Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 26th, 2014
  • Church Circus @ Analog Cafe

    J’ai voulu vivre ma dernière journée à Portland à fond. J’avais repéré tout ce dont j’avais besoin, je voulais juste profiter une dernière fois de la ville. Je sais que ma dernière journée à un endroit est généralement la plus intense… mais pour l’occasion, j’avais envie de vraiment marquer le coup. Je voulais marquer cette fin de voyage. Et j’avais tout ce qu’il me fallait pour profiter de ma journée au maximum.

    Il n’y a rien de tel qu’un brunch pour bien commencer une journée. Surtout un dimanche. Alors quand vous apprenez qu’un endroit appelé « l’Analog Cafe » organise tout les dimanches un brunch avec numéros de cirque et shows burlesques, il n’y a pas à réfléchir longtemps…

    Je suis arrivé en avance. Beaucoup. Je me suis dit que pour ce genre d’événement, ça pouvait être une bonne idée. Au final, il n’y aura pas tant de monde que ça, mais ça me permettra quand même d’être à une table tout à l’avant, et d’avoir une vue absolument parfaite sur la scène.

    J’hésite un moment sur quoi commander, avant de me décider pour une truite fumée et grillée. Le menu offre aussi un certains nombre de cocktails, mais je me dis qu’il est encore tôt et que  je vais rester raisonnable. Je mange mon saumon en attendant que le spectacle commence. Enfin non. Je ne le mange pas. Je le déguste, mini bouchée par mini bouchée, en prenant tout mon temps, savourant la moindre petite molécule de goût que j’arrive à aller chercher. Parce que ce saumon grillé est potentiellement le meilleur que je n’ai jamais mangé. Quoi qu’il en soit, je le fais durer le plus possible. Mes papilles gustatives sont aux anges. Je reviendrais (et recommanderais) l’Analog Cafe juste pour la qualité de la nourriture. Mais très rapidement, je découvrirais une autre raison de revenir, encore et encore et encore.

    Ils sont deux présentateurs à monter sur scène. Miss Chaos, on ne peut plus sexy dans sa robe courte et ses bas résilles, et Ilex déguisé en Satan souriant, avec fausse barbichette, maquillage au coin des yeux, et queue pointue. Ils assurent les intermèdes entre chaque show, racontant des blagues et autres anecdotes sulfureuses. L’ambiance est à la frivolité, à la légèreté et à la sensualité.

    Les numéros se succèdent. Un show burlesque, un numéro de cirque, et ainsi de suite. La foule est à fond dedans, et super démonstrative. De mon côté, je découvre avec plaisir un univers que je ne connaissais pas du tout. Mais qui me plait tout de suite. Les deux danseuses burlesques ont dans la quarantaine, et pas mal de rondeurs. Et je trouve absolument magnifique de voir à quel point elles sont bien dans leur corps. À quel point elles jouent avec, elles en rient. À quel point tout cela n’a rien de sérieux. Parce que oui, c’est encore et toujours la même question : pourquoi être aussi sérieux ? Il y a aussi un gars, dont la performance me plait bien aussi.

    Les performances de cirque sont à la hauteur également. Poïs, hoola hoop (cerceau) et contorsionniste. Un petit plaisir à regarder. Surtout le numéro de hoola hoop de Karma La’Nay. Moi qui ne suit pourtant pas très cerceau d’habitude, je me laisse assez facilement charmer par son numéro. Elle maîtrise parfaitement son outil, faisant de nombreux mouvements que je n’avais jamais vu faire, et qui sont à la fois impressionnants et magiques.

    Quelques grands moments en vrac ? Un concours de rapidité d’attachage de jartelles (avec deux membres du public comme concurrents), un jeu de devinette : « lequel de vos deux présentateurs à fait *** », le numéro de la bonne soeur enceinte, le cocktail pour lequel j’ai fini par craquer parce qu’au point où j’en étais… une autre danse du ventre superbe, sur une musique vraiment sympa, une contorsionniste toute tordue… les dix minutes de confession du public (hey, on n’est pas venu à la messe pour rien après tout) et tant d’autres choses encore…

    À plusieurs reprises sera fait référence au programme de la soirée. Car oui, ce soir même, dans quelques heures à peine, ils remettent ça : « Burlesque Nightmare Before Christmas ». Ou encore : hommage à Tim Burton en version burlesque. Si le concept même me plaisait à la base, savoir que certains artistes de ce matin seront à nouveau là, savoir que ce sera au même endroit, sans doute dans la même ambiance, fini par me faire craquer. Je reviendrais ici. Dès ce soir. Je discute un peu avec quelques artistes, qui m’encouragent eux aussi à revenir. J’échange un peu avec Karma, la remercie pour le côté magique de la performance.

     

    Hawthorne Street

    La dernière rue qu’il me reste à explorer (du moins sur ce séjour !). En l’occurrence, j’y suis déjà, vu que c’est sur cette rue que se situe l’Analog Cafe. Je pars donc à sa découverte. De jour, il y a un peu plus d’ambiance, un peu plus de gens dans la rue. La météo est plutôt favorable, ce qui aide aussi.Je regarde, observe, souris. Une autre rue agréable, sur le même modèle que Mississippi ou Alberta. Des commerces, des petits cafés, des magasins sympas, mais pas trop denses. Et une ambiance légère et agréable.

    Comme j’ai encore un peu de temps avant le spectacle de ce soir, je fais un petit détour par le sud, pour revenir par Powel Street. Je n’attendais rien de cette rue en générale -et je n’ai été ni déçu ni agréablement surpris- mais je voulais faire un petit détour par la Hub. Une brasserie où j’étais déjà venu ; j’aimais bien la décoration, et l’idée de refaire un petit saut rapide me tentait. Et puis c’était l’occasion de boire une excellente brune, s’eut été dommage de se priver !

     

    Burlesque Nightmare Before Christmas @ Analog Cafe 

    Et me voilà de retour à l’Analog. La première partie se fait au rez-de-chaussée du bar. Elle est gratuite, et dure une heure. Pas de Burlesque, juste du cirque. Je revois Ilex aux poïs. Découvre complètement halluciné que lui que je pensais être un homme et en réalité une femme. Ça surprend toujours… son maquillage est très peu différent de celui de ce matin, mais ça suffit à faire la différence. Comme quoi, des fois il ne faut pas grand chose… Je profite aussi d’un autre numéro de Karma, toujours au hoola hoop. Je suis incapable de définir ce qui fait que ses performances me plaisent tant, mais à nouveau, j’accroche beaucoup.

    Et puis on se retrouve à monter pour la deuxième partie. Il y a beaucoup plus de monde que ce matin, mais j’arrive quand même à me trouver une place qui me plait. Comme ce matin, les photos sont interdites (sauf, cette fois-ci, à la toute fin, pour faire une photo de groupe).

    Nous avons un nouveau présentateur. On voit qu’il fait ça régulièrement. Il est bien rodé. Et en assistante de scène, une Alice des plus sexys. Les numéros s’enchaînent. « Sexy-rétro-chic ». J’ai vu ça sur une affiche, deux jours après, à Montréal. Et je trouve que ça définit assez bien le spectacle de ce soir. Même s’il manque quand même la notion de « pas du tout sérieux ». Tous les personnages de Tim Burton y passe. Alice, son lapin blanc, un monstre de Mars Attaque, le joker et le pingouin, Ichabot Crane, le barbier, le coupeur de tête de sleepy hollow (avec un final grandiose, une citrouille sur la tête, quasiment entièrement nu, le corps barbouillé de sang et une épée deux mains… dans les mains). Et même Edouard aura l’honneur d’être interprété (par une miss Chaos particulièrement douée).

    Le spectacle se termine. J’ai l’impression de revenir difficilement à la réalité, après ce mélange d’humour, de sensualité, de délire et de folies. « So Portland » pourrait-on facilement dire. « Keep Portland weird » pourrait-on ajouter. Je recroise Karma, toute heureuse de voir que j’ai pu revenir. Et toute émue quand je lui dis à quel point j’ai à nouveau aimé sa performance. Elle me sert dans ses bras pour me dire à la fois « au revoir » et « merci ».

    Et puis juste avant de partir, j’échange aussi quelques mots avec le gars à la console de son, qui lui aussi m’a vu revenir. Je lui explique que j’ai beaucoup aimé les deux spectacles, ainsi que cette impression que l’Analog est une grande famille. Je ne peux pas m’empêcher de penser au petit monde de l’impro à Montréal. L’une des choses que j’ai toujours beaucoup aimé là bas, c’est cette impression que la ville (et la vie culturelle) est construite autour de plein de petites communautés différentes. La communauté gothique, le monde de l’impro, l’univers du conte… chaque petit groupe est soudé par les nombreux événements qu’ils organisent ensemble, cherchant à développer leur passion le plus possible. Et j’ai l’impression que Portland est exactement pareille à ce niveau. Mais pour le vérifier, il faudrait que je dispose de plus de temps…

    Le gars de la console de son me confirme que c’est en effet ce qu’il cherchait à créer. Je le regarde avec des grands yeux. « C’est à vous ? ». « Oui ». Du coup, je ne peux m’empêcher d’ajouter quelques commentaires supplémentaires, essentiellement des critiques extrêmement positifs, incluant la qualité de la bouffe. Je conclue par une affirmation que je sais parfaitement vraie. « Si j’habitais à Portland, vous me verriez ici presque tous les dimanches matins ». Mon seul regret : ne pas pouvoir venir le lendemain soir, car ils ont des soirées gothiques tout les lundis…

     

    Start Theater

    Comme prévu, ma dernière journée est intense, et je m’amuse comme un fou. Il n’est que 22h, la soirée est loin d’être finie. Il me reste un dernier endroit où aller. Une dernière expérience à vivre. Le Start Theater, et ses soirées « EBM – Industrial – Gothique ». Histoire de finir en beauté, en dansant. Et histoire -je le réalise à la dernière minute en arrivant sur les lieux – de boucler la boucle. Dimanche dernier, nous étions là avec Laurie. Coin 6e et Burnside. Nous avions vu le Roseland Theater qui ne nous avait pas inspiré. Nous étions passés à 5 mètres du Star Theater. Retour là où nous avions commencé notre découverte de Portland. Petit regret : je pense que Laurie aurait aimé les lieux et l’ambiance.

    Le Star Theater est une salle de spectacle à l’ancienne. Avec une scène, un parterre, et un balcon. Réaménagé à la mode cabaret, avec des tables un peu partout, et deux bars. L’ensemble à un look vieillot. Vintage. Mais quand même assez bien entretenu. Dehors, une magnifique terrasse. Relativement immense. Un bar. Un feu. Un petit stand de bouffe. C’est invitant. Ça donne envie de se poser, de prendre le temps de discuter avec les gens… les gens… la plupart ont la classe. Vraiment. On ne parle pas de jeunes gothiques qui s’amusent à se déguiser de temps en temps (je me sens pas du tout visé :) ) mais de pas mal de gens dans la quarantaine, habillés avec prestance, avec élégance, parfaitement dans leur rôle. C’est un plaisir de les regarder discuter, échanger. De simplement les regarder être. Hauts de forme, corsets, plumes, vestons, gilets… j’en reconnais d’ailleurs quelques uns que j’ai vu au Lovecraft… un autre petit univers, une autre petite communauté… Là encore, les styles se mélangent. Il y a un ou deux hipsters, qui trainent au milieu. Des gens habillés beaucoup plus normalement, voir même assez relax. Et quelques pitounes, aussi, au milieu de tout ça.

    Et à nouveau, je resterais jusqu’à la fermeture. Parce que la musique me plait (un peu moins vers la fin) mais aussi parce que j’adore l’ambiance de fin de soirée. L’atmosphère qui se dégage de la piste de danse, alors qu’il ne reste que quelques irréductibles, cherchant à danser à tout prix, quelque soit la musique que le DJ va faire jouer. On se débrouille, on improvise, on fait n’importe quoi. Rendu là, ça n’a plus vraiment d’importance. On est là pour danser, jusqu’au bout de la nuit.

    À Portland, la nuit se termine à 2h. Après ça, on se fait mettre dehors gentiment. Pas de bus la nuit. Ça je le savais déjà depuis un moment. J’étais tout à fait conscient du fait que, ce soir encore, j’allais devoir marcher. J’ai fait ça une bonne partie de la journée. J’ai dansé pendant un peu plus de 4 heures… mais j’arrive encore à trouver l’énergie pour rentrer chez Tim. J’arrive chez lui vers 3h30 du matin. Le temps de finir de me préparer pour mon départ, il est 4h. Je me décide à aller me coucher pendant que ça en vaut encore la peine. Mon réveil sonne dans à peine plus de deux heures. Direction Montréal, pour un dernier petit palier de décompression, avant de franchir à nouveau la grande flaque. J’ai arrêté d’avancé vers l’ouest… je reprends la direction de l’est à nouveau. Celle qui m’inspire un peu moins, mais qui me permet aussi d’avancer, quoi qu’il arrive !

     

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