Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionAugust 27th, 2019
  • Suite à la journée d’hier un peu plus raide que prévue, je me prévois une balade pas trop tranquille mais quand même un peu pour aujourd’hui. Sans doute la promenade la plus populaire du coin : le lac des fées. Assez facile d’accès ; deux heures de marche, 300 mètres de dénivelé. Je suis parfaitement conscient, suite à mes dépassements des deux derniers jours, que je vais probablement continuer après le lac des fées, et que j’irais sûrement jusqu’au Cormet d’Arêches. Mais celui-ci n’est pas beaucoup plus loin, donc je resterai quand même plutôt raisonnable. Mes jambes vont plutôt bien, et le Cormet est à +450 ; ça devrait le faire sans soucis.

    Nouveau petit déjeuner avec vue ; nouvel émerveillement devant le paysage. Et puis on enfile les super chaussettes et les super chaussures, et on décolle !

    Le chemin suit un peu le lac au début, avant d’attaquer une nouvelle petite grimpette, à travers les pâturages. La montée est douce et tranquille ; j’écoute mes jambes, qui ne protestent pas du tout. Elles sont heureuses de repartir. De toutes façons, la meilleure façon de se détendre les jambes après avoir beaucoup marché, c’est de repartir marcher… Le seul truc qui me dérange un peu sur cette balade, c’est que je sais qu’il y a aussi une route qui mène au lac des fées. Si la plupart des gens semblent s’y rendre à pied, j’ai toujours un peu de mal à l’idée de faire une balade à pieds et de trouver plein de véhicules garés à l’arrivée. Enfin, on verra bien !

    Peu avant le lac, je passe à côté d’un refuge, avec un petit panneau des plus inspirants. « Vente de Beaufort ». Parce que oui, acheter du Beaufort à la coopérative de Beaufort, c’est chouette ; mais acheter du Beaufort directement dans les alpages, c’est encore mieux ! Comme je sais pas trop combien de temps je vais encore grimper, je préfère garer l’investissement fromage pour la descente.

    Un dernier raidillon, et j’arrive finalement au lac. Il y a un peu de gens. Pas trop. Un petit groupe d’enfants joue dans l’eau. Dix degrés. C’est peu. Moi je vais me contenter d’admirer un peu les lieux.

    Chose que je n’ai pas fait depuis un moment : j’ai emmené ma flûte avec moi. Du coup, je la sors de son étui, et joue un peu. Je me dis que c’est toujours bien vu par les fées de leur jouer de la musique et qu’elles sauront apprécier.

    Et puis après cette petite pause, je décide de pousser jusqu’au Cormet. Ce n’est pas très loin. Alors que je passe à côté du groupe d’enfants, l’un des deux adultes encadrant demande si je ne pourrai pas par hasard rejouer un peu de flûte pour calmer tout le monde. Les enfants viennent de sortir du lac, et l’eau froide les dynamise bien ! Je m’assoie ; les enfants viennent tous s’installer. Je joue une note. Les enfants se calment tous instantanément. Cette flûte a toujours ce même effet magique ! Je joue un peu. Ils me remercient. C’est un groupe de jeunes du coin ; ils sont en tippi au Cormet d’Arêches. Chouette balade pour eux ! L’un des deux adultes me conseille alors de continuer jusqu’à la Croix du Berger après le Cormet. La vue est magnifique, et c’est juste 20 minutes plus loin. Je note, et je reprends la montée.

    Un peu plus raide. Pas beaucoup plus. Je continue d’avancer à mon rythme, sans me presser. Le ciel est voilé, et j’avoue que c’est plutôt agréable. Aujourd’hui, j’ai moins chaud. Mes bras et mes épaules apprécient aussi d’avoir un peu moins de soleil.

    J’arrive enfin au Cormet où je retrouve la petite route en pierrailles et graviers. Elle redescend de l’autre côté. Il y a quelques voitures garées, et deux camping car. Je réfléchis un peu ; mais non, je n’ai pas envie de monter le Chamion ici. La route est trop accidentée. Pas envie de faire trop souffrir les suspensions ou d’éclater bêtement un pneu. Et puis c’est toujours plus sympa de monter à pied, pour profiter de ce genre de paysages !

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    Je regarde un peu les différents panneaux. La Croix du Berger n’est pas loin ; je la vois d’ici. Mais il y a aussi un panneau pour le col de Coin. Et pour le Mont Coin. Bon, c’est pas mal plus loin ; et beaucoup plus haut. Mais en même temps… je sais pas, en même temps c’est tentant. Mais déraisonnable. Trop haut. Je me is que je vais donc aller à la Croix du Berger. Et sans doute continuer un peu, vu que d’après la carte, c’est plat pendant un petit moment après, jusqu’au plan de la Marmotte. Bin oui, je suis en montagne, je n’ai pas encore vu de Marmotte. C’est dommage un peu !

    J’attaque l’ascension qui m’amène à la Croix du Berger.

    Je découvre un peu mieux le paysage côté Arêche, mais c’est surtout la Vanoise, qui apparaît, sur l’autre versant !

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    La suite de la balade a l’air plutôt tranquille pendant un petit moment. L’observation de la carte m’a aussi apporté un autre itinéraire, qui me permettrait de faire une boucle. Du coup, je me dis que je vais continuer jusqu’au prochain carrefour, voir ce que disent les panneaux, et prendre une décision. Les panneaux me font hésiter. Je finis par me décider pour un entre deux : le mont Coin me paraît un peu déraisonnable. Je vais lui préparer le col du Coin. Même temps de marche, différence de dénivelé. Mais avant, je fais quand même une pause parmi les marmottes. Parce que j’en ai vu une première. Puis une deuxième. Et qu’une dame m’a dit qu’en étant calme et tranquille, elles se laissaient un peu approcher. Alors c’est ce que je fais. Je prends mon temps. J’en ai une pas trop loin ; qui apparaît et disparait régulièrement. Je finis par sortir ma flûte à nouveau. Je sais pas si ça lui plait ou pas.

    Le paysage est sublime. J’aime ce que j’appelle « le vert Beaufort » ; même s’il est un peu moins mis en valeur par le ciel gris, il se dégage de ce paysage une impression de sérénité. Et d’immensité. Je sais qu’il suffit de redescendre pendant un moment en Vanoise pour rattraper une grande route. Ou en continuant la bas pendant un moment. Mais là, la civilisation est en grande partie cachée. Tout ce que l’on voit, ce sont quelques refuges d’alpage. Quelques petits chalets, disséminés à droite à gauche. Et ça me fait du bien. En Amérique du Nord, il existe des espaces gigantesques où l’on ne voit aucune présence humaine ; quelques sentiers, mais pas de route, pas de construction. Rien. En France, ce genre de paysage où l’humain est complètement absent, je n’en ai pas trouvé. Il y a toujours une construction ; une route ; un village… mais là, perdu dans les hauteurs du Beaufortain, je retrouve quand même ce sentiment d’isolement qui me plait tant… Et quand finalement j’arrive au dernier croisement, quand je vois le mont Coin d’un côté et le col de l’autre, quand je vois les deux sentiers qui s’offrent à moi, l’un qui me demande de monter encore de deux cent cinquante mètres, quand l’autre m’en demande juste une centaine… je me dis que c’est la première option qui m’offrira la plus belle vue ; le plus beau paysage.

    (le sommet à gauche, le col à droite)

    choix

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    en arrivant de là :

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    J’attaque lentement. En prenant tout mon temps. En écoutant mon souffle et mes jambes. Ça tire un peu, mais ça va. Je sais que la descente sera un peu difficile jusqu’au retour au Cormet. Mais une fois au Cormet, je redescendrai par la route, beaucoup plus reposante que le sentier. Et je monte. Encore. Pas vite. Vraiment pas vite.

    Mais ce bonheur, quand on arrive enfin en haut ! Quand à nouveau, comme la veille, le monde entier s’étale à mes pieds, dans toutes les directions, sans rien pour me cacher la vue ! Si ce n’est les nuages. On distingue un peu le lac de Roseland. Mais le Mont Blanc se fait discret, derrière l’aiguille du Grand Fond. Par contre, je repère un peu mieux cette balade que j’ai envie de faire, une fois que je serais au Cormet de Roseland ; cette balade qui fait le tour de cette aiguille magnifique… un peu plus à droite, on distingue le col. Beaucoup plus bas. Aucun regret. La vue est bien plus belle d’ici !

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    De l’autre côté, on distingue très nettement la vallée du Cormet, qui redescend sur la Vanoise. Puis le dit Cormet avec le Crêt du Rey en arrière plan Un peu plus loin, on distingue le col de la Louze. Juste en dessous du Grand Mont. Le lac de Saint Guérin n’est pas visible, mais on devine son emplacement, tout comme Arêches, puis Beaufort, juste avant le lac de Roselend.

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    Je reprends la descente, toujours tranquillement. Les genoux tirent un peu, mais pour l’instant ça va. La première partie de la descente, depuis le sommet, est un peu raide. Mais ça se calme assez vite. Je repasse devant mes marmottes. Puis je retrouve la croix du Berger, avant de finalement être de retour au Cormet d’Arêches. Mes jambes me tirent un peu. surtout les genoux. Le reste, ça va plutôt bien. Et surtout, à partir de maintenant, j’attaque la descente plus tranquille, en suivant la route. Je vais pouvoir me reposer.

    Je suis de retour au lac aux fées. Il se fait tard ; je n’ai pas envie d’aller déranger pour acheter du Beaufort. Et puis Gaëlle me rejoint demain. Je me dis qu’on pourra remonter ensemble jusqu’au lac, histoire d’acheter un peu de fromage à ramener. Le ciel a été couvert toute la journée, mais les nuages commencent à s’assombrir un peu. Je ne presse pas le pas. Je peux pas vraiment. Mais j’espère arriver assez rapidement quand même.

    Retrouver le lac fait du bien. Marcher à nouveau sur du plat horizontal qui ne monte ni ne descend. Pendant quelques minutes. Avant d’attaquer la dernière mini montée jusqu’à la maison. Et finalement enlever les chaussures. Poser le sac. Prendre une douche. Et me poser.

    Je viens de me faire 1000 mètres de dénivelé. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas fait autant de dénivelé en une seule fois. Je suis content de moi ; content d’être en forme malgré l’absence totale d’entraînement de cet été ! J’aime être capable de monter un kilomètre dans une journée. Et je me vois bien continuer d’explorer un certains nombre de chemins des environs. Dont une ou deux balades encore un peu plus dur que celle d’aujourd’hui…

    Dehors, l’orage a éclaté. Moi je suis plutôt bien, à l’abris dans ma petite maison bien confortable.

    repos

    Un commentaire

    1. Commentaire de Kaly

      C’est sympa cette indigestion de balades que tu es en train de faire. Je me ferais bien moi aussi de tels paysages, mais bien plus modestement.

      Je me dis toujours que je dois prendre le temps de regarder les photos sur grand écran, mais l’idéal serait que tu sois là à les commenter, en nous montrant les cols, les sommets ou les lacs dont tu parles.

      Adorables, les marmottes. Qu’a-t-elle dit de la flûte, avait-elle l’oreille musicale ?

      Bonne continuation !!!

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