Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 22nd, 2015
  • « Ce soir, nous dormons à Mexico ». 

    Mexico ; 22 millions d’habitants. L’une des plus grandes mégalopoles du monde. L’une des plus densément peuplées. L’une des plus polluées. Et sans doute l’une de celles avec le plus haut taux de criminalité. C’est là bas que nous allons. Sur un immense plateau, situé à 2300 mètres d’altitude. Il y a quand même quelque chose d’impressionnant dans tout ça. Au moins un détail pour nous rassurer, par contre : nous sommes attendus par Yoli et Conrad, deux BeWelcomers qui nous hébergerons pendant quelques jours.

    Une dernière étape sur la route avant d’arriver : Pachuca. C’est Laurie qui a repéré la ville. Réputée pour être très dangereuse il y a des années de cela, le retour du calme n’a pas suffit à faire revenir le touriste. Il n’est pas toujours évident de se refaire une réputation ! Un collectif d’artiste s’est donc lancé dans un projet assez fou, et d’assez grande ampleur. Repeindre complètement un quartier.

    Repeindre ? Comment ça, repeindre ? C’est simple : vous prenez un bidonville, avec mauvaise réputation, où tout est gris, terne, sale. Et puis vous investissez dans quelques centaines de litres de peinture. Et vous obtenez un résultat… saisissant !

    On passe un moment à marcher dans les rues, à regarder, à faire des photos. J’ai quand même un sentiment de mal aise au milieu de tout ça. Malgré la peinture, l’endroit reste très pauvre. Malgré la couleur, quand les gens regardent par leur fenêtre, ils continuent de voir la même chose. Est-ce seulement un cache misère ? Peut-être pas. Il semblerait que le projet ai des conséquences assez positives. Les touristes reviennent (au moins deux, un peu perdu au milieu de tout ça). Alors a priori, ça marche quand même un peu. Mais j’ai du mal à apprécier le côté symbolique. Je ne vois que le côté concret : quelques centaines de litres de peinture, sur de vieux murs gris et sales…

    Nous avons quitté Pachuca plus tard que prévu. Il nous restait deux heures de route pour arriver à Mexico, nous ne voulions pas les faire de nuit… mission quasi accomplie. La nuit est tombée une heure avant notre arrivée. Nous avons continué pendant une demi heure sur l’autoroute sans soucis. Nous allions bientôt la quitter quand j’ai vu un grand phare blanc dans le rétro. J’ai reconnu sans hésitation un phare de poursuite… petit moment d’inquiétude. Puis des gyrophares. Est-ce que ça doit me rassurer ou pas ? Je n’en suis même pas sûr. Je continue de rouler encore un peu, dans l’espoir que ce ne soit pas pour moi. Nous venons de passer un péage, je suis sûr à 100% de n’avoir fait aucun excès de vitesse. Les lumières me suivent toujours. Je regarde la bande d’arrêt d’urgence. Elle est loin d’être large… je suis loin d’avoir le choix.

    Le van est à l’arrêt. Je ne sais pas quoi faire. Couper le contact ? Ouvrir la fenêtre ? Téléphoner à mon avocat ? À ma maman ?

    Un policier approche, j’entrouvre la fenêtre. Il approche sa main. Le geste est évident, j’ouvre encore plus. Il me tend la main, je la serre. Il me salut avec le sourire. Demande mon permis de conduire. Je lui tends. Commence alors un magnifique échange, au cours duquel je vais chercher tous les mots d’espagnol qui pourraient me servir (un jour j’arriverais à placer mantequilla, mais toujours pas ce soir !). Les échanges sont nombreux. Premier problème : le van de Laurie n’a pas de plaque d’immatriculation à l’avant. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils nous ont arrêté. Oui, mais on pensait qu’une seule était obligatoire au Mexique. Laurie a enlevé la deuxième par peur de se la faire voler, pour garder une preuve que le van lui appartient. Elle est là, sous le siège. On explique même qu’au moment de passer les douanes, personne ne nous a rien dit. Laurie va dehors avec le deuxième policier pour remettre la plaque.

    L’autre problème, c’est que nos permis de conduire sont expirés. Enfin c’est ce qu’il pense, en voyant nos bouts de papier roses cartonnés. Il y a des dates dessus ; ce sont les dates d’émission. Mais lui pense que ce sont les dates d’expiration. Il faut un moment pour qu’il arrête d’en parler. On en revient donc aux plaques d’immatriculation. « Il y a une amande pour ça, elle est de 1000 pesos ». Je continue de discuter, comme je peux, sur le thème « oui mais on n’est pas méchant, on savait pas, et puis c’est même réparé maintenant, il y a deux plaques ». « Vous ne voulez pas d’amande ? » « Euh, non » « Il y a une façon simple : vous pouvez payer 500 pesos tout de suite, puis aller à Mexico, boire un café, et faire comme s’il ne s’est rien passé » « mais je n’ai pas 500 pesos sur moi ».

    Ça prendra encore un petit moment. Il hésite. Il ne sait pas quoi faire. Il aimerait bien les avoir, les 500 pesos. Il n’est pas méchant. Il ne nous menace pas. Il est même assez souriant. Mais il aimerait bien avoir un peu d’argent. D’ailleurs Yoli nous le confirme plus tard « les policiers ici sont sous payer, alors ils essaient d’arrondir leur fin de mois comme ils peuvent ». C’est vrai que 500 pesos, pour moi, ça ne représente rien. Même pas 30 euros. Mais je sais bien qu’il ne faut pas payer, alors je persiste dans mon rôle d’ingénu. Dépité et comprenant que ça ne marchera pas, le policier nous laisse repartir. Nous le remercions plusieurs fois. Après tout, il n’a fait que son boulot, il a été tout à fait correct et, en effet, nous étions probablement en tord…

    Il n’empêche… je viens de me prendre une bonne dose de stress. Équilibré par un bon coup de plaisir aussi : mon baragouinage d’espagnol est loin d’être mauvais !

    Il n’empêche… il nous reste encore trente minutes de route. Le GPS a profité de la petite demi heure avec le policier pour se perdre complètement. Il ne sait pas où nous sommes. Je prends donc la première sortie, au hasard.

    Le stress remonte. Petite rue défoncée, sol à moitié en terre battu, juste une personne seule, avec un gilet jaune, qui semble faire la circulation. Ruelle déserte. Personne. Le GPS est retrouvé, mais nous n’avons aucune idée de où nous sommes, ni du quartier, ou de quoi que ce soit. Les fenêtres sont bien fermées, les portes verrouillées. On roule. On fait pas les fiers. Il y a des dos de chameau tous les 10 mètres. Oui, le Mexique fait dans la démesure. Nid d’autruche et dos de chameau… on roule pas vite, mais il est hors de question de s’arrêter. Il fait noir, aucun éclairage public, rien.

    Et puis un premier lampadaire. Deux personnes qui marchent. Une fille seule, un peu plus loin. Deux autres, sur un vélo. Deux filles ne feraient pas du vélo toute seule dans un quartier dangereux, n’est-ce pas ?

    Carrefour après carrefour, le GPS nous renvoie sur des routes plus vivantes, et plus fréquentées. Plus nous avançons, plus il y a du monde, plus je me sens mieux. Il y a même des feux rouges, et tout le monde s’arrête. C’est bon signe.

    Pendant trente minutes, nous suivons les indications du GPS. J’ai survécu à Bali, j’ai survécu à Marrakech. J’ai de bons antécédents pour attaquer Mexico, même de nuit. Ils roulent comme des sauvages, mais j’ai connu pire. Je dirais que l’on se situe entre Marseille et Marrakech à l’heure de pointe. C’est jouable. C’est stressant, ça demande de la concentration, ça demande de savoir tout le temps en permanence ce qu’il se passe devant, derrière, à droite, à gauche, en haut et même sous la voiture. Mais ça se fait. La règle de base : ne jamais hésiter. Ne jamais ralentir. Toujours avancer, toujours garder la même direction. La priorité est pour celui qui passe le premier. Ce n’est pas une conduite courtoise comme au Canada. Ça n’est pas pour autant une conduite agressive comme à Marseille.

    Une demi heure plus tard, et pas mal de manoeuvres un peu limites plus tard, on arrive enfin. Une toute petite rue, très calme. Yoli nous a dit qu’on pourrait laisser le van en  bas de chez elle sans problème, ça n’est pas dangereux. Ça a l’air un peu abandonné, un peu désert, mais pourquoi pas. On gare le van. Laurie s’allume une cigarette. Pour l’occasion, je lui en vole une. Ça fait du bien ! On est dans la rue. On cherche le numéro 6. Introuvable. Je demande à deux reprises à des passants, sans grand succès. Je prends le téléphone. J’appelle Yoli. On discute un peu, j’essaie d’expliquer où je suis… nous ne sommes clairement pas en bas de chez elle. Forcément, il y a plusieurs rues qui portent le même nom à Mexico. La rue de Yoli est à… et oui, une bonne demi heure de route d’ici.

    On remonte dans la voiture. On repart pour trente minutes intenses. Le GPS n’est pas capable de trouver la rue de Yoli, mais il nous trouve la rue du métro. De là, des panneaux nous dirigent vers le métro. On tourne en rond un moment, un peu perdu, sans indication fiable. Et soudain, coup double : le métro, et la station service à côté de chez Yoli. Nouveau coup de téléphone. Ils viennent nous chercher. Cinq minutes après, ils sont là. Soupir de soulagement ! Cinq autre minutes après, le van est garé. Cinq autres minutes après, Conrad m’offre une bière. On restera un moment à discuter et à échanger. J’en ai besoin : il me faut bien toute la soirée pour évacuer tout le stress cumulé. Mais ça y’est. Nous sommes arrivés à Mexico. À partir de maintenant, c’est décidé : plus de stress !

    Un commentaire

    1. Commentaire de Boulette

      Yeah ! Mission accomplite, bravo la team, en route pour de nouvelles aventures maintenant !

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