Je me réveille sur mon parking, après une autre nuit classique de parking en boîte de conserve. Autrement dit, rien à signaler. Je prends un peu de temps pour remettre le cerveau en état de fonctionnement, puis je passe en mode « pilote » afin de reprendre la route. Je roule tranquillement, en sachant qu’aujourd’hui c’est le jour de la téléportation. Je dois me rendre à la plage (d’après ma décision finale d’hier) pour admirer mon éclipse. J’ai donc une demi journée tranquille, et après je vais devoir rouler.
Je fais une première étape au phare de « Matxitxako Lurmuturreko Itsasargi Zaharra ». Je vous assure, c’est écrit comme ça sur Google Maps. Après tout, on est au pays basque… petite pause pour admirer la vue, et repérer San Juan de Gaztelugatxe dans le lointain. Où je sais que je n’irai pas. Mais j’essaierai quand même de m’approcher un peu. En attendant, de loin c’est pas mal…
Puis j’avance un peu, m’arrêtant à un deuxième point de vue -très raisonnable en terme d’achalandage, mais il n’est encore que 9h30 du matin. Et j’arrive enfin au site officiel. Un parking en haut déborde, un deuxième parking est indiqué réservé aux voitures. Je sais que je suis discret avec ma conserve de location, mais je préfère ne pas envahir des espaces où je ne suis pas le bienvenu. Je roule 300 m de plus, pour un autre parking, où je sais que je peux m’arrêter sans problème. Je reviens à pied. Les cars de touristes arrivent les uns après les autres. Je m’étais dit que peut-être comme il était tôt, j’allais poser la question si c’était possible d’avoir un billet dernière minute pour une personne seule. Mais au final, il y a tellement de monde, ça ne me tente pas. Alors à la place, je vais au mirador dont l’accès est gratuit. Et je fais quelques photos de loin. Et en me rapprochant avec mon objectif magique. Je fais aussi des photos de l’île d’à côté (Akatxa Irla) parce que je l’aime bien avec ses deux colonnes qui tombent dans la mer. Qui est un océan. Du coin de l’oreille, j’entends un guide qui explique « personne ne nous connaissait, c’était très tranquille ici, jusqu’à ce que l’on apparaisse dans Game of Thrones ». Comme quoi…
Et puis je crois que j’ai fait le tour. Je suis prêt à passer à autre chose. Mais j’ai quand même envie de me poser un peu. De faire une transition. Mon cerveau a eu la bonne idée de se rappeler d’une invention humaine absolument géniale : les bibliothèques municipales. Un endroit où je vais pouvoir me poser, sans être obligé de consommer, et où je vais pouvoir écrire. Tranquillement. Sans stress. N’est-ce pas merveilleux ? J’en ai repéré une à Bilbao qui ne fait pas un gros détour sur mon itinéraire prévu. Parce que oui, il semblerait que Bilbao ai finalement disparu de mon itinéraire. Pas le temps. Une autre fois. Parce que oui, je veux revenir dans le coin. En basse saison. Au calme. En Chamion. En prenant mon temps.
Je roule un peu, arrive en ville, tourne dans le quartier avant de comprendre comment fonctionne les stationnements. Me stationne. M’installe à la librairie.
J’en profite aussi pour regarder la météo ! Les prévisions pour l’endroit que j’ai repéré sur la côte sont de 40% de couverture nuageuse à l’heure de la totalité… c’est une probabilité raisonnable… mais élevée quand même… Les prévisions pour mon plan B, embalse des Porma, au nord de Boñar sont à 100% de ciel complètement dégagé. Ce qui est quand même plutôt pas mal. Oui, mon plan B, c’est un lac en montagne. Pour avoir le reflet de l’eau, mais aussi… bin les montagnes. C’est décidé. Changement de dernière minute. Ce sera là bas. Je règle mon GPS, et je repars.
La route est chargée, y a tout plein du monde. Mais à peine je quitte l’autoroute de la côte, juste après Santander, pour la direction du sud, et pouf, ça se dégage. Y a plus personne. Et ça me va très bien. À force de rouler, ma boîte de conserve me signale qu’elle a soif (je bois presque autant qu’elle) et qu’il commence à être vraiment temps que je fasse quelque chose. Je sors donc à Reinosa.
Un peu au hasard. En sortant, je vois le panneau Fuentes del Ebro. La source de l’Ebro (parfois Ebre). Ce fleuve dont j’ai déjà parlé un peu sur ce voyage, et beaucoup beaucoup dans un voyage précédent. Il avait accompagné une partie de mon voyage en Terra Alta (oh, que la Terra Alta me manque !) et j’étais allé rendre visite à son delta, en écrivant « Après avoir exploré un peu la plage, nous décidons de nous diriger vers l’embouchure de l’Ebre. Ce fleuve que j’ai suivi un moment (lui et ses affluents) j’ai bien envie de voir comment tout ça se termine. » L’idée de voir comment tout a commencé (décidément, y a des thématiques récurrentes dans ce voyage !) me tente vraiment beaucoup. Donc après avoir désaltéré la boîte de conserve, je m’en vais aux sources. Petit parc, bien aménagé, vraiment sympa. Là, y a rien, pis là, y a un fleuve !
Je regarde un peu par curiosité. Je suis déjà dans la zone de totalité. Mais totalité un peu courte. Par contre en regardant à nouveau la carte, je trouve que je me rends vraiment très loin à l’ouest en allant jusqu’à Boñar, ce qui me ferait faire pas mal de kilomètres en plus, vu que mon but à la base, au tout début, c’est d’explorer les Picos de Europa. Et si, à la place, je m’en allais à Riaño, qui se trouve dans le sud des Picos ? Ça pourrait être pas mal non ? Un grand lac de barrage, des montagnes autour, y a des chances que ce soit joli !
Allez hop, changement de programme. Je mets le GPS, qui me fait passer par un chemin que je me demande un peu comment il l’a inventé, mais ça me va. Je sillonne les paysages désertiques et les endroits abandonnés. Avec juste une ligne de chemin de fer qui traverse au milieu. C’est beau. Et c’est inspirant ! Mais c’est long !
Je suis pas mécontent d’arriver quand j’arrive enfin. Parce que j’arrive, donc…. mais surtout… ayoye, quelle vue magnifique ! Je n’avais aboulent pas du tout anticipé un paysage aussi magnifiquement spectaculaire. Ça va être magnifique demain !
Par contre, je ne suis pas le seul à avoir eu l’idée de venir ici. Je me glisse entre quelques campings car. Là encore, ça déborde d’absolument partout. Ça me parait assez compréhensible !
La boîte garée, je pars faire quelques pas en ville. Admirer la ville, me promener dans les ruelles, pas nombreuses.
Et surtout, je m’arrange pour être de retour à l’endroit que j’ai repéré, à 19h30, pour le début de l’éclipse, pour être sûr que le soleil il sera bien là où j’espère qu’il sera demain et qu’il fera le bon trajet dans le ciel.
Estoy listo. Je suis prêt.




