Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionDecember 20th, 2019
  • Le départ a donc été fixé au 19 novembre. Quelques petits ajustements avant le départ, et une petite finalisation administrative :  obtenir l’homologation VASP – camping-car. Parce que non, en effet, la saga n’était toujours pas terminée. Alors que je pensai en avoir fini avec les ajustements à faire au Chamion, une deuxième personne est apparue dans la gestion du dossier, ajoutant quelques demandes supplémentaire. Mais finalement… oui, finalement… j’ai enfin eu la confirmation que c’était bon. Que le dossier était complet. Que tout était parfait. Que mon Chamion était un camping-car comme les autres. Oui… euh… bon… presque comme les autres. La Poste faisant bien les choses, confirmation téléphonique le 18, confirmation papier le 19. Petit papier attestant que la cellule du véhicule est conforme et homologuée. Après tout, c’est toujours plus agréable de l’avoir avant de partir.

    Mais du coup, pourquoi me compliquer la vie avec cette homologation (et investir un peu plus de 400 euros dans la paperasserie) ? Parce qu’après tout, la maison étant déposable, elle peut très bien être considérée comme un chargement. El Chamion respecte donc sa carte grise initiale de transporteur de cargaison -le gars chez qui j’ai passé le contrôle technique me l’a d’ailleurs confirmé. La raison est simple : question d’assurance. El Chamion est désormais assuré de la tête au pied. Non seulement en tant que véhicule (en cas d’accident, que je ne me souhaite évidemment pas, ce n’est pas juste le véhicule, mais aussi la cellule qui sera dédommagée). Mais aussi en tant qu’habitation : j’ai désormais une assurance contre le vol, les dégâts des eaux, les incendies, etc… et aussi responsabilité civile (bin oui, faut pas l’oublier celle là !). Bref, un contrat pour les gouverner tous et dans les ténèbres les liés. Non, je m’égare. Bref, voilà. Je suis officiellement camping-cariste, je suis assuré, et je pars pour le sud. Puisque beaucoup me demandent où je vais, j’en suis arrivé à une réponse qui me convient : dans un premier temps, Valencia. Et de là, on verra. Si je m’y plais, qu’il fait chaud et que je trouve un boulot qui m’inspire, je reste. Sinon, je continue. Soit en suivant la côte, soit en rentrant dans les terres. Valencia, c’est là où se termine la petite ligne rouge de mes maigres explorations espagnoles. Il est donc normal de repartir de là, non ?

    Le premier après-midi sur la route se passe sans la moindre once de particularité. Je suis en région connue, il pleut un peu, je roule sans me poser de question. Assez vite je décide de l’objectif de la journée : une aire de camping-car où on avait fait le plein d’eau après les festivités de la matériauthèque. Un parking sans particularité, si ce n’est d’être un peu à l’écart de la route. Pour cette première nuit sur la route, je n’en demande pas plus.

    Et par contre, pas très bien abrité du vent. Parce que oui, du vent il y en aura pendant la nuit. Des rafales à 80, 90… peut-être même un peu plus encore… J’essaie de caler le chamion un peu à l’abris d’un bâtiment, mais ça souffle en rafale dans tous les sens. Et ça secoue beaucoup. Je me déciderai finalement vers 3h du matin à bouger le chamion une fois pour toute. Je quitte mon parking ouvert à tout vent, pour aller m’installer dans le village juste à côté où  je trouve un très joli mur, bien haut. Je me gare tout contre. Que c’est reposant !

    Le village est assez joli. Il y a une jolie tour médiévale, une boulangerie… je fini par m’endormir, en pensant à mon lendemain. Réveil tranquille, déambuler dans les deux rues du village en regardant les vieux bâtiments et en mangeant un pain au chocolat. Programme annulé le lendemain, pour cause de fortes pluies. Pas très grave, je reprends la route.

    J’avance en attendant que la pluie se calme un peu. Fais une pause à Montélimar le temps d’un buffet à volonté puis repars. Il ne pleut plus. Je n’ai pas d’objectif particulier à atteindre ce soir. Mais à plusieurs reprises, les panneaux indiquant « Pont du Gard » me font hésiter… jusqu’à ce que finalement je me décide à consulter mon site internet de référence quand je suis sur la route : Park4night. C’est simple, vous dîtes où vous êtes, et le site vous indique tous les endroits où vous pouvez passer la nuit en camping-car ou en van. Gratuit, payant, avec ou sans service… bref, l’arme préférée du camping-cariste sur la route ! Il me propose justement un petit coin perdu au milieu de nul part, super tranquille, d’où il est possible d’aller voir le pont à pied (donc gratuitement, sans avoir à payer le parking). Adjugé vendu.

    Et puis j’arrive à un rond point. Contrôle de police en cours. Je sais déjà ce qui va se passer. Et en effet, ça ne manque pas : un gendarme me fait signe de m’arrêter.
    – Permis de conduire et papiers du véhicule s’il vous plait.

    J’obtempère. Sans oublier de mentionner en lui donnant le papier magique « ça c’est la confirmation de la RTI. C’est la preuve que le véhicule est bien homologué camping-car en attendant le changement de la carte grise ». Le monsieur prend un moment à regarder le tout. Avant de me rendre l’ensemble des papiers. Tout est en règle. Je peux circuler. Bon, j’avoue, c’était l’autre raison pour laquelle je voulais l’homologation. Pour simplifier les contrôles de police. Même si j’ai le droit de rouler sans homologation, leur tendre un papier qui leur dit « ouais, tu m’as arrêté parce que mon véhicule il a l’air bizarre et bin c’est pas grave, je circule en toute légalité, j’ai fait tout comme il faut » ça a quand même un petit côté jubilatoire. Surtout quand je me rappelle mon tout premier contrôle avec la première maison, où le gendarme m’expliquait que c’était n’importe quoi mon véhicule, que j’étais dangereux, que j’allais tuer quelqu’un et finir en prison (en le répétant plusieurs fois pour bien insister) ne me laissant partir qu’à contre coeur (le test salivaire négatif a du profondément le décevoir).

    Et je suis allé me garer dans la cambrousse perdue, pas loin du Pont du Gard.

    Donc bon, forcément, le Pont du Gard, on connait, on en a vu des photos, et je pense bien lui avoir rendu visite il y a plus ou moins trois décennies de cela… mais il était sur ma route, et j’avais bien envie de le revoir. Par curiosité.

    Ce qui est bien, en étant garé un peu à l’écart, c’est que l’on ne tombe pas directement dessus. Il n’apparait pas non plus comme ça, soudainement, au travers du pare-brise dans un anachronisme assez déstabilisant (j’avais été très perturbé de voir le Colisée de Rome depuis la fenêtre du tram qui passait juste à son pied…). Et puis on peut aussi découvrir les environs. Parce que le site du Pont du Gard devrait plutôt s’appeler « Pont du Gard et tonnes de ruines d’aqueducs dans les environs ». Après un premier tour rapide sur le site à la nuit tombante, en profitant des lieux pour moi tout seul, je suis rentré me poser tranquillement chez moi. Pour mieux revenir le lendemain, avec un grand ciel bleu !

    Donc en arrivant du plateau surplombant le Gardon sur la rive gauche, on commence par découvrir un joli vestige de l’ancien aqueduc. Le genre de vestige qui, s’il n’y avait pas un pont gigantesque à côté, serait sans doute mieux mis en valeur.

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    Et surtout, on arrive sur le pont par en haut. En fait, le point de vue m’a donné l’impression d’arriver sur un temple à Bali ou à Lombok.

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    Et du coup, j’en ai profité pour faire le tour du pont sous tous les points de vue. Parce qu’il est beau quand même !

    Et puis même s’il fait beau et qu’on est bien au soleil, un vendredi 20 décembre, les lieux sont quand même plutôt tranquilles. Je n’ai pas le pont pour moi tout seul contrairement à la veille en fin de journée, mais presque. Et comme j’ai le temps, que je n’ai aucune raison d’être pressé, et que les environs sont jolis, je pars me balader un peu, pour explorer le reste du site, à savoir les ruines du reste de l’aqueduc, que je suivrai sur la rive droite pendant un moment avant de faire demi tour, profitant dans le même temps d’un point de vue plus lointain sur le pont.

    Et c’est quand même un peu dommage que seul le pont ait le droit à autant d’intérêt de la part des visiteurs. Parce que si c’est en effet un monument magnifique, c’est loin d’être l’entièreté de la folie de ses concepteurs. L’aqueduc complet n’est qu’un enchaînement de tranchées, de conduites, de surélévations, d’autres petits ponts… une masse de travail colossale. Difficile a vraiment visualiser dans son ensemble à vrai dire…

    Vestiges de civilisations passées… les civilisations naissent, grandissent et puis s’effondrent un jour ou l’autre. Tel est l’ordre des choses. Un jour notre civilisation s’effondrera à son tour… prochainement pour certains colapsologues. Dans un futur tellement lointain que ça n’a pas d’importance pour beaucoup de politiciens. Quelque part entre les deux selon moi… Les pyramides d’Egypte (et celles des incas et des mayas), la grande muraille de chine, le Parthenon, le Colisée, le Pont du Gard… des vestiges qui ont traversé les millénaires. En souffrant parfois un peu, en étant un peu réparé de bric et de broc… mais qui sont toujours là aujourd’hui. Que restera-t-il des grandes constructions du capitalisme occidental ? Le béton a quand même une espérance de vie limitée… combien de siècles tiendront ces tours qui viennent chatouiller les nuages ? Dans deux millénaires, que retrouvera la civilisation qui aura succédé à la notre en cherchant dans nos vestiges ? Plastique et déchets nucléaires ? Après tout, c’est ce que nous produisons de plus « durable » à l’heure actuelle… nous verrons. Enfin non… ils verront…

    Je décide de revenir tranquillement jusqu’à ma maison, pour reprendre un peu la route. Sur le chemin du retour, je me laisse tenter par un autre petit détour. Après avoir suivi l’aqueduc rive droite, il me parait quand même être la moindre des choses de suivre un peu les vestiges de la rive gauche aussi. Je m’offre donc un joli petit détour, suivant là encore les restes de ce projet tout de même un peu fou… comment a-t-il été accueilli à l’époque ? Visionnaire ? Ou complètement dément ? La marge entre les deux est souvent bien maigre…

    De retour à la maison, je reprends la route. Petite escale chez Biocoop (une vendeuse me complimente pour ma jolie maison) où je fais les stocks de produits secs. Au moins, je sais que je n’ai plus à m’inquiéter pour la nourriture avant un bon moment. Des produits frais de temps en temps pour compléter, mais j’ai de quoi tenir un siège (même si, il est vrai, El Chamion n’a pas vraiment été conçu pour repousser longtemps l’envahisseur ! il a plutôt tendance à être grand ouvert, pour encourager les gens à venir me rendre visite).

    Et puisque c’est aussi sur ma route, je décide de visiter Nîmes. Je ne connais pas la ville. Je sais juste qu’il y a des arènes. Je gare donc le Chamion un peu avant d’être trop proche du centre, et je pars en exploration. Des arènes sans grand intérêt (je n’avais pas vraiment envie de payer 8 euros pour visiter un lieu qui organise encore des coridas), un musée de la romanité juste à côté, avec son look volontairement contemporain pour contraster, une patinoire extérieure (à Nîmes… sans commentaire), une maison carrée, et des rues piétonnes plutôt agréables… mais pas si vivantes que cela si l’on considère que nous sommes le samedi après midi juste avant Noël…

    Je ne m’éternise pas, et reprend la route. La journée touche à sa fin. Il me faut trouver un petit endroit un peu tranquille pour passer la nuit. Je roule un moment. Nouveau contrôle de police, beaucoup plus expéditif celui-là.

    – Bonjour, vous pouvez me dire ce que c’est que ce véhicule ?
    – C’est un camping-car, je suis homologué.
    – Ah… et par contre, vous n’attachez pas votre ceinture vous ?
    – Le véhicule est trop vieux, il n’a pas de ceinture.
    – Je vois. Monsieur est futé. Allez, circulez…

    Quelques kilomètres plus loin, je repère un parking, le long d’un bois, un peu à l’écart de la route. Je m’y dirige pour la nuit. Un peu de mal à trouver une horizontalité convenable, mais après un long moment à manoeuvrer, je fini par y arriver. Le petit boisé à côté duquel je suis garé et que j’explorerai rapidement le lendemain est une gracieuseté Nestlé. Et oui, de l’autre côté de la grande route se trouve l’usine d’embouteillage Perrier. Nestlé étant un grand ami de la nature et de la qualité des sols, ils ont racheté beaucoup de terrains dans les environs de l’usine. Et sur celui-ci, ils ont planté plein d’arbres. 2000 arbres pour l’an 2000. Ils ont impliqué les écoles des environs pour sensibiliser les enfants le jour de la plantation (sûrement en leur distribuant des bouteilles d’eau en plastique à usage unique pour les hydrater pendant la journée) et maintenant les gens des environs peuvent venir s’y promener. Chemin de la source, chemin du renard, chemin du lapin, chemin du hérisson… qu’elle est belle la nature de monsieur Nestlé !

    En attendant, depuis 2000, mes parents ont planté beaucoup moins que 2000 arbres sur une surface beaucoup moins grande. Mais le résultat est beaucoup plus joli et plus sympa pour s’y balader !

    Et le Chamion s’endort, sous l’oeil attentif et lointain de l’usine Perrier. Elle ne sera plus là pour faire planter 4000 arbres pour l’an 4000. Par contre, les millions de bouteilles plastique que Nestlé aura produites seront encore là en héritage…

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    Un commentaire

    1. […] voyant le pont Romain, je repense avec amusement à mes commentaires sur les vestiges de l’aqueduc, à côté du Pont du Gard. Vestiges ignorés, du fait de la présence de ce voisin si […]

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