Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 14th, 2014
  • Laurie rêvait de découvrir Crater Lake depuis des années. Voilà trois mois qu’elle voyage sur la côte ouest. À deux reprises, elle a failli y aller ; à deux reprises, ça ne s’est finalement pas fait. Alors quand je lui ai dit, dans un de nos échanges de mail, que j’avais éventuellement envie d’y repasser, ça l’a fortement encouragée à voyager un peu avec moi.

    Nous avons assez vite convenu de quelques choses : puisque dans un premier temps nous voyagions dans une région que je connaissais, mais que j’avais plaisir à revoir, c’était à elle de choisir à quelle vitesse nous allions avancer. J’aurais été heureux de passer cinq jours à Umpqua et de ne pas aller à Crater Lake. J’étais heureux de ne passer que deux nuits à Umpqua avant que l’on reprenne la route. En fait, c’est surtout la météo qui nous a motivé à avancer. Nous étions lundi, les prévisions annonçaient de la neige pour mercredi. En quelle quantité ? On ne savait pas trop. Avec quelles conséquences ? Au moins celles de rendre la randonnée, le stop et le camping beaucoup moins agréable…

    Alors le lundi matin, nous avons tout replié, et nous sommes partis. Une autre source de conflit potentiel : le temps nécessaire pour décoller le matin. L’un des deux va-t-il attendre l’autre pendant quarante minutes ? L’un des deux va-t-il se retrouver à tout faire pendant que l’autre regarde ? Agréable surprise à nouveau : il nous faut le même temps pour nous préparer. Nous replions le campement sans nous consulter, mais avec une certaine efficacité. Pas longtemps après, nous étions sur le chemin, chacun avec son sac à dos. Les trois premières voitures sont passées sans s’arrêter, mais la quatrième, un pickup, avait un peu de place… du moment que l’on soit prêt à monter en arrière. Il faudra que j’envisage de faire quelque chose pour remettre de l’ordre dans mes cheveux…

    L’accès aux sources chaudes d’Umpqua se fait au niveau de Tokatee Falls. J’en ai parlé en grand bien à Laurie, suggérant de faire une première pause déjà là tout de suite pour commencer. Elle a accepté. Tant mieux. Parce que Tokatee, je l’aime quand même beaucoup !

    Et un peu après, nous étions de nouveau sur le bord de la route, arborant notre plus beau sourire. Celui qui, de toutes façons, ne nous quitte jamais. Une fois de plus, il nous a fallu attendre un peu pour que les voitures ne s’arrêtent, mais nous avons réussi à avancer. Après deux voitures, nous étions à cinq cent mètres de l’entrée du parc, et nous nous y sommes donc dirigés à pied. Arriver comme ça nous a permis de discuter un peu avec la ranger à la guérite, pour nous renseigner notamment sur les différentes possibilités de camping, et sur les prévisions météos.

    Une voiture s’est décidée à s’arrêter. Deux amis, un californien et un québécois, qui roulent vers le sud, avec une voiture complètement pleine. C’est pas grave. En faisant un peu de rangement, en empilant un peu les choses, et en se pliant en plusieurs fois, nous avons réussi à rentrer tous les deux dans la voiture. Juste après, nous nous garions au premier parking. Celui-ci est juste parfait, parce que légèrement en contrebas. Donc on ne voit pas le lac tout de suite. On le découvre après, en montant la petite butte. Ce n’est pas le plus beau point de vue, mais c’est l’une des plus belles façons de découvrir les lieux.

    Je me sens toujours extrêmement privilégié et chanceux quand je peux accompagner une personne dans la réalisation de l’un de ses rêves. Alors pendant que Laurie marche en regardant droit devant elle, les yeux brillants d’anticipation dans un premier temps, et d’émerveillement dans un deuxième, moi je marche en la regardant elle. Parce qu’aussi beau que puisse être le lac, je trouve que le paysage n’est pas à la hauteur du bonheur que je peux lire sur son visage.

     

    The Watchman 

    Nous avançons encore un peu avec notre voiture, profitant de deux points de vue supplémentaires. Puis nous leur demandons de nous abandonner sur un petit parking, au milieu de nul part. Nous sommes au pied du mont Watchman. De là, un petit chemin s’éloigne, descendant tranquillement du rim. Un peu plus loin, le camping de Lightning Spring nous attend. Camping sauvage, où nous installons la tente pour la nuit, avant de partir marcher un peu, allégés que nous sommes de nos sacs à dos. Le timing est parfait pour être au sommet du mont Watchman pour le coucher de soleil. Nous marchons d’un même pas, léger et enthousiaste. J’ai plaisir à constater que nous marchons à peu près à la même vitesse. C’est une bonne chose, je trouve. Nous commençons à avoir quelques projets de randonnées qui se mettent tranquillement en place…

    Nous sommes largement en avance sur le soleil quand nous arrivons au sommet de Watchman. Mais nous devons nous rendre à l’évidence : vue la barre de nuages à l’horizon, ce n’est pas vraiment la peine d’attendre. Il n’y aura pas de spectacle ce soir. Alors nous redescendons, du même pas enthousiaste et léger qui nous avait fait monter, pour rejoindre la tente.

    Quand je voyage seul, j’ai l’habitude de ne pas allonger mes soirées. Je bouquine parfois un peu, ou j’écris, mais je me retrouve assez rapidement bien au chaud dans mon sac de couchage. Les soirées sont différentes quand on voyage à plusieurs. Autant je ne prépare que rarement un feu quand je suis seul, autant c’est un vrai bonheur de passer une soirée à discuter en regardant les flammes. Voilà déjà trois jours que nous voyageons ensemble, que nous sommes à peu prêt tout le temps ensemble, mais pour le moment, tout se passe vraiment bien. Et nous alimentons le feu et les discussions jusque tard dans la nuit, alors que nous parlons  de quelques milliers de choses en tout genre.

    Nous nous demandions si nous aurions de la neige. Mais ça ne sentait pas dans l’air. Je n’y croyais pas vraiment. Laurie non plus. De la neige, nous n’en avons pas eu. Mais la température a chuté, se retrouvant quelque part en -5 et 0 degré. Il faut dire que l’on est mi-octobre, et que nous sommes à plus de 2000 mètres d’altitude…

     

    Garfield Peak

    Nous aurons une longue discussion sur la suite du programme. Je laisse la décision finale à Laurie, puisque c’est elle qui rêvait de venir ici. Ce sera la météo qui l’emportera. Il est vrai que nous sommes tous les deux un peu inquiet à l’idée de nous réveiller dans dix centimètres de neige demain matin. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, et si il neige, il risque d’y avoir beaucoup moins de voitures dans les environs pour nous permettre de partir…

    Alors nous remballons à nouveau la tente, et repartons avec nos sac à dos. Au programme : rejoindre Rim Village, qui est à deux ou trois kilomètres d’ici, et essayer de déposer nos sacs au centre d’informations, afin de pouvoir grimper au sommet de Garfield Peak. Puis, une fois monté et redescendu, sortir nos plus beaux pouces, pour prendre la direction d’Ashland.

    La marche avec les sacs à dos est un peu difficile. Je suis conscient depuis un moment que mon sac à dos est un peu trop lourd. Il faudrait que je puisse lui enlever 3 ou 4 kilos. Et je sais exactement quoi enlever pour y arriver. Il est possible que la prochaine fois que j’ai à préparer un sac à dos, celui-ci se doit d’être vraiment très léger. Mais pour le moment, rien n’est sûr… pour le moment, je me contente de subir mon sac, sans me plaindre ou poser de question.

    Nous négocions un peu au centre d’informations pour déposer nos sacs, mais finalement nous y arrivons. Il est 14h, l’endroit ferme à 16h, l’estimation pour faire un aller-retour au sommet de Garfield Peak se trouve entre deux et trois heures… nous partons donc d’un pas assez rapide, découvrant une fois de plus ce magnifique paysage qui s’offre à nous.

    Le québécois qui nous a pris en stop un peu plus tôt, s’amusait à faire des panoramiques avec son téléphone, avec plusieurs fois la même personne sur la photo. Ça m’a rappelé que j’aimais faire ça. Et que j’avais tout ce qu’il fallait avec moi pour un résultat encore meilleur. J’avais même le modèle. Il eut été dommage de ne pas en profiter !

    laurie3000

     

    Nous sommes redescendus de notre montagne. L’aller-retour nous a pris 1h45. Nous avions de la marge (nous étions large !) pour récupérer nos sacs. Et reprendre la route, en direction d’Ahland donc.

    Laisser un commentaire

    -->
    Parce qu’il y a toujours une route, un chemin ou une sente qui, quelque part, m’attend, Rue du Pourquoi Pas ? rassemble carnets de route,
    photos de voyages, conseils et pensées vagabondes d’un photographe, musicien, écrivain, conteur et parfois graphiste. [En savoir plus]