Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionFebruary 21st, 2020
  • « Ici, j’ai le sentiment qu’un avenir est possible »

    Ce sont les mots de Jesse, une française rencontrée à Valderrobres. Ici depuis plus d’une année, elle s’est installée et compte bien rester. Je suis assez d’accord avec ce que ses mots expriment. Il y a dans cette région un sentiment de vie et de possible. Rien de révolutionnaire, rien d’exceptionnel. Simplement de l’optimisme. Les gens sont là, ils aiment leur région, et ils la font vivre se contentant de peu. C’est en écrivant ces mots que je fais le rapprochement avec un de mes petits paradis terrestre personnel : l’Oregon. Je retrouve un peu le même genre de sensations ici. Les gens semblent heureux et satisfaits de leur vie. Et comme en Oregon, les paysages naturels sont d’une beauté époustouflante. Ils n’ont pas le gigantisme démesuré des paysages californiens, et c’est très bien comme ça.

    Nous vivons une période qui, pour beaucoup, et marqué par un mot : effondrement. Le capitalisme tiendra-t-il ? Le climat tiendra-t-il ? L’espèce humaine tiendra-t-elle ? Qu’est-ce qui tombera, et quand ? L’éco-anxiété est un mal très récent et de plus en plus présent, notamment chez les jeunes. De mon côté, je suis plutôt dans l’expectative, à me demander ce qui va bien pouvoir sortir de tout ça alors que tout parait possible ! Alors que je marche à longueur de journée, alors que je croise régulièrement le chemin de cette Via Verde qui rapproche les villes et qui les rend accessibles les unes les autres et sans trop de soucis à pied ou à vélo, je me dis que ce genre d’aménagement a sans doute de l’avenir. Même si je préférerai voir renaître les petites lignes de train et les petites dessertes locales.

    Ceci étant dit, je suis encore à Arnes, et si je veux arriver à Valderrobres (ou Vall de Roures, comme on le voit écrit parfois en Catalan) il me faudrait prendre la route. En commençant par un petit détour, pour aller voir el Toll de Vidre (que je traduirai librement par « l’étang de verre », du coup ça fait envie). Et pour aller le voir, c’est quelques kilomètres de Chamion sur de la toute petite petite route, et quand la toute petite petite route se rapetisse encore, on gare le Chamion sur un terre-plein, et on finit à pied, dans des paysages magnifiques, comme il se doit.

    Le Chamion m’emmènera ensuite à Valderrobres, une vingtaine de kilomètres plus loin. Peu après la sortie de Arnes, au moment de traverser le Riu Algars, je laisse derrière moi la Catalogne pour entrer en Aragon. Le toll de Vidre se trouvant sur le Riu Algars, et celui-ci marquant la frontière ente les deux communautés autonomes, j’avais déjà mis brièvement les pieds en Aragon en jouant à traverser la rivière pour faire mes photos.

    Dans la théorie, les panneaux devraient donc être écrits en Castillan désormais. Dans la pratique, c’est le cas, même si souvent une deuxième langue est présente sur les affichages. Du Catalan ? Une autre forme, variante de catalan pour être exact. Parce que sinon, ce serait trop simple. D’un point de vue légal, le Castillan et la seule langue officielle d’Aragon. D’un point de vue pratique et culturel, le nord utilise souvent l’Aragonais à l’oral (considéré par l’Europe comme langue minoritaire en danger de disparition). Et dans la « frange aragonaise », donc là où Aragon et Catalan se touchent, on parle un Catalan local…

    Depuis que j’ai quitté la côte, je ne cherche plus en avance les endroits où il me sera possible de dormir avec le Chamion. Dans la région, les campings-cars sont les bienvenus. La plupart des villages ont, comme à Horta, une zone bien aménagée avec point d’eau. Pas d’hésitation, pas de casse-tête, et c’est quand même tellement plus agréable comme ça…

    On arrive sur Valderrobres par une descente conséquente (ça change des villages perchés en haut de leur montagne !). En bas coule une joli rivière, la Matarraña. Sur la droite, la vieille ville -magnifique- avec son château et son église en surplomb, et sur la gauche, juste à côté de l’eau, un grand parking ouvert à tous, camping car compris. J’installe le Chamion comme il faut. Je sais déjà que je passerai plusieurs jours ici. La ville me plait, l’endroit est confortable, les volets sont donc tous ouverts (ah oui, petit truc si vous croisez le Chamion un jour : le nombre de volets ouverts indique le temps que je prévois passer quelque part. Un volet ouvert par nuit prévues la plupart du temps. Tous les volets ouverts, et en plus l’échelle qui est installée comme à Horta ? Aucune idée de quand je repars !).

    Valderrobres est un peu plus grande que les petites villages visités jusqu’à présent. Peut-être même un peu plus grande que Gandesa. Ce n’est pas une super grande ville, mais il y a quant même un peu plus de monde. Les rues de la vieille ville, une fois de plus, me font rêver, et je passerai un long moment à y déambuler. Sans oublier de noter que dans quelques jours, le samedi, c’est… Carnaval ! Et oui, ici aussi, chacun son tour !

    La place centrale / place de la mairie (ajutamento) me plait particulièrement.

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    Déjà à Arnes, on voyait un bâtiment municipal sur le même principe : un niveau rez-de-chaussée ouvert avec de grandes arches, et les deux autres étages plus ou moins fermés. Cela semble être une architecture traditionnelle de la région (du pays ? de la période ? ) car j’en reverrai d’autre par la suite.

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    Le vieux pont en pierre, qui permet l’accès à la vieille ville par l’ancienne porte est lui aussi magnifique. La pierre, quand même, ça donne du cachet ! Et si vous regardez tout à droite sur la photo, vous verrez le Chamion, et vous comprendrez peut-être pourquoi je me sens le bienvenu, quand on m’autorise à m’installer ici (remarque : de ce que j’ai compris en lisant un panneau -il faudra que j’approfondisse la question- le camping gratuit est interdit : il est donc formellement interdit de sortir quoi que ce soit de son camping car, tables, chaises, corde à linge… car on devient alors des campeurs, et on se prend une amande ).

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    Sans oublier la très jolie vue depuis la place de l’église tout en haut. Même si Valderrobres n’est pas au sommet d’une colline, la ville est quand même construite en pente. Sinon, il ne pourrait pas y avoir des tonnes d’escaliers et des rues tortueuses dans tous les sens, et ce serait beaucoup moins amusant !

    Tant qu’à être à Valderrobres, il y a aussi autre chose que j’ai envie de faire. Parce que le lecteur l’aura peut-être remarqué, mais j’ai un peu délaissé la Via Verde ces derniers temps. Alors certes, je l’ai remplacée par des promenades magnifiques dans les montagnes, mais n’était-ce point sensé être mon fil conducteur ? Sans doute. Peut-être. Je ne sais plus. Toujours est-il qu’à Valderrobres, la gare est à 6 kilomètres. Rien que d’y aller et revenir, c’est déjà une bonne balade à pied… alors je vais faire autre chose : je loue un vélo pour une journée.

    Alors donc, en ce magnifique… euh… jour… vendredi je crois. Oui, c’est vendredi, vu que demain c’est carnaval. Donc en ce magnifique vendredi ensoleillé, j’enfourche mon fidèle destrier, et me voilà parti ! La photo à vélo, avec un appareil réflex qui plus est, a toujours eu un côté sport. Mais il en faut plus que ça pour m’arrêter ! Six kilomètres d’une petite route qui monte et qui descend et qui remonte et qui redescend. Moi ce que j’aimais bien dans la Via Verde, c’était de ni monter ni descendre… mais bon, il faut d’abord la rejoindre. Et finalement… la voilà !

    L’ancienne gare de Valderrobres est juste là. Qu’ils étaient beaux ces bâtiments… et quel potentiel ils pourraient avoir…

    Et justement… la gare de Cretes n’est que deux kilomètres plus loin. Et elle, elle a été rénovée. Je sais pas si ça pourrait inspirer certains de mes lecteurs de dormir dans une ancienne gare, et de prendre le repas du soir dans l’entrepôt réaménagé !

    Depuis que je suis dans la région, je vois partout des branches cassées, des arbres arrachés, des coulées de boue et de pierres. Encore et toujours Gloria. Vue l’étendue des dégâts par ici, il est possible que je sois dans une des régions les plus touchées. Les arbres ont énormément soufferts. Ce que je ne comprenais pas trop vue que la région, ici aussi, semble assez venteuse. Les explications me seront données à deux reprises, me permettant de comprendre un peu mieux. Parce que la Gloria que j’ai eue en France, caché derrière mes arbres, elle était certes pluvieuse et un peu venteuse… mais ici, ils ont commencé par avoir 60 centimètres de neige. Puis 300 mm de pluie en l’espace de quelques jours. La neige n’est pas inconnue dans la région, mais jamais il n’y en avait eu autant. Ajoutez la pluie à ça, l’alourdissement de la neige, le tout qui gèle… je commence à saisir un peu mieux l’ampleur de ce qu’ils ont vécu… même si c’est dur d’imaginer 60 cm de neige quand un mois plus tard il fait plus de vingt degrés à l’ombre… sur la Via Verde, ça se traduit par des arbres tombés et des coulées de boue. Des endroits où il faut mettre pied à terre pour passer (mais pas beaucoup, donc ça reste tout à fait gérable)

    J’arrive ensuite sur un viaduc assez impressionnant, qui justifiera un petit détour pour bien l’admirer. Viaduc qui enjambe… le riu Algars. Et oui, me voilà de retour en Catalogne ! La gare de Lledo se trouve juste après le Viaduc. Une ancienne plaque tournante et un entrepôt (de locomotives sans doute) sont toujours là.

    Mon objectif n’est plus très loin. Et je l’atteins assez rapidement. Avec, en cadeau bonus, un tunnel !

    Et oui, me voilà de retour à Horta. J’ai quitté la ville il y a un moment maintenant (enfin… quelques jours, si l’on relativise), et pourtant je n’en ai jamais été très loin. C’est ce qui me plait dans le fait d’aller aussi lentement… c’est de compléter, petit bout par petit bout, ma carte personnelle. Remplir petit à petit les espaces blancs de ma Terra (Alta) Incognita. Parce qu’en reliant Valderrobres à Horta, je rejoins toutes mes balades précédentes… et je commence désormais à avoir une très belle vision d’ensemble du trajet global !

    Si vous regardez une carte des dénivelés, vous verrez que la gare de Valderrobres est au point le plus haut de la voie déferrée. Jusqu’à présent, je n’ai donc fait que de descendre. Et c’est ce qui m’inquiète depuis le début de cette balade… le retour ne sera que de la montée. Ce que les loueurs de vélos vous proposent, dépendant de où vous partez c’est : soit vous partez en vélo, et on vient vous chercher en camionnette après, soit on vous dépose en camionnette, et vous rentrez en vélo. Que de la descente, donc. Et s’il est vrai que les 6 premiers kilomètres n’étaient pas très reposants, les 18 suivants se sont faits facilement. J’hésite même un moment. Et si plutôt que faire 24 kilomètres pour rentrer, j’en faisais 40 en descendant jusqu’à Tortosa et en rentrant en bus. Ça a un côté tentant. Mais après de longues tergiversations (bien installé au soleil à écouter le chant des oiseaux) je décide de rentrer à vélo. Et j’attaque donc mes 18 kilomètres de montée. Ça ne monte pas beaucoup, mais ça monte un peu. Et ce sont de belles et longues lignes droites sans fin… mais j’avance.

    Puisque j’ai du temps devant moi, je décide de faire escale à Lledo, pour jeter un oeil sur la ville.

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    Pardon. Je disais donc, pour aller visiter la ville (même si la vue depuis la terrasse du bar municipal est déjà très bien) !

    La vue, depuis l’ermitage abandonné au sommet de la ville est juste magnifique… c’est d’ailleurs, je trouve, le plus bel angle de vue sur Horta, vu qu’il met aussi la montagne Santa Barbara bien à l’honneur, les deux ne faisant plus qu’un. Elle est vraiment belle cette ville, qui est désormais un peu à moi aussi…

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    Et en plan plus large :

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    Et oui, ils sont de nouveau là les rocs de Benet. On devine la Via Verde qui passe au milieu de tout ça, avec les ruines de la gare et de l’entrepôt, et un peu plus à droite, le viaduc. Ce que l’on ne voit pas, au pied de la falaise juste devant, c’est que l’Algars coule ici. Donc oui, Lledo est bien en Aragon, mais la gare est en Catalogne ! Une fois de plus, je retrouve tous mes points de repères familiers dans le paysage. Montagnes, villes, rivières…

    J’ai un peu du mal à me motiver à remonter sur le vélo, mais je n’ai pas trop le choix… ça avance pas vite, c’est assez démoralisant ces longues lignes droites qui ne font que monter… mais je fini par arriver à la gare de Valderrobres. Puis, après un dernier effort (héroïque, évidemment!) à revenir à mon point de départ est à rendre le vélo.

    Il y a une problématique qui m’accompagne depuis le début avec le Chamion. Pour les grandes distances, je peux le conduire. Pour les petites distances, je peux marcher. Mais pour les moyennes distances ? Bouger le Chamion pour aller voir quelque chose à 10 kilomètres et revenir, ce n’est vraiment pas idéal. Je pense avoir trouvé une solution à cette problématique. Le vélo ne me convenant pas pour une raison assez simple : je n’aime pas faire du vélo. Oui, c’est un peu bête de dire ça après avoir fait un peu plus de 40 bornes, mais c’est bien le cas. Je ne suis pas fan du vélo. Pour m’en servir en ville pour faire 5 kilomètres pour aller travailler, ça me va. Mais plus, ça ne me tente pas. Bref, je pense avoir trouvé une solution qui me plait… ne reste plus qu’à finaliser tout ça !

    Et le lendemain, donc, c’est carnaval. Avec un programme plus ou moins similaire à celui de Horta. D’abord un carnaval des enfants dans l’après midi, puis un carnaval des grands dans la soirée. Comme à Horta, la fanfare est invitée. Les espagnols ont l’air de tripper fanfare à un point qui fait plaisir à voir ! Les costumes sont dans la même veine que ce que j’ai pu voir à Horta. Des super-héros et des princesses. Par contre, ici, point de déambulation. Que ce soit pour les enfants l’après midi, ou pour les adultes le soir, tout se passera sur la place. Un DJ assurera l’animation.

    L’inspiration est de retour alors que je regarde tout ces jeunes s’amuser. Pendant que la musique commerciale joue à fond, et que des gens déguisés dansent dans tous les sens, je suis assis à une table et j’écris. Je finis par être remarqué par un groupe de pingouins. Et croyez moi, quand un groupe d’une douzaine de pingouins dansent autour de vous, tout en chantant en espagnol des trucs que vous ne comprenez pas, c’est pas évident de se concentrer pour écrire ! Par contre, c’est idéal pour être mort de rire devant l’absurdité de la scène.

    « C’est pas évident d’écrire quand y a une douzaine de pingouins
    qui te tournent autour en chantant fort et faux en espagnol ! »

    Et une autre phrase improbable à rajouter à ma collection de phrases improbables. Il n’empêche, il commence à faire froid, et je me décide donc à rentrer à la maison. Pour écrire au chaud.

    Je reprends la route le lendemain, après trois nuits passées à Valderrobres.

    Le but, c’est de trouver un équilibre, pour que personne ne soit jaloux. Un peu de temps sur la Via Verde, un peu de temps à la montagne. Un trajet en vélo de Valderrobres à Horta de Sant Joan ? Un Chamion qui m’emmène à Beceite

    Beceite, c’est un point que j’ai repéré il y a un moment sur la carte. J’ai étudié les différentes options pour m’y rendre, mais finalement c’est le Chamion qui l’a emporté (simplicité par rapport au bus, rapidité par rapport à la marche même si ce n’est qu’à 7 km de Valderrobres). Beceite, je voulais m’y rendre, simplement à cause de la localisation : une ville qui semblait assez bien placée dans le parc dels Ports. Un peu comme un avant poste dans les montagnes.

    De Beceite, au final, je ne penserai pas grand chose. Sa particularité à elle, c’est de paraître presque touristique. Comme si une station de ski lui avait déteint dessus. Je ne saurai trop comment expliquer, parce que je n’ai pas vu de magasins particulièrement orientés touristes. Peut-être est-ce simplement parce que nous sommes dimanche, et que les quelques personnes qui déambulent dans les rues sont des touristes ? Ceci étant dit, et comme toutes les autres villes de la région, Beceite est elle aussi très belle !

    Je m’éloigne un peu du village, pour aller voir une « piscine naturelle » qui me fera ni chaud ni froid (elle m’aurait sans doute fait beaucoup de froid si j’y avais trempé les pieds ceci dit!). Il y a, 6 kilomètres après Beceite, une très belle balade à faire paraît-il. Sauf que le parking y est payant. Que l’accès m’a l’air un peu étroit. Et que Gloria a fait des dégâts ici. Du coup, je suis dans l’incertitude par rapport à tout ça. Finalement, je décide de retourner au Chamion, et de reprendre la route. Le chemin du retour me fait passer à côté de deux magnifiques petites cascades qui, elles, ne me laisseront pas indifférent !

    Pour la suite du programme, je décide de tenter une expérience. Il y a, pas très loin d’ici, un lac de barrage. À la base, je pensais faire demi-tour à Beceite, revenir à Valderrobres, et accéder au lac en quittant la grande route à la sortie de Valderrobres. Sauf qu’il se trouve que depuis Beceite, il y a aussi une route qui conduit au barrage. Certes, cette route n’apparaît pas sur mon atlas. Mais elle apparait sur des cartes à Beceite. Alors… moi je dis allons voir !

    Et j’ai vu ! Petite route étroite, où il ne passe presque personne, et quand quelqu’un arrive en face, de toutes façons, c’est mois le plus gros donc ils sautent dans le ravin pour me laisser cordialement passer. Ils sont adorables ! Après quelques kilomètres pas rapides du tout, mais un Chamion qui n’a aucun problème de gabarit malgré la petitesse de la route, j’arrive au lac. Et comme je sais très bien que le barrage est à droite, je tourne à gauche. Parce que. Voilà. Je sais pas trop ce qui me pousse à partir me perdre au fin fond de cette petite route de terre, qui ne peut mener ailleurs que nulle part, et pourtant j’y vais. Sans trop réfléchir. La route est petite, le paysage est joli. Y a quand même un moment où j’ai le déclic, et où je me dis que ce que je fais est un peu inutile. Drôle, un peu. Stressant, un peu aussi. Mais utile, vraiment pas. Certes, je n’ai jamais été en faveur de ne faire que des choses utiles. Mais au final la route n’a que peu d’intérêt, et autant faire demi tour maintenant où je le peux qu’à un endroit qui m’imposera peut être un kilomètre de marche arrière, sait-on jamais. Je fais donc demi-tour, revient à mon point de départ, et continue en direction du barrage.

    Quand je vois la quantité de poussière qui recouvre la terrasse à l’arrière du Chamion, je me retrouve momentanément téléporté au Québec. Quand mes parents sont venus me rendre visite là-bas pour la première fois, et que l’on a découvert -après quelques centaines de kilomètres sur des chemins de gravel- que le contrat de location spécifiait bien qu’il était interdit de rouler sur des routes non asphaltés. Pas grave. La voiture a bien été nettoyée, et personne n’a rien su (et je me permets d’écrire ce genre de révélation sur mon blog aujourd’hui parce qu’il y a prescription !). N’empêche, des pistes caillouteuses, qui longent des grands lacs bordés d’arbres, ça rappelle fortement le Québec.

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    Sauf que nous sommes en février, et qu’en ce moment au Québec il doit faire moins quarante douze milles. J’ose même pas vérifier. Rien que de voir la température, je risque d’attraper un rhum. Je préfère mes +20/+22 que l’on a ici un peu tous les jours.

    Je ne savais pas trop par où la route allait continuer. J’avais l’impression qu’elle allait passer sur le barrage. Mais non, elle passe juste à côté, et s’enfonce directement dans la roche pour rejoindre la vallée derrière. Quand je franchis ce genre de tunnel, je regrette de ne pas avoir un copilote caméraman avec moi, pour faire une vidéo depuis l’extérieur. Parce que je me dis que même si le Chamion il passe, il doit pas y avoir beaucoup d’espace autour. Et que ça doit être beau à voir une maison traverser un tunnel !

    Je finis de redescendre la vallée. La journée est bien avancée. Une décision logique s’impose : je retourne à Valderrobres, à 3 km d’ici seulement, pour y passer la nuit.

    Le fait de m’être absenté une journée, ça remet à zéro mon compteur de trois nuits par rapport aux deux maximums autorisées, n’est-ce pas ?

    2 commentaires

    1. Commentaire de Lavande

      AYUNTAMIENTO est un des premiers mots que j’ai appris en espagnol. A notre premier voyage en Espagne, avec le combicamp, on était avec des amis (Maryse et son compagnon) qui eux avaient un camping car. A chaque étape on se donnait rendez-vous en ville, place de l’ayuntamiento. Sauf qu’un jour on ne s’est pas retrouvés parce qu’il y avait deux ayuntamientos, ce dont on ne se doutait pas (je vous parle d’un temps où les téléphones portables n’existaient même pas dans l’esprit des plus imaginatifs)

    2. Commentaire de Kaly

      Comme tu le dis si bien : “L’éco-anxiété est un mal très récent.” Moi aussi j’expecte… Mais je me dis aussi qu’il est indispensable de travailler avec sa tête pour mieux comprendre ce qui se passe : a y est, je me lance dans Bookchin, analysé par Vincent Gerber et Floréal Romero que je ne connais pas, mais François, lui, connaît Gerber (lis son comm’ sur mon blog si tu le souhaites).

      Bookchin pense que le libéralisme (produire des profits) et l’écologie sont incompatibles. Pas de croissance infinie possible dans un monde fini. Il est considéré aussi comme un précurseur de la décroissance.

      Je trouve pas mal aussi qu’il y ait des pensées profondes et une idéologie dans tes aventures…

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