Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionDecember 4th, 2017
  • « Pourquoi es-tu devenu nomade ? » La question m’a été posée il y a quelques jours par un journaliste. Par chance, j’avais eu la chance d’en discuter quelques semaines plus tôt avec Annick-Marie (connue aussi sous le nom de Globe Stoppeuse). C’était au festival du Grand Bivouac, à Albertville. Un festival dont je n’ai pas encore pris le temps de parler… il faudrait que je me rattrape.

    D’abord en écoutant Annick-Marie parler, puis en en discutant avec elle, j’ai compris que je n’ai jamais choisi d’être nomade. Je le suis devenu, parce que c’était le mode de vie qui me convenait. C’est ainsi que je suis bien. C’est ainsi que je me sens libre et heureux. Il m’aura fallu un long moment pour finalement accepter de m’identifier comme nomade. Tout simplement à cause de l’image que j’avais du nomadisme. Une personne qui ne dort jamais au même endroit, qui est en mouvement perpétuel et dont le lieu de vie change tout le temps. J’ai le sentiment aujourd’hui que je suis nomade depuis ce jour de juillet 2010 où j’ai acheté mon premier Pourquoi Pas ?. Ce jour où j’ai décidé de prendre la route. Et pourtant, depuis juillet 2010, il y a eu de longues périodes où je n’ai pas « bougé ». Du moins pas dans le sens du nomade tel que je le voyais. Je suis resté plus d’une année dans la même ville, à faire le même travail !

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    Et finalement, donc, j’ai compris. Être nomade ne veut pas dire être toujours sur la route. Être nomade, ça veut dire que la route nous appelle toujours. « Il y a toujours une route, un chemin ou un sentier qui, quelque part, m’attend ». C’est s’installer quelque part en n’ayant aucune idée de combien de temps on restera, et en étant sûr que l’on repartira un jour. Et ce n’est pas parce que l’endroit n’est pas bien ; ce n’est pas parce que l’on n’aime pas les gens, ou le travail que l’on fait. C’est juste que c’est ainsi. Le nomade finit toujours par repartir. Par aller voir ailleurs. Besoin de changements, de découvertes, de nouvelles expériences… une amie disait que je trouve ma stabilité dans le changement. J’y trouve surtout ma liberté. Et mon bonheur.

    Prendre conscient de ce nomadisme a petit à petit façonné ma façon d’être ; mon mode de vie. J’ai fini par admettre que je ne serai peut être pas graphiste toute ma vie. Même si c’est un métier que j’aime, même si la création me plait, c’est aussi un métier où l’employeur cherche une certaine stabilité. Une stabilité qui n’apparait plus du tout sur mon CV aujourd’hui. Changer d’environnement, de ville, de pays, d’entourage, ne m’a jamais dérangé. Cela ne m’a jamais fait peur. Changer de carrière professionnel, tout reconstruire à partir de zéro ne me dérange pas non plus plus que cela. C’est ainsi que j’ai décidé d’arrêter de bricoler, de trouver des alternatives ou des compromis. Après tout, du moment que l’on admet qui l’on est, tout devient plus facile !

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    Je me suis donc construit une maison. Sous laquelle j’ai mis des roues. Puisque j’aime me déplacer, autant amener ma maison avec moi. Beaucoup plus simple ! La réinvention a commencé ainsi. En réinventant mon lieu de vie, en réinventant ma façon de vivre. L’été s’est passé tranquillement, alors que je continuai d’apprivoiser cette nouvelle vie, justement. Alors que je cherchai aussi comment j’allais recommencer à gagner de l’argent. Les choses se sont mises en place, petit à petit.

    Par le biais d’une amie, et désormais collègue, je suis devenu Chef de Zone (CZ) en inventaire. Un univers dont je ne connaissais rien du tout. Un monde où je n’avais jamais mis les pieds, et que je découvre désormais depuis une semaine. Un magasin différent tous les soirs. Une équipe différente tous les soirs. Et toujours la même machine. Cette douchette, avec laquelle on fait des bips, pour compter les articles.

    À ma grande surprise, ce nouvel univers me plait. Il faut être efficace et logique. Il faut optimiser et rationaliser. Il faut organiser et comprendre. Et ça, oh oui, ça, je sais faire. Et j’aime !

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    Pour le moment, je n’ai aucun endroit permanent où poser ma maison. Je me déplace régulièrement, en fonction des inventaires justement. De où on travaille, de où je veux passer le week-end. Pour le moment, j’explore encore cette mobilité, et je cherche, elle aussi, à l’optimiser. Et je redécouvre cette sensation de ne jamais vraiment dormir au même endroit. Le décor intérieur est toujours le même. Mais le paysage au réveil est sans cesse différent.

    Et je m’habitue à vivre au quotidien, désormais, dans cet espace restreint. Parce qu’après tout, habiter dans 8m2 sans chauffage, ça demande quelques ajustements, et quelques efforts. Enfin non. Pas des efforts. Juste des habitudes à avoir. Parce que voilà que je fais quotidiennement et avec le sourire des choses que je n’aimais pas faire avant. La raison est simple : cela fait désormais parti de mon mode de vie. Plier et déplier la banquette presque tous les jours, pour installer la table et écrire, ou pour refaire le lit et dormir. Refaire le lit, justement. Puisque celui-ci doit être refait presque tous les jours. Cela, je m’y attendais et, il est vrai, cela m’inquiétait un peu. Mais non. Ce n’est pas une contrainte. C’est quelque chose que j’ai choisi. Faire et défaire mon lit fait parti de mon quotidien, de mon mode de vie. Je découvre que je passe le balais tous les jours. Parfois deux fois. Il faut dire que 8m2 c’est vite balayé. Et avec une maison qui bouge tout le temps, les vibrations font remonter et retomber beaucoup de poussière. Donc pas le choix. Pas le choix de faire la vaisselle tous les jours non plus. Et de toujours tout bien garder rangé : je continue à bouger régulièrement. Tout objet non rangé est donc amené à tomber. Je ne savais pas comment serait mon lien avec les toilettes sèches ; jusqu’à présent, je n’avais pratiqué qu’en festival ou en collectivité… et je n’étais pas plus fan que ça. Mais là, en les contrôlant moi, en m’en occupant moi, aucun problème d’odeur, aucun problème d’entretien. À chaque fois que je mets une poignée de sciure, je pense à l’eau que j’économise. Sans effort…

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    Vivre avec une électricité limitée se fait aussi très bien. Parce que parfois, il fait gris plusieurs jours de suite, et les batteries ne se rechargent pas complètement. Alors un soir, l’onduleur se met à faire « bip bip bip ». C’est le signal que l’on aura plus d’électricité pour le restant de la soirée. Qu’à cela ne tienne. L’ordinateur a ses propres batteries. Et surtout, j’ai ma petite lampe à pile (solaire ! merci tata !) je peux donc me poser tranquillement, et lire.

    Ce nouveau mode de vie est, jusqu’à présent, fascinant. Mon espace, mon cocon, me plait. Il est chaleureux et j’y suis bien. J’y invite des amis. On mange, on discute, on rigole. Ou je reste tranquille, tout seul, à écouter de la musique. À lire. À écrire. À profiter de cette liberté qui est une chance gigantesque. Une chance, vraiment ? Cette liberté, je suis allé la chercher. J’ai construit ma maison. J’ai accepté de vivre avec beaucoup moins. J’ai accepté de vivre différemment. Le temps de m’habituer à mon espace, de savoir dans quelles conditions exactes je vais vivre, le temps de trouver un bout de terrain pour plus ou moins longtemps, j’ai décidé d’attendre pour choisir une option de chauffage. Moi qui n’aime pas le froid, je découvre que sortir du lit alors qu’il fait 6 dans la maison ne me dérange pas. Vous n’imaginez pas le plaisir du petit rayon de soleil qui se glisse entre deux nuages pour réchauffer mon visage alors que je viens juste de sortir de sous la couette. Le plaisir de se faire un chocolat chaud, ou simplement -mon nouveau luxe depuis quelques jours !- de se poser une bouillotte bien chaude sur les genoux. Et d’en avoir une autre, sous les pieds, au moment de se coucher.

    Je me suis construit un chez moi ; je me suis construit une maison ; je me suis construit ma liberté ; et maintenant, je joue avec. Et j’en suis ravis ! Nomade, je suis donc.

    En tête : aire de camping car au sud de Saumur
    1 : Parking du stade de Rennes
    2 : la Chaumière des Beaux_et_miennes, en visite chez des amis
    3 : Pouancé
    4: aire de repos sur le bord de la Loire, à l’est de Nantes

    2 commentaires

    1. Commentaire de Kaly

      Sympa, au saut du lit, de lire cette dernière chronique.

      Tu avais un lien très fort avec le premier “Pourquoi Pas ?”, mais je me demande si le “nouveau” ne t’est pas davantage attaché. Après tout, c’est toi qui l’as entièrement conçu et construit, avec au total peut-être à peine un heure avec d’autres bras quand c’était pas possible à toi tout seul – autant dire vraiment peu de chose en proportion. Donc c’est vraiment le boulot fait qu’avec tes petites mains.

      En plus, tu y as aussi plus d’espace.

      Est-ce que tu as le sentiment d’avoir abouti avec ta maisonnette toute mignonne et confortable ? Je veux dire, que la réalisation de ton projet correspond à ce dont tu avais rêvé ?

      Moi, ça fait longtemps que je rêve de te faucher les clés, peut-être pas pour conduire le camion mais sûrement pour y habiter. Ce qui me gêne, même si pas toi, c’est le froid. Cela me semble être le dernier vrai problème à résoudre. En plus, quand tu vas partir pour quelques jours, il te faudra vidanger toute la flotte pour pas que ça pète (ce qui se faisait ici à l’époque où ce n’était pas une résidence principale).

      Hi hi ! Sur la photo prise à Pouancé, j’ai mis du temps à le repérer, le “Pourquoi Pas ?”

    2. Commentaire de LM

      Quelle magnifique hommage à tout ce que tu as conçu jusqu’alors. Très beau texte, sincère, vivant, comme j’aime…et comme toi !

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