Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionNovember 18th, 2015
  • Aujourd’hui, j’avais envie d’aller voir mon premier cenote. Parce que quand même, ça fait un moment que ça me fait envie d’aller voir des cenotes. Depuis que j’en ai entendu parler, en fait. C’était à Chetumal. J’ai haussé un sourcil à ce mot inconnu, j’ai posé des questions, et c’est rapidement apparu au sommet de ma liste de choses à voir au Yucatan. Oui, c’est aussi ça le plaisir de voyager sans préparation, sans savoir où on va. Ce sont les surprises qui nous attendent à l’arrivée. Ceci étant, c’est quoi un cenote ?

    D’abord, il faut savoir que le mot dérive du maya. « dz’onot » qui, je sais que sur ce coup là je ne vous apprend rien mais ça n’est pas très grave (il est toujours bon d’avoir des petits rappels de langue maya de temps en temps), signifie « puits sacré ». Mais encore ?

    Le Yucatán n’a, entre autre particularité géologique, aucune rivière. Nop. Napa. Nada. Aucune. Pas d’eau douce de surface. Il y a des lagunes, des mangroves… mais des rivières, il n’y en a pas. Enfin pas en surface. Au Yucatán, il y a un immense réseau de rivières souterraines. Et dans certaines zones, des terrains très calcaires. Calcaires + pluie + acide = dissolution = effondrement. Et pouf, vous avez un cenote. Autrement dit, les cenotes sont des avens, plus ou moins rempli d’eau douce (en surface) et parfois même d’eau de mer au fond. Et si on trouve des cenotes en dehors du Yucatán, c’est quand même ici qu’on en retrouve le plus. Entre autre parce que…

    Petit retour en arrière. Cours d’histoire. Ou peut être de géologie rendu là. C’était il y a 65 millions d’années (à quelques patates près : le dernier chiffre en date est « il y a 66 038 000 ans »). À cette époque, les lézards sont vachement plus gros qu’aujourd’hui. Et puis un jour, craboum. Une grosse météorite, un gros trou, et plus de gros lézards. Le cratère de Chicxulub, dans le nord ouest du Yucatán, est le principal candidat dans la liste des sites où le météorite qui a provoqué la disparition des dinosaures a pu s’écraser. Inutile, pour autant, d’aller faire un tour sur place. Le cratère fait plus de 180 kilomètres de diamètre, et il est en grande partie sous le golfe du Mexique. Pas grand chose à voir à l’oeil nu donc.

    Pourquoi je parle de tout ça ? Parce que dans le Yucatán, les cenotes sont disposés de manière concentrique. Autour du cratère de Chicxulub. La plupart sont reliés entre eux par des réseaux aquatiques souterrain, sans doute créé par l’impact du météorite. Et moi, j’ai bien l’intention d’en visiter quelques uns.

    Pour les mayas, les cenotes étaient vus comme un moyen de communication avec les dieux de l’infra-monde (ceux qui vivent sous terre). Ils étaient utilisés comme réserve d’eau douce ou comme lieu de culte : on pouvait y jeter des offrandes. Offrandes humaines inclues. Chichén Itzá est entre autre célèbre pour son cenote sacré (et le rituel du Chen Ku, consistant à jeter des gens dans le dit cenote). Mais Chichén Itzá, on en reparle plus tard.

    Je me suis renseigné à l’auberge de jeunesse. Bojana m’a recommandé d’aller à « Jardin de Eden ». Facile d’accès en colectivo, pas trop loin, pas trop cher. Parfait. Je suis allé me poser sur le bord de la route, et j’ai appris à prendre le colectivo. C’est facile. Vous attendez, et quand il arrive, vous lui faites signe. S’il ne s’arrête pas et que le chauffeur fait de grands signes en retour, c’est qu’il est plein. S’il ne s’arrête pas et que le chauffeur vous regarde bizarre, c’est que ce n’est pas un colectivo. S’il s’arrête, vous dîtes où vous allez, et vous embarquez. « Jardin de Eden por favor ». Pour la suite de l’histoire, comprendre que Jardin en espagnol se prononce Yardin ne changera pas grand chose. Mais quand même.

    Je m’installe confortablement. Je regarde le paysage défiler. Un moment. Un long moment. Je commence à avoir un doute. Et si… forcément, à l’écrit « jardin de Eden » et « Playa del Carmen » c’est complètement différent. Mais quand vous le dîtes avec un accent de pas d’ici… bref, ça m’a permis de voir Playa del Carmen, et de faire demi-tour. Au moins, dans l’autre sens, il y avait moins de risque d’être mal compris. Et, en effet, je me suis finalement fait déposé devant « Jardin de Eden ». Je suis allé voir. Le gardien à l’entrée m’a accueilli d’un grand sourire. Assez efficace pour atténuer le « désolé, nous sommes fermés ». Ah… euh… bon… oui, ils ferment à quatre heures. Bon, d’accord. Mais juste à côté, Cristalino ferme plus tard. Mais il est plus cher. Mais c’est pas grave. De toutes façons, j’ai déjà payé plus cher de Colectivo que prévu. Et aujourd’hui, j’ai décidé que je voyais mon premier cenote. Bon. Et en effet, cette fois, je paie, et je peux entrer.

    L’accès est agréable. Petit chemin dans les arbres, jolies pierres… Et puis j’arrive finalement sur le bord de l’eau. Ah… petit moment de déception. Enfin pas de déception. C’est joli. C’est très inspirant. Mais ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. J’avais surtout focalisé sur l’aspect « grotte ». Les quelques photos que j’avais vues -forcément les plus beaux cenotes de la région » montrent en effet des avens magnifiques. Là, j’avais une très jolie mini-falaise, et une belle eau pure claire et bleue au pied.

    C’est suffisamment inspirant pour donner envie de faire plouf. Et c’est en faisant plouf que je découvre la partie qui me manquait. Parce que par là, en effet, cachée derrière les arbres, il y a bien une petite grotte. L’eau va sous la pierre. Le plafond, par endroit, est bas. Très bas.Vous n’avez jamais essayé de nager dans une grotte ? En vous éloignant suffisamment de l’entrée pour qu’il commence à faire noir, et que vous n’ayez plus aucune idée de ce qu’il y a devant vous ? Vous devinez le mur, un peu plus loin, mais c’est tout… dans ce contexte, je recommande fortement « la nage du petit chien » qui prend très peu de place, et permet de vérifier la présence de caillou peu profond.

    L’endroit est magique. Il est facile de comprendre la côté spirituel de la chose. C’est un cocon, une matrice dans laquelle gaïa nous accueille. Doucement. Délicatement. Gentiment. Je nage un peu. Descends un peu sous l’eau, mais pas loin ni longtemps : j’ai bêtement oublié mon masque à l’hôtel… mais ça n’est pas grave. Je suis bien. Je suis heureux. Je m’aventure un peu dans un passage un peu étroit. Je m’amuse comme un fou.

    L’endroit est magnifique. Il faut que je fasse des photos. Après tout, ça n’est pas profond partout. Je me dis qu’en me débrouillant un peu, en passant par là, en sautant par ici, en nageant un peu entre ces deux points… je sors de l’eau. Je vais chercher mon appareil photo. Je n’ai pas de gopro ? Et bin c’est pas grave ! Je fais sans !

    Les premiers clichés sont timides. Je me tiens sur le bord. Mais je finis par rentrer dans l’eau, à m’accrocher aux rochers. Il y a des prises un peu partout. Et je suis léger comme tout. Jamais je n’ai été aussi bon en escalade ! Je me tiens d’une main, me stabilise avec les pieds, et prends des photos de l’autre main. Pour le coup, je regrette que personne ne soit là pour immortaliser mon contorsionnisme !

     

    photographe

    Je serai resté plus longtemps à faire des photos, je pense, si mon appareil photo n’avait pas soudainement arrêté de marcher. Pourtant, je n’ai pas l’impression de l’avoir trempé dans l’eau. Bon, je l’ai cogné un peu sur un caillou. Mais ça n’est pas la première fois que ça lui arrive ! J’essaie un changement de batterie. Rien n’y fait. Jusqu’à ce que je me rende compte que c’est simplement le protège carte mémoire qui est un peu ouvert. Bon, rien de grave donc. Mais j’ai du ressortir de l’eau, et je n’ai pas le courage d’y retourner. De toutes façons, j’ai quelques jolis clichés !

    Ça fait du bien de se baigner dans de l’eau douce. De se baigner dans de l’eau fraiche. C’est en arrivant à Tulum que je me suis rendu compte de ce qui était « étrange » à Mahahual. Tout était tout le temps à la même température. Je vivais dehors. Je dormais dans un bâtiment ouvert. La nuit n’était pas beaucoup plus fraiche que le jour. L’eau à boire était à même température que l’air. La mer était à la même température aussi. Je n’ai été dans aucun lieu climatisé. Bref, pendant deux semaines, je suis resté entre 25 et 29 degrés. Il y a quelque chose d’agréable à cette constance… je m’en suis rendu compte après coup.

    À Tulum, il y a la clim. Il y a les pièces ouvertes et les pièces fermées. Il y a la buanderie. Il y a beaucoup de températures différentes. Y compris l’eau douce, dans les cenotes.

    Je suis ressorti de l’eau, et je suis retourné sur le bord de la route, empruntant à nouveau ce joli petit chemin dans les arbres.

    Je me suis installé sur le bord de la route, le pouce en l’air. J’ai attendu 5 minutes. Un colectivo est arrivé. Le stop, ici, c’est facile. Suffit de payer !

    Il m’a fallut quelques minutes pour réaliser que j’avais un sourire béa. Que je rayonnais. Que mon corps tout entier diffusait du bonheur dans toutes les directions. Le cenote m’a laissé quelque chose. Quelque chose qui m’accompagne. Jusqu’à présent, je n’avais ressenti cette impression qu’à un seul autre endroit… aux sources chaudes d’Umquat. Vous avez quitté le lieu, et pourtant son énergie vous accompagne encore. Vous en êtes imprégnés. Un peu comme par magie.

    Et de la magie, il y en a dans les cenotes. Cristalino était mon premier, ce sera loin d’être mon dernier. Vous saviez qu’il était possible de faire de la plongée dans un cenote ? Enfin… seulement si vous avez un certificat Open Water ! Le « hasard » fait bien les choses non ? Une « chance » que j’ai obtenu la certification avant de venir ici quand même !

    7 commentaires

    1. Commentaire de Boulette

      L’a l’air sympa cette petite flaque, on attend les photos sous-marines maintenant ! (comment ça t’as pas l’équipement adéquat ?)

    2. Commentaire de La Feuille

      Joli reportage ! Le lieu est inspirant en effet. Ce matin, au réveil, j’ai trouvé un proverbe qui me plait beaucoup et dont je te fais cadeau :

      “Tout homme est tiraillé entre deux besoins : le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même ; et le besoin de l’Arbre, c’est-à-dire de l’enracinement, de l’identité. Et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre. Jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue. (Aphorisme mélanésien de l’île de Vanuatu)”

      Je crois que j’ai trouvé là un bon résumé de ce que je pense…

      Bon je sais ça n’a pas de rapport direct avec les Mayas, mais bon…

    3. Commentaire de pascale

      Magique ! il va falloir y envoyer Boulette avec sa GOPRO. Y a t il des cénotes dans sa région ?

    4. Commentaire de Sébastien Chion

      @magopro : Vu l’état du boîtier et de l’objectif, je crois que j’achèterai pas tout de suite un caisson étanche. Faut dire que le caisson coûtant le même prix que le boîtier… mais c’est dommage. J’irai bien faire le mariole avec mon rebel sous l’eau moi ! Vu que j’ai pas de gopro.

    5. Commentaire de Sébastien Chion

      @La feuille : J’imagine que les mayas avaient aussi des pirogues… moi j’ai un peu fait l’arbre ces derniers temps, donc je joue à la pirogue un peu, je me laisse porter par le courant, et on verra bien où j’irais à nouveau poser quelques racines !

    6. Commentaire de Sébastien Chion

      @Pascale : Je pense qu’elle sera mieux placée pour répondre à la question, mais il me semble bien que c’est quand même plutôt une spécialité du Yucatan. Après, moi j’essaie de la faire venir ici, mais elle veut pas. Elle doit avoir peur que je lui vole son Nikon pour venger ma gopro ;)

    7. Commentaire de Boulette

      @mamanjaivendulagopro: voilà voilà. Y’a pas de cenotes au Guerrero. Y’a plus de GoPro dans mon sac à dos, Sébastien avait qu’à l’acheter quand je lui ai proposée en septembre avant de la balancer sur Kijiji. ;)
      @Seb: fait assez chaud comme ça, je vais pas signer pour un deuxième épisode de cagnard. Prochaine destination, 5 degrés en moins (et peut-être 110% d’humidité en plus, ce qui nous ramène au fabuleux score de 220%).

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