Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 25th, 2014
  • Les médias ont très bien fait le travail aux États-Unis. Et sans doute dans le reste du monde aussi. Combien de personnes m’ont dit « avant, je m’arrêtais toujours pour les personnes qui font du stop, maintenant je n’ose plus ». Ou autre discours approchant.

    Pourtant, je n’arrive pas à comprendre la logique en arrière. Pour moi, la personne qui fait du stop est beaucoup plus en danger que la personne qui va s’arrêter. Le stoppeur ne choisit pas son chauffeur. Alors que le chauffeur va choisir son stoppeur. Et puis comme je l’ai dit à plusieurs reprises à des chauffeurs : si j’avais de mauvaises intentions, jamais je ne ferais du stop. D’abord parce que je n’ai aucune idée sur qui je vais tomber, ensuite, parce qu’il y a des tonnes de personnes qui peuvent donner mon signalement. Enfin, parce que c’est tout simplement aléatoire et complètement inefficace. Surtout que moi je me trimbale avec un sac à dos énorme. Enfin… peut être que je cache mes précédentes victimes à l’intérieur…

    Quoi qu’il en soit, j’étais attendu aujourd’hui chez Cordi et Joe. Cordi m’avait prévenu qu’elle serait à Boise -la grande ville du coin- jusqu’à midi et demi. Si j’arrivais dans les temps, je n’avais qu’à l’appeler. Sinon, il me faudrait aller jusqu’à Vale en stop. Vue la distance à parcourir, je n’avais que très peu de marge, donc je suis parti du principe que je n’arriverais pas à temps.

    Je suis aussi parti du principe que j’aurais très facilement ma première voiture. En attendant sur la route principale, à la sortie du camping, les gens verraient bien que je ne suis pas un fou psychopathe, mais juste un touriste qui voyage autrement. Je me suis promis à moi même que moins de 20 voitures allaient passer. Et j’ai eu raison. Après vingt minutes environ, la douzième voiture -celle-ci sortait du camping- s’est arrêté pour m’emmener. Un couple de Washington (l’état) en voyage dans le coin pour trois semaines, avec leur caravane (première caravane qui s’arrête depuis que je fais du stop).

    J’avais décidé de suivre la nationale 20. Je voulais éviter le plus possible l’autoroute (l’interstate). Parce que faire du stop sur l’autoroute est toujours plus compliqué, je trouve. Et généralement, le paysage est moins beau.

    Le couple, très sympa, m’a avancé d’une bonne soixantaine de kilomètres, avant que nos chemins se séparent. Je me suis réinstallé sur le bord de la route. Une quarantaine de voitures est passée en une demi-heure avant que l’une d’elle ne s’arrête. En fait, je n’ai pas compris tout de suite qu’elle s’était arrêtée pour moi, tant elle était loin. Mais j’ai fini par la rattraper. Et je suis monté avec un retraité, de ceux qui ne s’arrêtent plus jamais pour les stoppeurs, mais qui a trouvé que j’avais l’air sympathique. Et lui, il m’a bien avancé, vu qu’on a fait pas loin de 250 kilomètres ensemble. C’est l’avantage de faire du stop sur les petites routes où il n’y a absolument rien. C’est que les gens font généralement de très longues distances. Les voitures ne sont pas forcément faciles à arrêter, mais quand elles s’arrêtent, ça vaut la peine. Il parlait beaucoup. Il m’a raconté beaucoup de choses, j’en ai oublié la plupart. Il était sympathique, et j’ai eu plaisir à voyager avec lui.

    Ma grosse inquiétude, sur ce trajet, c’était Boise. Les grosses zones urbaines sont souvent un cauchemar à traverser en stop. Alors j’espérais trouver quelqu’un qui me poserait après. Et ce fut le cas. Je n’étais pas complètement sorti de la partie urbanisée, mais je m’étais éloigné du pire. Il m’a donc posé à une sortie d’autoroute, à Caldwell, juste après Boise.

    J’étais inquiet. J’étais dans un genre de zone semi-commerciale, où les gens ne font que des trajets aléatoires et pas pratique. Mais je n’attendais pas depuis dix minutes qu’une autre voiture s’est arrêtée. Le chauffeur était sympa, malgré l’état assez délabré de sa voiture. Il ne m’avançait que d’une dizaine de kilomètres, mais ça m’allait bien : ça me sortait de la zone pas très pratique, selon moi. Il m’a posé un peu au milieu de nul part. Quand il a appris que je n’allais que 50 kilomètres plus loin, il m’a dit « écoute, je dois juste récupérer mes filles à l’école ; je m’occupe d’elle, et dans 20 minutes je suis là, et je t’amène à Ontario ». J’étais un peu sceptique. Un peu gêné aussi. Après tout, le stop marchant super bien, je ne voulais pas lui faire faire un énorme détour.

    Et puis après une demi-heure sur le bord de la route, le pouce en l’air, à ne voir presque personne passer, dans une zone où personne n’est susceptible de s’arrêter (genre de semi-banlieu où tout le monde à peur des inconnus), je me suis dit que finalement, ça serait bien s’il revenait. Après une heure, j’ai commencé à lui en vouloir de m’avoir abandonné au milieu de nul part, et j’espérais vraiment qu’il repasserait. Après une heure et demi, j’ai commencé à me dire qu’il était sûrement un peu beaucoup mythomane, et que je ne le reverrais jamais. Après deux heures d’attente, quand finalement une autre voiture s’est arrêtée, j’ai remercié mon nouveau chauffeur hyper très beaucoup chaleureusement. Une demi-heure après, j’étais finalement de retour en Oregon. À Ontario. La ville la plus à l’est de l’État.

    Traverser Ontario, à pied, m’a pris une bonne heure. Avec un vent désagréable, qui soulevait la poussière, et qui rendait la marche très désagréable. Le pouce levé, mais sans succès.

    Et puis je suis enfin sorti de la ville. Je me suis arrêté à un feu rouge, avec mon petit carnet qui indiquait « Vale ». J’ai attendu une bonne vingtaine de minutes, avant qu’une personne ne s’arrête pour m’embarquer. Un fermier du coin, qui a son ranch un peu après Vale. Quand il m’a demandé où j’allais exactement, je lui ai répondu « chez des amis ». J’avais l’adresse de Joe et Codi, mais pas beaucoup plus de détails. Lui, heureusement, avait un GPS. Heureusement, parce que Joe et Codie habitent dans un ranch bien perdu au milieu de nul part. Ils ont été assez surpris de me voir frapper directement à leur porte, comme j’avais annoncé que je le ferais. Je pense qu’ils s’attendaient à ce que j’appelle de Vale (à une dizaine de kilomètres de ça) pour qu’ils viennent me chercher. À vrai dire, j’ai été plutôt chanceux de me faire amener jusqu’ici.

    Mais voilà. J’étais arrivé. J’étais de retour en Oregon. Dans un endroit où j’avais bien l’intention de rester quelques jours…

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