Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 10th, 2026
  • Après San Sebastian, mes projets commencent à devenir flous. C’est parce qu’au milieu de tout ça, je dois caser une éclipse, qui va se produire à 300 km d’ici. J’ai beau être sur le bon continent, dans le bon pays, je suis pas encore dans le bon secteur. Parce que oui, l’idée, c’est quand même d’en profiter au maximum. D’aller là où la zone de totalité dure plus longtemps. Au moins une minute trente de totale, ça me parait bien. 1m48 pour le maximum…

    Mon plan initial était très clair : je voulais voir l’éclipse dans les montagnes, dans les Picos de Europa. Et c’est là que j’avais réservé un camping. Enfin… que je pensais avoir réservé un camping. Sans aucune réservation, tout devient possible. Et l’idée de regarder une éclipse les pieds dans l’océan, ça me parle quand même pas mal… cette histoire me tracasse depuis un moment, et je n’arrive pas à me décider.

    À vrai dire, ça fait seulement cinq jours que je suis arrivé en Espagne, mais je suis déjà conscient depuis un moment que ce rythme de voyage ne me convient plus. Trop vite. Trop rapide. Combien de fois est-ce que je me suis surpris à penser “si j’étais avec le Chamion j’aurai arrêté ma journée ici”. Ça m’a pris beaucoup de temps, apprendre à ralentir. C’est loin d’être évident. Le temps est l’un des plus grand luxe que l’on peut posséder… Elle remonte à loin cette fois où j’ai dû conscientiser “j’ai pas besoin de rester sur l’autoroute. Je peux la quitter. J’ai tout mon temps”. Il m’a fallu trois mois environ, à bord du Pourquoi Pas, premier du nom, pour trouver ma vitesse. Maintenant que je la connais, ne reste plus qu’à la retrouver. Mais dans une camionnette de location avec un matelas gonflable jeté sur le sol et un billet d’avion dans deux semaines, ça n’est pas vraiment pareil.

    Le Chamion me manque. Le mode de vie qui va avec aussi. Prendre son temps, justement. Je n’ai jamais eu de vie aussi luxueuse qu’à bord du Chamion. Mais à quoi servent luxe et bonheur si on a personne avec qui les partager?

    Alors je déambule sur les routes du Pays Basque espagnol. J’ai quitté San Sébastian en demandant au GPS d’ignorer les autoroutes. Et quand il m’a dit qu’il avait trouvé un itinéraire plus rapide, je lui ai demandé de l’ignorer. Pour avancer lentement. Comme j’aime.

    Quand ça va trop vite, j’ai du mal à apprécier. À synthétiser. Je suis déjà sur l’émotion d’après, sur l’émerveillement suivant, alors que je n’ai pas encore fini de digérer l’émerveillement précédent. C’est l’une des raisons d’être de ce blog. En plus de me servir de mémoire externe et de me permettre de partager mes aventures avec les quelques personnes qui me suivent, il me sert aussi à me poser. Contempler. Assimiler. C’est pour ça que je n’aime pas être en retard sur l’écriture de mon blog. Pas parce que c’est important que vous soyez informé.e.s au quart de seconde de ce que je viens de visiter. Mais pour m’aider à traverser et ancrer mes expériences. Mes ressentis. Écrire me connecte avec le passé, le présent et le futur. Encore cette thématique récurrente des temporalités multiples. Et de moi qui refuse de me contenter du moment présent. Je veux vivre, revivre et anticiper ce que j’expérimente. C’est ainsi que je trouve ma plénitude. Dans le moment présent, dans l’écriture et dans la photo. Le bon équilibre des trois, c’est ma recette magique personnelle.

    Et donc, après San Sebastian, je n’ai pas voulu aller tout droit par l’autoroute jusqu’à Bilbao. J’ai voulu continuer de suivre la côte. Parce que je voulais prendre mon temps, profiter du paysage et parce que Aude m’avait fait deux recommandations. La plage de Mundaka et San Juan de Gaztelugatxe. Les deux ont l’air en effet assez magnifiques. Le deuxième est accessoirement apparu dans Game Of Thrones. Aussi, en personne organisée que je suis, j’ai décidé d’anticiper et de réserver à l’avance mon billet gratuit pour la visite du lendemain. Bon, prochain billet disponible : 31 août. C’est ça que ça fait d’apparaître dans Game Of Thrones. J’imagine que je regarderai depuis la route.

    Et donc je roule. Tranquillement. En suivant la côte. La route est absolument magnifique. Les paysages s’enchaînent et passent leur temps à changer. Au moindre mirador (point de vue, pardon) les parkings débordent de camping car. Quelques voitures se glissent au milieu. Dans les rues de San Sebastian, j’ai vu des affiches pour protester contre Airbnb. Comme dans toutes les grandes villes, les locations temporaires types vacances occupent de plus en plus de logement. Dans les lieux les plus sympas. Faisant fuir les habitants, exploser les loyers, plaisir à la crise du logement qui semble bien s’être internationalisée, et la fortune des déjà fortunés. Au moins, le camping car c’est un vacancier qui ne vient pas piquer l’appartement d’un local. Faut bien qu’il y ai du bon dans le camping cariste. J’ai l’impression qu’il pourrait y avoir de grandes réflexions philosophico profondes sur la question. Pas aujourd’hui. Pas pour moi.

    Je m’arrête de temps en temps, pour profiter du paysage. Me dégourdir les jambes. Prendre quelques photos. Puis je repars. Ce paysage est magnifique, mais en même temps, il ne m’inspire pas. Je crois que j’ai compris ce qui me dérange avec les routes côtières : on ne peut se déplacer que dans deux directions. Avec l’océan à main droite, ou à main gauche. Le paysage est beau, mais en partie coupé. C’est comme si ça n’était qu’un demi paysage. Qu’une demi expérience. Il y a là dedans quelque chose de frustrant / d’insatisfaisant.

    Dès qu’il y a un peu de place, une plage un peu grande, il y a une ville en arrière. Ça aussi c’est assez répétitif.

    Je finis par m’éloigner un peu de la côte, et repère soudain un panneau. Bosquet de Oma. Mais ça ressemble à un autre conseil que Aude m’a donné, alors je mets rapidement mon clignotant à gauche, et je profite que la voie est libre pour traverser (vous noterez que je suis un chauffeur prudent). Peu après, je suis sur un parking. Qui déborde de voitures et de campings car, comme d’habitude. Je me stationne. Les panneaux ne sont pas très clairs. Il y a deux choses à voir. Une grotte. Et la forêt. Ça donne l’impression que les deux départs sont dans la même direction. Je commence donc à monter tranquillement dans les arbres. Avant d’arriver à la grotte, et à un cul de sac.

    Petite balade très agréable. C’est beau, les arbres sont magnifiques, pas de regret. Je redescends. Reregarde les panneaux, fini par comprendre qu’il y a un deuxième départ pour la forêt. La forêt elle-même se trouve à 2.8 km. Ça prend une belle motivation. Mais je finis par me rendre !

    En fait, ce qui rend cette forêt unique, c’est qu’elle a été la cible d’un amateur de land art, qui y a passé beaucoup de temps à peindre les arbres, pour créer des jeux de perspective uniques. L’idée est sympa. Il me semble que ça serait un lieu à explorer dans le calme et le silence. Pas avec des enfants qui courent dans tous les sens en hurlant. Mais bon, on peut pas tout avoir et tout choisir. Je me promène quand même entre les arbres, attrapant des photos des différentes perspectives. Dire qu’à mon lycée, pour son inauguration, un artiste avait créé une magnifique « ligne rouge ». L’idée était très chouette. L’effet très sympa. Mais pour 360 000 francs de l’époque, ça n’incluait pas de la peinture de qualité. L’œuvre s’est dégradé super vite, et ça n’a jamais été repeinte…

    J’ai quand même les jambes un peu lourdes des deux dernières journées. Et ça rajoute quand même pas mal de marche, entre l’aller, la visite sur place et le retour. Mais je suis content de cette petite excursion. Je reprends la route en direction de Mundaka. C’est mon objectif pour la fin d’après midi. M’y arrêter. Et y trouver un parking horizontal pour la nuit. À ma grande surprise, je m’en sors pas si mal, et je trouve assez rapidement. Considérant que le village est super touristique, tout petit, et que donc tous les gens, y compris une partie des locaux, je pense, garent leurs véhicules en dehors de la ville. Mais j’ai mon spot, et ça me convient.

    La journée se termine tranquillement. Je descends visiter le village, me promener un peu, m’assoir sur un banc avec vue pour manger un sandwich avec vue, admirer l’eau, me promener encore un peu, admirer les falaises, en face. C’est beau !

    Et surtout, c’est vivant. Il y a des enfants qui jouent. Des jeunes qui discutent. Clairement des habitants. Malgré la quantité de touristes qu’il semble y avoir, le village a gardé son âme, et c’est quand même plutôt agréable !

    Je finis par remonter jusqu’à ma boîte de conserve, et m’installe pour la nuit. Le dernier train vient de passer. Le prochain sera à 6h du matin. Il ne me réveillera pas. Ça prend plus qu’un train pour me réveiller. Ce qui est assez pratique quand on dort sur des parkings !

    Laisser un commentaire