Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionDecember 18th, 2019
  • Je suis donc redescendu de mes montagnes… et j’ai ressombré dans les joies de la routine. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas joué à la routine du 9 à 5 (9h30-17h30 pour être exact) et des fins de semaines de deux jours… cela faisait longtemps, mais j’avais bien envie de réexpérimenter la chose à nouveau. Par curiosité.

    Il y a quand même quelque chose d’agréable à se poser devant un écran d’ordinateur pour travailler / créer. C’est quand même moins fatigant que passer ses soirées à courir dans des supermarchés, à gérer/former des groupes d’inventoristes. Ou de manager un hôtel qu’on ne quitte jamais vraiment complètement, vu que l’on dort sur place, et que l’on mange avec les clients… alors oui, être simplement assis à bouger une souris devant un écran, avec un horaire garanti et fixe, et une paie confortable… c’est confortable.

    Mais la routine, ca vient quand même tuer un peu l’imagination je trouve… heureusement, la créativité survit un peu quand même. C’eut été dommage pour un travail de créatif… finalement, ce qui vient rompre un peu la routine, c’est de ne pas savoir où je vais dormir. Enfin non, je dors dans ma maison. Mais où va être ma maison pendant que je dormirai dedans ? Mon premier réflexe a été le même que sur Nantes. Chercher un terrain, contacter des gens, et me dire que je ne serai de toutes façons pas en centre-ville. Mais quand j’ai vu les tarifs que l’on me proposait (à partir de 350€ par mois, jusqu’à 2000 -oui oui, 2000) juste pour avoir le droit de garer ma maison, sans aucun service, j’ai abandonné cette idée. Et j’ai décidé d’en expérimenter une autre : me garer en ville. Après tout, à Nantes j’ai découvert (sur le trop tard) le parking de l’hypodrôme, où les camions sont tolérés (tant qu’il n’y a pas de courses). Je n’ai pas trouvé de lieux équivalents sur Lyon. Mais en explorant un peu, en me renseignant, en regardant sur Google Map et en me baladant en ville, j’ai fini par repérer un certains nombre d’endroits pouvant convenir. Après tout, je n’avais besoin que de 9 semaines de parking…

    Je me suis installé sur un parking de cimetière. Un bus direct pour rejoindre le métro et le boulot. Une piste cyclable, aussi, qui faisait tout aussi bien l’affaire (pour fêter mon retour à la vie urbaine, j’ai emprunté un vélo à mes parents – c’est quand même le moyen de transport optimal pour se déplacer en ville – confirmé, vu qu’au final j’ai fait pas loin de 500 kilomètres avec).

    Et le temps a passé. Un peu créatif, donc, peu inspirant. L’occasion de faire quelques excursions en dehors de Lyon aussi. Par exemple, pour aller faire un tour au festival « le chant des pierres », dans les monts du Lyonnais. Je ne sors pas beaucoup ma maison en festival. Ou plutôt, je n’ai pas fait beaucoup de festival depuis que j’ai ma maison. C’est déjà difficile de passer inaperçu à une pompe à essence, alors sur un parking de festival, je vous dis pas… bref, un petit festival pour terminer un été (oui, fin septembre, c’est encore l’été) qui sinon, aurait été… sans festival ? Une première depuis… depuis le dernier millnéaire, je crois bien. Mais bon, l’honneur est sauf, donc, alors que nous passons un week-end assez sympa, à écouter tout plein de musiques, sous des chapiteaux, dans une ambiance alcoolisée… mais bon enfant. Ouf ! Occasion, aussi, alors qu’une amie de Gaëlle nous rejoint, de tester la nuit à trois dans le chamion. Un lit simple en haut, un lit double en bas, ça fait du monde, mais ça tient !

    Et puis il y a aussi le petit monde des micro-maisons. Parce qu’il n’est pas beaucoup plus grand que les habitations des gens qui le composent. Alors quand au détour d’une publication Facebook de Nath, j’ai entendu parler de la matériaufête, organisé par une matériauthèque -une asso qui récupère des matériaux pour leur redonner une seconde vie, et qui parallèlement héberge des autoconstructeurs de micro-maisons, je me suis dit qu’un week-end à Valence pour faire la fête avec le Chamion, c’était une bonne idée !

    Forcément, en Chamion, dès que c’est à plus de dix kilomètres, ça devient une vraie expédition. Donc départ le vendredi – avec nuit à mi-chemin, hey c’est loin de Lyon Valence !, à côté d’un verger de noyers et glanage de noix le matin au réveil – pour arriver le samedi un peu tôt. Et avoir plusieurs personnes -dont Nath- qui nous saute dessus. « Hey, mais c’est trop bien ton chamion, il faut pas que tu restes sur le parking, faut que les gens puissent le voir, attend, on te fait une place ». Alors voilà. Encore mieux qu’un concert à domicile, amener son domicile jusqu’au concert ! Parce que de là où il était garé le Chamion, on pouvait voir le chapiteau, et entendre la musique ! Au programme du festival : visite de micros-maisons en construction (5 ou 6 sur le site, j’ai perdu le compte). C’est sympa, ça permet d’en voir à différents états d’avancement. Et d’être surpris, encore une fois, de voir à quel point c’est grand (bin oui, ils ont trois fois, voir quatre fois ma surface, alors bon !). Et du coup, visite du Chamion aussi pour les gens intéressés / intrigués. Et une soirée particulièrement sympa, dans une ambiance des plus festives. Rendez-vous est pris : si je suis dans les environs l’année prochaine à la bonne date, je viens leur raconter des histoires à ces glaneurs de matériaux !

    Et puis l’ellipse temporelle c’est trouvé rallongée. Le contrat qui ne devait durer que deux mois a été prolongé de un mois – jusque fin novembre. Ce qui compliquait un peu mes plans logements : jusqu’à présent, squatter mon parking de cimetière n’avait pas posé le moindre problème. Mais je me dis que pour la toussaint, ça risque d’être une autre histoire. Confirmé par des panneaux qui apparaissent dans la rue du cimetière, mentionnant l’interdiction de stationné, et un petit mot signé de la police municipale me demandant de bouger prochainement mon véhicule. Ce que je ferai donc sans vraiment que ce soit un soucis, vu que j’avais anticiper le mouvement. Mon boulot ayant la bonne idée d’être située dans une rue très large où il est possible de se garer en épis (beaucoup plus pratique quand on est long comme moi) et où personne ou presque ne se gare le week-end, je viens donc squatter une semaine dans la dîtes rue. Mais pas plus, car cette même dîtes rue est extrêmement bruyante : à côté d’un centre d’entretien des bus de la ville, piste d’accélération préférée des poids lourds du coin (qui immanquablement s’explose dans un des nids de poule de la rue qui les fait vibrer de quoi vous faire sauter 5 pieds dans les airs). Retour à mon cimetière… avec une erreur de débutant : si ma culture religieuse (merci papa, merci maman) est développée au point de savoir qu’un parking de cimetière c’est bien achalandé la semaine d’avant la toussaint, ma culture citoyenne (merci papa, merci maman) fait que je pense que le 11 novembre, c’est juste au monument aux morts que ça se passe. Bon, en même temps, un bref instant de réflexion m’aurait permis de réaliser que la plupart des gens impliqués dans la guerre de 14-18 doivent remplir des cimetières aujourd’hui. Bref, pas moyen de faire une grasse matinée un 11 novembre sur un parking de cimetière alors que c’est un jour férié. C’est scandaleux ! ça, plus un enterrement trois jours plus tard, et je me retrouve avec un deuxième petit mot de la police municipale sur le pare brise. Décidément, me reste plus que trois semaines à tenir, ils auraient pu faire un effort !

    Alors oui, un habile mathématicien serait perplexe en lisant trois semaines à tenir, alors que nous sommes le 15 novembre, et que mon contrat finit le 30 novembre. C’est parce qu’entre temps (tadah !) je me suis décroché un autre CDD d’une semaine : agent d’accueil pour la fête des lumières ! Donc je reste dix jours de plus.

    Outre le fait que je ne peux plus vraiment rester à mon cimetière préféré, les nuits commencent à refroidir drastiquement elle aussi ! À la base, moi je pensais être en Espagne à la mi octobre. Pas sur Lyon à la mi novembre. Côté température, c’est plus tout à fait pareil… enfin, je retourne dans ma rue super bruyante, je me débrouillerai…

    Le contrat se termine. J’en profite, j’ai fait un autre repérage, je vais garer mon chamion… sur les quais de Saône ! Et oui, il y a une partie des quais où on peut se stationner gratuitement. Et où le chamion passe (la manoeuvre est un peu serrée, mais avec Gaëlle en copilote extérieur, ça se fait sans problème). Et y a pas à dire, le chamion sur les berges de Saône avec vue sur Fourvière, c’est la classe !

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    C’eut pu être simple, et c’eut pu se terminer là… si la météo du mois de novembre n’avait pas été aussi catastrophique… Saône en crue, chamion pas amphibie, je redéménage…

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    Retour une semaine sur mon cimetière. Avec un petit mot sur le pare-brise « chère police municipale, je bosse pour la ville moi aussi, soyez gentil ». Je me dis que dans le pire des cas, je me prends une amende pour stationnement gênant. J’aurais payé 67 euros pour stationner le chamion trois mois à Lyon, c’est moins pire que les 2000 que d’autres demandaient !

    Mais on ne me dit plus rien pour le Chamion. La fête des lumières se passe. Je profite de l’événement en faisant abstraction de l’omniprésence policière… militaires sur les ponts, snipers sur les toits de l’hôtel de ville (si si) CRS dans les rues… j’ai de moins en moins l’impression de vivre dans une démocratie et de plus en plus l’impression de vivre dans un état policier… je n’ai jamais vu autant de militaires dans les rues qu’en France. Pourtant, dans ma liste de destinations, on trouve Singapour (le jour de la fête nationale), l’Indonésie, le Mexique et le Guatemala. Même les États-Unis, que nombre de français considèrent comme des fous psychopathes passionnés par les militaires… bref…

    J’ai survécu à la routine, j’ai survécu au froid, j’ai survécu à l’occupation militaire de Lyon et à la fête des lumières… je suis prêt à partir pour le sud !

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