Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 3rd, 2015
  • Nous nous sommes réveillés sous la pluie. Pour être exact, la pluie nous a réveillé à plusieurs reprises dans la nuit. Quand finalement nous avons eu le courage d’ouvrir les yeux, c’était pour assister à un magnifique déluge. Je suis quand même courageusement allé en quête d’information dans le visitor center. Où le responsable, très gentil et souriant, m’a bien fait comprendre que pour Outer Banks, c’était même pas la peine d’y penser. Enfin si, on pouvait éventuellement, mais c’était quand même pas très très intelligent et on ferait mieux de ne pas. En fait, aux dernières prévisions météo, l’ouragan partirait plutôt vers la mer. Parce qu’il y a un front froid pluvieux qui descend. Bref, on évite l’ouragan, mais il va pleuvoir sans discontinuer pendant les trois prochains jours. Et à cause de l’alerte ouragan, de toutes façons, toutes les infrastructures fédérales sont fermées. Le message est clair, on laisse tomber, on part pour le sud.

    On roule sous la pluie. Et on continue de rouler sous la pluie. L’un pilote, l’autre écope-ilote. Ouaip, il y a une fuite quelque part dans le van, et l’eau rentre dans les pieds du passager avant. Enfin de l’écope-ilote. Alors faut écope-iler.

    Plutôt que prendre la jolie route de la côte, et puisqu’on est en mode vrouminator, et puisqu’en plus c’est le GPS qui en a décidé ainsi, on descend par la 95. L’autoroute officielle de la côte est (promis, bientôt je le poste mon article sur les routes des states). À cause de ce changement d’itinéraire, on se rapproche fortement de Congaree National Park. Aller jeter un oeil représente un détour de cent kilomètres. Laurie n’est pas très motivée, à cause de la météo, mais moi je trouve que ça peut valoir la peine. J’ai toujours adoré les parcs nationaux américains, je me dis que ça en sera juste un chouette en plus. Certes il pleut, mais c’est un parc un peu marécageux, avec des grandes forêts, des beaux arbres et beaucoup d’eau. Des fois, la pluie se calme un peu, et se promener dans une forêt humide, j’aime vraiment beaucoup.

    On arrive au parc en fin d’après midi, après avoir beaucoup roulé toute la journée. Et beaucoup écopé aussi. On fait un peu de repérage. Un micro camping, un visitor center fermé mais avec quelques infos pour quelques petites balades. Ça peut-être un chouette programme pour le lendemain tout ça.

    Enfin ça l’était jusqu’à ce qu’un ranger vienne nous parler. En résumé, son discours ressemble à : « je ne peux pas vous obliger à partir, mais si j’étais vous, je ne resterai pas. Tout l’état de Caroline du Sud est en alerte rouge inondation, et vous êtes dans une plaine inondable. Le camping ne sera pas forcément sous l’eau demain matin, mais soyez quand même prêt à évacuer au milieu de la nuit au cas où ».

    Quand je suis sorti de la voiture, en arrivant au parc, j’ai adoré l’énergie que j’ai ressenti. Les parcs nationaux ont quelque chose de magique, je pense. Celui-ci me souhaitait la bienvenue. Il m’accueillait avec joie. Malgré le discours du ranger, j’étais persuadé que l’on pouvait passer la nuit ici. Laurie, elle, est loin de partager mon opinion. Et après tout, je ne suis pas très difficile à convaincre, vu que je sais qu’il pleuvra toute la journée du lendemain, et que de toutes façons, on ne pourra pas profiter du parc. Il fait nuit et il pleut des trombes d’eau quand on remonte dans le van, pour aller s’installer dans un state park, une heure de route plus loin. Le camping est un peu en hauteur, il domine un lac de barrage. Aucune crainte à avoir, donc. On ne finira pas noyé pendant la nuit. On déménagera quand même le van vers deux heures du matin. Laurie a peur qu’en restant sous les arbres on s’embourbe dans le sol un peu meuble du camping. Nous finirons donc la nuit sur le parking, sous une pluie battante.

    La question ne se pose même pas le lendemain matin : on roule. On en a marre de la pluie. On vient de rater deux parcs nationaux coup sur coup, on a mal dormi, on a des envies de soleil. Alors on roule. L’objectif : on s’arrêtera quand il ne pleuvra plus.

    Bon, d’accord. On va d’abord s’arrêter dans un garage. Le voyant qu’on ne veut jamais voir allumé sur un tableau de bord est allumé. Ah oui, depuis la veille, l’allume cigare ne fonctionne plus. La veille au soir, aussi, on a un peu déboîté le phare avant droit. Et puis cette histoire de fuite d’eau dans les pieds du passager, c’est quand même pas top. On reste donc une bonne heure dans un petit garage, avec un garagiste très sympa, et deux cent pour cent honnête. On repart avec presque tout qui refonctionne à nouveau. Le voyant est éteint, le phare ne tombera plus, le fusible de l’allume cigare est changé (j’avais réussi le diagnostique, j’avais juste pas de fusible sous la main), la fuite d’eau implique de remplacer le capot du moteur donc on y peut rien, l’ampoule du frein arrière droit n’est pas grillé, fallait juste la dépoussiérer et la resserrer. Tout ça pour seulement 20$ ? On est tous les deux impressionnés par la générosité du garagiste. Et maintenant, on sait qu’on peut rouler.

    Alors on roule.

    Savannah

    Et puis petit à petit, on a l’impression que ça se dégage un peu à l’horizon. Laurie avait repéré la ville de Savannah, au tout début de la Georgie. On était parti pour la zapper, mais la météo semble s’améliorer un peu. Et puis en ville, il suffit de rentrer dans une boutique en cas de problème. On a bien envie de ne pas faire que rouler. Alors on s’arrête.

    Et on a bien fait. Savannah est une ville très sympa, qui ne ressemble pas vraiment aux autres villes américaines. Certes, le centre-ville est assez classique, mais il est hyper verdoyant, avec des arbres magnifiques, et il y a de nombreux squares. Pas à tous les coins de rues, mais presque. Les boutiques sont belles et inspirantes. On en profite pour déguster pas mal de miel différent. Mais surtout… surtout ! Ah ! Surtout, nous cherchons un endroit où manger des beignets de tomates vertes. Car oui, nous sommes tous les deux fans du film, et oui, il semblerait que ce soit une spécialité de Savannah. Peut être. Possible. Mais quasiment introuvable. Alors on continue notre errance au centre-ville, on va voir la cathédrale, et on continue de marcher un peu au hasard.

    Et ce semi hasard (j’ai quand même un plan offert par l’office du tourisme) nous fait finalement arriver sur le bord de l’eau. Et c’est là qu’on découvre l’originalité de la ville. La ville est un peu en hauteur par rapport à la rivière. Les bâtiments sur le bord de l’eau sont donc deux ou trois étages plus bas que le reste de la ville. Qu’à cela ne tienne, le tout est relié par des systèmes de passerelles. Quand vous arrivez de la ville, donc, vous avez une succession de passerelles. Et si vous regardez par dessus, vous avez la rue plus bas, et l’autre rue encore plus bas. Je n’avais jamais rien vu de tel avant, et j’avoue que j’aime beaucoup.

    De l’autre côté, sur le bord de l’eau, la rue est certes assez touristique, mais il est agréable de s’y promener. Au milieu des stands vendant de la bière, des frites, des currywurst, sur fond d’accordéon autrichien. Ah bin oui, on commence à célébrer l’october-fest un peu partout !

    On déambule, cherchant désespérément nos beignets de tomate verte. Contraint à déguster des noix de pécans caramélisés, et autres noix au chocolat. La vie est cruelle, et nous rappelle que depuis ce matin, nous n’avons pas mangé. Quelques Oreo pour Laurie, quelques cacahuètes pour moi. Alors quand la madame nous fait goûter un magnifique tulapia fris, on ralentit, on regarde le menu. Et… oh surprise ! Oui ! Tadam ! Révélation ! Ils sont là nos beignets de tomates vertes !

    On rentre, on s’installe, on commande. Je rajoute aussi un bol de gumbo gator. Dans mes souvenirs, le gumbo s’est très très Nouvelle Orléans. Ça sonne Nouvelle Orléans en tout cas. Et c’est très bon. Tout comme les beignets de tomates vertes !

    Heureux d’avoir résolu un des grands mystères de la vie, nous déambulons encore quelque peu sur le bord de l’eau, avant de retourner à la voiture.

    Notre objectif est simple : ce soir, on dort en Floride. « The sunshine states », ils ont intérêt à assurer, parce que là, nos attentes elles sont élevées !

    On roule jusqu’à l’air de repos / visitor center à l’entrée de l’état. Pour découvrir avec joie qu’il y a du jus d’orange gratuit ! Oui, bon, il est 21h passées, le centre est fermé, mais c’est chouette de savoir qu’on aura droit à un verre de jus d’oranges pour le petit déj ! Alors on s’installe tranquillement pour la nuit à côté d’autre van, on s’amuse un peu sur internet, on écrit un peu des blogs, on discute un peu… et la soirée passe tranquillement.

    Un commentaire

    1. Commentaire de Boulette

      Ca a l’air pas si mal cette affaire de beignets à la tomate verte, ça se teste (checke les tomates vertes qui traînent dans la cuisine, puis constate que toute l’huile a servi aux oignons rings de ce soir… burps !).
      Sinon j’veux pas être mesquine, mais dans l’Gros, on avance pas mais on est au sec. Alors hein… Mettez une deuxième couche de duct, mouahahaha ! ;)

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