Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 9th, 2026
  • J’ai vu un berger basque faire un striptease burlesque sur une musique traditionnelle à l’accordéon.

    C’est important, en communication, d’attraper saon lecteurice dès la première phrase. Pour être sûr de l’emmener jusqu’au bout. Et c’est même pas à HEC que j’ai appris ça. J’en sais des choses! Ceci dit, j’aime aussi collectionner les phrases improbables et celle-ci est pas mal dans sa catégorie. Je suis donc très content de l’utiliser en ouverture. À partir de là, l’enchaînement est assez simple : il suffit de la question classique : comment en est-on arrivé là? Figurez vous que c’est à cause des feux en Gironde! Sans les feux, je n’aurai pas changé mon billet de train, je serai arrivé ici deux jours plus tôt, et je n’aurai pas vu mon berger basque burlesque. Dire qu’à une époque je cherchais des acronymes en BBB. Ça avait commencé avec Bébé Baleine Bleue. Je n’avais jamais pensé au berger basque. Mais je divague peut être un peu, vous allez me dire. Et je ne peux pas renvoyer systématiquement tout ce qui va se passer dans les prochains jours aux feux en Gironde. Alors on va dire que c’était plutôt la faute à mon libre arbitre et à mon sens de l’observation.

    Et donc, comment tout à commencé? C’est le titre du livre que je (re)lis en ce moment. De Pete Fromm. Ce n’est pas son meilleur, mais je l’aime bien quand même. Même si il faut être amateur de baseball pour vraiment apprécier je pense. Mais je repars en digression. Allez lire « le nom des étoiles » quand vous serez à jour de mon blog et de mes livres. C’est d’autant plus compliqué de dire comment ça a commencé que je ne sais pas encore comment ça c’est terminé. Je m’explique. J’écris mon blog comme mes livres. De façon non linéaire. En fonction des mots qui me viennent. La dernière chose que j’ai écrite, c’est que je prenais la route pour Irun. Mais tant que mon blog n’est pas à jour, je ne peux pas reprendre là où je me suis arrêté. Mais j’étais sur le bord de la plage, à attendre un feu d’artifice, et ça m’a donné envie d’écrire. Pas simple!

    Et donc… Eh bien les feux étaient bien sympathiques. L’un des gros défauts de Montréal, c’est que la ville rend snobe pour beaucoup de choses. Elle m’a appris à avoir des attentes qualitatives très élevées. Dans de nombreux domaines. Y compris les feux d’artifices. Parce qu’avec le concours international le plus ancien et le plus réputé au monde, une dizaine de feux de trente minutes chaque été, ça met la barre un peu haut. Mais la bonne nouvelle, c’est que malgré ces standards élevés, je continue de savoir comment m’émerveiller. Et ce soir encore, je me suis émerveillé. 

    D’abord devant le gros orage. Le 5e en 5 jours. Le plaisir de regarder fuir les gens dans tous les sens. L’incompréhension de voir des gens en maillot de bain (oui, les feux sont tirés sur la plage) courir se mettre à labrit de la pluie. En même temps, on peut y voir une magnifique allégorie du consentement. Émerveillé devant les gens aussi. Ce couple de français, à ma gauche, qui semble passer son temps à se plaindre et à critiquer. Ce couple d’espagnol, à ma droite. Qui rigole et qui s’embrasse. Moi, au milieu, qui rigole avec mon bac en sociologie de comptoir de l’université du Charbinat.

    J’ai l’impression que les espagnol.e.s aiment les explosions. J’ai découvert ça avec mon début de Falla interrompu (foutu covid) alors qu’étaient organisés des spectacles juste de pétards qui fond du bruit. Genre de spectacle qui fait vraiment mal aux oreilles (mais puisque c’était le fun je vous dis!). Et ce soir, le bruit faisait parti du spectacle. Il y avait un rythme. Une recherche. Différents types de sifflement. Et des gros booms qui font sourire. Et ça, c’est vraiment l’éclate (pun intendeed).

    Du feu d’artifice, vous n’aurez des photos que de la première moitié. La pluie est revenue pour la fin. Comme pendant l’attente. Une belle grosse pluie avec des gouttes bien grasses et qui mouillent. Vite et bien. Que du bonheur!

    Le feu finit, j’ai pu reprendre le chemin de ma maison. Retourner dans mon micro minivan qui ne sonne pas vraiment comme un chez moi. Mais qui est quand même pratique.

    En écrivant ce texte en direct sur mon téléphone. Pour meubler. En attendant d’écrire avant. Pour reconnecter enfin avec après. Mes récits sont comme les montagnes. Le passé, le présent et le futur s’y retrouvent. Pas de place pour la mer dans ces histoires!

    Bref, je venais de me garer à San Sebastian. Maintenant que je sais où je commence, ça va m’aider à me rendre jusqu’à mon strip-tease. Enfin pas le mien, mais celui dont je parle.

    J’avais de fortes attentes pour San Sebastian. Sans trop savoir pourquoi. Peut être influencé par le nom ? À date, le seul St Sébastien (sur Loire) que j’ai connu n’avait rien de bien intéressant, si ce n’est d’être le siège social de la société qui m’embauchait pour compter des petites culottes Reine des Neiges et des slips Batman au milieu de la nuit. Ça ne s’oublie pas, mais pas forcément pour de bonnes raisons !

    Je me suis dirigé tranquillement en marchant en direction de la ville. En suivant le grand boulevard principal. Beaucoup de place pour les piétons, une belle piste cyclable, beaucoup d’autobus. Et quelques voitures au milieu de tout ça. Le Pays Basque est impressionnant à ce niveau (l’Espagne en général, j’ai l’impression). Beaucoup de pistes cyclables, beaucoup de place pour les transports en commun… ça fait partie des petits détails que j’apprécie beaucoup. Je finis par arriver sur la grande immense plage de San Sebastian. Que dire… c’est une grande plage. On est dimanche. Y a beaucoup de monde. Et moi je pars explorer. Et je marche. Et je marche encore.

    Une première constatation rapide : je suis évidemment conscient d’être en bord de mer, en centre-ville. Mais ça claque quand même beaucoup au niveau des bâtiments et des façades. Même dans les rues en s’éloignant un peu, les bâtiments restent quand même très classieux. Très impressionnants. Presque un peu trop à la longue. Même si je fais des milliers (au moins) de photos de façades, parce que j’aime ça les façades.

    Et il y a énormément de monde. Très vite, je comprends pourquoi. Nous sommes le dimanche 9 août. La veille, samedi 8 août donc, c’était le lancement de la « Semana Grande » de San Sebastian. Une grande semaine de festivité, avec des concerts un peu partout en ville (je vois des scènes se faire installer en plusieurs endroits), des feux d’artifice à tous les soirs (je note ! ) et trois jours avec « des taureaux dans la ville ». Pour cet aspect là, heureusement, je serai reparti depuis longtemps. Déjà que la ville parait très touristique, avec ce programme de réjouissances, je comprends que ça déborde de camping-car à tous les coins de rue !

    J’ai l’impression qu’il y a autant de locaux que de touristes dans les rues. Ça parle dans tous les sens. Les terrasses des bars débordent : ici, les gens prennent systématiquement un petit truc à grignoter avec leur verre. Les bars sont plein de gens debout qui mangent, boivent, et parlent. Ça déborde dans la rue dans tous les sens. J’ai faim, mais j’ai pas envie de m’entasser avec autant de gens pour manger. J’ai envie d’être un peu au calme. À la place, je continue de déambuler dans l’immense foule.

    À force de marcher et de marcher encore, après mes balades de la veille et du matin, je commence à avoir mal aux jambes. Je m’assoie le temps de manger un kebab sur le pouce (et oui, c’est aussi pratique en Espagne qu’en France). Puis je retourne marcher encore. Mon sac commence à peser un peu sur mes épaules. Faut dire qu’en plus de mon matériel photo, j’ai pris mon ordinateur. J’aimerai bien avoir un peu de temps pour me poser quelque part, pour écrire. Et pour lui recharger ses batteries qui sont mourantes… et qui ne tiennent vraiment pas beaucoup. Mais je ne trouve aucun lieu inspirant.

    Je me lance dans un nouveau tour, en suivant la balade au pied de la falaise au bord de l’océan. Une foire s’est installée ici. Je regarde tous ces manèges qui, une fois repliés, tiennent sur de simples camions. Ça a un côté inspirant… des maisons repliables pour prendre moins de place… mais bon, en bois, ça commence à être compliqué à gérer !

    Je reviens sur le port. Une scène. Un test son. Un groupe de chanteureuses. Mais surtout, une grande banderole sur le mur qui me parle beaucoup (après avoir demandé l’aide à mon traducteur de poche, même si j’avais deviné un morceau) : « Gora j’ai herrikoi trans-feministak ».

    Dépendant de l’humeur, le traducteur me donne deux options possibles. « Debout les féministes trans » et « vive les festivals traditionnels trans féministes ». Tout ça sur fond de pirate. Je me renseigne un peu sur l’événement, sans vraiment être sûr de bien comprendre tout exactement. Mais en gros, c’est une fête où on célèbre le fait d’être pirate. Et donc, forcément, toutes les cultures alternatives sont probablement les bienvenus ! Si j’avais mon Chamion, je rentrerai chez moi, pour me reposer, travailler un peu sur mon ordi, me changer (mettre un t-shirt qui supporte les personnes trans) et je reviendrais. Mais dans ma boîte de conserve, je peux pas vraiment me reposer. Et je n’ai pas d’électricité pour travailler sur l’ordi. Alors à la place, je repars (encore !) marcher dans les rues de la ville, à la recherche d’un café où je pourrais me poser, et me brancher sur une prise électrique. Je finis par trouver, mais j’ai l’impression d’avoir fait cinq fois le tour de la ville à pied.

    Pendant que j’écris sagement sur mon blog, un magnifique orage éclate. Je regarde la grêle tomber pendant une petite minute avant de redevenir de la grosse pluie bien grasse. Puis le temps se calme. Je continue d’écrire. Dehors, je vois des flots de gens se diriger tous vers la même direction. J’aime ça les événements rassembleurs où on voit absolument tout le monde converger dans la joie et la bonne humeur.

    Au bout d’un moment, je me joins au cortège. Je retourne vers ma scène de concert pirate. J’arrive pour écouter la fin d’un groupe sympa. Puis j’attends. Et les gens que j’avais entendu répéter monte sur scène. Je ne connais absolument rien à la culture basque. Je n’ai donc aucune idée de si ce que je vois est une parodie, un délire, un délire parodique, une parodie de délire… je suis juste… bin je regarde quoi… de temps en temps, la pluie recommence. La foule se disperse pour se mettre à l’abri, puis se regroupe à nouveau. Moi, je profite de mon objectif super méga zoom pour faire des photos. Y compris du BBB !

    Le concert n’est pas encore fini, mais l’heure avance, et je veux aller regarder le feu d’artifice. Je m’installe contre le petit muret, sort mon appareil photo, mais tout ça, vous le savez déjà !

    Ce qui, après un début de nuit particulièrement bruyant (ça résonne bien les grosses gouttes de pluie sur une boîte de conserve !), nous amène donc au lundi matin.

    Dans ma tête, initialement, je me projetais sur deux nuits à San Sebastian. En plus, avec les concerts et les feux d’artifice, ça me donnait envie de rester un peu pour en profiter. Mais en même temps, j’ai une éclipse qui approche bientôt, et encore des milliers de choses à voir. J’ai l’impression que la ville mérite d’être découverte et explorée. Pas visitée rapidement à l’arrache en ayant mal aux jambes. Je la note donc dans ma liste (déjà fort fort longue) de villes à approfondir. Mais quand même, avant de partir, je retourne vers la plage. Pour aller voir une sculpture que Aude m’avait recommandée, mais que je n’avais pas été voir la veille. Cette fois, je prends la rue parallèle à la grande artère, et je regrette de ne pas avoir fait de même la veille. Rue plus tranquille, vivantes, avec plein de gens et de petits commerces. Des panederias, des fruterias, plein de erias partout. Et des gens qui vivent, pas des touristes qui visitent. C’est quand même plus agréable !

    Je retrouve la plage, et cette fois, tourne à gauche. Pour aller voir une sculpture qui est supposée faire des sons et des sifflements avec les vagues. Mais il n’y a pas beaucoup de vent, ni de vague, alors je n’ai pas le droit aux sifflements. Mais c’est beau quand même. Il est tôt. C’est calme. J’apprécie ! Je prends mon temps, j’en profite.

    Et je rentre tranquillement, en passant par la même rue plus vivante (et beaucoup plus animée à cette heure-ci). J’en profite pour faire quelques courses pour pouvoir me faire des sandwichs pour quand j’aurai faim. Je suis de retour à la boîte de conserve. Je range mes affaires. Il est un peu après midi quand je décolle pour la suite du programme.

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