Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJune 5th, 2019
  • L’étape suivante restait dans la thématique arboricole. A priori, comme on passait pas très loin de l’Arboretum de Balaine, il nous fallait nous y arrêter. Ne pas s’y arrêter et je risquais de me faire déshériter. Du coup, on a décidé que ça n’était pas vraiment un détour. Une cinquantaine de kilomètres (très agréables) plus loin, nous nous sommes engagés sur la petite route qui nous amènerait à l’arboretum, non sans une négociation de carrefour un peu serré avec un tracteur ; le bardage en gardera une trace de pneu, mais c’est tout. Et nous finirons par nous retrouver sous les arbres du parking de l’arboretum. Celui-ci étant fermé entre midi et quatorze heures, on se pose tranquille dans la maison, à faire nos affaires, et à se faire à manger. Car c’est toujours bien de se faire à manger !

    L’Aboretum de Balaine est le plus ancien arboretum privé de France. Créé en 1804, par Aglaé Andanso, fille du botaniste Michel Andanson, sur une propriété offerte par un ami de la famille. Forcément, si vous voulez partir un arboretum, avoir un ami qui vous offre un château, ça peut aider. Depuis, arboretum et château sont resté dans la famille ; l’ensemble est désormais classé jardin remarquable et monument historique. Et c’est vrai que bon, quand même, ils ont eu plus de 200 ans pour le faire fructifier (ce n’est peut être pas le terme le plus approprié) leur jardin de 20 hectares. L’arrivée se fait dans un grand parc ; un message à la guérite d’entrée nous invite à nous rendre de ce pas et sans attendre à la boutique du château où il nous faudra acheter nos tickets d’entrée. La dame qui nous accueille n’est pas forcément des plus aimables ni des plus souriantes, et elle me regarde presque choquée quand je lui demande s’ils font des tarifs réduits pour étudiants et demandeurs d’emploi. Je suis conscient que l’endroit est somptueux et immense, et que les billets d’entrée doivent probablement être leur principal source de financement. Mais je ne peux m’empêcher de trouver ça un peu cher. Finalement, on reste dans les taris des différents châteaux de la Loire. Mais voilà ; ce premier contact pas forcément très bien réussi, on plonge dans un univers naturel de toute beauté. On suit plutôt sagement l’itinéraire conseillé au début, avant de le quitter quelques fois, pour aller voir ce qui se cache derrière une haie, ou au bout d’un petit chemin. Il y a pas à dire, c’est beau. Pour autant, quand je vois ce petit canal aménagé, je ne peux m’empêcher d’imaginer la Dame de Balaine assise à l’arrière de l’embarcation caché sous son ombrelle, pendant qu’un domestique rame à l’avant. Alors oui, je suis bien conscient que c’est Aglaé qui a planté elle même tous les arbres, qui les a choisi et qui s’en est occupé. Elle a mis les mains dans la terre, certes. Mais il n’empêche que c’est beaucoup plus facile de faire un arboretum quand on vous offre un château, et que vous avez des gens pour s’occuper de vous pendant que vous vous occupez de vos arbres. Et en ce sens, j’ai beaucoup plus d’admiration pour le travail effectué par mes parents, fonctionnaires retraités à qui personne n’a offert de château (ce qui, je pense, les arrange, parce que ça ferait trop de surface à gérer) mais qui s’investissent pourtant énormément dans leur arboretum, qui n’est ni le plus grand ni le plus vieux de France, mais sans doute l’un des plus internationaux, quand on voit l’aide de bénévoles qui arrivent d’un peu partout dans le monde pour filer un coup de main. Du coup, même si j’apprécie la belle balade, les arbres remarquables, les séquoias géants (qui me rendent « home sick » de la côte ouest américaine) l’aménagement de l’ensemble et la douche de jardin, je me dis que quand même, il y en a pour qui c’est plus facile que pour d’autres (et puis c’est pas pour dire, mais leur araucaria il fait fildeférique comparé à celui chez mes parents)…

    On envisageait de peut être dormir sur le parking de l’arboretum (la dame pas souriante nous avait confirmé que l’on pouvait). Mais malgré l’ombre, il y faisait lourd. Pas beaucoup de mouvement d’air. Et ces derniers jours, on peine à faire baisser la température de la maison. Le petite volume se rafraichit pas trop mal, mais quand il fait chaud dehors aussi, on peut pas vraiment faire grand chose. Et à peine porte et fenêtres fermées, la température intérieure remonte de 1 degré en une demi heure, et un deuxième degré suit un peu après. Bref, lutter contre les nuits trop chaudes fait parti de nos quêtes de fin de journée, pas toujours très fructueuses. D’où la recherche de plan d’eau, de rivière, d’étang… or il se trouve que la Loire n’est pas très loin d’ici. On l’a quitté il y a quelques temps maintenant, il pourrait être intéressant de la retrouver. Tout en évitant la grosse route. Je l’ai assez faîte la N7 ces derniers temps, alors Gaëlle plonge dans l’atlas pour nous guider sur les routes secondaires. Très secondaires. Que je suis heureux de cette nouvelle version de la maison, qui me donne 10 cm de plus de chaque côté ! Je roule tellement plus sereinement sur les petites routes étroites. Je sais que l’on peut toujours croiser d’une façon ou d’une autre. Du coup, même si on fait de la petite route, et que l’on avance pas forcément très vite, la route reste plaisante et agréable. Paysages ruraux ; des champs ; des haies ; pas beaucoup de maisons. Un grand ciel bleu. Ça nous plait.

    On retrouve la Loire ; encore plus sauvage et moins domptée par ici qu’en aval. On la suit de loin, guettant un endroit, une aire de repos, un parking, un chemin, un truc. Sans trop de succès. Comme le niveau d’essence se fait bas, on s’arrête dans un intermarché pour faire le plein. Le panneau de hauteur indiquant 3m80, je m’engage serein. Et je ressors sans soucis. Sauf que pour s’éloigner des pompes, il faut repasser sous le toit de protection. La seule indication que l’on a de ce côté est aussi un panneau 3m80. Ça me parait beaucoup plus bas. Je demande donc à Gaëlle de sortir pour vérifier que ça passe. Le moteur faisant beaucoup de bruit, je ne l’entends pas les trois fois où elle crie « ça ne passe pas ». Par contre, j’entends le petit grincement. Je m’arrête. Je descends pour regarder. Ah bin oui, en effet, ça passe pas. Il manque pas grand chose. Mais juste 5 cm c’est déjà trop… la bonne nouvelle, c’est que comme mon toit est en pente, que ça a appuyé à l’arrière, et que j’allais pas vite, ce sont les suspensions qui ont amorti le choc. De loin, le toit est impeccable. J’irai faire une inspection plus approfondi pour être sûr, mais a priori, tout va bien. Je repars donc en marche arrière, pendant que Gaëlle bloque les voitures, et je ressors de la station service en marche arrière. Avant d’aller garer le camion, et d’aller prévenir à l’accueil que c’est bien de mettre des panneaux de hauteur, mais que bon, s’ils pouvaient mettre les bonnes hauteurs, ça serait encore mieux. Enfin bon, y a pas de dégât, donc ça va.

    On reprend la route. On finit par arriver à Digoin, sans avoir rien trouvé. Ça commence à être un peu pénible. Jusqu’à présent, on n’a jamais eu trop de problème pour trouver où se poser. Mais il faut croire que dans ce coin là, ça veut pas. Tant pis. C’est rendu à Digoin que je me rappelle que l’on n’est pas très loin de Paray le Monial. Et que c’est à Paray le Monial que j’ai passé ma première nuit sur la route avec El Chamion, lors de ma grande traversée dans l’autre sens, à l’automne passé. Dix kilomètres plus loin, on est posé dans un endroit tranquille, avec vu sur le canal. C’est parfait.

    Nous sommes à 180 kilomètres de notre arrivée. On pourrait faire la route sans problème sur une journée, mais on n’est pas pressé. Et comme on n’est pas pressé, plutôt que de prendre le même itinéraire que d’habitude, et cette route dont je me suis lassé, on va plutôt passé un peu plus au sud : jusqu’à présent, El Chamion n’a pas trop eu l’occasion de faire ses preuves en montée. Faut dire que c’est pas en Bretagne que l’on trouve les côtes les plus impressionnantes et les dénivelés les plus redoutables. Bon, j’avais quand même héroïquement (et sans problème) franchi le col du Chat avec la première maison ; j’étais donc assez conscient de ce que je pouvais faire. Mais je voulais bien refaire l’expérience du relief, avec une maison un peu moins large, un peu plus légère. Parce qu’après tout, le chamion n’est pas destiné à affronter que les routes de la Bretagne et du centre de la France ! Ce sera donc la traversée des monts du Beaujolais, par les cols !

    Après une vingtaine de kilomètres, on s’arrête un peu par hasard (pas complètement, parce que j’ai vu une tour du château) dans le village de Charolles. On gare le chamion le temps d’aller admirer le château. Très joli. Avec son petit étang. On fait un tour rapide du centre pour trouver une boulangerie ; la seule que l’on verra est fermée… c’est la thématique depuis quelques jours. Essayer de trouver une boulangerie pour acheter du pain. Bah oui, on a encore pas mal de fromage de chèvre à bord nous. Mais plus de pain. Dur ! Pas grave, ça sera dans le prochain village sûrement !

    Et on repart sur les routes. En prenant tout notre temps (pas trop le choix, il est vrai). On monte, petit à petit. Je garde un oeil sur la route devant, un oeil sur les voitures derrière, et un oeil sur la température du moteur, pour être sûr. Mais l’aiguille ne décolle pas. Le Chamion monte fièrement en quatrième, et on s’élève petit à petit en hauteur dans des paysages magnifiques. Parallèle à nous, une ligne de train (qui semble encore active) permet d’admirer quelques viaducs impressionnants. Ça donne envie de refaire le trajet en train pour comparer…

    Et puis voilà. On franchit un premier col. 730 mètres. Le Chamion est monté sans problème, sans fatiguer, sans ralenti. En même temps, les montées ne m’ont jamais inquiété. Après tout, le seul risque en montée, c’est de devoir s’arrêter parce que le moteur chauffe trop. J’attaque quand même la descente avec beaucoup de zenitude. Je connais les capacités du frein moteur ; c’est pas pour rien que je voulais un vieux Ford. Y savait faire des tracteurs dans le temps, ma bonne dame ! Et en effet, la descente se fait sans problème, sans avoir besoin de toucher aux pédales. Ni accélération ; ni freinage. Du coup, la conduite est hyper tranquille. Je ne peux pas aller vite (40 km/h en descente, wouhou !) et c’est parfait.

    Jusqu’à Lamure sur Azergues où Gaëlle a dit « et là, il faut prendre à gauche, direction Vaux en Beaujolais. Pas de soucis, c’est ce qui était prévu. Mais ça attaque un peu sévèrement la montée, quand même, non ? Et puis si il faut croiser ? Bon, si il faut croiser, je m’en fous, c’est moi le plus gros. Ils se pousseront. Mais je klaxonne quand même dans certains virages. Parce que c’est quand même pas très large. J’ai abandonné la quatrième. J’avais déjà du faire de même dans le col du Chat. Aucun soucis pour El Chamion, qui monte tranquillement à 25 kilomètres heures, ronronnant délicatement (comprendre « avec la même subtilité qu’une hélice d’avion gros porteur »). Bref, pour lui, ça ne change pas grand chose. Moi je regarde beaucoup plus souvent mon aiguille de température. Parce que oui, je vous le dit, elle a bougé un peu ! Au lieu d’être en bas de la zone bleue, elle est désormais au milieu de la zone bleue. Elle n’ira pas plus haut. Le Chamion, par contre, a gravi sans le moindre soucis les 737 mètres du col de la Croix Montmain.

    col

    On va quand même pas redescendre tout de suite, histoire de laisser le temps au moteur de refroidir avant d’attaquer la descente. Alors à la place, on décide d’aller voir le point de vue, annoncé à un kilomètre à pied. Petite balade, un peu raide, mais qui amène en effet à un petit belvédère aménagé. La vallée de la Saône. C’est tout plat par là bas. Tellement plat que l’on distingue jusqu’aux cheminées de la centrale de Bugey que l’on devrait croiser le lendemain.

    On pensait éventuellement dormir au col (au calme et au frais loin là haut sous les arbres) mais le programme est un peu chamboulé. Outre le fait qu’il n’y a pas d’endroit confortable pour poser un chamion pour la nuit, Gaëlle s’est fait attaquer par une tique. On a encore des chances de trouver une pharmacie ouverte plus bas dans la vallée ; on décide donc de repartir pour régler la question tout de suite, et éviter tout risque d’infection.

    La descente prend un peu du temps quand même. En troisième, en frein moteur à 20 kilomètres heures, sans toucher les pédales, sans aucun soucis. Je suis très fier de mon chamion et de son moteur. Entre les roues perdues, les tracteurs trop larges, les stations services trop bas, il continue de franchir les montagnes sans se poser de question. Demain, on arrive à destination. Au programme : quelques ajustements à l’intérieur de la maison, et pas mal d’entretien au niveau de la mécanique. J’ai un excellent camion, un châssis impeccable, un moteur increvable… ça vaut la peine d’en prendre soin. Il le mérite ! Et puis une maison à roulettes en parfait état de marche, ça permet d’aller… loin ? Mais je m’égare.

    On finit par trouver une pharmacie juste avant Villefranche. tant mieux ; on va pouvoir éviter de rentrer dans la ville. C’est parfait. Le pharmacien procède à l’amputation avec un excellent doigté ; Gaëlle est soulagée. Et en plus, on nous indique une boulangerie qui ne ferme qu’à vingt heures. Youpi ! Bon, sauf aujourd’hui. Aujourd’hui, on sait pas pourquoi, elle est fermée. Bon, tant pis.

    On reprend la route. Pas pour trop longtemps. L’idée est de contourner Villefranche, traverser l’autoroute, traverser la Saône, entrer un peu dans la Dombe, et trouver un endroit au frais et à l’ombre prêt d’un étang.

    L’entrée dans la Dombe nous fait rire avec son panneau annonçant fièrement ses 1000 étangs ; dans la Brenne, y en a deux fois plus d’abord !

    Un peu plus loin, juste à l’entrée de Lapérouse, sur un bord d’étang, une petite avancée, cachée derrière les arbres. Juste absolument parfait pour nous !

    perouse

    J’aime ce petit clin d’oeil : alors que notre première étape du voyage s’est fait pour aller à Terra Botanica, où on nous a parlé notamment du voyage de La Pérouse, n’est il pas normal de dormir à l’entrée de Lapérouse pour notre dernière nuit. Même si il n’y a aucun lien entre les deux, je continue à aimer les boucles qui bouclent. Et puis bon, quand même, la vue est pas mal, non ?

    vuevue

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