Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 19th, 2015
  • Nous sommes arrivés à Wimberley juste après la tombée du jour, après un détour rapide par Jacob’s Well, pour nous rendre compte qu’il n’y avait pas de camping. En arrivant en ville, nous sommes passés devant un H.E.B. Une grande épicerie, probablement texane, que je ne connaissais pas. Nous sommesrentrés, faire quelques courses. Le temps d’avoir un coup de coeur. Un peu comme les Woolworth, c’est de la grande épicerie qui privilégie les produits locaux et de qualité. Tout est beau, bien présenté et inspirant. Pas mal de produits bios. Bref, le genre d’épicerie qui semble quand même avoir un peu de conscience en arrière. Bref, le genre d’épicerie que je n’imaginais même pas imaginer au Texas. Il y a même un petit rayon fromage. Et je dois bien reconnaître que voir le visage de Laurie quand j’ai découvert qu’ils avaient même des quarts de meules de fromage à raclette, ça n’vavait pas de prix. Enfin si… Un quart de meule de fromage à raclette, au Texas, ça coûte 140$. Et une demi meule de conté, ça en coûte 300$. Franchement, avoir eu du fric à flamber, j’aurai très clairement craqué. Mais bon, le petit morceau de brie qu’on a acheté, il était très bon aussi ! Et les avocats, absolument délicieux !

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    Nous n’avions pas vraiment d’endroits où dormir. On a envisagé un moment de squatter le parking du H.E.B. Vu que le magasin était très sympa, on a envisagé une petite tolérance pour les squatters de parkings. Mais j’ai quand même jeté un oeil sur google map. Et sur les vues d’avion, j’ai trouvé un endroit qui pouvait être tranquille. On s’y est dirigé, un peu au hasard, découvrant un petit aperçu de la ville, nous donnant hâte d’en voir plus le lendemain. Nous nous sommes retrouvés sur le parking public. Un endroit mieux qu’un autre. On serait peut être réveillé au milieu de la nuit par le shérif pour un contrôle de papier, mais il ne nous demandera probablement pas de nous déplacer.

    Il ne nous a pas réveillé. Nous avons bien dormi. À ce stade, il est peut être nécessaire que j’explicite un point pour le lecture qui est peut être un peu perdu. Comment se fait-il que je sois si réticent à dormir sur un parking de Walmart et si enthousiaste à dormir sur une aire de repos ou dans un parking public ? Dans les trois cas, il s’agit d’un parking, non ? Certes, oui. Deux choses à prendre en compte.

    La première, simple et radicale : je n’aime pas Walmart. Je n’aime pas cette chaine de magasin. Je n’aime pas ce qu’elle symbolise. Je n’aime pas les gens que l’on y trouve. Se garer dans un Walmart, c’est utiliser les services du Walmart tard le soir, c’est valider l’ouverture 24h/24 du magasin. C’est beaucoup d’actes symboliques sur lesquels je ne m’attarderai pas, mais que je n’ai pas envie de cautionner…

    La deuxième raison est plus subtile. Il se dégage d’un Walmart un sentiment de médiocrité. Je ne supporte pas l’énergie qui se dégage des magasins. Un sentiment d’échec. Oui, les gens qui font leurs courses chez Walmart sont une catégorie de la population américaine, et ce n’est pas la sous catégorie que je préfère. Ce n’est pas la plus flatteuse, la plus porteuse de rêve ou la plus porteuse d’avenir. Les Walmart me dépriment. Les gens qui font leur courses chez Walmart me dépriment aussi. Sur une aire de repos, les gens sont là pour se reposer. Ils se reposent, se détendent, dégagent une énergie beaucoup plus reposante, beaucoup plus agréables. Une énergie que j’apprécie beaucoup plus. Sur un parking public, c’est encore différent… mais dans le parking de Wimberley, je me sens bien. Et puis le parking est en terre. Ça dégage des trucs vachement plus agréables que les vapeurs de goudrons et tous les produits qui vont avec… donc oui, j’ai une préférence très net et sans appel pour tout ce qui n’est pas parking de Walmart.

    Et puis se réveiller en plein centre ville. Sortir du van. Faire quelques pas. Trouver un endroit sympa, et s’asseoir. Commander un thé. Craquer pour le sourire de la serveuse et demander aussi un baggel à la crème. Se poser. Découvrir que les mots sont là. Je suis resté quoi. Une heure ? Deux heures ? Un bon moment. J’ai écris. J’ai avancé mon livre. Encore. Et encore. À ma grande joie, j’ai débloqué des passages qui me bloquaient. Je me demande vraiment ce à quoi va ressembler ce livre à l’arrivée. Mais j’ai tellement de plaisir à le voir avancer !

    À un moment, je me suis levé. Je suis allé faire un petit tour, pour admirer le centre-ville absolument magnifique et agréable de Wimberley. Ce genre d’endroit où l’on veut prendre tout son temps. Boire un thé en terrasse. Changer de terrasse. Boire une bière. Changer de terrasse. lire un peu… bref, vivre, être heureux, et profiter !

    Puis je suis retourné me poser, en attendant Laurie. Les mots étaient au rendez-vous. Je les remercie.

    On s’est arrêté à nouveau au H.E.B pour acheter d’autres avocats. Ils étaient tellement bons !

    Et puis on est allé à Jacob Wells.

    Jacob Wells, c’est une source. Un peu comme celles que l’on a trouvé en Floride. Un grand parc, quelques balades, et une petite rivière absolument magnifique. Avec, à un endroit, un grand trou. Sept mètres de profondeur, quatre mètres de diamètres. Une eau à 68° F (20°C, on frôle le point de congélation !). Pas grave, on plonge quand même ! L’endroit est magnifique, et 7 mètres, ça s’atteint sans problème en apnée. Cette impression de plonger dans le ventre même de Gaïa. D’être accueilli. Il n’y a pas beaucoup de courant. je suis bien. Je descends régulièrement. J’admire le fond, reste un peu, remonte en prenant mon temps. Je suis tellement bien !

    Le monde va et vient aux sources. Quand nous sommes arrivés, il y avait un gars qui discutait avec un peu tout le monde. Et puis ce fut notre tour. D’échanger avec cette madame de la région, avec cette fille du Mexique, avec cette autre fille de Pologne. Le lieu est propice à la discussion. Il est familiale, ouvert. On se sent bien. Je resterai volontiers des heures entière à accueillir les gens. À les regarder passer. Oui, un peu comme aux sources chaudes d’Umpqua. L’énergie qui se dégage est un peu différente. Mais l’idée est quand même la même : venez, échangez, discutez, partagez. Rencontrez-vous !

    Atalia est originaire du Mexique mais vit maintenant au Texas. Elle est en vacances dans les environs pour une semaine. Outre un prénom magnifique, elle a aussi un sourire à faire fondre. On discute un peu. Et puis elle a aussi une go-pro. La caméra que Boulette a refusé de me vendre. Alors elle me la prête pour que je fasse quelques photos. Une ou deux vidéos aussi. On verra si j’ai des nouvelles d’elle. On verra si elle m’envoie tout ça. Peut être. Elle repart de son côté. Selon le bon vieux classique « avoir eu plus de temps », je lui aurais proposé de passer la soirée avec nous. On aurait pu se poser tous les trois quelques part et discuter. Mais nos projets sont autres. Nous nous promenons encore un peu dans les environs, et nous prenons la route. Ce soir, nous dormons juste avant la frontière !

    Cette fois-ci, le parking de Walmart est voulu. Il sera pratique pour les derniers préparatifs. S’assurer que l’on a acheté tout ce dont on a besoin. Faire quelques photocopies. Et tout est prêt. Difficile de réaliser que demain matin, on passe la frontière du Mexique !

    Un commentaire

    1. Commentaire de La Feuille

      J’aime beaucoup ces deux séries de photos. Je crois que j’ai une petite préférence pour la première car c’est effectivement un lieu inspirant et plein de chaleur. Le petit café donne en effet envie de s’arrêter pour en siroter un. je retrouve cette ambiance d’europe méditerranéenne que j’aime tant.

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