Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 20th, 2015
  • Je me suis assis sur un banc du Jardin Allende, et j’ai souris. Le parc se trouve en plein centre de la ville de San Miguel de Allende, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008. Sur le côté de la place, la Parroquia San Miguel Arcángel nous observe, avec son magnifique cloché. Sous l’une des arches du Portal de Guada Lupe, un violoniste joue du Yann Tiersen. Étrangement, « Contine d’un autre été » est parfaitement à sa place ici. La nuit est douce et calme. L’air est tiède. Agréable. Un peu partout sur la place, des hommes se promènent en costume de mariachi. Quelques touristes se promènent aussi, mais ils sont peu nombreux. Il y’a quelques couples, assis l’un contre l’autre, sur des bancs. J’ai l’impression que les couples mexicains sont très démonstratifs en public. Ils offrent facilement une part de leur intimité aux passants. Cela contribue a créé une atmosphère des plus agréables. Il y a quelques parents avec leurs enfants. L’ambiance est familiale. J’ai l’impression de me retrouver quelques années en arrière, au Square Georges Étienne Cartier à Montréal. J’étais allé assister à un concert extérieur (gratuit) sur la plus belle des places de Montréal (selon moi). Un grand rectangle, parsemé d’arbres gigantesques, entouré de maisons modestes et pourtant très belles. Le concert était programmé à 19h. À 18h45, toutes les portes des maisons se sont ouvertes, et un flot d’enfants en pyjama en est sorti, pour venir danser dans l’herbe avant d’aller dormir. Le spectacle était d’une douceur éblouissante. Je m’étais même fait la promesse que si je devais avoir des enfants à Montréal un jour, ce serait dans un appartement donnant sur le Square Georges Étienne Cartier.

    Ce soir, au Jardin Allende, j’ai retrouvé cette même atmosphère. Ce même bien être, reposant, apaisant. Cette douceur de vivre. La place baignait dans la tendresse, la quiétude et l’amour.

    Et donc, j’ai souris. J’ai souris, parce que je commence à me connaître. J’ai presque envie de dire « comme si je m’étais fait ». Parce qu’après tout, c’est un peu ça, non ? Nous sommes ce que nous décidons d’être, et par là même, nous sommes nos propres créateurs. Et donc, oui, je commence à bien me connaître. Parce que les facettes de ma personnalité que j’aime, je n’ai aucune envie de les changer.

    J’ai une liste de pays que j’ai envie de visiter. J’ai des pays qui m’attirent plus que d’autres. Pourtant, il n’y a que très peu d’endroits où je n’ai pas envie d’aller. Si j’ai une opportunité intéressante pour aller quelque part, les chances que je la saisisse sont très élevée. Tout simplement parce que je sais qu’à partir du moment où je m’intéresse à endroit, tout va me plaire, tout va me faire envie. Je suis d’une nature extrêmement curieuse. J’aime découvrir de nouvelles choses, j’aime explorer. J’ai envie de savoir ce qui se cache derrière la prochaine colline. Quand j’envisageais de m’installer à Berlin, j’ai aussi commencé à m’intéresser à ce qu’il y avait autour. Je me suis rendu compte que la Pologne devait être vraiment un endroit à aller visiter. J’ai eu envie d’explorer plus la République Tchèque (que je suis parti découvrir après avoir fait la connaisse de Marie et Béatrice, deux filles tchèques absolument adorables qui ont mis Prague sur ma carte). Bref, à partir du moment où je m’intéresse à un endroit, je sais que je vais l’aimer. Du coup, je ne vois pas de raison de planifier mes voyages. je ne vois pas de raisons de programmer. Je sais qu’une fois arrivée sur place, je me plairais.

    J’aime marcher au hasard des rues, j’aime être surpris par les spécialités locales. J’aime commander des plats en ayant aucune idée de ce que j’aurais dans mon assiette (même si je sais ce que j’aurais si je commande du mantequilla). J’aime découvrir un pays au hasard des rencontres, des carrefours, des façades. Je n’ai pas envie qu’un guide touristique me dise où aller. J’aime suivre le vent, mon inspiration et mon ressenti. Ce n’est pas tant les hauts lieux touristiques qui me font envie que le quotidien des gens. Quel bonheur de rentrer dans une librairie (et que j’ai hâte d’avoir un niveau suffisant en espagnol pour vraiment apprécier les librairies locales !), de se poser sur un banc pendant une heure, de boire un chocolat chaud en terrasse, de manger chez une grand mère édentée qui est venue nous chercher à quatre coins de rue de chez elle (comme quoi, certaines expériences que l’on vit enfant vous marque pendant longtemps !).

    Il a suffit de moins de 36 heures au Mexique pour me faire cet effet là. Pour me donner envie de m’immerger complètement. Il m’a suffit de baragouiner quelques mots d’espagnol et de voir la douceur et la gentillesse avec laquelle on me répondait. Il m’a suffit de croiser le sourire des gens, d’avoir un aperçu de leur bonté, pour que soudain, toutes les images négatives que l’on m’avait envoyées sur le Mexique disparaissent. En 36 heures, je comprends mieux Marine, à qui le Mexique manque. En 36 heures, je n’arrive plus à comprendre cette image dangereuse qui auréole le pays.

    Non, que les choses soient claires, je ne me suis pas m’y d’oeillères et je ne suis pas en train d’affirmer qu’en fait le Mexique est un pays sécuritaire, où tout va pour le mieux. Je suis juste en train de changer de point de vue. Je regarde le pays de l’intérieur, désormais. Je vois les gens « pour de vrai ». Je discute avec eux, j’échange, je m’efforce de comprendre et d’apprendre leur langue, et je découvre à quel point je suis bien reçu. Les éclats de rire quand je dis n’importe quoi ne sont pas méchants. Au contraire. Ils sont complices et, je pense, reconnaissants. Réserver des chambres d’hôtel, commander une bière d’une microbrasserie locale, expliquer que Laurie est végétarienne, acheter des timbres. Oui, cela demande un vocabulaire extrêmement simpliste. Mais les mots viennent, petit à petit, et j’en suis heureux.

    Je disais que je ne me mettais pas d’oeillère. Je laisse retomber un peu la paranoïa. Hier, quand je suis rentré dans un guichet de banque, j’ai vu ce gars qui me regardait. Ou peut être qu’il regardait ailleurs. Mais j’ai tellement lu de textes inquiétants, de conseils à la paranoïa… mais la paranoïa ne me plait pas. J’ai juste envie d’être prudent, intelligent, cohérent. D’avoir un comportement normal. De ne pas agir bêtement. Ce soir, quand on est rentré à l’hôtel, mon appareil photo était rangé dans mon sac à dos. On est resté sur la rue principale, on n’est pas parti voir les petites ruelles isolées. J’ai un faux portefeuille dans la poche, avec seulement un peu d’argent dedans. Environ 200 pesetos, il parait que ça suffit à rendre un voleur heureux. Nous n’avons vu que des zones touristiques. Nous n’avons que très peu quitté l’autoroute. Et je n’ai aucune intention que cela change. Je ne fais pas partie de ces voyageurs qui veulent aller absolument partout. Il y a des zones en rouge dans la carte, je n’ai toujours pas l’intention d’y aller. Et surtout, il y a ce conseil du gouvernement du Canada que je compte bien appliquer à la lettre. Parce que le Canada tient la sécurité de ses ressortissants à coeur !

    Soyez prudent lorsque vous vous tenez debout près des balustrades de balcon. Certaines personnes ont perdu la vie ou ont été blessées à la suite d’une chute. Les normes mexicaines permettent aux balustrades d’être beaucoup plus basses qu’au Canada.

    Note : contrairement à ce que l’on pourrait croire en lisant l’article, l’image l’illustrant a été prise à San Luis Potosi. Il s’agit de la Plaza de Aranzazú.

    2 commentaires

    1. Commentaire de Kaly

      On va voir si ta tatie est une lectrice attentive !

      À part ça, le voleur qui te piquerait tes pesetos serait déçu, si je puis me permettre. La peseta était la monnaie espagnole, au Mexique ce sont des pesos que l’on dépense ou que l’on vole.

      Je préférerais que tu écrives moins à l’arrache, rapport à de nombreuses coquilles ou autres erreurs, mais je me dis que c’est super cool d’avoir des nouvelles quasiment en temps réel, et c’est ce que je préfère encore plus ! Alors sans doute faut-il tolérer que tu écrives très vite, et tant pis pour les bourdes que cela implique.

    2. Commentaire de Kaly

      Bon, vous avez affronté (presque) tous les dangers, et voilà que l’ouragan Patricia vient nuire à votre permanente.

      J’espère que vous échapperez à ses vents exceptionnellement violents, ses trombes d’eau, ses glissements de terrain et les cendres de ses volcans qui ne manqueront pas de faire des coulées de boue !

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