Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionJanuary 8th, 2013
  • Je suis allé au Québec la toute première fois parce que je sentais en moi le besoin de voyager. Je ne savais pas pourquoi, mais il le fallait. J’avais des fourmis dans les jambes, et la route m’appelait. Le monde était bien trop grand pour que je ne fasse pas ce premier pas qui allait me changer à tout jamais.

    Quelques années plus tard, je choisissais l’Irlande pour que certaines des images que j’avais dans ma tête deviennent réalité. Je rêvais de Guinness, de pub Irlandais, et de musique joyeusement entraînante. L’année d’après, c’était mon manque de montagne qui m’entraînait vers les Rocheuses. Je voyageais alors pour les paysages, pour les photos. Mais le temps passant, je me suis mis à voyager de plus en plus pour les gens, pour les rencontres. Pour ces personnes qui croisent mon chemin, et influencent l’itinéraire de ma vie de tant de façons différentes.

    J’ai commencé par croire que ces gens que je croisais ne seraient que des amis temporaires. Des personnes avec qui je pouvais passer quelques jours, avant de leur dire au revoir. Jusqu’au beau jour où j’ai fini par en recroiser certaines. J’ai fini par me rendre compte que le monde était loin d’être aussi grand qu’il n’y paraissait. J’ai compris que les personnes que l’on apprécie ne sont jamais si loin que l’on ne peut les revoir. J’ai rencontré Marie chez mes parents au mois d’août, alors que je faisais un retour surprise d’Australie. Je me suis bien entendu avec elle. Elle m’a fait réaliser que Prague n’était pas si loin. Et que ça pouvait être une excellente idée d’aller y jeter un oeil. Revoir une amie, et découvrir un nouveau pays, une ville au nom mythique. Motivation parfaite pour faire de Prague ma prochaine destination… j’avais deux semaines et demi de vacances, et l’intention d’en profiter.

    J’ai commencé la journée en marchant tranquillement dans les rues de Munich. Toni, le BeWelcomer qui m’aura hébergé pendant deux nuits, habite à 15 minutes à pied de la gare. Une distance parfaite, même quand on voyage un peu chargé, comme j’en ai l’habitude. Cette petite marche m’a rappelé deux détails que j’ai oublié de dire sur la ville. D’abord son odeur, assez unique. Munich sent la bière. Non pas la vieille bière rance que l’on pourrait associer aux nuits de beuveries, mais la bière fraiche, que l’on est en train de brasser. Il semble y avoir des brasseries un peu partout en ville, et celles-ci embaument joyeusement l’atmosphère. L’odeur n’est pas aussi maltée qu’aux Ursulines. Après tout, les bières allemandes sont légères. Mais il y a dans l’air un parfum festif, joyeux, et inspirant.

    Et puis il y a les vélos. Munich est une ville plate (dans le sens français du terme: il n’y a pas de descentes, si peu de montées) ce qui en fait un endroit idéal pour se déplacer à vélo. Sans compter les très nombreuses pistes cyclables qui quadrillent la ville. On s’habitue très vite à surveiller les cyclistes. Plus que les voitures, d’ailleurs, qui témoignent de beaucoup de respect envers les piétons.

    Je me suis retrouvé dans le train peu de temps après, avec un compartiment pour moi tout seul la grande majorité du trajet. Agréablement bercé par le train, j’ai passé la première partie du trajet la tête collée contre la fenêtre. Entre somnolences et regards perdus dans le paysage. Matin brumeux, soleil voilé, il se dégage de l’ensemble un sentiment de nostalgie assez poignant. Mais je ne me laisse pas attraper. Je continue tranquillement ma traversée d’une partie de l’Europe en train, et je ne peux m’empêcher de me sentir bien, confortable, heureux. Si pour moi Munich est encore une ville d’Europe de l’ouest, je sens que je vais bientôt arriver en Europe de l’Est. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, en fait, si ce n’est que je vais découvrir un nouvel univers, et évoluer pendant quelques temps dans un pays dont je ne sais quasiment rien. Si il me reste quelques notions d’Allemand, tout ce que je connais du tchèque c’est un virelangue célèbre : “Str? prst skrz krk”.

    Et puis lentement, le paysage change. Il se fait un peu plus vallonné, le train serpente dans des forêts magnifiques. La silhouette d’un chêne majestueux traverse brièvement la fenêtre. Peu de temps après, on distingue une échelle de bois vermoulu, qui permet de monter dans une petite cache précaire. La forêt s’ouvre sur deux petits lacs au milieu des prés, puis les sapins reprennent leur place tout autour. Je sais qu’à un moment je traverserais une région que l’on appelle “La Bohème”. Je ne sais pas si j’y suis déjà, mais ce qui est sûr, c’est que le nom conviendrait parfaitement à l’endroit. Ses valons, ses forêts, ses petits lacs, ses ruisseaux. Tout cela donne envie de s’abandonner au moment présent. Jeter son sac à dos sur l’épaule, descendre du train, et partir marcher, au hasard. Je m’imagine bien, adossé contre un arbre, à regarder un ruisseau couler en jouant de la flûte. J’imagine tout autant une jeune fille, assise sur une souche au milieu d’une clairière, en train de jouer de la harpe en chantant…

    C’est à la gare d’après que je réalise soudainement que j’ai changé de pays. Il y a des lettres inconnues qui sont apparues dans le nom de la ville. Je ne reconnais plus aucun mot sur les panneaux. La transition s’est faite toute en douceur. Je ne m’en suis pas aperçu. L’un des plaisirs de ce monde sans frontière. Entre la France et l’Allemagne, il avait suffit de franchir une rivière. Ici, je ne saurais même pas dire à quel moment nous avons changé de pays. Après quelle colline, au niveau de quel arbre… à vrai dire, ça n’a aucune importance. Si ce n’est que je trouve magnifique cette frontière floue.

    Le train continue encore sa route pour plusieurs heures. Des gens rentrent parfois dans mon compartiment. Je ne comprends pas la question, mais j’y réponds à chaque fois en acquiesçant avec un grand sourire. Je me retrouve alors avec de la compagnie. Le temps d’une gare. Ils ne semblent pas vouloir rester plus longtemps que nécessaire dans le train. Moi, je regarde le paysage défilé, en me demandant si j’ai envie que ça s’arrête un jour.

    Mais il le faudra bien. Parce qu’un panneau affichera finalement « Praha, Hlavni nádraží ». La voix dans les haut-parleurs l’a sûrement annoncé aussi. Mais ne comptez pas sur moi pour être capable de faire la corrélation entre ce qui est dit et ce qui est écrit.

    Je descends du train. Il est parfaitement à l’heure. Il est 14h44. J’ai rendez-vous avec Marie a 17h15. Je fais un retrait d’argent, jette mon sac dans une consigne, et sort de la gare, à la découverte de Prague-la-très-jolie.

    Un commentaire

    1. Commentaire de Kaly

      Non, non, c’est déjà pris la jeune fille en train de jouer de la harpe, assise sur une souche dans la forêt.

      Et c’est… Cathy qui l’a raconté !

      De bien belles photos, mais je m’y attendais !!!

      Et les adverbes… y sont passés où…???

      ;-)

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