Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJanuary 14th, 2016
  • Une semaine… c’est le temps dont j’ai besoin ; toujours la même durée qui revient. Une semaine pour arriver quelque part, pour trouver mes marques, mes habitudes, pour faire d’un nouvel endroit ma maison. Je suis sûr que je pourrais le faire plus rapidement, si j’en avais envie. Mais j’aime prendre mon temps. Pourquoi me presser, pourquoi vouloir aller trop vite ? Il est si agréable d’aller lentement.

    Une semaine, donc, que je suis à la Iguana Perdida. J’ai vu des clients arriver et repartir. L’ambiance est différente de Hotelito Perdido. Plus impersonnelle. La plupart du temps. J’ai quand même réussi à créer des liens, à m’entendre particulièrement bien avec certains clients. Et surtout, je continue de réussir à prendre soin des gens. À m’occuper d’eux. À m’assurer que tout va bien, qu’ils sont heureux. Parce que finalement, c’est ça qui me plait. Voyager et rendre les gens heureux, les faire sourire, et parfois même les inspirer… nous ne sommes pas sensés accepter les pourboires. Ceux qui sont laissés vont tous aux filles qui travaillent dans la cuisine. Ce qui me parait parfaitement normal. Je suis heureux de faire ce que je fais pour le plaisir (pour le moment, ça ne durera pas, j’aurais des intentions beaucoup plus matérialistes dans quelques temps). Il n’empêche, quand Aly et Olivia sont parties, elles m’ont laissé une bouteille de rhum en souvenir…

    La Iguana est un endroit festif. Sans aller jusqu’aux « Partys hostels » où tout le monde est saoul à minuit, la consommation de bières est quand même assez élevé et les gens font la fête un peu trop pour moi, mais je fais avec sans problème. Les soirées quizz, le vendredi soir, ne sont pas forcément mon truc. Les soirées prolongées du samedi soir non plus. Mais samedi prochain, c’est moi qui serait derrière le bar, donc je sais que j’en profiterais et que je m’amuserai. En me souvenant des soirées concerts aux Ursulines… Je continue quand même de préférer les discussions un peu plus tranquilles, un peu plus posées. Plus agréables pour faire connaissances avec les gens…

    Et puis il y a eu Arthur et April. Ce sont eux qui sont venus vers moi. Je pense qu’ils aimaient mon look. Le fait que je sois toujours souriant et enthousiaste. C’est l’avantage des gens qui restent longtemps. On s’habitue à eux, à leurs habitudes. Au fait qu’ils commandent toujours la même chose… alors on finit par parler d’autres choses, à entrer plus dans le détail. Couple dans le milieu de la quarantaine. Vivant à Houston, au Texas. Comme quoi, même à Houston, il peut y avoir des gens très bien. Bon, d’accord, Arthur est originaire de Portland, et il approuve quand je dis que c’est une ville géniale (la deuxième meilleure ville du monde). Mais April est une vraie texane. Arthur s’est engagé dans l’armée après les attentats du 11 septembre. Ça lui semblait la chose à faire. On s’en prenait à son pays, il a voulu le défendre. Quand il s’est retrouvé en Irak, il a compris que c’était absolument n’importe quoi, et qu’il n’avait rien à faire là. Que personne, là bas, n’avait attaqué son pays. Il a quitté l’armée. Suite à l’attaque contre Charlie Hebdo et les attentats de Paris, le nombre de recrutements à exploser en France. Je me demande combien de personnes arriveront à garder l’esprit clair comme Arthur…

    Les deux étaient là pour une semaine. Ils rentrent au Texas pour vendre toutes leurs affaires. Se débarrasser de tout. « Pourquoi il faut attendre la quarantaine pour comprendre que les biens matériels rendent malheureux, pourquoi on ne nous apprend pas ça à l’école »… ils veulent venir s’installer ici, sur les bords du lac. Mode de vie plus simple, plus tranquille, plus léger… Arthur était fasciné par mes vêtements. Il a d’abord demandé si j’avais acheté l’un de mes chandails par ici. Il voulait le même. Il voulait aussi me racheter un de mes pantalons. C’est devenu un sujet de plaisanterie entre nous. À deux reprises, ils ont essayé de me laisser un pourboire. À deux reprises, j’ai refusé avec le sourire en leur expliquant pourquoi. Je les ai impressionnés à un moment en faisant quelques mouvements avec un bout de bambou trop court et trop léger. Je continue à regretter mon bâton… À la question « as tu d’autres talents cachés », j’ai répondu que je voyageais avec un didgeridoo. Du coup, pour leur dernier soir, je suis allé le chercher. Il continue à faire sensation, mon didgeridoo de voyage en forme d’escargot. J’ai joué un peu. Puis une guitare à rejoint, puis un djembé. Puis une deuxième guitare. Un harmonica. Et nous avons joué (massacré) quelques grands classiques. Et rigolé énormément. Je suis allé chercher ma tortue qui, j’ai découvert, se marie très bien avec un djembé… j’ai déliré avec Joe, partagé un moment de complicité musicale avec Noran…

    Au moment de partir se coucher, Arthur m’a fait signe. On a discuté quelques minutes. Il m’a remercié pour tout. Puis il m’a glissé quelque chose dans la main. « Je n’ai pas le droit de te payer pour le service, alors c’est pour la performance de ce soir ». La liasse était grosse… très grosse… je l’ai glissée dans ma poche, en bafouillant des remerciements émus. Ils ne se rendent sans doute pas compte de combien ça représente pour moi. Aussi bien monétairement que symboliquement… J’ai serré April dans mes bras. Ils sont partis se coucher. Ils reviennent au Guatemala dans six mois. Je les recroiserais peut être alors, qui sait…

    Je fais ce que je fais pour le plaisir. Je suis comme ça. Comprenez le comme vous voulez, j’ai juste énormément d’amour à donner à tout le monde. D’être dans ce flot constant de voyageurs, d’aider mes collègues bénévoles, de faire attention à tout le monde, c’est devenu naturel pour moi. C’est comme ça que je suis bien. C’est comme ça que j’ai envie d’être. Je ne joue pas un rôle. Je ne cours pas après les pourboires. Je cours après les sourires. Voir ces gens heureux, les savoir heureux, je ne demande rien de plus. C’est ma façon de changer le monde, un tout petit peu. C’est ma façon d’encourager les gens à réfléchir à leur propre façon d’être. Etre confronté à la générosité nous encourage à être généreux. Méthode que j’ai testé et approuvé depuis longtemps. Donnez pour le plaisir. Ne demandez rien en retour. Ne demandez surtout pas de donner en retour à quelqu’un d’autre. Faites juste donner, le plus naturellement du monde. Et 80% du temps, les gens se rappelleront de votre geste, de comment ils l’ont vécu, ressenti. Et alors ils voudront faire de même. Juste une fois, peut être. Ou plusieurs… Alors que le monde devient de plus en plus fou, que les gens font de plus en plus n’importe quoi, j’ai envie de revenir à des principes de base simples. Aimez vous les uns les autres, soyez heureux, soyez gentil. Point barre.

    Oui, c’est aussi ma façon d’être horriblement égoïste : je fais aussi cela parce que je sais que tout ces gens se souviendront de moi. Mon didgeridoo deviendra peut être le didgeridoo le plus célèbre du Guatemala au cours des prochaines semaines… quand je me retrouve avec une bouteille de rhum à coté de mon lit, ou avec l’équivalent de deux semaines de salaire local au fond de ma poche, de quoi voyager pendant presque un mois avec mon approche actuelle, je me dis que c’est juste la vie qui me confirme que je fais ce qu’il faut, que je vais dans la bonne direction…

    atitlanpano

    (Click droit pour grand format)

    Le lac est là tous les matins à m’accueillir, et je prends le temps de saluer ses deux volcans tous les jours. Il est majestueux. Ils sont majestueux. Je commence à découvrir les environs petit à petit. Une première randonnée à San Marcos, donc, que je renouvellerais avec l’appareil photo, je pense. Je suis allé faire un tour rapide à Santa Cruz, aussi. La ville au dessus de nous, là haut dans la montagne.

    santacruz

    Petit aperçu rapide. Je me suis arrêté pour manger un petit quelque chose pour le lunch. Je suis nourri et logé, à la Iguana, mais j’ai envie de dépenser des sous dans la communauté locale. Le peu de sous que je dépense ici en boissons vont aux propriétaires. Un couple anglo américain, avec lequel je n’accroche que moyennement jusqu’à présent. Je préfère voir mon argent allé au Café Cecap, une coopérative locale, qui fournit des formations aux locaux pour qu’ils puissent trouver du travail, notamment dans le tourisme. Il y a donc une formation en service et restauration. Le café est leur lieu d’entrainement. La bouffe est excellente. Et la vue… que dire…

    cafececap

    Je vais donc continuer de découvrir mon lac tranquillement. Lilou arrive dans un mois exactement. Ça me laisse du temps pour explorer un peu les environs, mais pas trop quand même. Mais un peu quand même. Parce que bon…

    soleil

    La transition avec Hotelito est faite. Que les choses soient claires, je retournerai demain à Hotelito s’il le fallait. Si les choses débloquaient plus tôt que prévues. Mais je suis bien ici aussi. Je m’y plais. Je continue d’apprendre. Sur moi. Sur le plaisir que j’ai à vivre comme je le fais depuis quelques semaines / mois. Sur la vie que je suis en train de me construire. Je suis heureux, comme partout ailleurs. J’ai fait ma maison de ce petit bord de lac. Et régulièrement, je regarde par la fenêtre, et salue mes deux volcans. Oui, ce sont les miens à moi. Pour de vrai !

    volcano

     

     

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