Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 14th, 2014
  • Il vient toujours un moment où les mots viennent à manquer. Et le conteur écrivain adore ces moments là. Parce qu’ils viennent à la fois me rappeler la limite des mots, mais aussi la valeur que chacun peut avoir. Ils viennent me rappeler à quel point notre planète est magnifique. Ils viennent me rappeler le besoin, parfois, de partager nos expériences. Pour que d’autres puissent nous comprendre. Les centaines de photos ne suffiront pas. Les répétitions de « magnifique », « grandiose » et « superbe » ne suffiront pas non plus. Je devrais me contenter, donc, de raconter avec les maigres moyens du bord… quelques mots, quelques images, pour essayer de décrire des sensations, des ressentis. N’est-ce pas un peu ambitieux ?

    J’ai eu le droit à un ciel étoilé magnifique. J’en ai même attrapé quelques photos. Et puis j’ai dormi, sans avoir froid. C’est quand même agréable, quand on y pense ! Je me suis réveillé bien reposé, avec des chèvres de montagnes qui broutaient tranquillement à côté de ma voiture. Impressionnées par la Subaru, elles ont du vouloir venir voir de plus près.

    Barry’s landing

    Je me suis levé, tranquillement. Je me suis promené un peu dans les environs du camping. Descendre à la rampe de mise à l’eau, faire des photos, remonter, faire des photos, faire le tour du camping, faire des photos. Prendre son petit déjeuner. J’ai l’impression que chacun de mes voyages restera marqués par un ingrédient en particulier. À bord du Pourquoi Pas ?, c’était assurément les repas de pattes (et parfois, aussi, de pâtes). En Australie, ce sont les petits déjeuners galette de riz, avocat, paprika et copeaux de parmesan. Sur ce voyage là, ce seront les tortillas qui seront le plus présentes, je pense. Mais pour varier un peu les plaisirs, pour mélanger un peu les voyages, je me suis acheté quelques avocats la veille. En me demandant pourquoi je n’y ai pas pensé avant. Parce que franchement, un bon avocat au petit déjeuner, je crois que ça fait parti des grands petits bonheurs les plus faciles d’accès de la vie.

    Cedarvale Ranch

    Et puis je suis parti. Pas très loin. Parce que juste après, il y avait une petite route qui partait vers la gauche. La route menait à un petit parking, et à un départ de balade. Pour aller voir le ranch de Cedarvale. Installé au milieu du 19e siècle, l’idée de Doc. Barry et de sa femme Édith, était simple : permettre aux citadins de la côte est de venir expérimenter la vraie vie de ranch du Wild West. Alors ils faisaient de la publicité à Chicago, et au près des compagnies de chemin de fer. « Venez vivre la vraie vie de ranch ». Et les gens traversaient le pays en train, venaient se perdre au milieu de nul part, et payaient. Pour travailler sur le ranch. Depuis le temps que mes parents répètent qu’ils devraient faire ça : l’idée ne date pas d’hier, et déjà avant hier, ça semblait fonctionner ! Quoi qu’il en soit, la petite balade est bien agréable. Il reste encore quelques bâtiments sur place, mais le gros a disparu. Brûlés, et sans doute démontés pour certains.

    Hillsboro

    Je suis revenu jusqu’à la voiture. Et j’ai vu cette petite avancée de rochers par dessus la rivière. J’ai décidé d’aller voir. Je suis descendu. J’ai adoré l’endroit. Alors je suis remonté. J’ai attrapé ma flûte et mon didgéridoo. Parce qu’en plus d’être inspirant, l’endroit offre un échos parfait. Alors j’ai joué un peu de didgéridoo. Et un peu de flûte. Et puis j’ai eu envie de raconter une histoire. Puis une autre. Et encore une autre. J’ai raconté l’histoire du vieux sculpteur, j’ai raconté l’histoire du grain de sable… et puis j’ai raconté une autre histoire. Nouvelle dans mon répertoire… et qui trouve sa place. J’ai raconté sans problème, sans hésitation, sans chercher mes mots. J’ai bafouillé une fois. Une seule. Alors je suis bien content… parce que mon appareil photo, pendant ce temps, il enregistrait. C’est pas tout de vouloir faire des spectacles de contes… mais il faut bien que j’ai des contes à faire écouter pour convaincre des gens de me laisser un peu de place sur scène ! Quoi qu’il en soit, donc, je continue d’avancer sur mes deux objectifs parallèles : avancer mon livre, et mettre en place une soirée contes. L’endroit se prêtait à merveille à la chose. J’en suis heureux.

    Et je suis remonté dans ma voiture. J’étais au fin fond du parc. Je l’avais traversé la veille, assez rapidement, à la tombée du jour, sans trop faire attention au paysage. Je revenais aussi lentement que possible, en prenant tout mon temps, et en m’arrêtant trois fois dans chaque virage.

    Random walk

    Et puis il y a eu ce point de vue, qui me donnait envie d’aller voir un peu plus loin. Et ce parking, avec aucune indication, mais qui me semblait une invitation à marcher. Alors je suis parti marcher. Au hasard. Je n’avais pas de plan, et pas de chemin à suivre. Mais l’idée était simple : avancer. Aller là bas, vers les falaises. Aller admirer ce canyon d’un peu plus prêt…

    Sullivan’s Knob Trail

    Puis s’arrêter à nouveau, sur ce parking caché dans un virage. Et voir que cette fois il y a un sentier. Ne pas hésiter une seule seconde, et suivre le sentier. Et découvrir un autre point de vue à couper le souffle sur le canyon. Rester à nouveau sans voix, et sans mot. Vouloir faire cent photos plutôt qu’une seule, en espérant que ça aide un peu mieux à exprimer ce que l’on ressent, à décrire ce que l’on voit.

    Devils Canyon Outlook

    Rouler encore un peu, puis s’arrêter à « Devils Canyon Outlook ». Là où deux canyons se rencontrent. Prendre encore des photos. Penser à tous les panoramiques qu’il va falloir monter. Se demander comment je vais faire. Rester sans voix un moment. Avoir l’endroit pour soit tout seul, dans le silence absolu. S’émerveiller, encore et encore.

    Ranger Delight et State Line

    Avancer jusqu’à la prochaine balade. « Ranger Delight ». J’hésite à traduire « Delight » par « sucreries » mais je finirais par opter pour « gourmandises ». Passer le départ sans s’arrêter, parce que bon, on en a déjà fait pas mal. Et puis se dire que c’est bête de ne pas faire celle là, puisque les autres étaient tellement belles… faire demi tour, commencer à marcher. Ne pas regretter. S’en prendre plein les yeux, une fois de plus. Être heureux d’avoir une carte mémoire sans fin. Découvrir que « Ranger Delight » connecte avec « State Line » et faire deux balades pour le prix d’une. Franchir à pied la ligne entre le Montana et le Wyoming. Se demander si on est déjà passé d’un état à un autre, d’un pays à un autre, à pied. Se rappeler de faire le tour du Mont Blanc un jour.

    Horseshoe Bend

    Et finalement être de retour à l’entrée du parc, pour un dernier point de vue. Trouver l’endroit un peu moins inspirant, mais se dire que c’est pas grave, parce que l’on est un peu fatigué. Être jaloux de tout ces gens qui ont amené un bateau avec eux. Regretter de ne pas avoir pu faire le canyon en bateau, et de n’avoir vu que la moitié sud du parc. Se demander pourquoi cet endroit n’est pas classé Parc National. Connaître la réponse : les Parcs Nationaux ont tous quelque chose d’absolument unique, que l’on ne retrouve dans aucun autre. Il y a un seul Yellowstone, un seul Yosemite, un seul Zion. Je n’ai pas vu le Grand Canyon, mais j’imagine qu’il pourrait y avoir un lien entre les deux….

    Et dire que la journée n’est pas encore terminée… il n’est que trois heures de l’après-midi. J’ai envie de m’offrir une petite gourmandise, moi aussi.

    Black Mountains

    Quand on arrive de l’est, il y a quatre chemins d’accès à Yellowstone. Le premier est plate et ennuyeux. Il consiste à contourner les Black Mountains, rester sur l’autoroute, et entrer dans le parc par Bozeman, au nord. Les trois autres consistent à traverser les susdites montagnes. Ce que j’ai fait la veille, en prenant la 16, la route la plus au sud. Mais j’ai bien envie de voir les deux autres routes possibles. Alors comme il est encore un peu tôt, Je me dis que peut être je pourrais bien m’offrir une petite boucle de détour. Pour voir les deux options que j’ai délaissées. Surtout que bon, sur ma carte, il y a ce petit carré rouge avec écrit « Shell Fall ». Et un camping juste à côté. J’ai une centaine de miles à faire. Cent soixante kilomètres. Ça devrait être l’histoire de trois heures de route. En principe…

    Medecine Weels

    Première erreur, sans doute : ne pas faire attention au panneau clignotant « attention, pentes très raides ». Je me suis contenté de me dire que de toutes façons, j’avais une grosse voiture, avec un gros moteur. J’ai découvert que la grosse voiture, elle peinait beaucoup dans les pentes à 10/12 % et qu’elle avait un peu du mal à dépasser les 50 kilomètres heure. Mais pas sûr, en même temps, de vouloir aller plus vite. De loin, on devine le mur qui nous attend et on se demande comment ça va se passer. De plus proche, on devine la route qui nous attend et on se demande comment ça va se passer. Dessus, on admire le paysage, et la vue qui s’étale de plus en plus vers l’infini. Un panneau, un peu plus tard, m’apprendra que je suis monté de 1200 mètres en 20 kilomètres. Et que j’ai avancé beaucoup moins vite que je ne le pensais.

    Deuxième erreur : avoir ignoré l’autre petit carré rouge, sur la carte. « Medecine Weels, historical landmark ». Jusqu’à ce que j’arrive à ce petit carrefour, indiquant à droite « Medecine Montain and Medecine Weels ». Le parking était à 1,5 miles. L’objectif à 3 miles. J’étais curieux. Je n’avais aucune idée de ce dont il s’agissait.

    Et puis il y avait cette grosse boule que je voyais tout la haut sur la montagne. Un observatoire, sans doute. Peut être que c’était là bas que j’allais… toujours est il que j’avais envie d’aller voir. Alors même que je ne savais rien du tout de l’endroit. Que je ne savais pas où j’allais. J’ai donc fait la route, jusqu’au parking. Je me suis garé. Je suis sorti. J’ai eu une hésitation. J’étais pas mal remonté en altitude. Le vent soufflait un peu. J’ai mis mon pull ultra léger, et ma veste ultra légère par dessus. J’ai hésité encore un peu. J’ai pris mon bâton pour marcher, parce que j’aime bien avoir un bâton quand je suis seul. Ça me rassure. Une dernière hésitation, et j’ai pris ma flûte. Le chemin est fermé par une barrière que l’on peut ouvrir. Mais l’accès en voiture est autorisé uniquement aux personnes ayant de la difficulté à marcher. Moi, je suis en pleine forme, alors j’y vais d’un pas enthousiasme. Mon enthousiasme est un peu calmé par le vent, pas très chaud. Mes jambes me font vite comprendre qu’elles ont déjà beaucoup marché aujourd’hui. Mon corps me rappelle qu’il faudrait peut être que je mange un peu plus de calories dans la journée. Mais c’est pas très grave, et je continue d’avancer, en ayant aucune idée de où je vais. Je fais juste suivre un panneau, et un point rouge.

    Et j’arrive. « Medecine Weels », c’est un lieu sacré pour le peuple Crow. Un lieu de prière, je pense, et de recueillement. L’intensité de lieu me frappe de plein fouet. J’en ressens l’esprit. C’est très difficile à exprimer. Je me sens accueilli, bienvenue. Je comprends que j’ai eu raison de venir, que j’ai été invité. Je m’approche. Un panneau indique qu’il faut tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Une voix dans ma tête me dit « trois fois ». Je fais un premier tour, lentement. Je regarde, j’écoute, je ressens, j’admire. Une voiture arrive. Un couple en sort. Ils sont tout les deux parfaitement capable de marcher, mais ils ont prit la voiture quand même. Ils font le tour rapidement, en parlant. Puis repartent. Je commence un deuxième tour. Je m’arrête à plusieurs reprises pour jouer de la flûte. Je comprends maintenant pourquoi je l’ai amené. À chaque fois, je m’arrête quelques secondes devant l’entrée, pour remercier… remercier qui ? je ne sais pas. Je fais un troisième tour, et soudainement, je me sens plein de joie. Je déborde d’énergie. Je suis heureux. J’ai presque envie de rire. Je souris. Je n’ai plus froid. Je suis bien.

    Je remercie les lieux une dernière fois, et rentre. Je n’ai plus les jambes lourdes, et je suis heureux.

    Je suis de retour à la voiture. La journée, désormais, est bien entamée. Il me reste encore une soixantaine de kilomètres à faire jusqu’aux chutes. L’idée est de leur dire bonjour ce soir, d’aller m’installer au camping, et de revenir les voir à la lumière du jour le lendemain. La route se fait sans problème, j’avance assez facilement cette fois. Et je tombe même sur un panneau qui explique tout ce que j’ai fait, et que j’ai à faire.

    panneau

    Je suis arrivé la veille par Greybull, je suis monté jusqu’à Lovell, et là, quelques kilomètres à l’est, j’ai rejoint Bighorn Canyon. Et aujourd’hui, j’ai donc pris la 14A, qui m’a fait grimper beaucoup. L’accès à « Medecine Weels » se fait un peu après le « Brake Check Turnout ». J’ai trouvé ce panneau à Burgess Junction, avant de prendre la 14 direction Shell. Les chutes étant quelques part dans la descente. Au programme de demain : voir les chutes et continuer jusqu’à Cody qui est l’une des villes « entrées » de Yellowstone (comprendre qu’à partir de Cody, il n’y a plus qu’une centaine de kilomètres jusqu’au parc).

    Je suis arrivé à mes chutes. J’ai jeté un oeil rapide, je les ai trouvé magnifiques. Il faudra en effet que je revienne. Par contre, nul trace de mon camping. Pas grave, j’en ai vu plein d’autres en chemin. Je fais donc demi tour, remonte un peu, et m’engage sur un petit chemin désert suivant un panneau « camping ». En me disant que l’endroit va être superbe, mais que, comme d’habitude, j’aimerais bien ça avoir un ou deux voisins.

    J’ai été servi. Le camping était quasiment plein. J’ai donc garé la voiture, et me suis installé confortablement à l’intérieur pour une bonne nuit de sommeil. Un peu trop en altitude à mon goût, ça pourrait être un peu froid cette nuit… enfin, on verra bien !

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