Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 19th, 2014
  • Je crois que je commence vraiment à m’habituer à dormir dans la voiture. Parce que j’y dors de mieux en mieux. Ce qui est surprenant également, c’est que même s’il continue à faire froid la nuit, le froid ne me dérange plus. Enfin, je ne vais pas me plaindre, et je vais me contenter de profiter pleinement de mes nuits ! Du moins jusqu’à ce que l’aube commence à apparaître. Parce que je continue à me lever très tôt. C’est pas un mal : ça fait des journées plus longues ! Plus fatiguantes aussi…

    Mammoth Upper Terrace

    Il est donc 7h du matin quand je gare la voiture à l’entrée des « Upper Terrace ». Ces terrasses, ce sont celles que l’on peut faire en voiture. Aux États-Unis, les parcs nationaux sont très bien aménagés. Parfois, peut être un peu trop… il y a beaucoup de places handicapés (c’est très bien) qui sont très souvent occupées par des gens avec le macaron (c’est très bien) mais je n’ai vu aucun fauteuil. Ici, la plupart du temps, le handicap, c’est l’obésité… et parfois un âge un peu avancé, qui fait que l’on a du mal à faire plus de 5 mètres à pied sur un sol en caillou… en saison, je ne sais pas, mais hors saison, je pense que les plus de 60 ans doivent représenter pas loin de la moitié des visiteurs du parc. Alors pour qu’ils viennent et reviennent, il faut que tout soit fait pour leur confort. Parfois, je trouve qu’ils en font un peu trop…

    Enfin… à 7h du matin, il n’y a ni vieux, ni jeune, et je ne dois partager les terrasses qu’avec ma flute et le soleil qui sort de derrière sa montagne. C’est absolument parfait. Et puis… ça fait longtemps que je n’avais pas salué le soleil de quelques notes ! Je me promène un peu dans les bassins du haut. Beaucoup sont secs. Mais ceux qui sont encore actifs sont colorés, et le spectacle est assez magnifique !

     

    Mammoth Lower Terrace

    Une fois le tour du haut fini, et dans une logique incomparable, je m’occupe ensuite de faire le tour des terrasses du bas. Là encore, les mélanges de couleurs des terrasses actives sont absolument grandioses.

     

    Undine Falls et Lava Creek 

    Il est 9h30 quand j’ai fini de faire le tour. Le reste de ce que Mammoth a à offrir (magasins de souvenirs, restaurants, hôtels…) ne m’intéresse pas plus que ça, et je reprends donc la route. Je commence à être conscient du fait que je n’ai plus la voiture pour très longtemps, et que ça pourrait être une bonne chose d’avancer un peu plus vite. Je reprends donc la route que j’ai faite la veille, m’arrêtant rapidement pour la première cascade que j’avais snobée à l’aller, et qui me plait bien : Undine Falls. Puis juste après, nouvel arrêt à Lava Creek, sur le bord d’un court d’eau agréable, où j’en profite pour prendre mon petit déjeuner.

     

    Wraith Falls

    Et encore juste après, une nouvelle pause pour Wraith Falls, qui nécessite un petit quart d’heure de marche pour la mériter. Mais y’a pas à dire, ça valait la peine de marcher un petit quart d’heure ! Je crois que c’est la première cascade de ce genre que je vois. Comme quoi, on peut collectionner les cascades, et continuer de se faire surprendre !

    J’ai vu ce que j’avais raté la veille. Ça me permet d’avancer un peu plus vite. Je repasse à côté de Silicate Spring, où les chèvres sont toujours là, et les photographes aussi. J’arrive ensuite au pied du Mont Washburn. J’hésite un peu. Le ciel est quand même un peu couvert. La luminosité un peu limite… d’un côté, j’ai envie de grimper, d’un autre, j’ai envie d’avancer… j’hésite entre les deux, et c’est finalement la route qui l’emporte. J’ai prévu de quitter Yellowstone par le sud, et donc -du fait des fermetures de route- je repasserais à nouveau pas trop loin. Donc je peux encore me garder la balade sous le coude, dépendant du temps dont je dispose… je continue donc de rouler, et arrivé à Canyon Village, je tourne à droite. Direction Norris, Madison puis Old Faithful, au bout de la route. Mon objectif pour ce soir. Comme ça, après, je sais tout ce qu’il y a à voir, et je peux revenir tranquillement.

     

    Virginia Cascade

    Évidemment, je n’ai pas le choix de faire quelques arrêts et quelques détours en chemin. Par exemple, je prends la route qui m’amène voir Virginia Cascade. C’est un fragment de l’ancienne route. Du moins je pense. Elle n’est désormais praticable que dans un seul sens, et interdite aux RV, aux bus, et aux véhicules avec remorque. Du coup, elle est un peu plus tranquille. Mais juste un peu. Il y a quand même du trafic. La journée est déjà bien entamée, et je me rends compte que mon énergie aussi. Alors pour fêter ça, je m’offre ma première sieste depuis une éternité ! Bien confortablement allongé dans la voiture, ça fait du bien ! Je rouvre les yeux une petite heure plus tard, prêt à aller découvrir d’un peu plus près cette nouvelle cascade. Que je découvre assez semblable à Wraith Falls : il s’agit plus d’eau dévalant une pente rocheuse qu’une chute d’eau en tant que telle. Mais c’est pas grave : je l’aime bien quand même.

     

    Norris Geyser Basin

    Quand je vois le panneau indiquant Norris, j’hésite un peu. Et puis bon, en même temps, quitte à être là, autant aller jeter un oeil. Je vais donc me garer. Le parking est impressionnant, et assez rempli aussi. Faut dire que les choses sérieuses commencent ici !

    Il y a quelque chose d’un peu frustrant à visiter Yellowstone. Il y a souvent des pancartes qui disent « tel geyser a fini d’être actif en 1970 ». « Ce geyser était hyper actif, maintenant il n’a des éruptions qu’une fois tout les 36 du mois ». « Steam Boat est le geyser le plus grand du monde, mais ses éruptions sont espacées de 4 jours à 50 ans. La dernière était il y a deux semaines ». Bref, il y a un peu ce sentiment que c’était mieux avant, que l’on arrive juste trop tard. Il n’y a pas de panneaux annonçant « ce geyser existe depuis seulement deux ans, bande de chanceux ! ». Du coup, on a un peu le sentiment de ne pas tout voir. De ne pas profiter au maximum de tout ce que le parc aurait pu nous offrir.

    Relativisons : la déception reste tout à fait raisonnable. Et puis elle est difficile à éviter dans un endroit où les phénomènes sont en partie imprévisibles… alors on se contente d’être là, en espérant être les chanceux qui verront Steam Boat envoyer de l’eau 150 mètres dans les airs… eh bien non, raté…

    Mais là encore, ça n’est pas grave du tout : j’ai enfin vu mes vrais premiers geysers ! Parce que jusqu’à présent, je voyais des marres un peu bouillantes. Parfois, il y avait vraiment beaucoup de gaz, et c’était assez intense… mais je n’avais pas encore vu de véritable jets d’eau. C’est chose faite, enfin. Grâce à un premier geyser un peu lointain, qui crachait pas très haut. Puis un deuxième, beaucoup plus proche, qui lui devait bien cracher à six ou sept mètres. Et bien je confirme, le spectacle est à la fois superbe, magnifique, grandiose, magnifique (oui oui, deux fois), éblouissant, splendide et plein d’autres mots du genre.

     

    Artists Paintpots et Gibbon Falls

    Forcément, je suis resté un peu plus longtemps que prévu. Alors je me dis à moi même que je finis tranquille la route jusqu’à Old Faithfull, histoire de ne pas arriver trop tard.

    Bon, d’accord, je peux quand même faire un petit détour par Artists Paintpot.

    Bon, d’accord. Je peux aussi m’arrêter pour voir l’origine de cet énorme panache de fumée sur le bord de la route. Et puis il y a aussi Gibbon Falls, vu que je suis là.

     

    Firehole River

    Et puis il serait aussi dommage de ne pas en profiter pour prendre la petite route à sens unique qui remonte Firehole River. Voir les gorges, admirer une petite cascade, et découvrir qu’il y a un autre endroit où l’on peut se baigner à Yellowstone. C’est une plage officielle, sauf que là, il n’y a pas de sources chaudes pour faire monter la température. Du coup, je suis un peu sceptique. Je mets mon doigts dedans… puis la main toute entière. En fait, il serait plus tôt, je serais moins fatigué, je pense que je serais déjà en train de mettre mon maillot de bain. Je suis surpris que la température de l’eau soit si agréable, alors que nous sommes à la mi-septembre. L’explication arrive en plusieurs étapes. D’abord en continuant de remonter Firehole River, où l’on trouve une petite source qui doit contribuer au réchauffement de l’eau. Mais d’après deux personnes qui sont là depuis un moment, l’eau est chaude en amont de la source aussi…

     

    Lower Geyser Basin 

    Je comprendrais, en continuant d’avancer, qu’en fait Firehole semble le déversoir de toutes les sources chaudes du coin. Et là, on arrive dans le coin hyper actif de Yellowstone. C’est un peu pour ça que je le gardais pour la fin (quoi ? comment ça, on approche de la fin, déjà ? ), vu que c’est là que je m’attends aux plus belles découvertes. Je ne suis pas déçu, loin de là, mais il est vrai que je m’attendais peut-être pas exactement à ça au niveau des sources chaudes et des geysers.

    En fait, je m’attendais plus à… le soleil commence à décliner à l’horizon. Je pense que c’est signe qu’il est temps que je finisse de rouler. Mais bon, en même temps… une dernière petite pause. Ce dernier petit bassin, pour la route. Et puis bon… j’ai commencé la journée en jouant de la flute pour le lever de soleil, il serait dommage de ne pas terminer a journée en jouant de la flute pour le coucher, non ?

    Le parking est bien rempli. Il y a plusieurs cars. Je m’attends à avoir du monde. J’ai raison. Trois cars de chinois, ça fait bien plus qu’un chinois entier contrairement à ce que l’on apprend en cours de math ! Je me faufile entre les touristes, profitant de la lumière qui est juste parfaite. Et je me retrouve à côté de Clepsydre. Un geyser comme ce à quoi je m’attendais en venant à Yellowstone. Et ça, plus la lumière magnifique, plus la flûte qui accompagne le soleil, j’en ai oublié tous les touristes autour de moi. Enfin… pas complètement oublié. Je ne sais pas combien m’ont pris en photo, mais je sais qu’ils étaient nombreux. Au moins deux ont pris des selfies à côté de moi. Je suis devenu une attraction au même titre que le geyser. Ça ne m’a pas dérangé plus que ça : j’ai dit au-revoir au soleil, d’une façon que j’adore, dans un paysage absolument magique. Et j’ai même eu le droit à des remerciements de deux françaises, à la fin, qui ont beaucoup aimé. Bon, et bien tant mieux alors !

     

    Old Faithfull

    Le soleil officiellement couché, il est temps pour moi de faire le peu de route qu’il me reste pour arriver jusqu’à Old Faithful. Old Faithful, c’est le nom du geyser le plus célèbre de Yellowstone, avec ses éruptions quasi prévisibles à toutes les heures. C’est aussi le nom du village pour touriste construit autour. Ça, j’en parlerais demain, quand j’aurais mieux vu l’ampleur de la chose, à la lueur du jour.

    Quand j’arrive, je me dirige vers le centre d’information. L’heure de la prochaine éruption est annoncée : 20h23 +/- 10 minutes. Je leur demande s’ils sont capables de prévoir plus d’une à l’avance, mais la réponse est non. Alors je ne sais pas comment ça se jouera, demain matin, au lever du soleil… enfin, on verra bien.

    Ce qui est sûr, c’est que la prochaine est dans 15 minutes minimum, 35 maximum. Bon, le soleil est couché depuis un moment, mais ça n’empêche pas d’aller jeter un oeil quand même ! Et puis tiens, pourquoi ne pas en profiter pour s’essayer à quelques poses longues en même temps ?

    Il fait quasiment nuit quand il se réveille. Alors je ne vois presque pas. Mais je devine. Et j’entends. Et l’impression est absolument superbe. Même sans vraiment voir, on devine la puissance. Et franchement, je trouve ça impressionnant ! Mon petit doigt me dit que je n’arriverais pas à me contenter d’une seule irruption demain !

    Je rejoins ma voiture anonyme sur son parking le coeur léger, et la tête plein de magnifiques images et de projets pour demain.

    Un commentaire

    1. Commentaire de La Feuille

      C’est vrai que les photos permettent de deviner un paysage des plus singuliers, qui laisse sans voix ! Toutes ces fantaisies auxquelles la nature s’est amusée ! Je lis tes chroniques, tranquille, une par une, comme on déguste un bon cognac…

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