Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionFebruary 29th, 2016
  • Nous continuons d’avancer sans réserver d’hôtel, selon le bon vouloir des collectivos. Notre objectif, après Semuc, est de retourner à Coban, d’où nous pourrons prendre la route du nord. Si nous pouvons aller plus loin, tant mieux, sinon on passera la soirée et la nuit à Coban !

    Au moment de laisser nos sacs à dos à El Retiro pour l’après midi, nous avions signalé notre intention de rentrer à Coban le soir. Le gardien s’en est rappelé, et quand il nous a vu, nous a trouvé un collectivo prêt à partir dans les cinq minutes. Un peu surprenant, mais pourquoi pas. Sans doute un ami à lui qui devait rentrer à un moment, et à qui il a suggéré d’attendre. Peut-être. Aucune idée à vrai dire…

    Après un voyage retour tout aussi magnifique (et chargé !) qu’à l’aller, il nous a déposé à Coban. Il était 19h environ. Trop tard pour envisager de continuer, donc. Mais ça nous allait bien. Nous n,avions qu’à trouver un hôtel. Nous n’avions aucune idée de où nous étions, mais ce n’était qu’un détail insignifiant. Nous étions en train de discuter de nos plans (à savoir « tu préfères tourner à droite ou à gauche ? ») quand une moto s’est arrêtée.

    – Bonsoir, vous cherchez un hôtel ?
    – Euh…
    – J’en ai un pas loin d’ici. Pas cher.
    – Euh…
    – Normalement, c’est 50Q par personne, mais je vous fais la chambre à 70Q.
    – Euh…
    – Avec wifi, WC et douche privée, dans un endroit très tranquille.

    Il nous tend une carte d’affaire. On se regarde. On échange rapidement quelques mots. Ça nous convient. On suit. Dix minutes plus tard, on s’engage dans un petit passage sombre et obscure juste à coté d’un hôpital. Mais j’ai lu sur la carte « à coté de l’hôpital ». Le gars est souriant, enthousiaste et agréable. On suit. On arrive dans une petite ruelle où s’enchaine trois ou quatre hôtels. Quelques minutes après, nos sacs sont posés dans une micro chambre des plus accueillantes. Et juste après, nous partons en quête de nourriture. Pourtant, il y a quand même quelque chose qui me tracasse.

    – Tu ne crois pas qu’on devrait mettre une limite ?
    – Comment ça ?
    – D’abord il y a eu ce pick up qui nous a embarqué avec Susy. Puis on a suivi Susy chez elle, pour dormir dans un endroit que l’on ne connaissait pas du tout. Et puis il y a eu le collectivo un peu space sorti de nul part cet après midi. Et enfin, on suit cet inconnu qui nous acoste dans la rue.

    Parce que oui, ça me travaille un peu. Pas beaucoup. Juste un tout petit peu. Nous sommes sensés voyager dans un pays insécuritaire (je n’ai pas envie d’écrire « dangereux »). Pourtant, nous poussons petit à petit nos limites. À dormir dans des endroits choisis au hasard, à nous promener la nuit (avant 22h, n’exagérons rien), à parfois garder les appareils photos autour du cou dans la journée…

    Je fais confiance aux gens. C’est dans ma nature. C’est aussi dans celle de Lilou. Nous sommes pareils. Je fais confiance aux gens, parce que je fais énormément confiance en mon instinct (ça s’affute en voyageant cette petite bête là !). Et j’ai autant confiance en l’instinct de Lilou qu’au mien. Nous sommes deux personnes hyper instinctives, hyper intuitives, hyper empathique. Nous écoutons sans cesse ce qui nous entoure, sensibles au moindre signal d’alarme (qui ne se produit jamais). Nous ne projetons que de l’amour, des sourires et de la bonne humeur. Je ne peux pas me défaire de cette certitude qu’il ne m’arrivera rien au Guatemala tant que je me comporterai de la sorte et que je ne fais pas n’importe quoi.

    Nous parlons aux gens, toujours avec le sourire. Nous rigolons. Nous mangeons la même nourriture qu’eux, dans les mêmes conditions. Je pense que ce que nous projetons (voyageurs sympathiques, ouverts aux autres, curieux de la culture Guatémaltèque….) contribue aussi à nous protéger en partie. Et oui, il y a notre instinct que nous suivons en permanence. Au moindre signal d’alarme de l’un de nous deux, je n’aurais aucun problème à faire machine arrière toute. Mais non. Aucun signal, aucune alarme, que de la joie et de l’amour. Et dans ce contexte, oui, je me sens en sécurité au Guatemala. À baragouiner espagnol, à prendre les chicken bus, à manger dans des comedors. En fuyant la Iguana, Earth Lodge, El Retiro… et en étant connecté avec le monde qui nous entoure ! Nous sommes des touristes. Nous avons des cibles dessinées dans le dos, selon certains. Notre façon d’être fait de nous des cibles beaucoup moins intéressantes, beaucoup moins remarquables que d’autre. Nous ne disparaissons pas dans la foule. C’est impossible. La peau trop blanche, les cheveux trop clairs. Je fais une tête de plus que tout le monde. Mais sans disparaitre complètement, nous nous diluons un peu…

    Nous avons exploré un peu. Grignoté un peu. Comment ne pas avoir l’air sympathique alors que l’on marche en rigolant, un épis de maïs à la main ? Nous sommes arrivé au Parque Central. Lilou a repéré deux vendeurs de bijoux. Nous avons passé un long moment à discuter avec eux. Toujours avec un peu de mal, bien sur. La conversation, quoi qu’un peu ardue, était agréable. Pour la première fois, j’ai eu cette impression que je pourrai me lier d’amitié avec des gens ne parlant qu’espagnol ! Parce que mon espagnol se débloque. En anglais, j’avais développé un vocabulaire très riche, et un énorme blocage à parler. En espagnol, c’est le contraire. J’ai plaisir à parler, sans la moindre gêne, mais mon vocabulaire me limite. Et ça, c’est facile à régler. Il est temps que je me mette à lire les journaux !

    Juste à coté des vendeurs de bijoux, un stand de flutes. Si Lilou craque pour les premiers, je craque pour ce dernier. Essaie plusieurs instruments. Une flute me plait particulièrement. Toute petite. Très aiguë. Instrument traditionnel Qeqchi (oui, nous sommes de retour en terre Qeqchi, comme à Hotelito, comme dans tout le Peten, au nord du Guatemala).

    La flute me plait, mais je n’ai plus d’argent sur moi. Nous faisons un aller retour rapide jusqu’à l’hôtel. J’en profite pour récupérer ma flute et mon didge. Fais une démonstration des deux. Le didge, à nouveau, fait son petit effet. Note à moi même : le garder à portée plus souvent !

    J’achète la flute (qui rejoint mon arsenal contes). Nous achetons un chocolat chaud, un tamales, et nous rentrons à l’hôtel.

    Le lendemain, nous prenons une petite heure pour découvrir la ville de jour, alors qu’elle est en mode beaucoup plus vivante. Nous visitons une rue animée, pleine de tables et de vendeurs, avant de nous perdre dans un marché couvert. Le temps d’un petit déjeuner, de récupérer les sacs, et nous sommes dans un colectivo pour notre prochaine destination : Sayaxche ! Dans ma tête, la petite voix désormais habituelle, me dit que je reviendrais visiter Coban…

    [Encore une photo prétexte pour illustrer cet article, l’appareil photo étant resté bien au chaud à l’hôtel. Comme je l’expliquais, même si je me sens en sécurité, il y a un certains nombre de choses que j’évite. Comme sortir avec mon appareil photo, de nuit, dans une ville que je ne connais pas encore] 

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