Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionSeptember 9th, 2014
  • Le bus m’a abandonné plus ou moins dans le centre de Rapid City. L’étape d’après consiste à me rendre à l’aéroport. Pourquoi faire ? Pour y récupérer une voiture. Après analyse de la carte et réflexion, je me suis dit que louer une voiture pour quelques jours histoire de tourner un peu en rond dans les environs, ça pourrait être une bonne idée. J’aurais un peu plus de liberté de mouvement. Dans l’idée, je reprends le stop après, pour me rendre jusqu’à Yellowstone.

    L’aéroport est à une vingtaine de kilomètres en dehors de la ville. Les navettes sont hors de prix. Mais c’est pas grave, j’ai confiance en mon pouce magique. Ça fait une quarantaine de minutes que j’attends quand deux gars passent à pied. Ils ont l’air un peu bizarre. Ils me disent qu’ils vont peut être pouvoir revenir me prendre, si je suis encore là. Je les remercie. Mais je ne suis pas sûr. Il y a quelque chose d’instantané dans le stop qui me plait. La personne qui s’arrête n’a pas le temps de réfléchir. De planifier quelque chose. De voir que j’ai un appareil photo en bandoulière (est-ce bien judicieux ? jusqu’à présent, je me suis toujours dit que ça n’était pas un problème). Bref, je suis mal à l’aise à l’idée que ces deux gars reviennent. J’hésite sur la marche à suivre. Je me décide à changer de spot. Et si ils passent, je trouverais une excuse. Ce sera finalement une demoiselle ur un parking qui me prendra en pitié. J’attendais depuis un peu plus d’une heure. J’envisageais de me simplifier la vie et de me payer un taxi. Elle veut bien m’aider, mais ne va pas en direction de l’aéroport. Elle peut faire un détour, mais elle est pas sûre d’avoir assez d’essence. Le message passe. Je lui propose de mettre dix dollars d’essence dans son réservoir pour la remercier. Elle refuse. C’est trop. Elle demande juste cinq. Bon. Soit. Dix minutes après, je suis au comptoir de location de voiture de l’aéroport. La madame me tend les clés. « C’et la Legacy rouge, emplacement 8 ». Legacy… me semble que le modèle ne m’est pas inconnu. Quand je vois la magnifique Subaru géante que je vais avoir à conduire, j’hallucine complètement. Comme d’habitude, j’ai réservé le plus petit modèle. A priori, ils n’avaient plus que ça en stock. Je vais encore être « obligé » de conduire un monstre. Du genre qu’il faut un camion citerne qui suive pour assurer l’autonomie du véhicule. Ça ne m’arrange que moyennement. Mais en même temps, ça va être un tel bonheur à conduire…

    Il fait nuit depuis un moment. J’hésite entre deux options. Finalement, ça sera l’option « le petit camping perdu dans les Badlands qui a l’air bien sympathique sur la carte ». Comme prévu, la voiture se conduit sans problème. Je la découvre petit à petit. Boîte automatique entièrement débrayable à six vitesses… et une autonomie moyenne de 32 miles par galon. Il me faudra un moment pour convertir. En gros, on est entre 7.5 et 8 litres au cent. Parce que je conduis raisonnable et que je me retiens. C’est quand même pas trop mal.

    J’arrive au camping après une heure de route environ. Je n’ai pas la moindre idée de où je suis. Ça a l’air très joli. Je fais quelques photos de nuit, avec un résultat très convaincant. Et puis je sors la tente, commence à la déplier, et distingue une silhouette, allongée sur le sol. Un homme qui dort dehors, à la belle étoile. L’idée me plait. Je n’ai pas de souag ? Et alors ! J’utilise la toile de tente pour me protéger de l’humidité du sol, et je m’allonge dessus, bien au chaud dans mon duvet, avec une couverture de survie en épaisseur supplémentaire. Il y a quelques bruits bizarres auxquels je m’habitue rapidement. Ce sont juste des chevaux, dans un enclos pas très loin. Dans ma tête, il n’y a aucun gros animal dans les Badlands. Je peux dormir dehors en toute tranquillité.

    Je me ferais réveiller à l’aube par des bruits qui ne viennent pas de l’enclos des chevaux. Il y a des grosses bêtes qui marchent, pas loin. Je tourne la tête. Ouvre les yeux. Et voit pour la première fois de ma vie des bisons. Je les avais complètement oubliés ceux là. Alors qu’ils sont en effet très présents dans le parc. Je les regarde. Ils sont majestueux. Je trouve le réveil magique. Ils ont la bonne idée de ne pas être trop près de moi (et en plus d’être herbivores). Il y a un tel stoïcisme… je commence la journée émerveillé… avant de me rabattre à l’intérieur de la voiture en sentant les premières gouttes de pluie. Le ciel dégagé et sans nuage de la veille s’est transformé en un ciel gris maussade et pas inspirant. C’est pas grave, j’ai vu mes bisons !

    Je finirais par me décider à me lever. Je lis un peu avant de partir, parce que de toutes façons, il n’y a aucune raison de se presser. J’ai un plan de journée très tranquille. Alors je prends mon temps avant de finalement décoller.

    Je découvre les environs du camping, qui sont absolument magnifiques. Je m’éloigne de la route pour faire quelques pas à pied, mais il fait horriblement froid, alors je ne reste pas longtemps dehors. J’avance petit à petit, m’approchant des « Badlands » proprement dîtes. J’en avais déjà vu en Alberta. Des pas très grandes. Mais j’avais beaucoup aimé. Là, plus j’avance, plus je me rends compte qu’elles semblent s’étaler à l’infini. « Mauvaises terres », j’ai du mal à accepter le terme… l’endroit est si magnifique !

    Je finis par rejoindre la route principale. Facile de s’en rendre compte : d’un seul coup, le nombre de voitures augmentent, il y a des gens partout, des autocars, etc… je continue mon exploration en voiture. Je n’arrête pas de prendre des photos. Chaque nouveau virage est une nouvelle découverte. Chaque sommet de colline est une invitation à un nouvel émerveillement. Je n’ai aucune idée de comment je ferais le tri dans tout ça. C’est pas grave. C’est beau, c’est tout ce qui compte !

    J’aimerais que le temps se lève un peu. Avoir autre chose que des nuages, une belle lumière me ferait vraiment envie… et puis j’irais bien marcher un peu au fond des crevasses, entre ces collines pleines de couleurs… mais il fait trop froid. Je n’arrive pas à me convaincre de trouver le courage. Non, à la place, je préfère prendre ça tranquille, faisant des pauses fréquentes et longues. J’avance dans mon livre avec plaisir. Il fait un temps à lire et boire du chocolat chaud. Pas à faire du tourisme.

    À force de continuer de rouler, je finis par arriver au bout de la première partie du parc. Il y a en effet la partie nord (hyper touristique) et la partie sud (avec personne). La journée est bien avancée, à force de faire des pauses longues. J’hésite un peu sur quoi faire. J’ai toujours envie de prendre ça tranquille. Alors je décide de finir ma boucle pour de bon, et de rentrer au camping où j’ai dormi la veille.

     

    La météo ne s’est pas arrangé. La température continue de baisser de plus en plus. Je ne dormirais pas dans la tente cette nuit. J’ai une bien meilleure option ! Elle est bien conçue ma grosse voiture. Je peux m’y installer pour dormir. Et être, semble-t-il, très confortable ! Je m’installe comme je peux, roulé dans mon duvet lui même roulé dans ma couverture de survie.

     

    3 commentaires

    1. Commentaire de La Feuille

      Certes, tout cela parait bien gris et bien brumeux, mais je me demande si par grand beau temps cela ne doit pas taper un quarante degrés à l’ombre, si ombre il y a. J’aime bien la 21ème photo de la série de 21. Ça fait un peu décor de réseau de train électrique avec un maquettiste fou qui s’est lâché avec une poche à douille… Sauf qu’au lieu d’être de la Chantilly ça serait de la résine. En tout cas, ça doit être dur de faire pousser un potager dans un décor pareil et je comprends pourquoi les colons blancs de peau ont donné à l’endroit un nom aussi péjoratif…

    2. Commentaire de Iris

      Héhé, un petit récit géologique, ça me parle ça!

      Le terme de badland est aussi utilisé pour parler des cheminées de fée (quelle expression poétique à côté de “badland”!). Je ne sais pas si tu as vu passer mon article à propos d’Ille-sur-Têt, il faudra que tu viennes voir ça à ton retour. C’est particulièrement beau lors des couchers de soleil.

      Les formations que tu as photographié portent aussi le nom de hoodoos. Je te laisse chercher la signification, ça plaira au conteur que tu es :)

      Bonne route!

    3. Commentaire de Sébastien Chion

      Je connaissais les « hoodoos ». J’en ai vu en Alberta. J’aime beaucoup les deux termes. Aussi bien « hoodoos » que « cheminées des fées ». Par contre, ne connaissant pas la signification exacte (ou peut être que je l’ai connue, puis oubliée :) ) il faudra que je revérifie ça :)

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