Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 16th, 2014
  • Les choses se sont mises en place très rapidement. Nous avions prévu de passer plus de temps à Crater Lake et, conséquemment, d’avoir moins de temps ensuite. La météo en ayant décidé autrement, nous nous sommes retrouvés avec un peu plus de liberté de mouvement. Laurie a entendu parlé de Oregon’s Cave pendant qu’on était à Jacson Hotsprings. Je ne lui en avais pas parlé. Parce que je ne pensais pas que l’on aurait le temps. Parce que c’était quand même un détour conséquent. Mais au final, ça m’allait parfaitement bien d’y retourner. Pourquoi ? Simplement parce que sans trop dévoiler, je suis en train d’écrire un livre en ce moment. J’ai vécu quelques expériences très belles, et très inspirantes, à Wind et Jewel Cave, et je trouvais ça sympa de m’en inspirer pour le livre en question. Hors, la seule grotte à distance raisonnable de Portland se trouve être… ? Oui, vous m’avez suivi. Fait intéressant : ce passage est déjà écrit. Il était écrit depuis un moment déjà. Voilà que je me trouvais à voyager en retard sur mon livre. Ça ne m’était encore jamais arrivé avant… c’est assez logique si on y pense : mes livres étant inspirés de mes voyages, comment imaginer que je puisse m’inspirer de choses que je n’ai pas encore vécues ? Certes, j’étais déjà allé à Oregon Cave. Mais les souvenirs sont vieux… très vieux.

    Aller là bas me convenait parfaitement. D’autant plus que Jane n’habite pas très loin. Il était donc possible de lui rendre visite également. Il y a quelque chose de très réconfortant à rencontrer Jane en voyage. Je l’ai vu en tellement d’endroits… elle m’a hébergé dans tous les endroits où elle a habité. Et surtout, elle a été la première couchsurfeuse que j’ai revue. Elle a été la preuve que l’on ne dit jamais « adieu » en voyage, mais bien « au-revoir ». Depuis, j’ai revu beaucoup de personnes que j’ai croisées sur la route. Je le disais il y a quelques temps : tant de personnes dans mon entourage que j’ai vu dans au moins deux pays différents… Jane est une amie qui reste constante dans nos changements respectifs. Et j’ai toujours plaisir à la revoir. Je l’ai donc contacté à la dernière minute. Elle savait que j’étais dans le coin, que je me promenais en Oregon… mais c’est devenu un « et si on débarque à deux demain ? ». Et, évidemment, ça n’a pas posé de problèmes. Rendez-vous était donné à Cave Junction. Nous arrivions en stop, elle nous retrouvait en voiture, on allait voir les grottes ensemble.

    Tout c’est déroulé comme prévu. Si ce n’est que nous avons quitté le camping avec une heure de retard, que le stop n’a pas aussi bien marché que prévu (nous avons quand même eu le droit à un chauffeur qui a insisté pour nous laisser un peu d’argent… on m’avait déjà payé le Mac Donald, donné un peu à manger, ou à boire, mais se faire offrir de l’argent, ça surprend quand même…), et que nous sommes arrivés avec deux heures de retard au point de rendez-vous… qui était fermé ! J’ai donc abandonné Laurie sur le bord de la route, pour partir chercher une connexion internet. Jane en a profité pour arriver pendant ce temps, et faire la connaissance de Laurie en attendant que je revienne. Et nous avons pris la route des grottes.

    Aussi intéressantes et belles que dans mes souvenirs. Et surtout… j’y ai trouvé exactement ce que j’y cherchais… c’est une chose d’imaginer quelque chose… s’en est une autre de voir qu’en effet, ça marche parfaitement… et que mon livre continue d’avancer… beaucoup plus vite que je ne le pensais !

    Sortis des caves, nous sommes retournés à Cave Junction. Je n’ai pas très bien saisi où habite Jane exactement. Si j’ai bien compris, c’est une communauté perdue au milieu de nul part… Ce qui parait très bien. Du coup, on s’est proposé pour faire à manger. Pour la meute. Ne sachant pas la taille de la dite meute. Et nous avons pris la route du sud… nous retrouvant en Californie. À nouveau, c’est mon tour de suivre le chemin du narrateur. Lui qui ne pensait pas repasser par la Californie… voilà que je fais de même que lui. Sur la même route, exactement. Je pensais rester en Oregon, mais voilà que je m’autorise un détour…

    Nous avons quitté toute trace de civilisation depuis un moment maintenant. Jane nous a prévenu. Nous sommes je ne sais pas où, mais avant Gasquet, sur la 199, quand nous quittons la route. Une première route. Celle-ci est encore goudronnée. Nous la suivons pendant quelques kilomètres, avant de bifurquer sur un petit chemin en terre, pendant quelques kilomètres encore. Puis un autre chemin presque invisible. Nous traversons un petit pont. Attaquons une côte bien raide. Roulons encore un peu… et puis nous sommes arrivés. Ça nous a pris une quinzaine de minutes depuis la route principale… une chance que nous n’avons pas eu à marcher tout ça…

    Et nous arrivons au paradis. Un autre paradis. Il fait nuit, nous ne voyons rien, mais ça se ressent. Parfois, il n’est pas nécessaire de voir pour savoir. Parfois, il est mieux de ne pas voir. On ressent mieux… nous traversons un jardin. Un bâtiment (une serre) sur notre gauche. Une petite maison un peu plus haut sur la droite. Nous arrivons dans un grand hangar ouvert. Oui, nous sommes bien dans une communauté. Et là, c’est le point central. On appelle ça une cuisine ! Nous disons bonjour à quelques personnes qui sont par là. Je ne suis pas sûr de comprendre qui est qui, qui fait quoi, mais c’est pas grave. J’ai un point de repère auquel me rattacher : un plan de travail, une planche à découper, et des légumes. Avec Laurie en assistante, nous préparons un magnifique sauté de légumes sauce aigre douce qui rendra tout le monde heureux (et les deux cuisiniers assez fiers).

    La soirée avance tranquillement alors que nous discutons un peu de tout, avec les personnes qui sont là. Et puis nous allons finalement nous coucher. Laurie récupère le seul canapé disponible, pendant que je me débrouille avec un petit coin de plancher. Celui-ci me convient parfaitement. Je suis heureux de pouvoir continuer à dormir par terre, même si je suis rendu à avoir 34 ans désormais. Bon, j’ai quand même besoin d’un mini matelas de sol, mais je suis super bien…

    Sauf que je ne m’endors pas. Voilà que je suis juste complètement totalement en plein dans mon livre. Le plaisir de l’autofiction, c’est d’altérer la réalité, de l’ajuster pour la rendre plus intéressante à raconter. D’explorer d’autres options, des choses auxquelles on ne pensait pas. Mais que se passe-til quand la réalité rattrape l’autofiction ? On reste éveiller avec un grand sourire, et on écrit jusque tard dans la nuit…

    Un commentaire

    1. Commentaire de Kaly

      Ah ! J’ai hâte de voir à quoi il ressemblera, ce troisième volume ! Tu nous fais un sacré consistant voyage, tu vas en avoir des images à insérer dans tes pages !

      Je suis contente que ça continue à se passer si bien…

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