Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJanuary 2nd, 2016
  • La jungle finit toujours par tout manger.

    Plus le temps passe, et plus j’entends cette phrase. Et surtout, plus je la comprends. Au sens propre, d’abord. J’ai arrêté de compter les piqures depuis un moment maintenant. Je regarde, fasciné, les moustiques qui se posent sur mes bras. J’en distingue au moins trois ou quatre modèles différents. Mon corps doit commencer à être accoutumé depuis la Floride. Je suis mithridatisé. J’ai de la chance. Je ne sens plus la plupart des piqures après cinq minutes. En même temps, je me dis que c’est soit ça, soit virer fou assez rapidement.

    Il y a aussi ces toutes petites bestioles. Des puces, je pense, qui sont assez efficaces quand elles piquent. Et puis des sortes de mouches, qui mordent violemment. Sans oublier cet animal que je n’ai pas vu et qui m’a piqué le petit orteil droit, une fois. Il a enflé un peu, me démangeant pendant une heure environ. Puis, deux heures plus tard, c’était le tour de mon gros orteil. Et puis c’est passé.

    Les scorpions, je n’en parle plus. Mais Eva a une belle série de piqures d’araignée sur la cheville gauche. Belle comme un tatouage ! J’ai arrêté de compter les piqures comme j’ai arrêté de compter mes victimes. Je n’y arrivai plus. Ce que je sais, c’est qu’après m’être mis en très mauvais terme avec le dieu des guêpes cet été, en faisant un massacre systématique, je ne dois plus être en très bon terme non plus avec le dieu des moustiques…

    Mais la jungle n’essaie pas de ne manger que vous. Elle veut tout manger. C’est un organisme vivant et complexe. Un organisme qui respire. Un organisme dont le coeur bat à un rythme reposant. Ce n’est pas une image. De la même façon qu’une forêt n’est pas qu’un ensemble d’animaux et de végétaux partageant un même espace, la jungle est bien plus que des plantes et des créatures vivantes. tout est plein de vie. D’une vie que vous ne verrez pas forcément. Parce qu’elle est cachée dans les arbres, dans les feuilles, dans les branches. Ou parce qu’elle est trop petite pour être vue. tout est plein de vie, jusque dans l’air que l’on respire. Humidité, chaleur… et micro organisme.

    Après quelques jours, la vie s’installe partout. Petite couche grise prenant petit à petit possession des lieux. La façon dont tout commence à moisir à un moment ou à un autre est particulièrement impressionnante. La jungle vous accueille en elle. Elle prend possession de tout. Elle est aimante, mais surtout ancienne. Et sauvage. Elle n’aime pas la technologie. Les appareils électroniques passent des moments difficiles. Presque tout le monde se promène avec son sac étanche rempli de riz pour garder son téléphone. De la même façon, les vêtements sont gardés dans des sacs en plastique. Ou alors suspendu. On évite le plus possible de les rouler en boule. L’humidité s’installera au coeur, et la moisissure adore.

    On ne m’avait pas prévenu à Alquima. Je me suis rendu compte de mon erreur au moment de déménager à Hotelito Perdido. En découvrant la moisissure sur mon sac à dos. L’odeur imprégnée dans les vêtements. Petit à petit, lessive à la main après lessive à la main, j’essaie de reprendre possession de mes affaires. Le séchage se fait en plein soleil. S’il ne pleut pas, une journée peut parfois suffire. S’il pleut, ou s’il y a beaucoup de nuages, c’est une autre histoire. La jungle nous rappelle que nous sommes chez elle, que c’est elle qui décide. Elle ne vous laissera pas l’oublier.

    Je ne suis pas un habitué des milliers extrêmes. Encore moins des séjours longues durées en milieu extrême. Burning Man, et le désert en général, était une très belle expérience à ce niveau là. Le sable qui s’installe partout. Les températures qui vous écrase, le soleil qui plombe… ou alors l’hiver, au Québec. L’appareil photo qui refuse de fonctionner par moins 30. La glace qui prend possession des vêtements les rendants rigides. Le froid, qui s’infiltre partout. Dans aucun de ces milieux, vous n’avez le droit à l’erreur.

    J’aime ces milieux. J’aime ce sentiment. Pas celui qu’une erreur peut être fatale. Que si vous vous égarez, on ne vous retrouvera sans doute pas avant longtemps… j’aime ce sentiment de la nature qui reste dominante. Qui nous rappelle qu’elle aura toujours le dessus à la fin. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, la poussière finira toujours pas s’infiltrer partout. Le froid transpercera vos vêtements. La moisissure fera de vos affaires son royaume. Malgré tous les dégâts que nous faisons, nous ne sommes et ne resterons toujours que des invités sur cette planète. Et si, au final, ça doit mal tourner, ce sera pour nous. La vie survivra. La vie nous survivra. Nous, pas forcément. Gaia est passée au travers des volcans et des astéroïdes. Nos conneries lui font du mal, mais rien dont elle ne pourra un jour se remettre…

    J’aime ces lieux, ces environnements, qui nous rappellent cette leçon. Humilité, modestie, respect. Quand la terre tremble, quand le vent souffle de toutes ses forces. Quand la pluie tombe sans discontinuer. Quand le tonnerre gronde. Quand la température monte ou descend vers des extrêmes…

    J’aime la vie et j’aime le monde… et je vais profiter du soleil pour faire un peu de lessive !

    2 commentaires

    1. Commentaire de La Feuille

      Brr quelle horreur toute cette humidité ! Moi qui ai horreur de ça, ce n’est pas ce qui va me motiver pour aller à l’hôtel perdu ! Mes articulations ont mal rien que d’imaginer une ambiance pareille. Ça me fait plutôt rêver d’Andalousie, de Grèce ou de Sicile ! Ici ça fait une semaine qu’il pleut tous les jours. On va bientôt être sous régime de mousson hivernale ! Je ne rêve plus que de faire comme les lézards : mettre mon dos au soleil et m’étirer… Au Kérala l’an dernier c’était super parce que c’était la saison sèche. En fait je crois que ce que j’aime ce sont les pays humides à la saison où y’a pas d’eau. Gaffe à la rouille !

    2. Commentaire de Sébastien Chion

      Aucune idee de ce que ca peut donner au niveau articulaire… ce qui est etrange, c est que l air en tant que tel ne parait pas humide. Ce n est pas etouffant, comme ce que j avais connu en arrivant a Chetumal. C est plutót agreable et rafraichissant je trouve !

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