Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 17th, 2014
  • J’ai très bien dormi. Tellement bien, que je n’ai pas entendu mes deux voitures voisines partir. Si leurs occupants ont vu que je dormais dans la mienne, personne n’a rien dit, et personne n’est venu m’embêter. Parfait.

    J’ai deux trois mails qui attendent d’être envoyés depuis un petit moment, alors je me décide à aller au restaurant, le seul endroit où on peut accéder à internet. Et quand je vois que le petit déjeuner, c’est un buffet à volonté, je me dis que je vais même en profiter pour faire le plein d’énergie pour la journée. Je mange bien, mais pas trop. J’arrive même à faire des progrès à ce niveau là !

    Après un bon petit déjeuner, je fais un petit détour par le centre d’informations, voir ce qu’ils racontent sur le parc. Une fois de plus, je trouve l’ensemble très bien fait, et bien expliqué. J’apprends des nouvelles choses, j’en oublie rapidement beaucoup. Je prends en photo les panneaux qui me plaisent le plus. Notamment ceux qui permettent de comparer : la plus petite éruption de Yellowstone (il y a 640,000 ans) était 280 fois plus importante que celle du Mont St Helens en 1980. Les trois éruptions de Yellowstone (il y en a une tout les 650,000 ans environ, on a encore un peu de marge) ont recouvert de cendres une bonne partie des États-Unis. J’aime les comparaisons. Et puis j’aime avoir une description précise pour m’expliquer les différences entre Sources chaudes, geysers, fumeroles et pots de boue.

    Pour compléter : le dernier panneau explique que de nombreuses tribus indiennes ont un lien avec Yellowstone. Certaines tribus faisant des centaines et des centaines de kilomètres pour revenir au volcan, à certaines périodes.

     

    Yellowstone River

    Aujourd’hui, je pars à la découverte du canyon de Yellowstone. Il est très réputé (le troisième plus profond des États-Unis) et compte deux cascades, dont une particulièrement magnifiquement impressionnante de ce que j’ai pu entr’apercevoir dans des vidéos ou des cartes postales.

    Je commence par rouler vers le sud, pour revenir un peu sur mes pas. J’ai fini ma journée d’hier un peu après la disparition du soleil, et j’avais donc arrêté de faire des photos de la rivière. Je complète donc un peu, parce que je la trouve vraiment très belle, moi, cette rivière (et puis bon, je vais pas manquer une occasion de faire quelques photos de bisons !).

     

    Yellowstone Grand Canyon – South Rim

    Le canyon de Yellowstone se découvre selon deux routes différentes. L’une au sud, l’autre au nord. La première s’offrant à moi étant celle du sud, je décide de commencer par là. Juste après, la route passe un pont, qui offre une très belle vue sur la rivière. J’ai bien envie de faire quelques photos, et je me gare sur le parking juste après, avec dans l’idée de revenir à pied jusqu’au pont. C’est ce que je ferais… après un léger détour…

    En fait, je regarde la carte un peu plus en détail. Nous sommes en amont du canyon. Donc si je commence par ce côté là, j’arriverais sur les chute par en haut. Pour moi, une chute d’eau se découvre par en bas. Depuis le lointain. Elle se dévoile petit à petit, on la découvre de plus en plus, alors qu’elle grandit. Plutôt que tomber dessus, et la voir s’éloigner par la suite…

    Mon plan de base était donc assez simple : conduire jusqu’au bout du canyon, et revenir en m’arrêtant régulièrement. Oui mais voilà. La carte m’indique qu’il y a une balade en retrait qui permet d’accéder au bout de la route par « l’arrière pays » (et aussi un joli lac). Et puis ensuite, il est possible de revenir en longeant le canyon, et de vraiment le découvrir à pied, sur toute sa longueur. Mon estimation pour l’ensemble est une boucle d’une dizaine de kilomètres, pour laquelle je compte quatre heures. J’ai fait un bon petit déjeuner, j’ai bien mangé, je préfère éviter de transporter de la nourriture, mais je fais le plein d’eau. Il est onze heures quand je commence à marcher.

     

    Clear Lake 

    Je suis content. J’avance assez vite. D’abord dans des herbes hautes (pas d’ours à l’horizon) puis je m’enfonce un peu dans la forêt (ne pas oublier de se parler à soit même, de trainer les pieds, et de faire du bruit). Je tombe sur le lac juste après. Et sous le charme aussi. Parce que Clear Lake, il porte bien son nom !

    Et juste après le lac, on retrouve cette odeur caractéristique. Que j’aime bien quand elle est légère, qui m’empêche de respirer quand elle est trop forte. Il y a à nouveaux quelques fumeroles, quelques muds pots, et quelques sources chaudes. Bien content d’être passé par ici tient !

    Si vous vous demandez pourquoi il n’y a presque jamais d’arbres dans les zones des sources chaudes, la raison est très simple : les racines des arbres ont du mal avec l’eau bouillante… parfois, il y avait une forêt. Puis un tremblement de terre a fait qu’une source chaude s’est installée là. En général, les arbres ne survivent pas longtemps après ça…

     

    Ribon Lake and Silver Cord Cascade

    Je m’offre un premier détour, pour aller voir « Ribon Lake ». Pourquoi ? Parce que ça n’est pas très loin, que c’est sur la carte, et que je me dis que ça sera peut être joli. La balade en forêt est toujours des plus agréables. Et puis à un moment, je vois les arbres se terminer. Je devine que je suis en train d’approcher. Le lac doit être juste derrière.

    Perdu !

    En fait, la carte que j’ai regardé n’est pas très détaillée. Je n’ai pas les courbes de niveau. Et je n’ai pas repéré la rivière. Pourtant, elle est juste là. Enfin « presque juste là ». Je viens de tomber (au sens figuré) sur le Canyon. Et il est vrai qu’il est impressionnant !

    Il y a aussi une « petite » cascade que j’essaie de voir. Mais forcément, je suis en haut, et elle, elle tombe dans le canyon. Et moi, je n’ai pas trop envie de m’approcher. Alors je regarde de loin, je ne vois pas, mais je m’émerveille quand même parce que c’est tout simplement merveilleux !

     

    Point Sublime

    Je reviens en arrière pour rejoindre mon itinéraire initial. Qui me ramène à nouveau sur le bord du canyon, que je peux recommencer à admirer. Deuxième détour pour Point Sublime. J’avance tranquillement. Le nombre de touristes a augmenté. Je me suis rapproché du point le plus populaire du canyon, et ça paraît…

     

    Artist Point 

    Le point le plus populaire, c’est « Artist Point ». Et quand on y est, on ne se demande pas vraiment longtemps pourquoi c’est populaire. La vue sur le canyon est magnifique, la cascade dans le lointain est à couper le souffle. L’endroit est sublime. Et relativement achalandé. J’écoute les gens qui regrettent de ne pas avoir un peu plus de temps. Je les écoute, assis confortablement sur une roche. Je reste un long moment, à ne rien faire. À juste admirer. Parce que contrairement à eux, j’ai décidé de prendre mon temps. J’ai décidé de profiter de chaque moment. Mes émerveillements s’étirent dans le temps. Je les partage avec ma flûte. Je les garde un peu pour moi, en silence aussi. Des fois, j’essaie de trouver des mots. Souvent, je n’y arrive pas. Un gars me demande de le prendre lui et sa copine en photo. J’accepte. Pour me remercier, il me propose de me prendre aussi. J’accepte aussi. Je me dis que ça rassurera mes lecteurs sur le fait que non, en effet, je ne suis pas congelé. Bon, il a cadré la photo sur moi. Me semble que l’important, dans un cas comme ça, c’est quand même plus le décor en arrière. Mais c’est pas grave. Si on regarde un peu, on voit quand même la cascade derrière. Bon…

     

    Uncle Tom’s Trail 

    Je me rends compte que je suis épuisé. J’ai marché plus longtemps que prévu, et la journée commence à être bien avancée. Mais bon, je suis heureux, enthousiaste et motivé. Et surtout, j’ai bien envie de me rapprocher de cette cascade. Parce que oui, c’est vraiment la bonne façon de la découvrir !

    Alors je continue d’avancer en longeant ma falaise. C’est marrant comme les gens disparaissent tous dès que l’on s’éloigne de plus de 5 minutes de marche d’un parking. Il y a bien encore quelques marcheurs, mais dans l’ensemble, c’est très tranquille. Jusqu’à « Uncle Tom’s Trail », qui permet de descendre dans le canyon pour se rapprocher de la cascade. J’ai les jambes en compote, je suis fatigué, mais c’est pas ça qui va m’empêcher de descendre 350 marches ! Surtout quand la vue en vaut à ce point la peine !

    La plateforme est toute petite en bas. Il n’y a pas grand monde quand j’arrive, mais un peu plus après un moment. Je découvre que je ne me sens pas bien avec tout ces gens dans ma bulle. Je me replie sur moi même, attendant que tout le monde s’en aille. Tout le monde ne partira pas, mais la plupart remonteront rapidement. Oui, l’heure tourne, il faut se dépêcher ! De mon côté, j’admire encore un peu.

    Et puis j’attaque la montée. J’avais repéré que les embruns de la cascade se rendaient particulièrement loin. J’avais aussi remarqué que la façade opposée du canyon à ce niveau là était relativement verte. Je n’avais pas remarqué, par contre (troisième photo en partant de la fin) que ces mêmes embruns se recondenssaient, pour se regrouper, et devenir des mini cascades. Cascades issues de cascade… la vie n’est elle pas magique ?

     

    Upper Falls

    Je survie à ma remontée. Je crois que je suis passé en mode « robot automate ». Je ne sens plus vraiment la fatigue. Je me contente d’avancer. Et puis bon… un peu plus loin, il y a les « Upper Falls ». Plus petites, négligées par les touristes, je suis très content de pouvoir les voir aussi. Parce qu’elles me plaisent bien. Et parce que la balade est toujours aussi agréable, même en étant fatigué.

     

    J’avance encore un peu. Je vois un pont qui me plait beaucoup. Il me fait penser aux ponts sur la côte, en Oregon. J’aime bien leur architecture.

    Je marcherais encore un peu, avant de finalement rejoindre le premier pont. Celui pour lequel je m’étais arrêté juste cinq minutes. C’était il y a sept heures de ça.

    Je suis de retour à la voiture. Épuisé, mais heureux. Je grignote un peu, pour me redonner des forces. M’assoie cinq minutes.

    Il est 18 heures. Le soleil commence à se cacher à l’horizon. Je décide quand même de prendre la route du versant nord. Je m’arrêterais une première fois, mais la lumière est un peu limite pour faire de la photo. Je trouve ça dommage. Je me dis que c’est pas grave, je reviendrais faire ce bout de route demain. Parce qu’il est très clair pour moi que ça me prendra le temps qu’il me faudra. J’avancerais à mon propre rythme. Je pensais en faire un peu plus aujourd’hui, finalement ça ne sera pas le cas. Je suis donc de retour au village de Canyon. Très bien, je connais. Je sais déjà où dormir. Pas besoin de repérage.

     

    Je m’installe dehors dans un premier temps, pour me faire à manger. Je m’essaie pour la première fois à la nourriture déshydratée. En magasin de sport, ça coûte horriblement cher, mais chez Walmart, j’en ai trouvé à des prix raisonnables. J’étais curieux d’essayer. C’est super simple et pratique à préparer. Et c’est très bon ! Tant mieux !

    Et puis tiens, puisque j’ai de l’eau chaude, je me décide à m’essayer à la bouillotte. Les dernières nuits étaient plutôt agréable. Je n’ai pas eu froid. Mais bon, avoir un peu de chaud dans les pieds, c’est pas plus mal. Et puis quitte à avoir de l’eau chaude… j’ajoute le deuxième sachet de thé que j’ai volé ce matin. Voilà. J’ai une bouillotte au thé tchai ! Et comme je ne veux pas perdre toute la chaleur trop vite, et bien je la route sagement dans ma couverture de survie ! Promis, dans mon prochain épisode de Mac Gyver, je vous parlerais de mon manche de serpillère tortue ninja !

    Et comme je connais bien les lieux, je me réinstalle dans le même lobby confortable, où je branche mon ordinateur pour écrire. Même si j’ai des accès internet aléatoire, je me force à être le plus à jour possible dans mes textes. J’ai une structure qui me plait bien, je m’y suis habitué. Je prépare tout à l’avance, y compris les photos. Ça me permet de gagner pas mal de temps. Et comme j’ai rattrapé mon retard, je peux écrire le soir même ce qui m’est arrivé dans la journée. Tout cela me semble parfait !

    Il est temps d’aller rejoindre ma petite voiture anonyme dans son parking, et ma bouillotte au fond de mes sacs de couchage !

    Un commentaire

    1. Commentaire de Kaly

      Un écrivain-voyageur de ma connaissance dirait que c’est tout simplement magnifique !

      Ne râle pas pour le cadrage de la photo, le monsieur qui l’a prise savait que tu avais déjà photographié la cascade sous toutes les coutures, il a renouvelé un peu.

      Tes parents savent que tu vis à des heures normales, dodo de vingt-deux à sept. Mais sais-tu que ta mère s’amuse sur son ordinateur à passé une heure du mat’ ! Même qu’à force de baver sur les belles photos, elle va encore bousiller son ordinateur.

      Bon, c’est bo bo bo, vraiment très beau tout ça !

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