, il y en a. On fait la balade très rapidement. Moi encore plus vite. En temps normal les moustiques ne me dérangent pas, alors je ne mets pas d’anti-moustique. D’autant que je ne suis pas fan de me vaporiser ce genre de produit sur le corps. Je préfère largement deux ou trois piqûres de moustique à un soin pour la peau au DDT. Mais là, pour l’occasion, ils sont un peu plus nombreux, et ça devient pénible.

    Nous reprenons la voiture pour continuer vers le sud. La madame à l’entrée nous a dit que la balade suivante, pour aller en haut d’une tour d’observation, était chouette à faire aussi. Une autre balade que nous ferons rapidement. Il n’y a pas beaucoup de moustiques ici. Mais la promenade est courte, et la tour est plutôt un point surélevé.

    Au moment de partir, deux corbeaux décident de s’en prendre à nous. A priori, ils trouvent scandaleux que nous n’ayons pas versé notre part de bouffe pour les oiseaux. L’un se pose sur le rétroviseur. L’autre fait blocus au milieu de la route. J’avance doucement. Il finit par s’enlever. Je donne un coup d’accélérateur. Le deuxième fini par décoller. Libre ? Pas du tout. Les deux oiseaux nous suivent. Ils volent à côté du van. L’un donne même des coups sur le toit. Je pense qu’il tente de se poser, mais ça va trop vite. Ne voulant pas faire un remake d’Hitchcock, j’accélère. On perd le premier corbeau à 25 km/h. Le deuxième à 35. Ouf. Sauvé !

    Peu après, nous franchissons un col. Je vois le panneau. J’enregistre l’information. Oui, c’est bien un col. La preuve : ils ont même écrit l’altitude. 3 pieds. Quand même ! Belle ascension !

    La balade suivante n’existera pas. Nous commençons à la faire. Nous avons ajusté notre équipement. Manches longues, jambes longue… à peine rentrés sous les arbres, les moustiques commencent à attaquer mes pieds. Oui, je n’ai pas beaucoup parlé de mes pieds sur ce blog. J’ai des chaussures de marche absolument magnifique et hyper confortable que j’ai plaisir à mettre, mais que je ne mets presque jamais. La maman de Laurie appelle les hippies les « pus des pieds ». Je suis persuadé que mes pieds ils sentent très bons ! Mais ils commencent à avoir de la corne efficace en dessous. Je serai heureux d’avoir mes chaussures pour faire de la rando, je suis heureux de les avoir pour marcher en ville, mais dehors, dans l’herbe, sur la plage, dans la forêt, quel bonheur d’être pied nu toute la journée ! Sauf quand il y a des moustiques. Je rentre donc à la voiture, et enfile mes chaussures. Le temps de m’en occuper, Laurie est déjà de retour. Elle a fait le tour à toute vitesse. C’est blindé de moustiques. On laisse tomber.

    Nous arrivons au bout de la route. Au fin fond du parc. Là où se trouve le camping. Un autre petit tour rapide à un centre d’information nous apprend que la situation moustique est rendu au rang « hystérique ». Je confirme. Là encore, dehors sur le parking, c’est l’enfer. Nous apprenons aussi que l’on peut parfois voir des lamantins dans la marina. Des quoi ? Des manatees en anglais, des lamantins en français, des vaches de mer pour les intimes. Des gros mammifères aquatiques, qui peuvent peser jusqu’à une tonne, et qui passent leurs journées à brouter des algues. Des vaches quoi. Qui vivent dans la mer. Ça se tient. Il y en a pas mal en Floride. Quand il fait encore chaud, ils sont en mer, au large. Quand la température refroidie, ils viennent s’installer dans les rivières encore chaude du sud de la Floride. Nous ne sommes donc pas forcément dans la meilleure période pour les voir. Et pourtant, ils sont deux ou trois à nous offrir une belle petite chorégraphie dans la marina. Pas aussi élégant que des dauphins, pas aussi majestueux que des bélugas, mais ça a aussi son charme. Et ça fait plaisir de les voir !

    Il n’est pas encore très tard. Cinq heures à peine passé. Nous sommes arrivés au bout du parc. J’ai vu des alligators et des lamantins, alors que je pensais voir des mangroves. Mais c’est pas grave, je suis bien content ! D’un côté, je suis pas hyper heureux avec les moustiques, d’un autre côté, j’ai bien envie de me poser dans le camping. Monter la tente, et dormir une vraie bonne nuit de sommeil, au frais ! Depuis plusieurs jours, on se fait dévorer pendant la nuit. C’est soit ça, soit mourir de chaud en laissant tout fermé. On dort prêt des routes, avec le passage régulier des voitures… je rêve d’une vraie bonne nuit de sommeil reposante. Dans ma tente, les portes ouvertes, les moustiquaires fermés. Le filet d’air qui circule… pas un son… Laurie préfère profiter de l’heure de soleil qui reste pour avancer. Nous avons repéré un camping plus loin, mais nous ne savons pas s’il sera ouvert ou si, comme tous les autres campings des states parcs de Floride, il sera fermé passé la tombée de la nuit. Et je sais que je serai beaucoup moins motivé à monter ma tente de nuit.

    Nous reprenons donc la route. Sortons du parc, et reprenons la direction du nord. Nous roulons pendant quelques temps avec un restant de luminosité qui nous permet de voir des vergers et des pépinières. Nous ne sommes pas sur l’autoroute. Nous ne sommes pas sur la côte. Je suis content de pouvoirvoir un autre aspect de la Floride. Même si ça ne dure pas longtemps. Il fait nuit assez rapidement, et je dois me contenter de deviner la rivière ou le canal que nous longeons désormais pendant un long moment.

    Il y a un centre d’information touristique un peu avant les campings. Ça peut aussi être un bon endroit où s’installer pour la nuit. Nous tournons sur la route qui y va, pour nous trouver confronter à une barrière fermée. C’est vraiment une tradition par ici. Après discussion, nous décidons de dormir ici. Inutile d’aller plus loin pour revenir ici le lendemain et faire les balades dans le coin. Il y a la place sur le chemin à côté des barrières. Ça sera plus simple. Et on ne sait pas si les campings seront ouverts.

    On s’installe. Il fait horriblement chaud. Il y a énormément de moustiques. Après deux heures à transpirer sans être capable de dormir, et en sachant qu’il est hors de question d’ouvrir la porte, je reprends les commandes du van. On roule une demi heure de plus. Jusqu’au camping. Qui est ouvert. On s’installe. Je monte la tente à toute vitesse. Je veux vraiment dormir au frais. J’ai vraiment besoin d’une bonne nuit de sommeil. La tente est montée en dix minutes, ce qui me vaut une cinquantaine de piqures de moustiques par jambes, une trentaine par bras, et quelques autres un peu partout. Je m’installe dans ma tête. Ferme les moustiquaires. M’allonge par terre. J’ai oublié de prendre mon matelas dans le van, mais c’est pas grave. Je suis bien. Il fait frais. L’air circule. J’entends les sons de la nuit. Il n’y a qu’une petite parois en toile qui me sépare de dehors.

    Je comprends soudainement : si Laurie a son van comme maison, moi c’est ma tente qui en fait office. Je n’avais pas dormi chez moi depuis l’Oregon. Et ça fait du bien !

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