Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 30th, 2019
  • Aujourd’hui, c’est le grand jour ! Depuis le temps qu’il me fait de l’oeil, lui, là haut, à tout dominer du haut de ses 2686m, il est temps que je m’en occupe ! Je l’ai repéré depuis le début. J’hésitais depuis le début. Mille mètres de dénivelé, ça commence à faire pas mal. Mille cent, c’est encore plus… mais mon aller retour au Mont Coin s’est très bien passé, j’ai eu une journée de repos complet, et une petite balade légère la veille, je me sens prêt ! J’attaque l’aventure après un bon petit déjeuner bien consistant. Gaëlle m’accompagne sur le bord du lac ; elle passera la journée de son côté.

    La première partie de l’ascension, les trois cents premiers mètres jusqu’au chalet des Rognoux, se font en partie sous les arbres, ce qui rend le début bien agréable. Ça monte ni trop vite, ni pas assez. Le genre d’inclinaison qui me plait. Je peux avancer sans me casser les jambes, ni avoir l’impression de faire du surplace.

    Ensuite, et bien on monte. Sans trop se poser de question. En plein soleil. La bonne nouvelle, c’est que ma peau aussi s’est reposée. Ça ne me brûle pas. Ce qui rend la chose plus agréable. J’ai quand même amené de quoi me couvrir au besoin, mais jusqu’à présent, tout va bien. Le paysage s’ouvre de plus en plus. La vue porte de plus en plus loin.

    Il me semble voir mon objectif. Pas si loin que cela ; j’avance bien, je suis content. Ce sera plus facile que je ne le pensais au départ. Même si je suis un peu surpris par l’itinéraire emprunté par le sentier. Je ne pensai pas que l’on grimperait par ce côté là…

    grand_rognoux

    Ce n’est qu’un peu après que je comprendrai mon erreur. Ce que je voyais là, c’est le Grand Rognoux qui domine à 2364 mètres. Beaucoup plus bas que mon objectif. Je le réalise quand mon objectif apparait cette fois pour de bon ; il était resté caché depuis le début.

    pano_grandmont

    Voilà. C’est là haut que je vais. La pointe de droite. Je la regarde, découragée. Comment je suis sensé aller là-haut moi ? Mes jambes ont encore de l’énergie, certes, mais en aurais-je assez pour me rendre ? J’avoue douter. Je me dis que de toutes façons, je suis encore capable d’avancer. Je verrai bien jusqu’où je me rends. Alors je reprends l’ascension. Pour finalement arriver au Marlhonnays. Le dernier panneau indicateur avant d’arriver en haut.

    Je suis à 2463 mètres. J’ai déjà monté 900 mètres. Il m’en reste 200. Et un dernier kilomètre. Un kilomètre de pente à 20%. Ça se fait en 40 minutes, me dit le panneau. Mes jambes me disent qu’une heure sera sans doute plus réaliste.

    Je reprends, à mon rythme tranquille, écoutant mes jambes, écoutant mes genoux, ma respiration. Cette dernière va très bien. À force de dormir à 1500 et de faire des aller retour à 2100 et plus, mes poumons se sentent parfaitement à leur place ici. Les genoux ne disent rien. En général, ils se plaignent dans la descente. Mes jambes me disent de continuer.

    Je croise un promeneur solitaire, avec qui j’échange quelques mots. Il n’y a pas grand monde sur cet itinéraire. Il me conseille de faire attention, il y a des risques d’orages annoncés en fin d’après midi. Je prends note.

    Le chemin serpente dans un chaos rocheux que je ne peux m’empêcher de trouver magnifique. J’aime me retrouver dans ce genre de paysage. Seul avec mes jambes. Le sentier est très bien indiqué ; des cairns très régulièrement espacés indiquent le chemin à suivre. Impossible de se perdre là dedans. Et je continue de monter.

    Les nuages commencent à s’amonceler un peu. Je garde un oeil sur le ciel. Pour le moment, tout cela me parait raisonnable. Même si à certains moments, je vois des colonnes de nuages monter à la verticale, pareilles à une fumée épaisse. Le spectacle est magique.

    nuages

    Je finis enfin par distinguer la croix du sommet. Mais la brume a commencé à s’installer. Il ne me reste que 10 minutes de marche ; je me rendrai donc au bout, mais je ne profiterai pas de la vue. Et je ne ferais pas une pause très longue. Pas très envie de devoir chercher mon chemin dans le brouillard…

    brume

    Et finalement, j’arrive au sommet ! Pour la vue magnifique sur toute la région, il me faudra remonter une autre fois. J’ai eut de superbes points de vue pendant toute la montée, mais une vision d’ensemble aurait quand même été une belle récompense ! Les nuages bougent un peu dans tous les sens. La vue se dégage un peu, parfois, notamment sur les lacs, un peu plus bas. Ces lacs que je suis venu voir lors de ma première balade.

    Et puis je peux voir un peu ces autres balades que j’ai faites. Je commence à bien connaître les environs maintenant !

    sansnom

    Cette randonnée vient joliment conclure mon séjour au Lac de Saint Guérin. Je serai volontiers rester encore un peu. J’avais encore une ou deux randonnées que j’aurai aimer faire dans le coin. Mais comme d’un seul coup le temps vient à manquer, je me prépare à déplacer mon camp de base.

    noms

    Après un petit moment à marcher au sommet pour essayer de capter quelques points de vue, j’attaque la descente. J’en ai, après tout, pour un bon moment encore. Je ressors très vite de la brume, et j’arrive sans soucis au Marlhonnays. Un peu après, j’ai de nouveau le sommet en visuel. Les nuages ont complètement disparus. Le voilà de retour dans un grand ciel bleu. Mais je ne regrette pas ; avec des risques d’orages annoncés pour la fin d’après midi, et la fin d’après midi approchant, il était beaucoup plus raisonnable de ne pas rester trop longtemps au sommet. Les nuages se sont levés… ils auraient très bien pu descendre aussi. Et la descente dans le brouillard me faisait vraiment pas envie.

    Les jambes vont bien. Les genoux grincent un peu, mais très raisonnablement. Ils se comportent très bien, et la descente se fait assez vite. Je finis par rejoindre le chalet du Rognoux. Juste à la fin de la traite des bâches à laquelle une douzaine de touristes est venue assister. J’attaque la descente juste après eux. Des enfants qui crient. Du bruit. Des gens. Ils me motivent à presser le pas, histoire de les dépasser. Plutôt que lutter contre la pente pour ralentir, je me laisse donc aller. Courir en descente… j’adore cette sensation. On se sent léger, on a l’impression de voler ! Mes chaussures me tiennent parfaitement au pied. Les chevilles ne bougent pas. Je peux descendre vite, en toute confiance ! Les genoux préfèrent aller vite que de devoir me retenir. Les jambes, elles, n’ont plus beaucoup d’énergie. Mais elles acceptent de suivre le rythme que je leur impose. Je suis heureux. Il y a trois jours, je me demandai de quand datait mon dernier 1000 mètres de dénivelé. Aujourd’hui, je me demande à quand remonte mon dernier 1100. Il faudra que je prenne le temps, un jour – bientôt – de noter tous les sommets que j’ai gravis. De me faire ma petite liste perso de sommet. Volcans d’Indonésie ou du Guatemala. Col et sommets des alpes. Pics dans les rocheuses en Amérique du Nord… la liste commence à être respectable, je trouve !

    Le lac. Le bonheur de recommencer à marcher à l’horizontal. Mes foulées sont longues. La hâte d’arriver l’emporte sur la fatigue. Et il me reste encore un peu d’énergie ! La dernière petite côte, qui du barrage me ramène à la maison n’est pas si longue… mais je la sens quand même un peu passé.

    Intelligent que je suis, il y a des choses que je n’ai pu acheter en ville la veille ; forcément, j’ai cherché à faire mes courses entre midi et 13h… du coup, Gaëlle a profité de la navette pour faire un aller retour à Beaufort. On avait du pain, du beaufort, du conté, de l’emmenthal, du vin blanc… mais pas de liquide à fondue. C’est ballot, non ?

    J’arrive à l’arrêt de la navette une minute avant elle ; j’ai gagné la course ! De retour à la maison, je m’allonge un peu. Je l’ai bien mérité. Il me faut un moment pour me remettre un peu. Je suis simplement vidé. Je n’ai pas tant l’impression d’être fatigué que celle de ne plus avoir d’énergie.

    Je me motive à prendre une douche, histoire de me désaler. Gaëlle commence à couper le fromage pendant que l’orage éclate dehors.

    Il est des fondues qui sont méritées. Des que l’on mange sans aucun remord, aucune hésitation, aucun scrupule. J’ai l’impression d’être sous perfusion de fromage depuis que je suis là, mais vues mes dépenses quotidiennes de calorie, je m’en moque complètement !

    fondue

    La fondue s’est terminée. La pluie s’est calmée. Le meilleur remède contre les crampes après avoir marché… c’est d’aller marcher. On ne va pas bien loin. Juste un aller retour sur le barrage, pour profiter des magnifiques couleurs du ciel en fin de journée. Mes jambes marchent toujours. Le ciel est beau. La fondue était bonne. Et la vie est toujours aussi belle !

    ciel

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