Aujourd’hui, au programme, j’ai une éclipse. Chouette programme, me direz-vous ! Mais bon, elle commence à 19h30, alors faut que je m’occupe un peu en attendant… suite à l’éclipse de 2024, qui avait eu lieu en milieu d’après midi, le gouvernement américain avait publié un chiffre sur les pertes représentées par la baisse de productivité due à l’éclipse. Il y a quelques semaines, le ministre de l’économie (ou du tourisme, je ne sais plus) espagnol a estimé les retombées économiques de l’éclipse 2026 à 1,5 milliards d’euros pour l’Espagne. Chacun sa façon de voir les choses j’imagine.
Bref, moi il faut que je m’occupe, mais ça ne sera pas de façon productive. Je vais plutôt aller marcher dans les bois. Enfin dans la montagne. J’ai repéré une chouette balade. Qui part juste de l’autre côté du pont. Pas besoin de quitter Riaño donc. C’est le but. Je ne sais pas à quoi ça va ressembler ce soir, et je veux garder mon spot horizontal et confortable. Je pars donc marcher. J’ai quand même remarqué qu’il y avait plusieurs balades dans le secteur. Et que comme j’avais tout mon temps, il n’était pas impossible que j’allonge la promenade initiale. Dans le doute, je suis donc parti avec mes 3 litres d’eau et de quoi grignoter au cas où.
Je dors plutôt bien dans ma boîte de conserve, même si j’ai été réveillé par le froid cette nuit. Oui oui, vous avez bien lu. Je grille dans la journée, je suis congelé pendant la nuit. C’est pas top d’un point de vue conservation ! Mais comme je dors pas trop mal, il est passé 11h quand je commence à marcher.
La traversée du pont en soit est déjà une belle aventure. Petite traversée du village en prime, puis 800 m de pont avec cette vue toujours aussi magnifiquement majestueuse.
N’est-ce pas que c’est beau ?
De l’autre côté du pont, un parking (et des campings car – un jour je me mettrai d’accord avec moi-même sur comment que ça s’accorde au pluriel ce foutu mot composé ; qui de ma tata ou de ma maman sera la plus rapide à m’expliquer ? et m’en souviendrais-je !) et un départ de balade. Que j’emprunte. On marche un peu à plat. Puis on continue, à plat. En suivant le bord du lac. C’est agréable. Même s’il fait 4000 degrés et que le soleil est en forme (tant mieux, il a besoin de forces pour ce soir !).
On finit par faire le tour de la montagne et à se retrouver sous les arbres. Tant mieux, parce qu’à partir de là, ça commence à monter !
Et ça se prête bien au panoramique ce genre de paysage.
Vraiment bien !
Les arbres sont absolument magnifiques. La forêt est agréable. Le rythme de grimpe est raisonnable, mais ça se raidifie tranquillement. Petit détour par La cueva de la veilla del monte (la grotte de la vieille de la montagne, si jamais vous ne l’aviez pas). Une figure traditionnelle léonaise (je suis dans la région Leon y Castilla). De temps en temps, elle sort distribuer du pain aux gens qui travaillent dans la montagne. Et à Noël, elle distribue des fruits aux enfants des villages environnants. Sympa la vieille ! Surprenant, par contre, sa grotte : on dirait clairement un tunnel creusé artificiellement, qui s’arrête d’un coup. Creusé quand, par qui, pour quoi ? Sans doute des ami.e.s de la vieille de la montagne, qui ne voulaient pas qu’elle ai froid la nuit !
Après la grotte, la grimpette devient vraiment muy seriosa. Par contre, les arbres sont absolument superbes, alors j’ai plein d’excuses pour faire des micro pauses. Mais je suis quand même bien content d’arriver au sommet de ce (premier…) raidillon. De là, le chemin continue un peu plus à l’horizontal. Au loin, une petite mini prairie fort sympathique. Et le chemin qui redescend. Si j’ai envie de faire la version courte. Mais en même temps, à droite, il y a cette magnifique ouverture entre les deux montagnes. Et je me dis que ça peut être assez jolie, la vue, de là-haut ? Et puis j’ai prévu le coup : j’ai des provisions ! Pis ça n’est pas si loin. J’estime la grimpette à une soixantaine de mètres. Des vrais mètres qui se méritent, on est d’accord !
Je croise plusieurs personnes qui descendent. Plusieurs personnes qui glissent. En même temps, ce n’est pas une ascension basket… enfin, moi mes chaussures neuves (que j’ai choisi volontairement dans la catégorie « accroche » plutôt que « confort ») bin elles accrochent bien !
Ça tire un peu sur les jambes. Mais ça monte vite. Et bien. Et j’arrive en haut, entre ces deux montagnes. Et en effet, c’est beau. C’est très beau !
Oh, un panoramique !
Et puis il y a le chemin, qui continue vers la gauche. Vers le sommet. Je vois quelques personnes qui montent, de loin. C’est impressionnant. Pas d’escalade, mais du 4 pattes par moment à prévoir. J’hésite un peu. J’ai les jambes un peu lourdes. Mais ça a l’air beau. J’ai envie de tenter. Mon appli de balade me rassure : c’est juste un peu plus de 200 mètres de dénivelé en plus. Je n’en ai que 600 dans les jambes. Ça va le faire !
Et c’est parti ! Le gros avantage des montées raides comme ça, c’est que ça monte vite ! Le gros désavantage des montées raides comme ça, bin c’est que ça monte vite ! Mais en prenant son temps, en admirant le paysage, en s’émerveillant tous les trois pas, ça se passe quand même plutôt bien.
Quand j’arrive au bout de ce que je pensais être le dernier raidillon et que je découvre qu’il y en a un autre encore pire, je le prends un peu mal. Mais je ne suis plus à ça prêt rendu là. Je suis fatigué, mais c’est une fatigue normale. Pas d’épuisement. Je me connais, je connais mon rythme. J’ai fait suffisamment de grimpette dans le genre depuis le temps. Je sais que j’arriverai en haut.
Et j’arrive enfin au bout du dernier rai… ahem. Bon, d’accord, de l’avant dernier. Mais celui-ci, le dernier, ça va. C’est juste un petit clin d’oeil final pour rire une dernière fois avec la montagne. Et en effet, peu de temps après, j’atteints le sommet. Et punaise que c’est beau d’être joli et magnifique et émerveillant et merveilleux et superbe. Que j’aime me casser les jambes pour ce genre de paysage !!!
Bon, d’accord, c’est drôle de tout repérer avec le téléobjectif (y compris le Pico Yoras aka Pico Burin) mais c’est sympa aussi de faire un petit panoramique, non ?
Et de l’autre côté ? (oh ! on voit le pont !)
Nous ne sommes pas beaucoup au sommet. Un couple d’espagnol, qui me remercie beaucoup d’avoir accepté de prendre une photo d’eux, et qui vont se poser en discutant calmement et en admirant le paysage ; beaucoup beaucoup de petites mouches, et un couple de français qui commencent à râler contre les mouches à peine arrivé. Je ne resterai pas très longtemps. J’évite les longues pauses en randonnée. C’est ce qui me casse le plus les jambes. Mais pendant le peu de temps que je resterai en haut, iels ne feront que râler contre les mouches. C’est pas ma faute, c’est la faute à mon biais de confirmation !
Et donc, j’attaque la redescente. Tranquillement, joyeusement, le cœur léger, et le pied sûr. Avant, j’aimais pas les aller-retour. Je continue de préférer les boucles, mais je me suis habitué aux allers-retours. Au fait que l’on redécouvre un paysage différent dans l’autre sens, après la perspective du sommet qui est venu changer notre façon de voir les choses. Et en vrai, c’est plutôt fun !
En descendant, je croise à plusieurs reprises des groupes avec de quoi bivouaquer sur les sacs à dos. Je m’étais posé la question. C’était même mon plan initial : éclipse + bivouac. Aller me poser en montagne pour avoir une vue unique. Et je pense que l’expérience peut-être vraiment superbe. Mais au final, je me suis rabattu sur une option plus simple. Il faudra que je fasse une pesée au retour, mais je pense que mon matériel photo « de base » pour faire des photos d’éclipse, je dois être entre 8 et 10 kilos… alors en bivouac, c’est quand même compliqué… je ne suis donc pas jaloux, même si je pense qu’iels vont vivre une expérience absolument unique. Moi, je continue de descendre et de griller au soleil.
Le retour sur le plat, après des gros dénivelés et des balades super raides, ça fait toujours un peu étrange. Retrouver une façon normale de marcher, de poser le pied. Le ciel est sympa, il a ajouté quelques nuages. Tant mieux, d’un côté, parce que même si je n’ai pas de coup de soleil, j’ai quand même chaud. Ceci dit, les nuages, ça serait sympa qu’ils ne s’éternisent pas trop. Mais normalement, d’après les prévisions météos, tout est beau. Donc je ne m’inquiète pas. Et j’avoue que pour la traversée du pont, je ne suis pas mécontent d’avoir des mini moments où le soleil est caché.
J’arrive finalement dans le village. Il est 16h30. Longue marche ! Pas mécontent d’être de retour.
Je viens tout juste de finir mes trois litres d’eau. Faut dire qu’entre le soleil et le dénivelé, y a de quoi attraper soif !
Il commence aussi à être temps de prendre mon petit déjeuner. Comme d’habitude, je n’ai toujours pas mangé. Je ne me force pas. C’est pas un défi, ou quoi que ce soit. Je fais juste écouter si j’ai faim ou pas. Il y a quelque chose de tellement agréable de pouvoir manger simplement quand on en a envie… de commencer à sentir la faim, à un moment et de savoir que bientôt, on va manger… simplement profiter de ces petites choses fort simples !
Surtout quand on sait que dans le village, il y a quelques petites boutiques qui vendent de la nourriture fort inspirante. Bon, okay, horaire espagnole, elles sont toutes fermées, sauf une. Je m’achète donc du pain, pour finir mon fromage et un chorizo, pour finir mon pain. Pis un magnifique muffin au chocolat qui me fait saliver. Les pêches sont un vraies délices après cette balade… c’est l’autre avantage de manger quand on a faim après un effort pareil. Tout est tellement absolument délicieux !
Et puis je m’en reviens à ma maison. Les jambes un peu lourdes, mais heureux. Il me reste du temps à tuer. J’en passe une partie allongée dans ma boîte de conserve, les jambes étendues. Ça leur fait du bien ! Je continue de boire, beaucoup. Okay, mon cerveau a peut être un peu grillé. Note à moi même : t-shirt sur la tête à partir de maintenant pour toutes les balades. Y compris ce soir, vu que l’idée ça va être… d’être en plein soleil.
Il est 18h45. Je vais m’installer au spot que j’ai repéré la veille. Un abruti a garé son van à cet endroit, mais je m’en fous. Je suis pas le seul à m’en foutre : un couple d’espagnol s’est installé avec leurs chaises. Je me mets un peu à l’écart. Exactement là où je voulais. Petit à petit, des gens s’installent, tout le long de la route, au dessus du lac. Les nuages sont là, très présents. Je suis confiant, ça va se dégager. On va rater le début de l’éclipse, mais ça n’est pas le plus impressionnant. Et petit à petit, les choses se mettent en place. De temps en temps, on distingue le soleil entre les nuages. Les gens rigolent, les gens crient un peu, applaudissent. Ça fait du bien, cette communion générale pour un phénomène naturel… que les gens puissent encore s’émerveiller devant ça.
Je suis assis dans l’herbe,l’appareil photo sur les genoux. Je ne regarde jamais directement dans le viseur. Je vise avec l’écran. Mon capteur va sûrement souffrir un peu. Pas grave, il a l’habitude. Il n’en ai pas à sa première éclipse. Par contre, mon 150-500, lui, c’est sa première. Et je suis tellement heureux de l’avoir avec moi… le 50-200, c’était bien… mais 500…
Et puis les nuages s’écartent, alors que la totalité arrive. Juste à temps, pour qu’on puisse vraiment en profiter. La nuit tombe. Je m’émerveille, tout en faisant tout plein de photos. Ajuster les réglages, admirer, m’émerveiller, réfléchir, calculer… j’ai une minute et trente secondes… j’ai l’impression que ça en dure beaucoup plus. C’est superbe…
Puis le soleil revient. Lentement. La lumière réapparaît. Les gens crient, s’exclament, applaudissent. Mon émerveillement est silencieux, comme d’habitude. Des gens s’en vont déjà… pas beaucoup. La plupart reste. Moi aussi. Je regarde le soleil continuer de descendre. Une éclipse qui disparaît derrière les montagnes, ça aussi c’est assez unique quand même !
Le soleil est parti. Il n’y a plus grand monde. Je continue d’admirer ce paysage, spectaculaire même sans soleil. Je suis heureux. Je suis bien. Je reste un long moment. Avant de me redresser difficilement, pour retourner dans ma boîte. La journée a été longue et intense. Je crois que j’ai besoin d’une petite pause !













Des camping cars : il y a plusieurs cars mais ils font tous le même camping.
J’ai gagné la course avec Kaly !
À part ça quelle superbe région : on en reste pantois.
Ouaiye…
Un camping-car c’est un “car” qui sert à faire du camping. Il y a DES cars et l’activité c’est DU camping et non pas DES campings even if you jump from un terrain de camping à un autre et ping et pang.
Je l’ai vérifié sur le ouaibe, mais je l’avais bien vu comme ça.
Te voilà prêt à écrire et écrire sans fin sur les camping-cars, au moment où, suppose-je, tu ne vas plus en voir beaucoup.
À moins que les camings-cars ne volent ?