Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJuly 28th, 2016
  • « Il ne faut permettre à personne de cacher le ciel à ceux qui veulent rêver encore ».
    Fred Pelerin

    J’ai quitté Airvault et mon Rêve de 2015 en étant sûr de deux choses. Le Rêve, désormais, m’accompagnerait partout où j’irais. J’avais finalement réussi à faire de ma vie le rêve que je voulais. Et je n’irai pas au Rêve en 2016, puisque je serai en Amérique Latine.

    Et puis le dimanche 10 juillet, j’ai perdu mon travail au Guatemala. Le lendemain, sur un coup de tête, plus par principe qu’autre chose mais sans y croire, j’ai écrit à Coco pour savoir s’ils avaient encore besoin de bras dans l’équipe montage/démontage. C’est quand il m’a répondu que je serai le bienvenue que j’ai compris que j’avais besoin de cette pause. Vraiment. Le mardi 12, j’achetai mon billet d’avion. Je suis parti le samedi 16 à 3h du matin, heure locale. Je suis arrivé à Saint Généroux 26 heures plus tard, après plusieurs vols, un covoiturage, 60 kilomètres de stop et une heure de marche.

    Je suis entré dans le local du Rêve. J’étais de retour à la maison. J’étais heureux. J’ai reconnu des visages, des visages m’ont reconnu. Oui, en effet, j’étais bel et bien de retour. J’ai échangé des mots, des sourires. J’ai pris des gens dans mes bras. Des gens qui vivent dans le même univers que moi ; des gens qui parlent le même langage que moi.

    « C’est nul de croire que l’amitié et l’amour sont différents. Ils ne le sont pas. C’est une variation du même amour, des variations du même désir d’être proche et, comme tout amour, c’est difficile, génial, traitre, exaltant, déroutant et précieux.?C’est un mensonge de dire que vous ne serez qu’avec une seule personne dans votre vie. Si vous avez de la chance et si vous essayez vraiment il y en aura toujours plus d’une. »
    Naomi & Ely’s, No Kiss List

    Participant au montage pour la deuxième année consécutive, je savais à quoi m’attendre. Je savais que ce serait fatigant. Je savais que j’étais fatigué. J’ai donc prévenu que je ne serai pas aussi efficace que l’année d’avant. C’était sans compter sur tous les sourires, la joie et la bonne humeur, partout autour. L’enthousiasme communicatif des uns et des autres. Alors sans surprise, au final, je me suis défoncé pendant les trois jours du montage. Puis les trois du démontage.

    J’ai fini par comprendre comment je fonctionnais. J’ai en effet cette chance d’être hyper sensible. Il m’aura fallu du temps pour reconnaître cela comme une chance. Voir même comme une force. De façon générale, plus les gens sont heureux et me sourient, plus je vais me retrouver à avoir de l’énergie. Ayez une bonne opinion de moi, et je vous prouverai que vous avez raison. Je fonctionne sur un jeu de batteries rechargées aux sourires. Ayez une mauvaise opinion de moi, et je vous prouverai que vous avez raison. On peut me mettre à terre en me critiquant à répétition pendant trois semaines sur ma façon de gérer un hôtel, ou on peut me faire transporter 20 tonnes de matériaux en six jours. C’est selon.

    Et puis le Rêve a commencé. Comme l’année dernière, la petite famille des monteurs / démonteurs s’est dissoute dans la horde de festivaliers, chacun partant de son côté. Il y a alors ces bénévoles que l’on croise parfois ; ceux qui disparaissent complètement. Et ceux que avec qui on passe presque tout le festival. Pour moi, je vis la partie festival du Rêve par son côté musique. Je m’installe devant la scène des cèdres, puis me déplace à la scène platane, avant de revenir à la scène des cèdres. Jusqu’au moment où un groupe m’interpelle un peu moins. Alors je pars me promener un peu sur le site, en quête de nourriture si j’ai faim. Sinon, pour le plaisir de regarder les gens. Parce que les festivaliers du Rêve sont aussi magnifiques à regarder que les bénévoles du Rêve. Nous sommes beaux. Nous sommes souriants. Nous avons les yeux qui brillent. Nous marchons avec la légèreté et l’insouciance des gens heureux. Nous avons fait de notre vie un rêve. Pour trois jours pour certains, pour dix pour d’autres, pour toujours pour les plus chanceux d’entre nous.

    Comme chaque année, j’ai fait de superbes découvertes musicales. L’Appel de la forêt, en ouverture du festival le vendredi. Plein d’énergie et d’enthousiasme. Cyrille Lecoq, le multi instrumentalisme qui accompagne Aurélie dans Yakche, mais cette fois en solo, dans un genre complètement différent mais tout autant talentueux. Et surtout, Dubravko Lapaine qui, à plusieurs reprises le samedi soir, m’a donné l’impression de redécouvrir le didgeridoo. Technicien hors pair, arrivant à produire des sons que je ne connaissais pas et qui laisse, justement, la technique prendre toute la place sur le reste. Un peu à l’image d’un Piano Phase de Steve Reich, c’est la technicalité pure de la performance qui la rend grandiose et mélodique . Et ben sûr, il y a ces habitués que l’on retrouve. Le plaisir de danser une fois de plus sur Yak’che ; réécouter Adèle et Zalem. Revoir les Matsumoto. Et terminer tout cela le dimanche soir sur une magnifique performance solo de Zalem explorant les cinq éléments.

    Et la pause du festival s’est terminée. Nous étions lundi matin, et l’équipe montage démontage se retrouvait, plus ou moins complète. Le plaisir de revoir les visages que l’on n’avait pas vu pendant trois jours. Le plaisir de se retrouver. De partager un peu nos impressions. Et de découvrir comment les interactions entre les gens ont évolué. Parce que oui, il y a des choses qui ne changent pas : je suis toujours fasciné par les  les gens. Je continue à observer, à regarder, à analyser. Et alors on voit comment certaines relations ont complètement changé en trois jours à peine. Eux deux qui ne semblaient pas se parler et qui sont devenus si proches ou ce petit groupe qui s’est constitué. Moi-même, qui me suis construit ma petite place… qu’il est fascinant d’observer les gens !

    Nous avons rangé le rêve, petit morceau par petit morceau. Barrière après barrière, plot après plot, palette après palette. Nous étions plus fatigués que l’année dernière ; nous avons avancé lentement mais sûrement. J’ai renouvelé l’expérience de la soirée contes du mardi, retrouvant une fois de plus le bonheur de conter pour un groupe de gens fatigués et parfois stressés. Les aider à se relaxer, se détendre, et pourquoi pas s’endormir. J’ai sans doute battu mon record d’endormissements par rapport à l’année dernière.

    Et puis nous avons commencé à nous dire au revoir. Cette année, j’ai changé un peu la donne. Il y a un an, j’avais laissé mes coordonnées aux gens que je voulais revoir. Cette fois, c’est moi qui ait demandé les contacts. Histoire de revoir le plus de monde possible. Parce que je les aime mes rêveurs qui montent et qui démontent. J’aime leur sourire, j’aime leur enthousiasme, j’aime leur amour. Et puis à la plupart, j’ai plus dit « à dans pas longtemps » que « au revoir ». Parce que le Rêve a un petit frère. L’Arbre qui marche. Au début du montage, quand on me demandait si j’avais l’intention d’y aller, je répondais « je ne pense pas ». Après tout, c’était loin. À la fin du démontage, c’était moi qui demandait « bon, on se revoit à l’Arbre alors ? ». Parce que oui, les gens magnifiques, c’est addictif. Alors j’ai envie de revoir toutes ces belles âmes !

    Il y a un an, je quittai le Rêve en sachant très bien que je n’allais pas revenir cette année, vu que j’allais être en Amérique latine. Cette année, j’ai quitté le Rêve en me demandant comment j’allais bien pouvoir faire pour revenir l’année prochaine, vu qu’a priori je retourne en Amérique latine…

    À Maïwenn, Marie, Coco, Clarisse, Séverine, Leopold, Dédé, Émilie, Fannie, Sma, Joseph, Kinane, Isabelle, Yannick, Plume, Simon, Yan et tout ceux que j’ai oubliés !

    N’ayant pas du tout sorti mon appareil photo pour cette édition 2016,
    j’ai réutilisé une photo de mon premier rêve pour illustrer ce post.

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