Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 10th, 2012

La première fois, ils s‘appelaient Bob et Catherine. La suivante s’appelait Sarah. Puis ce fut le tour de Bernd. Suivi de Megan et Tao, puis de Terry et Jo…

Quand je suis venu m’installer au Québec, je rejoignais une Québécoise que j’avais rencontrée une année plus tôt. Très rapidement, je me suis trouvé intégré dans la vie quotidienne des Québécois. Découvrir leur mode de vie, apprendre leur histoire, vivre leur vie au jour le jour. Contrairement à la grande majorité des personnes que j’ai rencontrées qui venaient passer un séjour plus ou moins long au Québec, restant souvent entre expatriés, et ne privilégiant que les activités du parfait touriste au Québec, j’ai plongé entièrement dans mon nouvel environnement. J’ai appris à quel point il était magnifique de découvrir un nouveau pays, un nouveau mode de vie, de nouvelles habitudes. J’ai très vite compris, à cause de cela, que passer simplement quelques jours ou semaines en voyage ne me satisferait jamais tout à fait. Car je n’arriverais jamais à créer un lien suffisant et assez durable avec les habitants. Il n’était plus question de partir visiter un pays, mais d’aller vivre ailleurs.

Couchsurfing est venu pallier, en partie, à ce besoin de rencontrer les gens, de découvrir leur mode de vie. Mais quand vous ne restez que quelques jours chez quelqu’un, ça ne reste encore que très superficiel. Couchsurfing vous permet d’avoir un aperçu. C’est un peu comme tremper son gros orteil dans le lac, en se demandant si on a envie de s’y plonger tout entier. Si la taille du site permet de se créer un réseau social très rapidement en voyage, l’aperçu culturel que vous aurez sera pourtant biaisé. Car vous serez principalement entouré de voyageurs.

Et puis j’ai découvert Helpx (pour Help Exchange), un réseau international au principe très simple : permettre à des personnes d’être nourries et logées, en échange de quelques heures de travail quotidien Je connaissais déjà le WWOOFING (World-Wide Opportunities on Organic Farms), qui fonctionne exactement sur le même principe, mais j’avais quelques réticences. D’abord, en règle générale, le wwoofing se fait sur des fermes. Le wwoofer devient alors, à mes yeux, une sorte de main d’oeuvre bon marché. Il est beaucoup plus économique de fournir hébergement et couvert plutôt qu’un salaire. En contrepartie, il est vrai aussi que certaines fermes/familles/petites exploitations, ne peuvent pas forcément se payer de la main d’oeuvre. Il n’en reste pas moins que j’ai toujours un petit blocage à l’idée que ma contribution permette à d’autres de faire de l’argent. De plus, l’inscription au réseau est assez dispendieuse. Mon intention n’est pas du tout de parler en mal de Wwoofing ; j’aime le concept d’échange en arrière, et j’ai rencontré énormément de gens qui ont vécu de superbes expériences en wwoofing. Je n’en ai moi même aucune, tout du moins jusqu’à présent, donc je ne suis pas vraiment bien placé pour en parler. Helpx, de son côté, offre des frais d’inscription beaucoup plus raisonnables, et ne pose aucune contrainte au niveau de l’hôte. Ce qui veut dire que toute personne ayant besoin d’un peu d’aide au quotidien peut décider de s’inscrire comme hôte. Cela va de la mère célibataire qui a besoin d’aide pour faire tourner la maison, au restaurateur qui recherche une aide à temps partiel, en passant par la famille qui rénove sa nouvelle maison. Certains hôtes vont chercher une aide très spécialisée en fonction de leur projet (maçonnerie, rénovation…) d’autres quelque chose de plus général (cuisine, désherbage, etc…).

Bref, vous l’avez compris, Helpx est extrêmement polyvalent ce qui, selon moi, fait la force du réseau. Ce qui permet aussi, évidemment, toutes sortes d’abus. De la même façon que je suis réticent au Wwoofing à certains niveaux, je ne veux pas travailler dans un restaurant 4 heures par jour uniquement contre nourriture et logement. L’autre attrait d’Helpx réside dans la possibilité de laisser des références. Il est donc possible de vérifier (plus ou moins) si la personne qui s’apprête à vous recevoir est un tyran ou un hôte accueillant. Le réseau grandissant très vite et gagnant en popularité, nombreux sont les nouveaux hébergeurs n’ayant pas encore de références. À partir de là, c’est évidemment le bon sens et la communication qui prévalent.

J’en suis à ma cinquième expérience Helpx. Différentes à chaque fois, mais toutes ont été formatrices. J’ai creusé des trous, installé des clôtures, coulé du béton, construit une cabane, fait à manger, donné des câlins à des kangourous, fait du ménage… oui, être versatile est définitivement un atout quand on veut se transformer en Helper. Mais plus que les multiples projets que j’ai réalisés, ce que je regarde aujourd’hui, ce sont les nombreuses discussions que j’ai eues avec tous mes hôtes. J’ai eu un plaisir immense à apprendre à connaître chacun d’eux, à découvrir leurs modes de vie, et leurs habitudes. Et tout cela m’a permis de plonger un peu plus profondément dans la culture australienne. Le rythme australien m’a tranquillement contaminé. Je m’y suis adapté, comme je m’étais adapté au rythme québécois. J’ai appris sur le pays et sur son histoire, j’ai appris sur sa culture et ses traditions. D’un point de vue humain, l’expérience est tout simplement magnifique.

Et d’un point de vue économique alors ? Pourquoi pas… faisons parler les chiffres. En Australie, le salaire minimal est de 15$ de l’heure. On attend de moi que je travaille entre 20 et 25 heures par semaine. Si j’étais payé, donc, je gagnerais dans les 350$ par semaine. Même en déduisant les impôts, il me resterait assez pour me payer un logement, ma nourriture, et sans doute mettre un peu de sous de côté. Pourquoi préférer Helpx dans ce temps là, à un vrai travail, avec du vrai argent, qui rendra mon vrai banquier heureux ? Les raisons sont multiples.

Trouver un hôte avec Helpx est beaucoup plus facile que trouver un emploi. Les démarches sont beaucoup moins complexes, et l’engagement beaucoup moins contraignant. On restera un certains temps, une ou deux semaines. Ou plus, tiens, si on s’entend bien. De la même façon, comme la météo annonce beau temps les deux prochains jours, je pense que je vais en profiter pour aller faire du camping. Je n’imagine pas un employeur prêt à me donner deux jours de repos, sans préavis, pour que je puisse profiter de la météo. Le rapport entre l’hôte et l’helper est un rapport entre deux êtres humains. Les personnes qui m’ont reçu n’ont jamais gardé l’oeil sur leur montre, chronométrant mes faits et gestes. Du moment que l’argent n’a pas sa place dans l’échange, on découvre très rapidement que les rapports sont beaucoup plus simples. Agréables. Honnêtes. On parle ici d’un échange de services. Au lieu d’un rapport dominant dominé, on se contente, ici, de s’entraider. On se dit merci. Et on est extrêmement reconnaissant pour ce que l’autre nous apporte. Parce que l’autre ne nous apporte pas un salaire ou un profit, mais du bien être.

En tant qu’Helper, en tant que la personne qui va d’un hôte à l’autre, proposant mes services, j’ai trouvé un mode de voyage qui me plait énormément. Parce que oui, en effet, j’aide les gens. Je sais que grâce à moi, les gens chez qui je suis auront la vie un peu plus facile. Parce qu’ils pourront prendre 30 minutes de plus après le travail pour aller au yoga pendant que je garderai les enfants. Parce qu’ils n’auront pas à se soucier de préparer le repas ou de faire les courses en rentrant. Parce qu’ils pourront s’asseoir et respirer cinq minutes pendant que je donnerai le biberon à l’un des bébés kangourous. Il y a dans le fait de voyager quelque chose d’extrêmement égoïste. Le voyageur est souvent tourné vers lui même, son itinéraire, son confort, son voyage, sa prochaine destination. Voilà que je ne suis plus un voyageur égoïste. Voilà que je deviens un voyageur utile aux autres.

Il va sans dire que ce mode de voyage permet de réduire drastiquement le budget d’un voyage. Évidemment, ça oblige à prendre plus son temps. À rester plus longtemps à la même place. Mais justement, du temps, maintenant que je n’ai plus besoin d’argent, j’en ai. C’est un cercle qui est loin d’être vicieux !

Et puis je l’avoue et je le reconnais… alors que je voyage avec ma flûte, mon didgeridoo, et mon recueil d’histoires dans ma tête, je ne peux m’empêcher de penser à ces vagabonds d’autrefois, qui allaient d’une ferme à l’autre, apportant les nouvelles, mais aussi apportant de la musique, du changement, de la nouveauté. Oui, il y a décidément quelque chose qui me plait, dans ce mode de vie. Sur ce, il faut que j’aille câliner un kangourou…

Publié originellement sur La Feuille Charbinoise.

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