Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionOctober 3rd, 2014
  • Cougar Hot Spring

    Je me suis réveillé à plusieurs reprises pendant la nuit, en entendant des bruits bizarres à un moment. Un chien qui aboie à un autre. Et plus tard, en voyant des lumières se balader dans le coin des sources. Mais pas d’ours venu demander un peu à manger, ou d’agent du FBI venu nous arrêter pour dormir dans une zone interdite.

    Je replie tranquillement mes affaires, pendant que Jérémie se réveille et fait de même. J’ai deux trois choses à mon programme du jour, mais rien de bien pressant. Après tout… quand vous vous réveillez à côté de sources chaudes au milieu d’une forêt paradisiaque, peut-il vraiment y avoir des choses pressantes et urgentes au point de vous empêcher de passer deux petites heures supplémentaires dans l’eau ? C’est bien ce qu’il me semblait…

    Je discute un peu de mon programme avec Jérémie. Son objectif à lui est de rejoindre la côte, mai il n’est pas pressé. L’idée de rendre visite à quelques cascades semblent bien le tenter. Voilà longtemps que je n’ai pas fait de stop à deux ; je ne pense pas que ça complique trop les choses dans le coin.

    J’hésite un peu sur la démarche à suivre. Il y a quelques baigneurs, mais je n’ai pas envie de les déranger. Je me suis rendu compte que je ne suis pas fan d’aller vers les gens pour leur demander un lift. Je sais que c’est beaucoup plus efficace. Que les gens ont plus de mal à dire « non » quand on les interpelle poliment dans une station service, en discutant un peu avant de leur demander où ils vont. Mais justement, comme les gens disent plus facilement « oui », ça me donne l’impression de leur forcer un peu la main, et ça me gène. En règle général, je préfère un chauffeur qui s’est arrêté parce qu’il en avait envie, qu’un qui m’embarque parce qu’il n’ose pas dire non. Je sais que du coup, ça me fait avancer un peu moins, mais ça ne me dérange pas vraiment. Alors je commence à préparer mes affaires pour partir, avec dans l’idée de marcher jusqu’à la route, et d’attendre sagement là bas. Mais alors que je viens de finir, deux personnes sortent de l’eau, s’apprêtant à partir. J’hésite. Et puis finalement, je m’approche en souriant. Dans un endroit comme ça, après tout, le contact est extrêmement facile, On échange quelques mots. Ils n’ont pas de problème pour me déposer un peu plus loin. Ils ont même de la place pour deux. Jérémie décide donc de suivre le mouvement. Je fais quand même quelques photos avant de partir. Et puis un des baigneurs qui était là hier me demande si je peux rejouer un peu de flûte pendant qu’il enregistre le son. Je ne vois pas vraiment de raisons de refuser. C’est la première fois que l’on me demande… mais il est vrai que le son est juste parfait pour l’endroit…

    Nous sommes à la voiture un peu après. Le père et le fils sont arrivés hier soir au milieu de la nuit, et continuent quelques miles vers l’est pour passer une après midi à jouer au golf. Ils font un petit détour pour nous avancer un peu plus loin, jusqu’à la station de rangers, où on peut trouver un peu des infos sur les randos dans le coin. On discute un peu avec la fille à l’accueil. Le père et le fils nous ont fortement recommandé d’aller visiter Blue Pool, un point d’eau à l’eau parfaitement transparente et magnifiquement bleue. Moi j’avais « Proxy Falls » dans ma liste. Plus une autre cascade, que j’avais vu signalée la veille le long de la route. En fait, il y a même deux cascades là bas. Et la balade qui permet de les voir continue ensuite jusqu’à « Blue Pool ». Tout semble se présenter plutôt bien. L’une des cascades est sur une route, les deux autres sur une autre. Le plan est simple : la première voiture qui s’arrêtera décidera par où on commence.

    Le verdict tombe moins de cinq minutes plus tard. J’avais repéré cette dame, dans la quarantaine avancée, toute souriante, dans le centre d’information. J’avais même annoncé à Jérémie « elle nous embarquera si elle va dans la bonne direction ». Gagné. Elle nous annonce qu’elle ne va pas très loin, mais qu’elle peut toujours nous avancer un peu. Il nous faudra un moment pour comprendre que nous allons au même « pas très loin ». Direction : les cascades.

    Nous nous disons au-revoir sur le parking, pendant qu’elle part se promener avec ses deux magnifiques chiens, dressés pour garder les moutons et pour le sauvetage en montagne. Pendant ce temps, nous partons cacher nos sacs à dos dans les bois. Inutile de trimbaler du poids inutile. Surtout que l’on prévoit plusieurs heures de marche.

     

    Sahali Falls

    La première chute est à quelques minutes à peine de la route. Et elle est superbe. On la découvre en tombant tout de suite dessus, et donc la suite de la balade consiste à s’en éloigner petit à petit, en suivant la rivière dans un sous bois humide et moussue. Et surtout, une eau d’une limpidité qui a quelque chose de magique.

     

    Koosah Falls 

    J’avance à mon rythme, Jérémie au sien. Je finis par le laisser derrière moi, alors qu’il entame une conversation avec deux personnes croisées en chemin. Je le laisse à ses propres habitudes de voyage, pendant que je garde les miennes : sur ce genre de sentier, j’aime bien être dans ma bulle, avançant les yeux grands ouverts, émerveillé(s).

    Le sentier avance en suivant le courant. J’arrive donc sur Koosah Falls par le haut. La vue sur la rivière en contrebas est assez impressionnante. Et puis on s’éloigne un peu, on descend, et on peut enfin voir la chute dans toute sa hauteur. Deux chutes parallèles, pleine de grâce.

    Jérémie me rejoint un peu après. Je discute un peu avec lui. J’ai pris la décision de ne pas marcher jusqu’à Blue Pool, ce qui représente un peu plus de deux heures aller-retour. Je ne doute pas un instant que l’endroit est magnifique, mais j’espère arriver à Eugène en fin d’après-midi. Nous nous disons donc « au revoir » vu que de son côté, il a plus de temps, et veut bien en profiter un peu, ce que je comprends parfaitement. Je prends ses coordonnées, au cas où, vu que nous irons potentiellement dans la même région, si je descends dans le sud de l’Oregon. Et non, si vous vous posez la question, mes plans sont toujours pas clairs, je continue à les construire au fur et à mesure. Déjà, je sais où je vais après Eugène, c’est pas mal !

    Même si je ne veux pas faire une promenade de deux heures, je veux bien profiter encore un peu des lieux. Le sentier des cascades permet de faire une boucle. Il y a un pont, un peu plus loin en aval. On peut ensuite remonter par l’autre rive, jusqu’à un autre pont, qui nous ramène du bon côté. De là, on peut revenir au parking initial, ou faire un détour d’une vingtaine de minutes, pour aller voir « Clear Lake ».

    Le chemin est toujours aussi magnifique. Les deux rives sont assez différentes. Celle où je suis désormais est un peu plus abrupte. Il est plus dur de s’approcher de l’eau.

    Je continue mon chemin, passant à nouveau à côté de Sahali Falls, et m’engage sur un petit sentier qui descends un peu plus vers l’eau, pour avoir un magnifique point de vue sur la chute.

    Ce côté là est tranquille. Si j’ai bien vu presque douze personnes du côté de l’aller, je ne croiserais que deux cyclistes côté retour. Je profite de la quiétude et de la beauté des lieux, heureux de les partager avec moi même.

     

    Clear Lake

    Le pont traversé, de retour sur ma rive de départ, j’ai une mini hésitation. Elle ne durera pas longtemps. Je prends l’option « détour par Clear Lake », me décidant d’avancer d’un bon pas. Le soleil chauffe l’atmosphère. Nombreux sapins, nombreuses épines sur le sol… j’ai souvent senti cette odeur de miel, qui emplit l’air tout autour. Qui donne envie de fermer les yeux, et de rester sans bouger, à respirer à plein poumons. C’est doux, c’est sucré, c’est agréable… je me sens aussi léger que l’air (sans doute de ne pas avoir mon sac à dos sur les épaules). Je suis surpris de l’énergie dont je dispose. J’ai presque envie de courir. Pour montrer à quel point je suis en pleine forme, à quel point je suis heureux. Mais courir m’empêcherait de vraiment profiter des lieux.

    Je continue à ne pas manger énormément. Je pense être revenu à un poids plus habituel pour moi… j’ai encore de la marge, je pourrais encore perdre quelques kilos sans problème, mais je sens que je suis de retour au mieux de ma forme. Mon corps s’est habitué, je pense.

    J’arrive à Clear Lake assez rapidement. Regarde un peu vite. C’est joli, le lac me plait, mais je crois que je préfère encore mes sous bois. Je ne m’éternise donc pas trop avant de faire demi-tour .

    Le chemin du retour me fait repasser à côté de Sahali Falls, que je découvre sous un autre angle. J’avais du mal à décider la quelle des deux chutes je préférais, mais je n’ai plus de doute désormais. J’aime la façon dont Sahali Falls se jette du haut de sa falaise, et l’espace qu’il y a entre la pierre et l’eau.

    Je reviens au parking en hésitant sur la suite de mon programme. Est-ce que je prends le temps de faire un détour par Proxy Falls ? Je ne suis pas sûr.

    La réponse viendra d’elle-même. La dame qui nous avait conduit jusqu’ici est là, sur le parking, se préparant à partir. Quand elle me voit, elle me demande ma prochaine destination. Je lui réponds « Eugène ». Elle va à Springfield. C’est juste avant. Pas très loin. Elle m’embarque si je veux.

    Je cours chercher mon sac, et je reviens. Nous ferons le chemin du retour en discutant de plein de choses. Quand elle me parle de son ranch, où elle élève des moutons, avec son mari, dans le sud de l’état de Washington, j’hésite… j’ai presque envie de demander leurs coordonnées. De proposer de passer leur rendre visite… et puis finalement, je ne le fais pas.

    De son côté, elle vérifie un peu sur son GPS. Le centre-ville d’Eugène, ça ne fait pas un gros détour pour elle. Ça sera assurément plus simple pour moi, si elle me dépose directement là bas… je la remercie, en souriant.

    Un peu après, elle me pose devant l’Atrium Building, dans le centre-ville d’Eugène, où je dois retrouver Denise, une autre BeWelcomeuse.

    Je ne peux m’empêcher de penser qu’aujourd’hui, j’ai réussi à embarquer dans trois voitures (bon, deux fois la même) en ayant à attendre une seule fois. Moins de cinq minutes. Même la Tasmanie n’avait pas réussi à faire aussi bien. Et c’est peu dire ! Les gens ici continuent à me demander ce que j’aime tant en Oregon. Ma première réponse est toujours la même, et je n’ai même pas besoin d’hésiter : les gens.

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