Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionMarch 9th, 2016
  • Antigua est une ville de transition. Une ville qui s’étale entre plusieurs mondes. À la fois guatémaltèque par certains cotés, et horriblement touristiques par d’autres. Déclarée au patrimoine de l’Unesco, la ville est magnifique. Entre ses façades colorées de type coloniale, les ruines des anciennes églises, et les volcans tout autour, c’est un régal pour les yeux. Et comme on est à une heure de l’aéroport et que la capitale ne fait pas vraiment envie, c’est souvent le point d’arrivée et de départ de nombreux touristes. Et le deuxième lieu de vie, après le lac Atitlan, privilégié par les expats. Alors entre les ladinos, les mayas, les touristes et les expats, on se perd un peu. Et la ville a un peu de mal à se trouver. On ne sait jamais tout à fait où l’on est (sauf en plein coeur du marché couvert où, aucun doute, nous sommes au Guatemala).

    mage

    Nous avons passé à Antigua la dernière soirée et la dernière nuit de Lilou au Guatemala. Ville de transition, oui. On arrive, on part. On est pas encore ici, plus tout à fait là. Il nous restait aussi quelques emplettes à faire. En optimisant bien, tout doit pouvoir rentrer dans le sac à dos de Lilou (et dans son chouette nouveau sac cabine acheté pour l’occasion). J’ai plaisir à revenir à Antigua. J’aime la symbolique du cercle, du retour au point de départ. D’une certaine façon, il s’agit plutôt d’une spirale. Notre point de vue a fortement changé en trois semaines, maintenant que nous avons des points de comparaisons. Maintenant que notre façon de comprendre et de vivre le Guatemala a changé, notre point de vue aussi. Oui… une spirale.

    Nous retournons au marché où je me suis acheté des pantalons. J’y trouve un tshirt. Lilou une chouette chemise. J’ai une meilleure conscience du prix des choses. Je sais ce que je suis prêt à négocier. Ou pas.

    Comme à Chichi, on découvre des vendeurs qui ont besoin de vendre à tout prix. Qui font baisser leur prix d’une façon qui me met mal à l’aise, en me laissant imaginer comment d’autres touristes doivent se comporter. Au final, nous arrêterons le magasinage, fatigué émotivement. Ce n’est pas le prix qui ne nous convient pas. Simplement le style. Nous n’avons pas envie d’acheter pour acheter. Oui, meme un hamac magnifiquement travaillé, donc le prix termine à 14 euros alors qu’annoncé à 36 au départ. Nous voulions juste le voir, nous nous sommes rendu compte que les couleurs n’allaient pas. Oui, à Chichi comme à Antigua, le touriste ne fait pas que du bien…

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    [El Desajuno Chapin. Frijoles, queso, crema, huevos y platano.
    Con aguacate. Y tortilla, claro !]

    Pour cette dernière soirée, j’avais besoin de nourriture qui fait du bien à l’âme. D’un plat un peu plus raffiné. J’adore manger un petit déjeuner traditionnel avec des ingrédients tout simple et mes doigts, assis par terre dans la rue. Ou en équilibre sur un tabouret en plastique, sur un sol inégal. Mais je ne sais toujours pas où je vais demain. Ce que je vais faire. J’ai besoin de me faire plaisir, d’avoir un repas spécial. Alors c’est ce que nous ferons.

    Une chose est sûre. Je ne prendrai pas l’avion demain. Je n’en ai pas envie. Ce n’est pas mon état d’esprit du moment. Ce n’est pas ce que je veux vivre. Comme mon visa est déjà expiré depuis deux jours, je me dis que je ne suis pas à un jour près. Je dormirai à Antigua demain. Lilou partie, j’y verrai plus clair, et je pourrai enfin décider : je vais où, je fais quoi ?

    J’ai déposé Lilou à l’aéroport. Je l’ai regardée partir. Vite. J’ai (presque) toujours détesté les aéroports. Je ne savais pas trop comment j’allais réagir à son départ. En règle générale, je préfère voyager seul. Mais la compagnie, de temps en temps, ça fait du bien. Avec quelqu’un qui nous connait, qui nous comprend. Quelqu’un que l’on connait, que l’on comprend. J’ai un traducteur Lilou – français intégré ; il s’est révélé très pratique ! Le voyage avec Lilou s’est particulièrement bien passé. Mieux, même, que je ne l’imaginais ! Je n’aurai eu aucun problème à voyager plus longtemps avec elle.

    Lilou partie, il ne restait plus que moi. Et cette seule question double : je vais où, je fais quoi ?

    Alors que nous discutions tranquillement en buvant un chocolat chaud en attendant l’heure de son départ, j’ai senti un sentiment grandir en moi. Un sentiment que je connais bien. Un sentiment que j’aime énormément. Un mot. Liberté. À l’état brut. Lilou partie, je n’ai plus aucune contrainte. Personne ne me rejoint bientôt. Pas de billet d’avion. Pas d’ultimatum. Rien. Il n’y a pas les amis qui m’attendent à Montréal, Isa que je rejoins à Portland, Laurie que je retrouve à Boston, un projet helpx que je dois rejoindre à Mahahual, Elisa de Alquimia qui m’attend, Hotelito qui a besoin de remplacer un volontaire, la Iguana qui a besoin de moi, Lilou qui arrive, Lilou qui part.

    Non. Rien. Pour la première fois en six mois, tout est possible. Je vais où, je fais quoi ? Je peux sauter dans un avion pour aller n’importe où dans le monde. Faire ce que j’ai envie. Hotelito m’attend, mais Hotelito peut se passer de moi s’il le faut. Que j’aime ce sentiment de liberté !

    Je suis rentré à Antigua ; je me suis installé au Somos, où j’avais raté de rester pour ma première nuit en attendant Lilou. Je me suis donné une journée de réflexion. Ou plus, si besoin. Je peux tout faire, autant s’appliquer à bien choisir !

    Et alors que je savais que tout était possible, que je pouvais aller n’importe où, la réponse m’est apparue comme une évidence : je suis bien ici. Je ne veux pas partir. J’irais bien à Hotelito. Puis je continuerai sans doute avec Quetzaltrekkers. Parfait. Un dernier détail à régler : le visa. Et une option que je n’avais pas encore trop exploré : aller à Guaté, à la capitale, aux services d’immigration, et renouveler mon visa sans sortir du pays. Exactement ce dont j’avais envie.

    Un aller retour en Chicken bus plus tard, mon passeport est entre leurs mains. Je le récupère dans une semaine. Et j’en ai profité pour me ramener une nouvelle tente de la grand ville. Encore plus légère (et plus cheap !) que la précédente. Et un peu de RAM, aussi, pour mon ordi, histoire de lui donner une troisième vie.

    Et me voilà, frais, dispo, et libre. Avec l’intention de profiter à fond de ma liberté !

    Je sais où je vais : nul part. Ici. Partout.
    Je sais ce que je fais : je continue d’explorer ce pays que j’aime tant ! 

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