Rue du Pourquoi Pas



Parce qu’il y a toujours une route qui, quelque part, m’attend.
Carnets de route, photos de voyages, et pensées vagabondes.

Écrit par : Sébastien ChionFebruary 26th, 2016
  • Nous avions un programme ambitieux. Dormir à Lanquin ce soir. Autrement dit, parcourir un peu plus de 400 kilomètres, sur des routes loin d’être très fréquentées. Nous avions envie d’y croire.

    Après une vingtaine de minutes d’attente, un collectivo nous a embarqué à El Quiché. Direction Uxpatan, à mi chemin de Coban, la prochaine grande ville. Comprendre que les collectivos sont des mini vans, type toyota Yace. Aménagés pour offrir 14 places assises. Nous étions 22 à bord. Performance on ne peut plus classique et normale pour le Guatemala.

    Il nous a fallut près de trois heures pour parcourir la route jusqu’à Uxpatan, à travers des paysages toujours magnifiques, mais très différents. Et beaucoup plus secs. Beaucoup plus désertiques.

    Nous sommes arrivés à Uxpatan, qualifiée de « petite ville agréable et sympathique » par le Lonely Planet. Notre vision en a été assez différente…

    À la question « combien de temps pour le prochain bus », la réponse est presque toujours la même. Cinq minutes. Parfois, un pessimiste vous dira dix. Cela faisant une bonne demi heure que nous attendions au coin de la rue, repoussant des gens étranges, sans doute à moitié saouls. Voir même complètement. Nous n’étions pas les seuls à attendre. Une dame, et un jeune homme (son fils) attendaient également. Il faisait froid. Humide. Nous étions dans les nuages, tannés d’attendre.

    Vers 16h50, un coup d’oeil dans le guide nous a permis d’apprendre que le dernier minibus pour Coban partait à 16h. Nous avons discuté avec la dame, qui semblait convaincu qu’il y avait d’autres solutions.

    De notre coté, nous envisagions avec déplaisir la nuit en hotel dans cette ville des plus désinspirantes. Vraiment pas enthousiastes à l’idée…

    Je me suis rappelé cette théorie, que j’avais formulée des années plus tot. Dans un voyage, il y a toujours une journée un peu galère. Et où tout se termine bien avec des conséquences à tendances positives. J’étais prêt pour les galères, si nécessaire. Mais pas plus motivé que ça non plus. Et puis l’optimisme de la dame, « je veux dormir dans mon lit ce soir », était contagieux. Nous avions envie d’avancer jusqu’à Coban, au moins. Alors quand, après avoir demandé conseils à des locaux, elle est partie à l’autre bout de la ville avec son fils, nous avons suivi.

    Nous avons fini par comprendre qu’elle voulait faire du stop. Arrêter un pick up se rendant à Coban, et embarquer. On s’est regardé avec Lilou. Deux heures à l’arrière d’un pick up, dans la brume, de nuit, au Guatemala, alors qu’il faisait froid, pour arriver à Coban on ne sait pas trop à quelle heure ? Plutôt éviter. Ça ne rime à rien. Autant dormir sur place, et se lever très tôt le lendemain. Beaucoup plus raisonnable ! Que vont dire nos mères (sans compter la mère de Boulette !) si on fait une chose pareille ? Nous étions d’accord. Nous étions curieux, nous voulions voir comment elle s’y prenait. Mais c’est tout. Rien de plus que de la curiosité.

    Cinq minutes plus tard, je regarde Lilou avec le sourire « go ? ». « go ! ». Elle sourit tout autant que moi.

    Nous étions quatre à l’arrière du pick up, habillés chaudement. Protégés par les sacs à dos. À rire aux éclats. Il me suffira de ne rien dire à ma mère, et tout ira bien !

    La dame s’appelle Susy. Son fils, Aniel. Après cinq minutes à discuter et à rire à l’arrière du pick up, elle nous invite chez elle. « je suis sur la route de Lanquin, vous n’aurez qu’à prendre un bus demain matin ».

    Plus de deux heures, dont plus d’une sur route non goudronnée, à admirer le paysage, compter les nids de poules (six mille sept cent quatre vingt quatorze virgule trois) et à rire avec Susy (qui se souviendra probablement longtemps de nos « aïe aïe aïe »). J’avais les fesses bien tannées quand nous sommes arrivés à San Cristobal de Verrapaz. Où nous avons raté le dernier bus. Mais nous avons pris un taxi pour nous rendre quelque part. Aucune idée de où… un énorme bus nous a récupéré dans un timing parfait. Nous avons suivi Susy et Aniel sans poser de question, sans trop comprendre, nous laissant porter par le flot, porter par la vie. Et finalement, nous sommes arrivés à San Pedro Carcha où vit Susy.

    Nous avons sauté dans un dernier taxi, et nous sommes arrivés. Accueillis par Erika, la mère de Susy, et la petite amie de Aniel. Ainsi qu’Ophelia, une collègue de Susy, qui habite ici aussi. Un repas chaud nous attend. Un café aussi. Nous nous sommes régalés, réchauffés par la bienveillance attendrissante et les attentions de nos hôtes. Avant de finalement partir nous coucher.

    Le lendemain, nous étions réveillés par Erika à 7h14. Elle allait nous préparer un bon petit déjeuner. Nous sommes restés un moment encore, à discuter avec elle en mangeant. À la remercier le plus souvent possible. Elle était absolument adorable. Quand nous lui avons dit que la nourriture était délicieuse, elle a répondu avec un naturel magnifique « c’est parce qu’il y a beaucoup d’amour dedans ». Erika, qui ne nous connait pas, nous a offert sans hésitation tout son amour… et nous a remercié régulièrement d’accepter son hospitalité…

    Je me suis retrouvé les larmes aux yeux, à un moment, me demandant ce que j’avais fait à la vie pour mériter autant d’amour, de générosité et de gentillesse. La réponse ? Je me suis contenté d’être moi. De faire confiance à la vie. Et ce sont deux très bonnes raisons…

    Susy s’est levée. Nous avons discuté encore un peu, nous les avons encore remercié. Puis Erika et son mari nous ont emmené en ville pour prendre le bus pour Lanquin. J’avais le coeur gros, quand j’ai dit au revoir à Erika. Elle me semblait tout droit sorti d’un film de Myazaki. Petite boule d’amour absolument adorable…

    Mon petit doigt me dit que je les reverrai…

     

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