Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionDecember 2nd, 2015
  • Je crois que je vais arrêter l’écriture de blog de voyage. Je vais me reconvertir. À la couture. Ou plutôt au tricot. C’est chouette le tricot, non ? À moins que je ne me réoriente dans la vente de pièces détachées pour machine à laver. Ça serait une option aussi. Ça, ou fabriquant de ralentisseur. Y a de l’avenir au Mexique. Y a encore des endroits où on peut faire 150 mètres sans exploser les suspensions !

    Ou alors… ou alors il faudrait que je m’achète un dictionnaire des synonymes. Pour remplacer magnifique, grandiose, superbe, de toute beauté, à couper le souffle, magique, inspirant, bouleversant… parce que là, après les derniers jours, je suis à court de mots. J’ai juste l’impression de me répéter, encore et encore. De passer mon temps à chercher des superlatifs, que je n’utiliserai même pas, parce qu’insuffisants. Je surfe sur des sensations, toutes différentes. Toutes extrêmement positives. Et je me retrouve à devoir utiliser les mêmes pour décrire Gran Cenote, Dos Ojos, El Pit, Chichen Itza… et voilà que je dois encore parler de Ek Balam et de Xkeken. J’ai l’impression que je vais dire encore la même chose. Employer encore les mêmes mots. Dire une fois de plus que tout cela était magique. Parce que ça l’était. Pourtant, Ek Balam n’a rien à voir avec Dos Ojos. Alors je fais quoi ? Je me répète, ou j’abandonne ?

    Une des nombreuses raisons pour lesquelles j’aime voyager lentement, c’est parce que j’aime prendre le temps de vivre mes expériences, mais aussi de les digérer par après. J’aime ne faire qu’une chose de ma journée. M’émerveiller pendant quelques heures, puis me poser. Me reposer. Digérer. Aussi curieusement que cela puisse paraître, voyager est fatigant. Je vis des émotions qui sont éprouvantes. Positivement éprouvantes. Mais oui, s’émerveiller c’est épuisant. S’en prendre plein les yeux en permanence…

    Et là, j’ai accéléré. Une semaine hyper intense. Hyperactive. Je pense que j’aurais besoin de me poser un moment en arrivant au Guatemala. Comme à chaque fois que j’arrive quelque part, de toutes façons. J’aime prendre le temps de m’immerger, de m’imprégner de là où je suis, avant de regarder autour, et de partir explorer en rayonnant depuis ma nouvelle maison.

    J’ai mis le réveil un peu tôt. Programme de journée bien rempli, donc. Petit déjeuner rapide à l’auberge, puis direction la station de colectivo pour Ek Balam. Il y a deux types de colectivo. Les relativement plus ou moins réguliers, sur les trajets fréquentés (Tulum – Playa del Carmen, Valladolid – Chichen Itza, etc…). Et il y a les colectivos plus aléatoires. Les premiers partent assez régulièrement. Les deuxièmes, quand ils sont pleins. Le trajet est fixe, le prix par passager aussi. C’est comme ça que j’étais allé à Coba. En attendant que l’on soit six pour remplir le van. Pour Ek Balam, il faut quatre passagers pour remplir une voiture. Mélange de taxi, de transport en commun et de covoiturage. En tout cas, le principe me plait beaucoup.

    Vingt minutes plus tard, le taxi est complet. Sur la banquette arrière, à côté de moi, deux grands pères discutent. En Maya, j’imagine, vu que je ne comprends rien du tout. Au Yucatan, il y a encore beaucoup de gens dont c’est la langue natale. Il y a encore des villes où parler espagnol ne suffit pas…

    J’aimerai apprendre le maya, si j’avais de la facilité pour les langues. Si je pouvais en apprendre plusieurs à la fois, et sans effort. J’apprendrai le maya. Et le slovène. Ou bien le tchèque. Ou le roumain. J’ai un bon aperçu des concepts que l’on peut discuter / développer en parlant des langues latines ou saxonnes. Je serai curieux de découvrir la façon de dire les choses dans les langues slaves. Ou anciennes. Comme le maya. Apprendre à voir les choses / le monde autrement. La langue que l’on parle, les mots que l’on emploie, façonnent le monde que l’on voit. La réalité que l’on construit. Ma réalité serait elle différente si je parlais maya ?

    Il nous a fallu une vingtaine de minutes pour arriver à Ek Balam. Vingt minutes sur une route comme les autres de la région. Jungle à droite, jungle à gauche, parfois un petit village. Des vieilles bâtisses à moitié écroulées sur le bord de la route. Une construction en bois à l’orée de la forêt…

    Ek Balam. Je l’ai choisie un peu par hasard. J’ai repéré beaucoup de noms de ruine sur des cartes. Ek Balam faisait partie de ces noms. Elle était sur mon chemin. Pas trop chère. Pas trop difficile d’accès. Et intrigante.

    J’en profite pour faire une parenthèse : depuis que je suis arrivé au Mexique, je me suis mis à utiliser de plus en plus wikitravel. Le nom dit tout : c’est un wikipedia orienté voyage. Trié par destination. Comment accéder, quoi voir, quoi faire, ou manger… un gigantesque guide de voyage collaboratif. Personnellement, je l’utilise surtout pour les accès. Comment se rendre à un lieu, le coût, les différentes options… rien que pour ça, c’est une mine d’or.

    J’avais donc attrapé quelques informations sur Ek Balam. Suffisamment pour me donner envie d’aller voir…

    À l’arrivée, pas de marché d’artisanat géant. Un parking pas trop rempli, quelques vendeurs sur le bord du chemin, mais très peu. Les lieux baignent dans le calme et la tranquillité. Une aura de sérénité recouvre l’ensemble…

    Au moment de donner mon billet, ma flûte est à nouveau remarquée. Le gardien voudrait que je la laisse à l’entrée. Cette fois, je suis prêt. J’argumente. J’explique, je discute. Le gardien en face de moi est tout sourire et plein de bonne volonté. Il se laisse convaincre assez facilement. Mais j’ai quand même plaisir à discuter avec lui. Lui aussi est calme, serein, posé. Je le remercie et passe mon chemin. Fais trois pas. Fais demi-tour. Il y a quand même une question que j’ai envie de poser.

    – Mais au fait, pourquoi il faut un permis ?
    J’étais persuadé que c’était pour éviter les musiciens essayant de se faire de l’argent.
    – Sans permis, il y aurait un, puis deux, puis tout un groupe de musiciens. Il y aurait beaucoup de bruit.
    – Ah ! C’est pour le calme alors ?
    – Tout à fait !

    Je comprends mieux. Et je suis parfaitement consciente que elle ne va pas rompre avec le calme ambiant. Au contraire !

    Je marche une vingtaine de mètres avant de ressentir un premier frisson dans les mains. Il remonte mes bras. Parcours mon corps tout entier. Une première puis une deuxième décharge d’énergie.

    « Sois le bienvenue, toi qui vient dans le calme et la sérénité ».

    En tout cas, c’est comme ça que je le comprends. Je suis venu l’âme ouverte, l’âme en paix, et Ek Balam s’offre à moi.

    La visite semble se faire dans le sens des aiguilles d’une montre. Mais sans raison particulière, si ce n’est que je me sens attiré par l’endroit, je pars dans la direction opposée.

    Je contourne un premier bâtiment, pyramide à tendance circulaire. Sur le côté, quelques ouvertures. Oui, on peut passer la tête, les bras, et même les pieds, pour voir l’intérieur des bâtiments. Des pièces toutes simples. Pas de fenêtre, juste une ouverture en guise de porte. Autrefois fermée par un rideau.

    Petit à petit, alors que l’on contourne la structure, la partie principale du site se dévoile. L’endroit est de toute beauté. Les pierres sont brillantes, l’herbe est verte, les arbres sont flamboyants… j’avance tout doucement, en prenant mon temps. Le sol est agréable sous mes pieds – toujours aussi nus quand il s’agit de visiter des ruines.

    Estructura 10 

    Il n’y a presque pas de touristes. Les lieux sont calmes. C’est reposant, après Chichen Itza ! Et surtout, il n’y a pas de cordes, de barrières, ou de panneau d’interdiction partout… devant moi, un escalier assez simple, qui monte vers une petite plateforme, avec une petite structure sur le dessus. D’après le panneau, ce bâtiment fermait le côte est de la place central. Les côtés arrondis de la base témoigne d’une inspiration architecturale provenant de la région de Peten, au nord du Guatemala. Et puisqu’il n’y a ni gens, ni panneau, je me permets de monter sans trop hésiter.

    Place centrale 

    Je redescends, et me dirige tranquillement vers la place centrale. Plusieurs petits temples forment une grande cour rectangulaire. Là non plus il n’y a pas de panneau d’interdiction, et je me laisse explorer un peu les bâtiments. Regarder dedans, autour, profiter de la vue d’en haut… au loin, on devine la grande pyramide d’Ek Balam. À l’intérieur, on devine les restes des anciennes peintures. Quelques zones, encore un peu colorées, ont survécu au passage du temps. Et il y a aussi, comme dans toute cité maya qui se respecte, un terrain de jeu de paume. Je suis désormais expert pour les reconnaitre. Il faut dire que c’est assez facile !

    Grande pyramide 

    Je me dirige ensuite vers la grande pyramide. De loin, j’avais eu l’impression qu’elle était assez imposante. Mais de près… de près elle est grandiose ! Elle occupe l’espace, dominant les lieux avec prestance. Une fois de plus, j’use le déclencheur de l’appareil photo. Une des choses qui me plait, c’est qu’une partie a été entièrement restaurée. La pierre est nettoyée, retravaillée, reconstruite… les toits ont été reconstruits aussi… ça donne une meilleure idée de ce que les lieux ont bien pu être autrefois ! Même s’il ne faut pas oublier que la pierre était presque tout le temps peinte, et que le gris n’avait que peu souvent sa place dans les paysages.

    Et bien évidemment, je me lance à l’ascension ! La vue d’en haut est absolument superbe. Et il est vrai que c’est l’une des choses que j’affectionne particulièrement. Admirer la jungle, tout autour, qui s’étend vers l’infini. Et parfois, comme ici, admirer les bâtiments qui brisent cette verdure autrement sans fin.


    pyramide_pano

    Je reste un long moment en haut de la pyramide, partageant de temps en temps le sommet avec d’autres visiteurs, et le gardant pour moi le reste du temps. elle, bien évidemment, profite aussi de l’endroit pour chantonner un peu.

    Je finis par redescendre. Je suis bien, là haut, pourtant, à admirer le paysage, à profiter du soleil, et à transpirer comme il n’est pas permis. Parce qu’on est bien, là haut, mais ça tape un peu quand même !

    La balade continue en faisant le tour de la grande pyramide, et en allant se perdre un peu dans la jungle. On découvre ainsi des bâtiments qui n’ont pas encore été découvert. On voit une pile de pierres sans fin, recouverts d’arbres, de ronces, d’herbes… on essaie de deviner ce qu’il peut y avoir en dessous. Sans succès.

    La balade me ramène alors vers la place principale. Je fais un dernier petit tour, pour m’imprégner au maximum de l’ambiance des lieux. L’endroit me plait énormément. Parce qu’il fait partie de ces lieux avec ce « petit quelque chose de plus d’inexplicable ». Oui, Ek Balam me plait vraiment…

    Cenote 

    J’hésite un tout petit peu sur le chemin du retour, mais vraiment pas longtemps. À deux kilomètres du site se trouve une cenote très jolie, parait-il. Mon emploi du temps est très chargé, mais ce n’est pas ça qui va m’empêcher de faire un petit détour. Je m’apprête donc à embarquer sur le chemin qui m’amène là bas. Il est aussi possible de louer des vélos, mais je trouve le prix un peu trop cher. Du coup, je dis au vendeur que je vais marcher, ça me dérange pas. Il suffit de dire ça pour que les prix soient divisés par deux et deviennent beaucoup plus raisonnables. Bon, et bien dans ce cas…

    Quelques minutes après, je suis devant la cenote. Elle est grandiose. Je ne regrette pas les quelques coups de pédales sur ce vélo un peu vieillissant. La balade était agréable, et la fin en justifie les efforts ! Je reste un moment à regarder la cenote, à hésiter… et puis finalement, je craque. Je me prends une douche rapide, je mets mon maillot de bain (prévoyant, je l’avais avec moi !) et je me mets à l’eau. Certains diraient même qu’elle était un peu fraiche. Moi, elle m’a plu.

    Je nage un peu, je barbote. Je profite un cour instant d’avoir les lieux pour moi tout seul. Mais il y a quand même un peu de passage, et ça ne dure pas. Et puis je fais aussi une ou deux apnées, pour le plaisir, pour voir comment c’est là-bas au fond. Je descends avec une facilité qui m’impressionne. Sans forcer, sans sortir de ma zone de confort, j’ai l’impression d’atteindre les 8-10 mètres. Ça me donne de plus en plus envie de me remettre à tout ça sérieusement. Et qui sait, peut être faire une descente à 25 mètres à El Pit un jour ?

    Je ne reste pas très longtemps dans l’eau. Après tout, j’ai quand même un programme pour l’après midi aussi. Il faut donc que je rentre à Valladolid, pour la suite des aventures. Oui, je m’arrêterai volontiers là pour la journée, j’en ai vu beaucoup déjà. Mais non, il y en a encore à voir !

    Un commentaire

    1. Commentaire de La Feuille

      Le site et les constructions sont effectivement magnifiques. Ça fait un peu rêver ! Je ferais volontiers un poster avec la photo qui figure en tête de chronique…
      Vivement la suite !

    Laisser un commentaire

    -->
    Parce qu’il y a toujours une route, un chemin ou une sente qui, quelque part, m’attend, Rue du Pourquoi Pas ? rassemble carnets de route,
    photos de voyages, conseils et pensées vagabondes d’un photographe, musicien, écrivain, conteur et parfois graphiste. [En savoir plus]