Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionFebruary 20th, 2016
  • Le chicken bus nous a déposé au terminal Minerva de Xela. Nous avons traversé le marché sans fin pour récupérer un collectivo de l’autre coté. Celui ci nous a déposé au Parque Central. De là, retourner au Nim Sut (où j’étais resté avec Megan) était facile. La même fille m’a accueilli et m’a reconnu. Il y a un coté agréable à être un habitué. À être reconnu. Cela donne une certaine stabilité à l’instabilité de la route. Quelques dizaines de minutes plus tard, je retrouverai d’autres visages connus en arrivant à Quetzaltrekkers pour le briefing du lendemain. Au programme : le Tajumulco et ses 4222 mètres. Pourtant, le challenge n’est pas celui que l’on croit. Le challenge le plus important sera le rendez-vous à 4h45 le lendemain matin !

    J’avais trouvé un peu gros le groupe de la rando jusqu’au lac. Je découvre un groupe encore plus conséquent. La raison : un groupe d’une quinzaine de personnes, toutes inscrites ensemble. Dès le début, ça change complètement la dynamique. Quand la moitié des gens se connaissent déjà…

    Nous serons donc 26 au départ.

    Le Tajumulco est le point culminant de l’Amérique Centrale. Comme nous faisons bien les choses, ce sera la première rando que je ferais avec Lilou. Ce sera pour nous deux notre premier sommet au dessus des 4000. Belle perspective, belle motivation ! Et comme nous ne nous sommes pas retrouvés il y a très longtemps, et que j’ai passé les deux derniers mois à rencontrer plein de gens. Ça me convient bien d’être sur une randonnée beaucoup moins « sociale ».

    Nous commençons par trois heures de chicken bus « privatisé » pour nous rendre au village de Tuhichan, point de départ de la randonnée. Petit déjeuner tous ensemble, et puis on attaque l’ascension. Mon sac est assez lourd. La randonnée se fait sur deux jours. Il faut donc se partager le matériel de camping en plus de la nourriture. Le camp de base se trouve à 4000 mètres. L’idée est de l’atteindre en début d’après midi, de s’installer, et de se reposer. Pour se lever à 4h le lendemain matin, faire les 200 derniers mètres de nuit, et assister au lever de soleil depuis le sommet. Avant de tout redescendre.

    Alors on monte…

    Après deux heures, le sac commence à peser sur les épaules. Après trois heures, quand on franchit les 3700 mètres (environ) les poumons commencent à souffrir.

    Avant la randonnée pour le lac, on avait acheté plein de barres de céréales avec Megan, et on n’avait pas regretté. Cette fois-ci, je n’y ai pas pensé, et je regrette. Je commence à sentir la fatigue passer au stade épuisement. Je sais qu’il ne me manque pas grand chose. Juste le petit boost d’énergie d’une ou deux barres. Mais c’est pas grave. Je pousse un peu pour la dernière heure. Après tout, ce sentiment d’épuisement est agréable. Il fait du bien. Je l’apprécie. Je l’apprécie d’autant plus que je sais que dans quelques minutes, je vais poser le sac, et ne plus rien faire. Si ce n’est mangé, et me reposer un peu.

    panotajusommet3000

    Et finalement, le camp de base est là. On peut poser les sacs. Fières de nous. Nous avons franchit la barre des 4000 mètres !

    Camp de base avec tout le confort moderne, soit dit en passant !

    toilette

    Il est 15h. Nous avons fini de monter. Les guides installent les tentes. Les guides préparent à manger. Les guides prennent soin de nous. Moi je prends des notes. Parce que oui, je continue à être persuadé que bientôt, je serais moi aussi à prendre soin des autres. Ne plus profiter de ce confort pourtant oh combien agréable !

    On mange un peu, puis on va se balader avec Lilou. Profiter un peu du calme, de la tranquillité, loin des gens. Nous sommes loin d’être les seuls au camp de base. Et ça enlève un peu (beaucoup) au calme des lieux…

    Le Tajumulco compte deux sommets. Le plus haut, à 4222 mètres, nous attend demain matin. Le moins haut des deux, une cinquantaine de mètres, peut-être, au-dessus du camp de base, nous attend en cette fin d’après midi. Une petite marche pour se détendre les jambes, et aller admirer le coucher de soleil. Ou pas. Simplement admirer le soleil, qui finira par se cacher derrière les nuages.

    panotajupetitsommet3000

    Parlant de nuage… la vue est tout simplement magnifique. Une mer de nuage s’étale dans toutes les directions, nous révélant parfois le paysage, nous le cachant le reste du temps. Il n’empêche… j’ai l’habitude de ce genre de vue depuis le hublot d’un avion en général…

    Nous redescendons pour prendre le repas du soir. D’abord une boisson chaude, puis des pâtes. Lilou ne se sent pas très bien. Contre coup du lac + fatigue + altitude + décalage horaire + sans doute d’autres facteurs. Elle va se coucher avant le repas. Je la rejoins juste après. Nous nous partageons une tente 3 places à 4. Au moins, nous n’aurons pas froid.

    Froid, par contre, nous aurons le lendemain. Parce que oui, à 4h du matin, à 4000 mètres, il ne fait pas chaud. Il ne fait vraiment pas chaud. J’ai beau avoir deux pantalons, plusieurs couches à tous les niveaux, je ne fais pas le fier. Mais attaquer l’ascension du sommet, comme ça, au milieu de la nuit, est juste magnifique. Le phénomène « autoroute en heure de pointe » est un peu dérangeant. Nous sommes sans doute une petite centaine à monter tous en même temps. Nous sommes samedi. C’est le week end. En plus des touristes habituels, il y a aussi beaucoup de locaux qui viennent se détendre les jambes. Il y a de tous les styles de marcheurs. Du touriste qui n’a aucune idée de ce qu’il fait et qui fait surtout n’importe quoi, à l’habitué qui monte tranquillement.

    Mais finalement, nous arrivons au sommet. Le vent est froid. Très froid. On se colle l’un contre l’autre, s’enroule dans les sacs de couchage, et on attend. Je pense à mon bâton, dans mon sac à dos. Au kérosène que j’ai monté jusqu’ici. Et au froid qu’il fait. Combien de fois dans sa vie a t’on l’opportunité de faire du bâton de feu au sommet d’un volcan qui se trouve être le point culminant de l’Amérique Centrale ? La petite voix dans ma tête me répond « tu auras beaucoup d’occasions de le faire ». Et la petite voix a sans doute raison. Il fait froid dehors. Je ne suis pas assez équipé. Et puis il y a trop de gens. Alors je reste sagement enroulé dans mon sac de couchage. On échange quelques mots avec Lilou, mais surtout, on admire le spectacle. On regarde aussi tout ces gens qui se prennent en photo. Oui, ici aussi, il faut faire des photos de soit. C’est le plus important… personnellement, je n’ai aucune envie d’avoir une photo de moi au sommet du Tajumulco. J’ai juste envie d’avoir des photos du sommet. Du lever de soleil depuis le sommet. Des volcans vus depuis le sommet. De l’Univers absolument magnifique qui s’offre à nous dans un spectacle des plus grandioses !

    Nous restons encore un long moment à admirer le spectacle. Avant d’attaquer la redescente, qui nous permet de découvrir le cratère (oh combien magnifique !) du Tajumulco.

    Peu après, nous sommes de retour au camp de base. Un petit déjeuner rapide, un repliage de tentes et de sacs, et nous attaquons la descente. Deux groupes se forment rapidement. Le groupe des rapides, et le groupe des lents. Problème : la guide qui accompagne le groupe le plus lent n’est pas tout à fait sûr de l’itinéraire. Solution : nous nous proposons à faire le maillon manquant avec Lilou. On attend aux carrefours le groupe le plus lent, avant de partir en courant dans la descente pour rattraper le groupe le plus rapide. Et ramasser des déchets en attendant. Qu’il est bon de courir dans les bois ! Que de souvenirs de jeunesse. Que de questionnements : comment se fait-il que ces souvenirs de courses dans les bois ne se soient jamais retrouvé dans la trilogie ? Qui sait… peut-être dans le quatrième tome !

    Nous arrivons finalement au chemin de terre du début. Enfin… chemin de poussière. Ça glisse. On fait des concours d’acrobaties. Glisser, se rattraper, mais ne pas tomber. Facile !

    Et puis finalement, nous sommes de retour à la route. De retour au restaurant du point de départ. Le temps de manger un dernier lunch, et nous reprenons la route pour Xela. Fiers de nous ! Aucune crampe, aucune courbature ! Ça tombe bien. Nous sommes dimanche matin. Demain soir, on remet ça ! Après le Tajumulco et ses 1200 mètres de dénivelés, le Santa Maria, de nuit, à la lueur de la pleine lune… et ses 1200 mètres de dénivelés !

    Laisser un commentaire

    -->
    Parce qu’il y a toujours une route, un chemin ou une sente qui, quelque part, m’attend, Rue du Pourquoi Pas ? rassemble carnets de route,
    photos de voyages, conseils et pensées vagabondes d’un photographe, musicien, écrivain, conteur et parfois graphiste. [En savoir plus]