Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 16th, 2015
  • Il y a des noms qui disent tout. Il y a des noms qui créent des univers entiers à eux tout seul. Il y a des endroits emblématiques, devenus des symboles. Des phares sur une mappemonde. Endroits mythiques. Lieux de rêves et de fantasmes. Lieux d’histoires. Minneapolis est une ville qui m’a beaucoup plus. Mais qui, en dehors des États-Unis, en a entendu parler ? Je rêve d’aller vivre à Portland ; mais qui, en dehors de l’Amérique du Nord et du cercle restreint de mes lecteurs connait quoi que ce soit sur la ville ? Montréal est une ville folle, certes. Mais son nom n’évoque pas tant de choses que cela, si ce n’est un grand Boeing bleu de mer, et des hivers glacés. On rêve du Pont de Sydney, ou du Golden Gate Bridge de San Francisco mais les images ne vont pas beaucoup plus loin. Et puis il y a ces villes qui font rêver. Pour le meilleur ou pour le pire. Ces villes qui transcendent les frontières. Ces villes dont forcément, on a entendu parler. Ces villes qui intriguent, qui fascinent, qui interpellent… New York, Paris, Saint Petersbourg…

    Et il y a la Nouvelle Orléans, et le nom dit tout.

    Vraiment ?

    En réalité, je ne savais pas à quoi m’attendre en arrivant là bas. J’étais juste certains d’une chose : j’allais adorer la ville. Pourtant, personne ne m’en a jamais vraiment parlé. Je n’avais que quelques petites images mentales, complètement improvisées, mélanges d’images vues à la télé, dans les films, aux informations… je n’ai même pas disposé de vingt quatre heures dans la ville. De toutes façons, je savais que dans tous les cas, je n’aurais pas assez de temps. Avant même d’y avoir mis les pieds, je disais déjà que je voulais passer au moins quatre jours à la Nouvelle Orléans. À cause de cela, j’avais même dit à Laurie « moi, ça ne me dérange pas de ne pas m’y arrêter ». Parce que oui, je savais que l’arrêt serait frustrant. Je savais que j’en voudrais plus. Je savais que j’en aurais pas assez. J’ai passé une quinzaine d’heures à la Nouvelle Orléans. Je suis tombé amoureux trois fois, je l’ai détestée une fois.

    Premier aperçu : New Orleans la pauvre 

    New Orleans, Katrina, destruction, pauvreté. L’une des images que j’avais en tête. L’une des premières images que j’ai eu de la ville aussi. C’est souvent le cas, de toutes façons, avec les villes américaines. Une autoroute vous dépose à quelques pas du centre-ville, dans un quartier assez délabré et peu inspirant, que vous traversez en vous demandant où vous êtes. Vous venez de passer les spaghettis en béton, vous avez quitté les autoroutes au nombre de voies incalculables, et vous arrivez dans une zone tampon.

    On pose le van dans un de ces parkings qui ressemblent plus à un no-man-land ou à une zone de guerre qu’à un quelconque aménagement urbain. On donne les sous à la machine ; on peut rester jusqu’à très tard cette nuit, c’est parfait. Comme nous avons des façons très différentes de découvrir les villes, nous partons chacun de notre côté, nous donnant rendez-vous à la Jackson Brewery. Oui, je le reconnais, j’ai choisi le lieu de rendez-vous.

    Deuxième aperçu : New Orleans la touristique

    Nous sommes arrivés dans le French Quarter, aussi appelé « le vieux carré ». C’est LA partie touristique et LA partie connue de la Nouvelle Orléans. C’est L’endroit où il faut absolument aller. C’est le seul quartier de New Orleans que je verrais avec le peu de temps imparti.

    L’entrée dans le quartier français se fait par le marché public. Et là, j’ai bloqué. J’ai pris peur. Des étalages de produits pour touristes à perte de vue. Et des touristes à perte de vue. Est-ce que c’est ça la Nouvelle Orléans ? Un autre parc d’attraction géant ? Les souvenirs sont les mêmes que ceux que l’on retrouve partout ailleurs. Si j’avais commencé assez tôt, je pourrais avoir une collection de t-shirt. I <3 NY, I <3 LA, , I <3 SF, I <3 PDX, , I <3 MNP, I <3 CHI, I <3 Key West… j’aurais pu rajouter un I <3 NO. Mais non, je n’ai jamais commencé de collection de t-shirt blanc, texte en noir, et un coeur rouge. Je n’ai pas non plus commencé de collection de verre à shooter laid, de boules à neige (je laisse le soin à d’autres personnes de s’en occuper) ou encore de bracelet en plastique. La continuité des magasins de souvenirs d’une ville à l’autre me laisse pantois. Et de plus en plus effrayé. New Orleans, San Francisco et Chicago ne seraient donc qu’une seule et unique ville avec rien d’unique à offrir ? Oh, évidemment, chacune à quand même sa petite unicité. LE petit truc un peu différent. À New Orleans, ce sont les colliers de perles en plastique. Ces colliers qui sont distribués durant Carnaval. Traditionnellement, seules les femmes en recevaient. Pour cela, il leur « suffisait » de montrer leur poitrine. Ici, tout le monde en arbore. Homme, femme, jeune, vieux, enfant, ado… c’est LE truc à avoir sur soit. Et si vous êtes un peu plus riches, vous pouvez plutôt achetez un masque de mardi gras en plumes.

    Troisième aperçu : New Orleans l’élégante. 

    Je me suis peu à peu rassuré. Il y a surtout une rue qui est insuportablement touristique. Quand on s’en éloigne, tout devient beaucoup plus agréable. Et beaucoup plus joli. Et oui, j’ai envie de dire « élégant ». L’élégance des années vingt et des balcons en fer forgé. Des maisons colorées et festives. L’élégance d’un Carnaval, d’une soirée masquée. L’élégance des années folles. À partir de ce moment là, le photographe commence à avoir du mal à se retenir le déclencheur. Et j’ai eu mon premier coup de coeur. Pour tout ces balcons colorés et plein de verdure. Pour ces endroits où l’on a envie de se poser avec quelques amis, un verre de martini à la main, le petit doigt en l’air.

    Je suis passé par Jackson Square, où j’ai attrapé quelques mots et où j’ai admiré la cathédrale (ou l’église, ou la basilique, ou la grande bâtisse religieuse).

    J’ai retrouvé Laurie. On a discuté un peu, on s’est donné un nouveau rendez-vous, et on est reparti, chacun de son côté.

    Quatrième aperçu : New Orleans la trop festive 

    À la Nouvelle Orléans, les bars n’ont pas d’heure de fermeture. À la Nouvelle Orléans, il est possible de boire de l’alcool dans la rue. À la Nouvelle Orléans, les gens viennent pour faire (trop) la fête.

    J’avais -par pur hasard- réussi à éviter les rues beaucoup trop festive jusqu’à présent. Et principalement Bourbon Street. La rue des clubs, des bars et de l’alcool qui coule à flot. J’étais -certes- tombés sur une croisade de la demi-Saint Patrick, où les festoyants étaient bruyants mais pas trop insupportables encore. Même si, là encore, je trouve ça triste de voir une ville comme New Orleans envahit par une fête irlandaise. Je me trompe peut être, mais il ne me semble pas qu’il y ai beaucoup d’irlandais dans l’histoire de la Nouvelle Orléans. Fêter la Saint Patrick (et même la mi-Saint Patrick) à Chicago, go for it ! Mais ici ? Ce superficiel artificiel me fatigue…

    Bref… je me suis retrouvé sur Bourbon Street. À 17h. La rue est fermée aux voitures depuis un long moment. Les gens occupent tout l’espace, et je n’aime pas du tout l’atmosphère. Beaucoup de gens sont déjà trop alcoolisés, et j’ai du mal à ne pas ressentir du mépris pour les gens saoul à 17h (j’ai déjà du mal à ne pas mépriser les gens très saoul à 2h du matin, certes). L’énergie qui se dégage de l’ensemble ne me plait pas du tout. Il y a quelque chose de malsain, quelque chose de désagréable qui ne me plait pas du tout. Et soudainement, j’ai arrêté d’aimer New Orleans. Parce que si c’est une ville comme Key West où le seul but est de se saouler la gueule, je passe mon tour sans la moindre hésitation. Et oui, je suis déjà un vieux con ! (je l’étais déjà il y a dix ans d’ailleurs).

    Cinquiète aperçu : New Orleans la doucement festive 

    Je me suis éloigné de tout cela. J’ai traversé Canal Street, faisant une brève incursion dans « Warehouse District », juste à côté des grattes-ciels du CBD. J’ai erré un peu… avant de tomber sur un petit festival, tranquillement installé dans un parc. Les lieux m’ont attiré, et je m’y suis précipité. Et là, je suis retombé sur une foule comme je les aime. Une foule comme dans les festivals à Montréal. Familiale, joyeuse et festive. Mais d’une festivité toute simple. Être là, tous ensemble, tous regroupés, pour profiter de la musique et passer un bon moment. Posé tranquillement dans l’herbe ou sur sa chaise plainte, éventuellement une bière à la main. J’ai retrouvé cette atmosphère plein d’amour comme je l’aime. Et j’ai été à nouveau séduit par la Nouvelle Orléans. Parce qu’elles ne sont pas nombreuses les villes capables de créer ce genre d’atmosphère.

    Je suis aussi retombé sur Laurie – sans grande surprise. Elle aussi est attirée par ce genre d’événement et d’ambiance. Nous nous sommes posés dans l’herbe, tranquillement. Que c’est reposant et ressourçant ! Et puis un festival dont le nom est « Blues and Barbecue » ça ne peut être que bien, non ? Un premier groupe joue. C’est agréable, mais sans être exceptionnel. Lui succède par contre « Marcia ball : the tatooed lady and the alligator man ». Et là, c’est un gros coup de coeur, pour cette belle femme dans la quarantaine et sa voix magnifique. Pour sa façon de chanter, et pour la musique. Et pour les musiciens qui l’accompagnent, surtout le saxophoniste. Je craque suffisamment pour acheter un CD. Moi qui n’achetait plus des CDs qu’au Rêve de l’Aborigène ! J’arrive même à me le faire dédicacer. Je ne voyagerai pas avec, je n’ai pas de lecteur CD. Mais je sais déjà à qui l’envoyer, donc tout va bien !

    Le festival se termine tôt. Il n’est même pas 21h quand nous repartons marcher, après une discussion avec un groupe de quatre canadiennes des plus sympas.

    Nous décidons de retourner dans French Quarter. Laurie a entendu parlé d’un Show Burlesque plus tard dans la soirée, et j’ai dit pourquoi pas. Mais surtout, nous avons faim, et la Nouvelle Orléans a beaucoup de bonnes choses à nous faire goûter.

    Malgré mon manque de motivation, Laurie insiste pour que nous repassions par Bourbon Street. Elle aime son côté festif qui m’oppresse, et me fait penser à la rue Crescent à Montréal. Rue où j’ai du sortir seulement deux fois. J’aurais préféré remonter Royale, plus tranquille, plus élégante, mais il est vrai que le choix de nourriture est beaucoup plus restreint. Nous replongeons donc dans ce bain de foule qui plait tant à Laurie et qui m’insupporte. Là haut sur les balcons, les gens crient aux gens dans la rue et leur jettent des colliers. En bas dans la rue, les gens crient vers les gens sur les balcons, et leur jettent des colliers. Et moi, je regarde, et je ne comprends pas…

    Sixième aperçu : New Orleans la musicale 

    Je m’en suis déjà rendu compte toute la journée. Des musiciens, il y en a absolument partout. Ils sont à tous les coins de rue, et la plupart sont talentueux ! Il est difficile d’avancer sans entendre de la musique. Le soir, c’est encore plus impressionnant. Il y a de la musique partout. Au détour d’un croisement, nous tomberons sur un groupe qui nous donne envie de rester pour une chanson. Puis une autre. Et encore une autre. Nous sommes scotchés. Ils s’appellent Bon Bon Vivant, sont installés sur le trottoir, et joue une musique magnifique. Deux danseuses les accompagnent. Elles sont absolument sublime. L’une des deux, particulièrement, danse avec une passion qui me donne des frissons. Elle déborde d’amour, elle en projette dans tous les sens. Elle rayonne, et je m’abreuve sans la moindre hésitation. Elles sont si belles à voir, utilisant tout l’espace qu’elles arrivent à trouver. Aussi bien le trottoir que la rue quand il n’y a pas de voitures.

    Les voitures ? Je crois que New Orleans est la seule ville que je connaisse où les piétons ont su domestiquer les voitures. La rue appartient au piéton, les voitures n’y sont que tolérées, et les piétons ont la préséance dessus. Quand un groupe de musiciens est bon, les spectateurs s’installent un peu partout, et envahissent la rue. Charge aux voitures de se débrouiller pour passer ! Et ces mêmes voitures ne klaxonnent pas. Elles ont compris qu’elles ne sont que tolérées, et qu’un « tut » de trop pourrait leur être fatal.

    Nous nous arrêtons un peu après dans un restaurant, histoire de manger un peu. Je commande deux « gumbos », genre de soupe / potage locale. Un de fruits de mer, l’autre de saucisse et de poulets. Et je me régale !

    Nous marchons encore un peu dans les rues, pour profiter encore un peu de la musique. Il est une heure et demi, les gens sont encore partout et les musiciens aussi. Nous revenons à la voiture. Il est temps pour nous de décoller. Une certitude pour moi : je reviendrai voir cette ville qui a su me faire tomber trois fois amoureux en quelques heures à peine. Il y a beaucoup d’amour à la Nouvelle Orléans.

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