Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJune 2nd, 2019
  • Azay le Ferron est aux portes du parc national de la Brenne et de ses 2000 étangs. On l’avait traversé assez rapidement avec la twingo dans notre quête de nouvelles jantes pour le chamion. Et on avait trouvé les paysages très beaux. Et surtout les lieux très tranquilles et plutôt abandonnés, ce qui nous convenait parfaitement. Lieu de prédilection pour les amateurs d’oiseaux, le parc comptant de nombreuses espèces rares, et potentiellement en voie de disparition pour certaines. Ce que nous avions pas forcément calculé, c’est que nous étions un samedi ensoleillé d’un week-end de quatre jours avec le pont de l’ascension. Du coup, si on était en effet plutôt tranquille sur les routes, sans trop de trafic, on s’est retrouvé submergé par les gens dès que l’on s’arrêtait quelque part.

    Gaëlle gardait un très bon souvenir d’un passage précédent à la maison du parc, où nous nous sommes dirigés. Elle se souvenait d’un joli bâtiment en bois, bien intégré dans la nature, avec de belles expositions à l’intérieur. Nous nous sommes retrouvés devant un magnifique corps de bâtiment en pierre, avec un gigantesque magasin de souvenirs à l’intérieur. Et quelques produits locaux. Hors de prix.

    C’est le début d’après midi ; il fait super chaud dehors. Le bâtiment est climatisé et il y a quelques projections de petits films présentant la région. Dans une salle hyper moderne. Le public choisit quel film il veut voir grâce à un panneau de contrôle interactif. En plus de la projection sur un écran très large, un petit écran supplémentaire ajoute parfois des informations supplémentaires. Car nous vivons dans un monde ou un simple film n’est pas suffisant ; il faut une expérience encore plus immersive. Je n’arrive pas à comprendre l’intérêt. L’ensemble a du coûter une fortune à développer et à mettre en place. Le Conseil Général a du beaucoup investir pour que le touriste se sente vraiment émerveillé. Un simple film avec de belles images, c’est has-been. Et puis comme ça, les parents peuvent lâcher leurs enfants : y a des écrans avec des trucs à toucher, c’est ça qu’ils aiment les enfants…

    Nous fuyons la technologie (et la fraicheur pourtant si agréable !) pour replonger dans la nature, beaucoup plus calme. Et puis surtout, sur la carte du parc, nous avons vu « maison de la nature ». Gaëlle se souvient. C’est ça. C’était là bas, en fait. Du coup, on continue sur les petites routes du parc.

    On arrive cette fois à la maison de la nature ; joli bâtiment en bois, en effet, bien intégré dans le paysage. Sur de nombreux étangs, le parc a aménagé des observatoires à oiseaux. L’humain est bien caché dans sa boîte, on lui demande de faire aucun bruit, et les oiseaux, eux, peuvent profiter de l’espace sans être déranger. Et comme dans le coin il y a des cistudes, en plus, c’est encore plus sympa de pouvoir se poser pour observer ; les cistudes, pour ceux qui comme moi n’avait aucune idée de ça peut bien être avant d’avoir traversé la Brenne, ce sont des petites tortues. Qui n’ont pas vraiment évolué depuis plusieurs dizaines de milliers d’années. Elles sont bien comme elles sont, elles sont heureuses, bien adaptées, et n’ont jamais entendu parlé de Darwin. Et elles sont toutes mignonnes. En photo et en vidéo. Parce qu’en vrai, on n’aura pas la chance de les voir. Je suis pas forcément un très grand fan d’oiseaux en général, mais j’aime les beaux paysages tranquilles, et là, je suis vraiment gâté.

    Le deuxième observatoire de la maison de la nature n’étant ouvert que le matin, et comme on a prévu de passer la nuit pas très loin d’ici, on décide de revenir le lendemain, espérant voir des cistudes cette fois-ci. Pour finir la journée, on fait un petit détour par le village voisin pour acheter deux trois petits trucs à manger, et on se cherche un parking sympa pour la nuit.

    village

    On en trouvera finalement un sous les arbres, idéal pour profiter un peu de la douceur de la forêt. Les dernières nuits ont été particulièrement chaudes… et comme ce parking là n’est pas non plus très loin d’un observatoire, on va s’y poser un long moment. Trois autres photographes sont déjà là. Il n’y a pas grand chose à voir. Les niveaux d’eau sont horriblement bas pour la saison ; la région a un gros déficit hydrique. Du coup l’eau est loin. Mais la lumière rasante et la douceur du paysage fait un bien fou, et on reste un long moment à regarder des chevreuils dans le lointain.

    Le lendemain, après une manoeuvre un peu compliqué pour sortir du parking (incluant le fait de devoir demander aux voitures garées juste devant le camion de bien vouloir se déplacer, parce que bon, c’est pas très sympa de me bloquer en vous mettant juste devant) on retourne à la maison de la nature ; le chemin d’accès au deuxième observatoire est bien agréable. Par contre, le deuxième observatoire est rempli de gens. Une quinzaine de personnes, chacun avec son téléobjectif à 2000 euros minimum. Autant la veille j’ai apprécié admirer le paysage dans une ambiance calme et sereine, autant j’ai moins de plaisir (alors qu’il y a plus d’animaux à voir !) dans cette ambiance de déclenchement d’appareils et de brouhaha généralisé. Un milan apparait. Trois cents photos sont prises dans les secondes qui suivent. Tout le monde est en mode rafale. Ah les joies du numérique, où l’on n’a plus besoin de réfléchir ; on laisse le doigt appuyé et on attend. Comme le disait une dame la veille « avec toutes les photos que j’ai prises, je dois bien en avoir une bonne ». Faut dire qu’elle faisait 50 photos le temps que j’en fasse 5 et que son amie en face une. Du coup, j’ai un peu du mal à saisir le plaisir de la photo rendue là ; on s’installe avec un énorme objectif hors de prix, et une pile de cartes mémoires, et on attend de faire une belle photo. Soit… vue l’ambiance générale, on décide de partir. On est dimanche ; il y a beaucoup trop de monde dans la Brenne pour qu’on puisse vraiment l’apprécier. Nous continuerons donc vers l’est. La prochaine étape : la forêt de Tronçay, à 140 km de là. Combien de temps pour y arriver ? Bonne question !

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