Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 7th, 2015
  • Pour le coup, Miami ne me tentait pas du tout. Je l’aurais évitée sans la moindre hésitation. Mais Laurie a une amie qui y a habité, et qui lui a recommandé deux trois endroits. Nous suivons donc les panneaux qui nous emmènent jusqu’au centre-ville. À première vue, Miami est une ville à l’américaine tout ce qu’il y a de plus classique, et qui n’offre pas vraiment de bâtiments originaux. Des tours, certes. Surtout des tours d’habitations. Quelques jolies, mais rien d’exceptionnel. Les parkings sont payants partout, et coûtent très chers. C’est le principe même de la Floride, en fait. Tout est payant. Tout est cher. C’est ça le problème avec les parcs d’attractions. Il faut payer pour tout ! On se gare près d’un parc qui a l’air joli. On est juste sous la ligne de « sky-train ». Je découvre en direct que Miami a un train suspendu. On découvre juste après que la boucle centre-ville est gratuite (vous voyez que je suis mauvaise langue : tout n’est pas payant en Floride !). C’est partout pour un petit tour gratuit, alors, histoire d’avoir un aperçu de l’ensemble, en mode montagnes russes au ralenti !

    Le petit tour n’est pas très long. Il nous fait bien rire. Et nous donne l’aperçu d’un endroit pas très inspirant. Qu’à cela ne tienne, on continue à pied. D’abord un petit tour de parc, qui s’annonce sans intérêt, ensuite quelques pas dans les rues. On n’est sans doute pas dans le meilleur endroit de Miami. En tout cas, ici, il n’y a rien.

    En fait, j’en arrive à la conclusion (assez logique) que c’est plutôt à Miami Beach qu’il faudrait aller. Là où y a les plages, et les gens qui font la fête. Oui mais bon, c’est pas vraiment ce qui nous intéresse. Alors à la place, on se dirige vers Wynwood. Un quartier que Laurie veut visiter car, paraît-il, rempli de fresques murales. On s’y dirige donc avec la voiture, que l’on gare sur un autre parking -moins cher. A priori, le quartier a l’air bien peint en effet. On explore un peu, chacun de notre côté, avant de se retrouver au van à cause de la pluie. Mes errances ont été plus fructueuses que celles de Laurie. J’ai trouvé une rue vraiment inspirante. Avec des peintures partout. Des tags partout. On ne sait plus où regarder quand on marche. Alors on avance tout doucement. Ça me plait. La pluie nous chasse à nouveau ; on trouve un abri le temps de boire une bière, puis de repartir à l’aventure. Faire des photos. Encore et encore. Jusqu’à ce que j’en vienne à me demander pourquoi je fais autant de photos. En fait, j’ai l’impression de visiter un musée à ciel ouvert, dont je photographierai toutes les oeuvres. Pourtant, dans un musée, je ne photographie pas chaque tableau, chaque sculpture. Quelle est la différence ? Je ne sais pas vraiment. Mais à un moment, j’arrête de faire des photos. Parfois, aussi, je me rends compte quand j’en prends trop.

    On est resté longtemps à marcher un peu partout. Le soleil se décide à ressortir un peu de derrière ses nuages, mais on est d’accord que ça ne ferait pas beaucoup de sens d’aller à Miami Beach. Et puis de toutes façons, on en a pas envie. La journée est bien avancée. On va donc rouler un peu, pour se rapprocher des Keys – notre prochaine étape. On trouvera sans doute un parking de Walmart sur la route…

    Parking de Walmart… la côte est est bien différente du reste des États-Unis. Je n’ai pas dormi une seule fois sur un parking de Walmart avec le Pourquoi Pas ?. J’ai souvent trouvé des endroits un peu plus agréable pour passer la nuit. Je m’éloignai un peu de la civilisation, je me posais dans un endroit tranquille, ça me plaisait bien. Je squattais parfois les aires de repos sur l’autoroute. Je profitais à fond des National Forest (il n’y en a quasiment aucune sur la côte est !). Bref, l’aventure était bien plus agréable. Je commence à fatiguer des parkings, des bruits de moteurs toute la nuit, de la lumière permanente. La côte est ne me plait pas plus que ça. Pas seulement parce que moins belle. Mais aussi parce que moins accueillante. Par moins accueillante, je veux dire qu’elle ne permet pas au voyageur à petit budget de profiter des lieux… nous n’avons pas trouvé beaucoup d’endroits qui nous ont plus. Les quelques fois où ça s’est produit, il nous a fallu continuer d’avancer. Nous avons une deadline très précise pour entrer au Mexique.

    J’en ai discuté avec Laurie. Cette deadline, on ne peut pas y échapper (les assurances du véhicule). Passé le Mexique, il y aura une autre deadline. Météorologique, cette fois. D’après Laurie, à partir de fin décembre, El Niño sera en train de faire mumuse sur le sud de l’Amérique Centrale. Tempêtes tropicales, grosses vagues, etc… le genre de phénomène dans lequel vous ne voulez pas vous retrouver. Entrée au Mexique fin octobre, arrivée à Panama City fin décembre. Laurie m’avait prévenu des contraintes de temps. Je me rends compte avec du retard que c’est beaucoup beaucoup trop rapide pour moi. Je veux voyager lentement. Le voyage avec le Pourquoi Pas ? m’a fait comprendre à quel point j’avais besoin de voyager sans deadline. Sans horaire fixe. L’Australie m’a confirmé que j’avais envie de pouvoir me poser dans une petite ville au milieu du désert, et y rester deux semaines en ne faisant rien d’autre que me promener, faire des photos de poussière, et faire des câlins à des kangourous.

    Même cette Floride qui ne me plait pas, j’aimerai pouvoir lui consacrer plus de temps. Entre autre parce que je pense que je pourrais l’apprécier plus en ralentissant. En allant jeter quelques coups d’oeil dans les terres. Loin des plages et des touristes. Ce temps, nous ne l’avons pas pour le moment. On dit souvent qu’il est difficile d’avoir le temps et l’argent en même temps. Généralement on a l’un, ou l’autre. Là, je n’ai ni l’un, ni l’autre…

    J’ai eu un été très prenant. Très actif. Très intense. Je pensais décompresser une fois rendue aux États-Unis. Ça n’est pas le cas. Le stress continue de monter. Je parlais de voyage spirituel, de méditation, de réflexion, de spiritualité… tout cela n’a pas sa place quand on voyage à toute vitesse.

    Alors j’en ai parlé à Laurie. Je lui ai expliqué. J’ai besoin de ralentir. D’aller moins vite. De m’arrêter. De changer mes plans. De me retrouver et de me ressourcer. Je ne la suivrai pas jusqu’en Amérique du Sud. Je ne traverserai pas l’Amérique Centrale en deux mois, sans en connaître la langue. Non, je vais m’arrêter au début, et prendre le temps d’apprendre l’Espagnol. Me poser. Me retrouver. Ensuite, je verrai.

    J’écrivais à une amie « je n’ai pas envie d’avoir de deadline. Je n’ai pas envie d’avoir de destination. Je veux avancer en suivant le vent sans forcément savoir où je vais ». Des plans de voyages sont faits pour changer. Je continue avec Laurie jusqu’à Mexico… mais ensuite… ensuite, j’ai lancé quelques messages sur helpx. J’ai quelques contacts qui se mettent en place. Je m’arrête.

    Est-ce que j’abandonne l’Amérique du Sud ? Est-ce que j’oublie le rêve ? Comme je le disais, ma vie est un seule et unique voyage, un seul et unique rêve. Je ne veux plus de deadline, je ne veux plus de destination. Alors oui, un jour, j’arriverai en Amérique du Sud. Ne me demandez pas quand. Ne me demandez pas par quel chemin. Ne me demandez pas depuis où. Ne me demandez pas avec qui.

    Je me souviens d’une image dans ma chambre. Des palmiers qui se réfléchissent dans l’eau. Ils répondaient parfaitement aux palmiers de la tapisserie. Et la moquette couleur sable complétait l’ensemble. Je me souviens de ma mère, qui part accompagner ma tante et mon oncle à l’autre bout du monde. Je me souviens des photos, au retour du voyage. Des gens souriants, colorés. Oui, les couleurs. Le bleu du ciel, le vert des palmiers, le rouge, l’orange et le jaune des vêtements. Des cheveux noirs. Souvent courts. Souvent bouclés. Je vais aller rencontrer ces gens souriants et colorés. Voilà ce que je sais pour le moment : je vais au Guatemala.

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