Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJuly 21st, 2014
  • C’était il y a un an. Je prenais ma petite voiture, et quittais ma petite banlieue parisienne, pour partir un peu au hasard vers un festival dont je ne savais pas grand chose, si ce n’est le nom « le rêve de l’aborigène » et l’importance qu’il donne aux musiques traditionnelles des peuples autochtones, et aux instruments « premiers » : le didgéridoo, la guimbarde, la percussion, la voix, etc… j’en étais revenu fasciné, et j’avais bien noté de revenir l’année d’après. Je n’ai pas raté le rendez-vous.

    Cette fois-ci, nous étions quatre dans la voiture. Solenn, que je n’avais eu aucun mal à convaincre, Noémie, une covoitureuse se rendant au festival et avec qui la connexion a été immédiate, et Sophie, qui elle n’allait pas au festival.

    C’était une première pour moi : retourner à un festival de ce genre. Comprendre « un festival participatif, où la programmation est en partie réalisée par les festivaliers, donnant une impression de grande communauté à l’ensemble ». J’en ai connu d’autres des festivals de ce genre. Mais pour la première fois, je retournais participer à l’un d’eux. Sans la moindre surprise, la première chose que j’ai ressenti en arrivant, c’était le « Welcome Home » dont m’avait salué un parfait inconnu, des années avant cela, à Burning Man. Oui, je rentrais à la maison. Je revenais connecté avec une partie de moi même. Je revenais en un lieu chargé d’émotions et de souvenirs.

    Arrivée au milieu de la nuit -la route est plus longue depuis Lyon que depuis Paris- on se glisse par l’entrée encore ouverte, abandonnant des papiers d’identité que l’on récupèrera le lendemain quand on pourra acheter nos billets. Je connais les lieux. Je sais très bien où aller. Nous nous séparons de Noémie, qui rejoint un ami à elle, et nous nous dirigeons vers le camping. La tente est installée en quelques minutes. Il est tard, on est fatigué, mais on part quand même faire une petite exploration nocturne. J’ai envie de revoir les lieux, et de partager la découverte de Solenn.

    Et le festival, comme l’année d’avant, se déroulera comme… un rêve. La météo fait un peu des siennes, chamboulant un peu -mais pas trop- la programmation. Et on se promène sur les sites, on se pose pour écouter de la musique, on se met debout pour danser sur la musique, on mange plein de bonnes choses, on échange un peu, on discute, on recroise régulièrement Noémie qui profite de son festival à fond. Tout comme nous. Son enthousiasme fait plaisir à voir. D’autant plus que nous le partageons sans retenue.

    Une fois de plus, j’ai plaisir à voir les autres festivaliers. À partager les lieux avec eux. À échanger un peu. À leur sourire. À découvrir un site presque plus propre après le festival qu’au début. À savourer un festival sans alcool, où tout le monde à la joie au coeur, où tout le monde s’amuse, et où personne ne boit (bon, certains prennent d’autres substance, c’est évident, mais j’ai toujours trouvé les gens sur un hight de cannabis bien moins désagréable que les ivrognes ivres morts….).

    Mais ma grosse découverte, cette année, ce sera la générosité des artistes invités. Contrairement à Terre du Son qui, la semaine d’avant, m’avait un peu déçu, je découvre des festivaliers qui se donnent à fond pour les artistes… et ces derniers leur rendent plus encore. Quelques coups de coeur musicaux, notamment Les Violons Barbares avec leur chanteur mongole (je veux dire qu’il vient de Mongolie, mais aussi qu’il était complètement mongole, dans le sens québécois du terme, à savoir juste complètement fou pourri de talent) pratiquant le chant de gorge avec une tessiture absolument incroyable. Ils sont trois sur scènes (un bulgare qui joue du gadulka, un genre de violon à 11 cordes et un franc comtois percussionnistes complètent le mongole qui joue aussi du morin khoor, instrument emblématique de la Mongolie). Ils débordent d’énergie. Ils adorent les réactions du public. Alors ils se donnent encore plus. Le public devient encore plus fou. Et les musiciens aussi. Je reste encore fasciné par la voix du chanteur, et sa capacité de passer des aigües à des chants de gorges super graves.. Que du bonheur, donc. Bon, d’accord, je ne résiste pas à l’envie de vous en montrer un peu plus :

    C’était le samedi soir. On pensait avoir atteint l’apothéose de la soirée. À la limite, on se demandait même comment allait être capable d’enchaîner le duo qui suivait. Adèle et Zalem, deux joueurs de didgeridoo, ont relevé le défi sans soucis. D’abord à deux, dans des créations musicales envoutantes. Le didgéridoo reste un instrument magique, avec lequel il est possible de faire absolument tout. Même le café, je pense, avec un peu d’entrainement. Adèle et Zalem ont su captiver le public, le faire danser, peut être même plus encore que les Violons Barbares. On a rêvé, on a admiré, on pensait avoir atteint le summum de l’apothéose. Et puis il y a eu un rappel. La veille, nous étions arrivés trop tard pour assister au concert d’un duo japonais : les Matsumoto Zoku. En fait, nous n’avions raté que l’annulation de leur concert à cause de la pluie. Pas grave, il semblerait qu’ils aient eu le temps de sympathiser avec Adèle et Zalem, qui les ont donc inviter sur scène le temps d’une chanson. Un seul petit jam… et le public à assister à un miracle. Quand quatre artistes se trouvent. Quand l’osmose devient parfaite. Quand ils jouent tous ensemble, se répondent, échangent, partagent… et oublient de s’arrêter… par trois fois, l’un des musiciens relancera l’impro. Eux aussi sont conscients de la magie qui s’opère. Ils la vivent de l’intérieur, et ne veulent pas qu’elles s’arrêtent. Alors ils se relancent, encore et encore et encore. Ils arriveront à s’arrêter après 20 minutes. Mais le public ne les laissera pas partir. Hors de questions que cela s’arrête comme ça. Le public en veut encore, et le public arrivera à ses fins. Grâce à la générosité des musiciens, qui repartent pour un autre dix minutes. Et Adèle et Zalem craqueront à nouveau pour un troisième et dernier rappel. Le public est aux anges, en délire complet. Les musiciens n’en reviennent pas vraiment non plus. Tout le monde est conscient du moment de magie auquel on a assisté. La soirée est finie, mais ça n’est pas grave du tout. Je suis sur mon petit nuage, loin, là haut là haut. Alors bon… pourquoi pas une autre vidéo, après tout ?

    Et puis c’était le dimanche, et le corroboree. Que j’attendais depuis l’année dernière… tous les joueurs de didgeridoo qui se regroupent, d’abord dans une procession, puis dans un grand cercle vibratoire. À nouveau un grand moment de partage et d’émotions. Il y a quelques années de cela, l’association organisant le festival à planter un cèdre. Et chaque année, tout le monde se retrouve en cercle autour du jeune arbre, pour lui donner de la musique, des vibrations, et de l’amour…

    Ma grande découverte de l’année dernière, c’était Yakch’e. Pour la voix magnifique de Aurélie, la chanteuse, pour le talent musical de Cyrille qui l’accompagne.  Alors forcément, je suis un peu leur programmation, des fois que j’aurais une chance de les revoir. Et justement, ils étaient annoncés au « off du rêve ». Je ne savais pas vraiment ce que c’était… je l’ai découvert sur place : ils étaient venus jouer, sur la scène ouverte. Tête d’affiche l’année dernière, ils sont revenus de Strasbourg pour le plaisir de participer au festival. J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec Aurélie. Elle m’a confirmé que pour eux, le festival était tellement chargé en émotion, le contact si fort avec le public, qu’ils ne s’imaginaient pas ne pas venir. Pour notre plus grand bonheur, puisque nous avons pu assister à une magnifique performance d’une quarantaine de minutes. Avec, comme d’habitude, un public refusant de les laisser partir, et eux obliger d’abandonner les lieux, déçus, mais contraints par les contingences de la programmation.

    Et puis le dimanche est passé… après la soirée de la veille, la programmation du dimanche soir est passé un peu plus inaperçu. En tout cas pour mois. La marche était beaucoup trop haute, cette fois. Les Matsumoto sont revenus. Absolument magnifiques sur scène, plein d’énergies, vraiment délirant… mais de les avoir vus la veille avec Adèle et Zalem, ils manquaient un petit quelque chose.

    Et le lundi est arrivé. Prendre son temps de replier la tente, de ranger les affaires. Dire « au revoir » aux cèdres (et sans doute « à l’année prochaine »), voir les lieux une dernière fois, retrouver Noémie, et reprendre la route avec elle, pour un difficile retour à la réalité.

    2 commentaires

    1. […] me suis retrouvé un peu au Rêve de l’Aborigène. Bison, le jeune fou en arrière du festival (dans sa deuxième année) avait le même enthousiasme […]

    2. Commentaire de Kaly

      Ton enthousiasme est contagieux.

      Le chanteur mongol, c’est Dandarvaanchig Enkhjargal que l’on peut écouter facilement, sur youtube. En plus de son affabilité, il a en effet un talent extraordinaire et il me semble qu’il joue et chante dans des styles d’une très grande diversité.

      Tiens nous au courant l’an prochain, pour le prochain “rêve de l’aborigène”, si on se décidait…

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